Les sens

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Philosophie Cours Terminales technologiques STG et ST2S (Rennes), STI (Grenoble) Redaction B. BERNARDI E. CARSIN S. CASTRO M. CHANTECAILLE J. -P. GUILLOT A. LEANDRI Y. MAZOUE F. MORICEAU B. DE NEGRONI D. PANZANI I. PARIENTE-BUTTERLIN N. SIMONDON A. VIALON Coordination 7-PH50-TEPA00-08 M. -O. AUVRAY-ALOUIS Reference : 7-PH50-TEPA00-08 Ce cours a ete redige et publie dans le cadre de l’activite du Centre National d’Enseignement a Distance, Institut de Rennes.

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STG, ST2S et STI Le programme (BO hors serie n° 7 du 01/09/05) Presentation du cours La verite ………………………………………………………………. 5 …………………………………………………………………………………………………………………………….. 9 > Introduction a l’examen du programme : Les sens ne sont-ils pas suffisants pour nous fournir toutes nos connaissances ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La recherche de la verite n’a-t-elle de sens que dans le domaine de la connaissance theorique ?

Explication d’un texte de Rousseau sur le mensonge La foi religieuse est-elle sans raison ? 15 > > > > > ……………………………………….. 45 ………………………………………….. 55 ………………………………………………………………………………. 63 Etude d’un texte de Freud sur la religion et la science . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L’experience est-elle un guide suffisant ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79 89 La culture > > Est-ce un devoir pour l’homme d’etre cultive ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Explication d’un texte de Pascal sur la raison humaine et l’instinct animal ……………………………………………………………………………………………………………………………… 99 111 Sommaire general-PH50 3 > > > >

Notre rapport au monde peut-il n’etre que technique ? …………………………………… 121 Les progres scientifique et technique dependent-ils seulement de l’experience ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Peut-on expliquer une ? uvre d’art ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Etude d’un texte de Kant sur la creation artistique et les decouvertes scientifiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137 143 149 La liberte > > > > > > > Explication d’un texte de Spinoza sur la liberte de penser L’obeissance aux lois exclut-elle la liberte ? ……………………………. 157 ………………………………………………………………… 163 Etude du livre I du Contrat social de Rousseau Ce qui est legal est-il toujours juste ? …………………………………………………………. 169 ……………………………………………………………………………….. 195 Etude d’un texte d’Aristote sur l’equite ………………………………………………………………………….. 203 Le bonheur peut-il constituer le but de la vie ?

Etude d’un texte d’Aristote sur le bonheur ………………………………………………………… 209 ………………………………………………………………….. 215 Conclusion > Trois parcours synthetiques exposant les relations entre l’ensemble des notions …………………………………………………………………………………………………… 223 4 Sommaire general-PH50 rogramme d’enseignement de la philosophie en classe terminale des series technologiques STG, ST2S et STI Bulletin officiel hors serie n° 7 du 01-09-05

I. Presentation I. 1 L’enseignement de la philosophie en classes terminales a pour objectif de favoriser l’acces de chaque eleve a l’exercice reflechi du jugement, et de lui offrir une culture philosophique initiale. Ces deux finalites sont substantiellement unies. Une culture n’est proprement philosophique que dans la mesure ou elle se trouve constamment investie dans la position des problemes et dans l’essai methodique de leurs formulations et de leurs solutions possibles ; l’exercice du jugement n’a de valeur que pour autant qu’il s’applique a des contenus etermines et qu’il est eclaire par les acquis de la culture, notamment dans les domaines des sciences, des religions et des arts. La culture philosophique a acquerir durant l’annee de terminale repose elle-meme sur la formation scolaire anterieure, dont l’enseignement de la philosophie mobilise de nombreux elements, notamment pour la maitrise de l’expression et de l’argumentation, la culture litteraire, les savoirs dispenses dans les disciplines professionnelles et scientifiques et la connaissance de l’histoire.

Ouvert aux acquis des autres disciplines, cet enseignement vise dans l’ensemble de ses demarches a developper chez les eleves l’aptitude a l’analyse, le gout des notions exactes et le sens de la responsabilite intellectuelle. Il contribue ainsi a former des esprits autonomes, avertis de la complexite du reel et capables de mettre en ? uvre une conscience critique du monde contemporain. Dispense durant une seule annee, a la fin du cycle secondaire, et sanctionne par les epreuves d’un examen national, l’enseignement de la philosophie en classes terminales presente un caractere elementaire qui exclut par principe une visee encyclopedique.

Il ne saurait etre question d’examiner dans l’espace d’une annee scolaire tous les problemes philosophiques que l’on peut legitimement poser, ou qui se posent de quelque maniere a chaque homme sur lui-meme, sur le monde, sur la societe, etc. Il ne peut pas non plus s’agir de parcourir toutes les etapes de l’histoire de la philosophie, ni de repertorier toutes les orientations doctrinales qui s’y sont elaborees. Il convient donc d’indiquer clairement a la fois les themes sur lesquels porte l’enseignement et les competences que les eleves doivent acquerir pour mairiser et exploiter ce qu’ils ont appris.

