Les trente glorieuses de 1945 a 1974

Les trente glorieuses de 1945 a 1974

LES TRENTE GLORIEUSES DE 1945 A 1974 Les Trente Glorieuses sont la periode de forte croissance economique qu’ont connu entre 1945 et 1974 une grande majorite des pays developpes, principalement les membres de l’OCDE.

La periode d’une trentaine d’annees (en realite vingt-huit ans), entre la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945 et le choc petrolier de 1973 se caracterise, apres un debut difficile, par la reconstruction economique des pays devastes par la guerre, par un plein emploi dans la grande majorite des pays, une croissance forte de la production industrielle (accroissement annuel moyen de la production d’environ 5%), et a une expansion demographique importante (le baby boom) dans certains pays europeens – particulierement en France et en Allemagne de l’Ouest (la RFA).

Les Trente Glorieuses furent une veritable « revolution silencieuse » en tant qu’elles furent porteuses de changements economiques et sociaux majeurs ; elles ont marque le passage en Europe, avec quarante annees de retard sur les Etats-Unis, vers la societe de consommation. L’origine de cette forte croissance, basee sur un acces encore aise aux energies fossiles, est essentiellement celle d’un rattrapage technologique vis-a-vis des Etats-Unis, pour des pays dont le capital humain (niveau d’education et d’experience des travailleurs) restait

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Les heures travaillees sont egalement tres elevees (la duree du travail est plus elevee en France que dans les pays voisins et qu’aux Etats-Unis)1. Deroulement general Les Trente Glorieuses furent, du point de vue economique, une periode extremement brillante, une revolution qui a profondement change les pays en question. Le Produit interieur brut y connait une forte augmentation. Par exemple, l’indice de la production industrielle en France (base 100 en 1938) est a 99 en 1947. Il monte a 204 en 1957, 338 en 1967 et 452 en 1973, a prix constant.

En 26 ans, la production a ete multipliee par 4,5, soit une croissance annuelle moyenne record de 5,9%. Pays concernes Les pays concernes avaient un fort potentiel (niveau d’education de la population eleve), mais des infrastructures en ruine et une economie devastee au sortir de la Seconde Guerre mondiale, parfois tournee vers la production militaire. Ces pays ont beneficie a partir de 1948 du plan Marshall. Le Japon, l’Allemagne, la France ont plus particulierement connu cette tres forte croissance economique (en France le taux de croissance est monte jusqu’a 8%).

Cette croissance a consiste en partie en la reconstruction des infrastructures et des habitations detruites pendant la guerre. L’economie du Royaume-Uni, minee entre autres par des problemes de convertibilite de taux de change avec le dollar[ref. necessaire], n’a pas connu cette forte croissance. La croissance des pays qui basculent dans le Bloc de l’Est a egalement ete plus faible. Plus globalement, la societe a ete profondement remodelee, devenant une societe de consommation de masse et une societe de loisirs.

Ce phenomene est en partie un rattrapage sur le style de vie americain des annees 1920, sur lequel les pays europeens etaient en retard. De meme, le niveau du PIB par habitant se rapproche du niveau americain (et s’en eloignera a nouveau au cours des annees 1980 et 1990). Le cadre institutionnel international Au sortir de la guerre, la reconstruction d’un systeme monetaire international s’impose. Pour ce faire, la conference de Bretton Woods se reunit en juillet 1944. Au cours de cette conference, s’opposent les projets britanniques, defendu par John Maynard Keynes, et americain, defendu par Harry Dexter White.

Finalement, le projet soutenu par les Etats-Unis s’impose et consacre l’hegemonie du dollar dans le systeme monetaire international. En outre, la conference de la Havane en 1946, « conference des Nation Unies pour le commerce et l’emploi », souligne la volonte de decloisonner, de maniere progressive, les echanges internationaux. En reponse a cette volonte, le GATT, General Agreement on Tariffs and Trade (ou AGETAC en francais, Accord general sur les tarifs douaniers) est mis en place a la conference de Geneve en 1947.

L’objectif est de reduire par « rounds » successifs les tarifs douaniers, ce qui aura pour consequence de favoriser les echanges internationaux, soutenant la croissance economique des pays developpes a economie de marche (PDEM). D’autre part, les pays europeens engages dans le conflit, mais egalement le Japon, sont devastes. Les besoins de reconstruction sont enormes. Dans ce contexte, le general George Marshall propose, au nom des Etats-Unis, une aide aux pays europeens dans un discours du 5 juin 1947.