Le programme delimite ainsi le champ d’etude commun aux eleves des series technologiques. I. 2 Dans les classes terminales conduisant aux baccalaureats des series technologiques, les programmes se composent d’une liste de notions et d’une liste d’auteurs. Les notions definissent les champs de problemes abordes dans l’enseignement, et les auteurs fournissent les textes, en nombre limite, qui viendront a l’appui de l’analyse des notions et de l’examen des problemes. C’est dans cette etude que seront acquises et developpees les competences definies au Titre III ci-dessous.

Le professeur determinera la demarche qui lui paraitra le mieux correspondre aux exigences de son cours et aux besoins de ses eleves. La liste des notions et celle des auteurs ne proposent pas un champ indetermine de sujets de debats ouverts et extensibles a volonte. Elles n’imposent pas non plus un inventaire suppose complet de themes d’etude que l’eleve pourrait maitriser du dehors par l’acquisition de connaissances speciales, soit en histoire de la philosophie, soit en tout autre domaine du savoir.

Elles determinent un cadre pour l’apprentissage de la reflexion philosophique, fonde sur l’acquisition de connaissances rationnelles et l’appropriation du sens des textes. II. 1 Notions et reperes Le choix d’un nombre restreint de notions n’a d’autre principe que d’identifier les plus communes et les mieux paratagees. Les notions retenues doivent constituer un ensemble suffisamment coherent et homogene pour que leur traitement fasse toujours ressortir leurs liens organiques de dependance et d’association.

L’intelligence et le traitement des problemes que les notions permettent de poser doivent etre guides par un certain nombre de reperes explicites. Bulletin officiel-PH50 5 II. 1. 1. Notions Cette partie du programme se compose de trois notions capitales, ouvrant trois domaines aux directions fondamentales de la recherche. Ces trois notions occupent la premiere colonne du tableau ci-contre. La deuxieme colonne est constituee d’autres notions isolees ou couplees dont le traitement permet de specifier et de determiner quelques-uns des problemes les plus importants correspondant aux trois domaines fondamentaux.

Les notions de la deuxieme colonne sont elles-memes susceptibles d’etre abordees sur plusieurs registres : ainsi pour les echanges, pour l’experience, ou pour la raison et la croyance, titre auquel pourront etre abordees des questions d’epistemologie et de metaphysique aussi bien que les divers aspects du « fait religieux ». La mise en correspondance des notions de la deuxieme colonne avec celles de la premiere et la presentation de certaines notions en couple n’impliquent aucune orientation doctrinale ; elles determinent l’une et l’autre une priorite dans l’ordre des problemes que ces notions permettent de formuler.

Les notions figurant dans l’une et l’autre colonne ne constituent pas necessairement, dans l’economie du cours elabore par le professeur, des tetes de chapitre. L’ordre dans lequel elles sont abordees releve de la liberte philosophique et de la responsabilite du professeur, pourvu que toutes soient examinees. II. 1. 2. Reperes L’etude methodique des notions est precisee et enrichie par des reperes auxquels le professeur fait reference dans la conduite de son enseignement. Il y a lieu de les formuler explicitement, pour en faciliter l’appropriation par les eleves.

Un petit nombre de ceux dont l’usage est le plus constant et le plus formateur est repertorie, par ordre alphabetique, sous le tableau des notions. Chacun de ces reperes presente deux caracteristiques : il s’agit, d’une part, de distinctions lexicales operatoires en philosophie, dont la reconnaissance precise est supposee par la pratique et la mise en forme d’une pensee rigoureuse, et, d’autre part, de distinctions conceptuelles accreditees dans la tradition et, a ce titre, constitutives d’une culture philosophique elementaire.

Les distinctions ainsi specifiees presentent un caractere operatoire et, a des degres variables, transversal, qui permet de les mobiliser progressivement, en relation avec l’examen des notions et l’etude des ? uvres, ainsi que dans les divers exercices proposes aux eleves. Par exemple, la distinction cause/fin peut etre impliquee dans l’examen de notions telles que l’art et la technique, les echanges, le bonheur, etc. , ou la distinction persuader/convaincre peut intervenir dans celui de notions telles que la verite, la raison et la croyance, la justice et la loi, etc.

C’est aussi pourquoi ces reperes ne feront en aucun cas l’objet d’un enseignement separe ni ne constitueront des parties de cours ; le professeur determinera a quelles occasions et dans quels contextes il en fera le mieux acquerir par les eleves l’usage pertinent, qui ne saurait se reduire a un apprentissage mecanique de definitions. 6 Bulletin officiel-PH50 Notions : La culture – L’art et la technique – Les echanges La verite – La raison et la croyance – L’experience La liberte – La justice et la loi – Le bonheur

Reperes : Absolu/relatif – Abstrait/concret – Cause/fin – Contingent/necessaire/possible – En fait/en droit Expliquer/comprendre – Identite/egalite/difference – Legal/legitime – Objectif/subjectif – Obligation/ contrainte – Persuader/convaincre – Principe/consequence – En theorie/en pratique – Universel/general/particulier/singulier II. 2 Auteurs L’etude de textes choisis dans les ? uvres des auteurs majeurs est un element constitutif de toute culture philosophique, meme elementaire.