Le Congres americain vote, en avril 1948, l’European Recovery Program, le Plan Marshall qui distribue pres de 13 milliards de dollars, majoritairement sous forme de dons, aux pays ayant accepte l’aide. Le plan Marshall repond a un double objectif politique et economique : celui qui consiste a endiguer le communisme « Containment » et celui qui consiste a eviter la surproduction qui menace l’economie americaine et qui a ete « l’irremplacable demarreur de l’investissement » en Europe d’apres Denis Woronoff.

En effet, la contre-valeur issue du plan Marshall a servi, notamment en France, a financer l’investissement, permettant une modernisation de l’appareil productif et donc une augmentation de la productivite. Cette aide prend la forme d’un don de capitaux des Etats-Unis (en fait, une ligne de credit), a condition que ceux-ci soient utilises en commandes a l’industrie des Etats-Unis[ref. necessaire] (celle d’Europe etait de toute facon exsangue a la fin de la guerre) : tracteurs, materiels ferroviaires… Les caracteristiques de la croissance Taux de croissance economique eleve

La croissance economique de l’apres-guerre est generale, mais il existe de fortes disparites entre chaque pays. En effet, sur la periode 1950-1973, le taux de croissance annuel moyen est de 5,64% en Italie, de 6,0% en RFA et de 9,29% au Japon, si bien que l’on qualifie de « miracles economiques » la croissance de ces pays. Le taux de croissance annuel moyen de la France (5,05%) est legerement inferieur tandis que ceux des Etats-Unis (3,93%) et du Royaume-Uni (2,93%) sont largement plus faibles, parce que ces pays sont initialement plus developpes.

De plus, le PIB reel par habitant croit annuellement dans des proportions similaires : 4,8% en Italie, 5,0% en RFA, 8,4% au Japon, 4,1% en France, 2,2% aux Etats-Unis et 2,5% au Royaume-Uni. Enfin, cette forte croissance economique se caracterise par sa regularite tout au long de la periode 1945-1973. Les faibles recessions constatees ne remettent pas en cause cette regularite si bien que la periode des Trente Glorieuses laisse supposer le caractere attenue des fluctuations cycliques qui ont ete une caracteristique du19eme siecle et de l’avant-guerre.

La particularite du Royaume-Uni en fait un pays de « croissance calme » vivant sur ses acquis ; pour retrouver un rythme de croissance eleve, le gouvernement de Margaret Thatcher procede a des reformes qui liberent le marche, les flux financiers et migratoires, mais detruisent les services publics et accroissent les inegalites et donc les tensions sociales. Une croissance marquee par le plein-emploi Entre 1950 et 1973, le taux de chomage du Japon s’etablit a 1,3%, celui de la France a 1,8%, celui de la RFA sera meme inferieur a 1% sur la fin de la periode tandis que celui des Etats-Unis s’etablit a environ 4,5%.

Les desequilibres interieurs et exterieurs Au debut de la periode, les desequilibres exterieurs traduisent la superiorite economique des Etats-Unis sur l’Europe et le Japon. C’est pourquoi on releve un deficit de la balance des transactions courantes des pays europeens et un excedent de celle des Etats-Unis. Par la suite, la difference entre les Etats-Unis et l’Europe sera moins marquee avant le redressement de cette derniere. Neanmoins, la domination de l’economie americaine est incontestable durant la periode des « Trente Glorieuses ».

D’autre part, les desequilibres exterieurs se traduisent par la necessite de nombreux pays europeens a recourir a la devaluation de leur monnaie. De 1946 a 1950, la France paralysee par une economie et des infrastructures obsoletes, ne connait pas de reelle croissance et les conditions de vie sont tres difficiles, en raison du cout eleve de la vie. Le rationnement, toujours present jusqu’en 47-48 et la crise du logement, accentuent les difficultes d’un peuple encore marque par la guerre.

La situation economique, tres preoccupante (le PIB francais de 1945 represente 40% de son niveau d’avant-guerre), focalise l’attention des pouvoirs publics, qui decident alors d’adopter, en partie, le modele du New Deal americain d’avant-guerre : le GPRF procede a la nationalisation de pans entiers de l’economie (parfois au motif de de punir les entrepreneurs ayant collabore tels Renault, mais surtout pour pouvoir piloter le relevement economique : exemple des Charbonnages de France). Ce plan prime sur les clivages politiques : le patronat ne proteste pas, et le PCF ainsi que la CGT condamnent les greves.

Il s’agit, d’apres Maurice Thorez, de « gagner la bataille de la production ». La diplomatie francaise ne menage pas non plus sa peine: en 1946, Leon Blum se rend aux Etats-Unis pour obtenir aupres de Byrnes, ministre des Finances americain, l’annulation d’une partie des dettes de guerre francaises aupres des Etats-Unis en echange de l’ouverture du marche francais au cinema americain. Le regime de Vichy avait cede aux Allemands ses actifs internationaux : les americains en recuperent une partie (sauf ceux situes dans l’Europe sous domination sovietique).

Jean Monnet, qui a participe aux negociations, est place a la tete du Commissariat au Plan en janvier 1946. Il lui appartient de conduire, a la tete du desormais vaste, coordonne et efficace secteur public, le relevement economique de la France. Son plan quinquennal, prevu pour 1947, a pour objectif d’atteindre a l’horizon 1950 le niveau de production de 1929 (la meilleure annee d’avant-guerre) et de le depasser de 25% en 1952. L’accent est mis sur le charbon, l’electricite, les tracteurs, l’acier et le ciment. Le choix de ces priorites denote l’etat economique du pays.

Le plan Monnet n’est pas solvable en l’etat des finances francaises de l’epoque, car il necessite de nombreuses importations que la France ne peut regler par manque de dollars (« dollar gap »). Le plan Marshall se revele presque providentiel a ce niveau, puisque la France recoit environ deux milliards et demi de dollars des Etats-Unis, ce qui lui permet de combler en partie le « dollar gap » et donc de ne pas repercuter le cout du plan sur la valeur du franc, lequel se deprecie deja regulierement en raison d’une inflation galopante : entre 1945 et 1948 les salaires nominaux triplent mais le pouvoir d’achat recule d’un tiers.

La mise en route du plan est donc couteuse, il faut aux Francais, comme aux autres Europeens, assumer de longues et dures journees de travail pour ne toucher que de maigres paies. Couplee a un contexte international tendu (ebauche de la Guerre Froide), la situation degenere en violentes greves en Octobre Novembre 1947. Cependant, lorsqu’arrive l’heure du bilan en 1952, on note un indeniable succes dans la realisation des objectifs du plan puisque dans tous les domaines, les taux de realisation sont proches voire au-dela de 100%.

Le rationnement alimentaire prend fin en 1949 (en Allemagne occidentale, il continuera encore cinq ans, en Europe orientale, encore quarante ans). L’annee 1949 est aussi celle ou la hausse des salaires, en France, depasse enfin celle des prix. La reconstruction des dommages de guerre (moindres en France qu’en Allemagne ou en Europe de l’est) est en bonne voie. Seule l’inflation se maintient a des niveaux preoccupants.

Au debut de l’annee 1952, l’arrivee au pouvoir d’une coalition de centre-droit dirigee par Antoine Pinay amorce une maitrise de l’inflation qui est contenue pendant 3 ans grace, entre autres, a une diminution des investissements publics -il est vrai moins necessaires qu’auparavant et au transfert de 80% des couts de la guerre d’Indochine sur les finances americaines a partir de 1950. C’est rasserenee et en expansion que la France fonde aux cotes de l’Italie, de la RFA, de la Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg la CECA, le 18 avril 1951.

La croissance est egalement soutenue par la diffusion de nouvelles technologies, comme le transistor ou les matieres plastiques, consecutive a l’augmentation de l’extraction du petrole et a la hausse du pouvoir d’achat, jusqu’en 1973. C’est un boom economique : developpement de l’industrie (la plupart des villes ont leur zone industrielle), developpement massif du machinisme, developpement des secteurs du batiment et des travaux publics, necessaires a la reconstruction du pays, et a la modernisation de ses infrastructures, developpement massif des exportations, economie de plein emploi (on manque meme de main d’? uvre), ugmentation du niveau de vie, augmentation des salaires, inflation assez peu maitrisee, devaluations successives, En consequence, produire en masse, acheter, consommer et meme gaspiller (eau, accumulation de dechets, matieres non recyclees notamment au niveau des emballages) deviennent des habitudes pour les citoyens des pays de l’OCDE. On entre donc dans une societe de consommation. Cette consommation permet l’equipement materiel des menages, dont le refrigerateur et la machine a laver puis la television et l’automobile dans les annees 1960 et 1970. En 1970 s’ajoutent a cette liste le lave-vaisselle et en 1980 le magnetoscope. Les citoyens des pays de l’OCDE sont de plus en plus nombreux a devenir proprietaires de leur logement, et a partir de 1985 de plus en plus de foyers possedent plusieurs automobiles. ?Les loisirs et le tourisme se developpent.? Des consequences plus profondes affectent le tissu economique du pays, avec une industrialisation de nouvelles regions, et surtout la societe elle-meme. Les zones urbaines sont particulierement touchees, leur mutation s’exprime dans la vie politique, par exemple par le biais de la creation de groupes d’action municipale, qui veulent promouvoir l’urbanisme et les politiques culturelles locales.

Interpretations des « Trente Glorieuses » Il existe plusieurs points de vue concernant cette periode. Selon le point de vue qualifie par les sociologues d’ ultra-liberal (qui postule que le moteur de la croissance et son autoregulateur est le marche), ce n’est pas le relatif dirigisme qui explique la croissance economique des « Trente Glorieuses », qui a ete principalement « mecanique », le dirigisme sachant seulement bien l’orchestrer.

Au contraire, ce dirigisme a « metamorphose en malediction » la croissance, en raison de deux effets pervers majeurs : la fonctionnarisation et le manque de concurrence, deja presents avant 1940, et la persistance des prejuges contre l’economie de marche, dont les nationalisations de 1981 seraient une resurgence : l’emergence de l’antiliberalisme francais aurait une partie de ses origines dans ce phenomene. Ce point de vue affirme qu’apres leur retour a un etat d’equilibre, les pays a economie sociale de marche caracterises par un Etat – providence tres present, ont marque le pas vis-a-vis des economies plus liberales.

Selon le point de vue qualifie par les sociologues de social-democrate ou de social-liberal (qui postule que le marche est certes un moteur de la croissance, mais aussi un deregulateur economique et social, et qu’a ce titre, il doit etre encadre par des politiques de redistribution partielle), ce sont les politiques de redistribution, a commencer par le Plan Marshall, et les sacrifices consentis par tous les partenaires sociaux, qui expliquent la croissance des « Trente Glorieuses » et l’avance des pays concernes par rapport aux economies non reglementees comme celles d’Amerique latine, d’Asie du sud-est ou des Etats-Unis pres 1980, et surtout par rapport aux economies planifiees des pays communistes.

Selon le point de vue qualifie par les sociologues de socialiste (qui postule que le marche est un facteur de predation economique et d’oppression sociale, et qu’a ce titre, il doit etre remplace par une economie planifiee et la nationalisation des biens et des moyens de production et de distribution), la croissance des « Trente Glorieuses » resulte, geopolitiquement, d’un phenomene de predation des oligarchies des pays de l’OCDE a l’egard du Tiers monde, et socialement, d’une politique d’ achat de la paix sociale par ces oligarchies, au prix d’un partage relatif des richesses (produites ou captees) avec les travailleurs des pays developpes, partage fort inequitable mais suffisant pour eteindre les revendications les plus violentes.

Entre ces points de vue tranches, qui ont chacun des arguments chiffres, il existe naturellement une multitude d’etudes et d’ouvrages developpant des analyses plus fines et plus nuancees. La periode de croissance de 1945-1973 dans le reste du monde Si l’on excepte l’immediat apres-guerre, periode de rattrapage par excellence, les pays de l’OCDE ont un TCAM de 4%. Mais a l’interieure du groupe on distingue 3 sous ensembles : Croissance relativement lente : USA (3,5% l’an) et Grande Bretagne (2,7%) Un peu plus rapide en France (5,1%), RFA (5,1%), Suisse (5,25% 1944-1973) et en Italie (5,5%). Enfin une croissance tout a fait exceptionnelle au Japon avec 10% Les Etats-Unis

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis sont dans une position dominante. Pourtant, pendant la croissance des Trente Glorieuses, ils connaissent une croissance economique moins forte que dans les autres pays developpes. Apres une recession en 1948, l’economie americaine repart grace a la Guerre de Coree a travers un plan important de rearmement. Dans les annees 1950, les salaires augmentent regulierement ainsi que la consommation, et Galbraith publie en 1958 The Affluent society. Kennedy lance au debut des annees 1960 une politique budgetaire (baisse des impots) et une politique sociale afin de lutter contre la pauvrete. Jonhson poursuit cette politique par son projet de « nouvelle societe ».

Cependant au cours des annees 1960, le solde des Etats-Unis ne cesse de se degrader: la balance commerciale devient negative avec la plupart des nations industrialisees, ce qui pousse le president Nixon a rendre le dollar inconvertible en or en 1971, mettant fin a la stabilite du dollar. La part des exportations americaines dans les exportations mondiales passe de 25% a 13% entre 1945 et 1973. Alors que l’economie americaine beneficiait en 1945 d’un niveau eleve de productivite, et de gains de productivite importants jusqu’a la fin des annees 1960 (mais plus faibles qu’ailleurs), ils sont de 1% par an dans les annees 1970, ce qui explique un debut de recession.