Il ne s’agit pas, au travers d’un survol historique, de recueillir une information factuelle sur des doctrines ou des courants d’idees, mais bien d’enrichir la reflexion de l’eleve sur les problemes philosophiques par une connaissance directe de leurs formulations et de leurs developpements les plus authentiques. C’est pourquoi le professeur ne dissociera pas l’explication et le commentaire de textes du traitement des notions figurant au programme. L’etude des textes, dont le choix est laisse a l’appreciation du professeur, sera adaptee a l’horaire de la classe.

Dans les classes des series technologiques, elle pourra porter sur un ensemble de textes courts soutenant de facon topique l’analyse d’une notion ou l’examen d’un probleme ; elle ne prendra pas necessairement la forme d’une analyse suivie et systematique d’? uvres. Bien entendu, le professeur peut toujours utiliser dans son enseignement des ecrits d’auteurs qui ne figurent pas sur cette liste, y compris en les empruntant a la litterature ou aux sciences humaines.

Platon ; Aristote ; Epicure ; Lucrece ; Seneque ; Ciceron ; Epictete ; Marc Aurele ; Sextus Empiricus ; Plotin ; Augustin ; Averroes ; Anselme ; Thomas d’Aquin ; Guillaume d’Ockham. Machiavel ; Montaigne ; Bacon ; Hobbes ; Descartes ; Pascal ; Spinoza ; Locke ; Malebranche ; Leibniz ; Vico ; Berkeley ; Condillac ; Montesquieu ; Hume ; Rousseau ; Diderot ; Kant. Hegel ; Schopenhauer ; Tocqueville ; Comte ; Cournot ; Mill ; Kierkegaard ; Marx ; Nietzsche ; Freud ; Durkheim ; Husserl ; Bergson ; Alain ; Russell ; Bachelard ; Heidegger ; Wittgenstein ; Popper ; Sartre ; Arendt ; Merleau-Ponty ; Levinas ; Foucault.

III. Apprentissage de la reflexion philosophique Les formes de discours ecrit les plus appropriees pour evaluer le travail des eleves en philosophie sont la dissertation et l’explication de texte. La preparation et la pratique de ces exercices dans les classes terminales des series technologiques tiennent compte a la fois de l’horaire imparti a l’enseignement de la discipline et de la culture scolaire commune aux eleves de ces series.

La dissertation est l’etude methodique et progressive des diverses dimensions d’une question donnee. A partir d’une premiere definition de l’interet de cette question et de la formulation du (ou des) probleme(s) qui s’y trouve(nt) implique(s), l’eleve developpe une analyse suivie et coherente correspondant a ces problemes, analyse etayee d’exemples et mobilisant avec le discernement necessaire les connaissances et les instruments conceptuels a sa disposition. Bulletin officiel-PH50 7

L’explication s’attache a degager les enjeux philosophiques et la demarche caracteristique d’un texte de longueur restreinte. En interrogeant de maniere systematique la lettre de ce texte, elle precise le sens et la fonction conceptuelle des termes employes, met en evidence les elements implicites du propos et decompose les moments de l’argumentation, sans jamais separer l’analyse formelle d’un souci de comprehension de fond, portant sur le probleme traite et sur l’interet philosophique de la position construite et assumee par l’auteur.

Dissertation et explication de texte sont deux exercices complets, qui reposent d’abord sur l’acquisition d’un certain nombre de normes generales du travail intellectuel, telles que l’obligation d’exprimer ses idees sous la forme la plus simple et la plus nuancee possible, celle de n’introduire que des termes dont on est en mesure de justifier l’emploi, celle de preciser parmi les sens d’un mot celui qui est pertinent pour le raisonnement que l’on conduit, etc.

Les deux exercices permettent de former et de verifier l’aptitude de l’eleve a utiliser les concepts elabores et les reflexions developpees, ainsi qu’a transposer dans un travail philosophique personnel et vivant les connaissances acquises par l’etude des notions et des ? uvres. La maitrise des distinctions contenues dans la liste des reperes (II. 1. 2) aide l’eleve a analyser et a comprendre les sujets et les textes proposes a la reflexion et a construire un propos conceptuellement organise.

Les exigences associees a ces exercices, tels qu’ils sont proposes et enseignes en classe terminale, ne portent donc ni sur des regles purement formelles, ni sur la demonstration d’une culture et d’une capacite intellectuelle hors de portee. Elles se ramenent aux conditions elementaires de la reflexion, et a la demande faite a l’eleve d’assumer de maniere personnelle et entiere la responsabilite de la construction et du detail de son propos.

La realisation de cet objectif dans les classes des series technologiques comporte des conditions specifiques de reussite. Les capacites a developper par les eleves sur le plan methodologique consistent principalement a introduire a un probleme, a mener ou analyser un raisonnement, a apprecier la valeur d’un argument, a exposer et discuter une these pertinente par rapport a un probleme bien defini, a rechercher un exemple illustrant un concept ou une difficulte, a etablir ou restituer une transition entre deux idees, a elaborer une conclusion.

La maniere dont les eleves s’approprient ces capacites sera regulierement verifiee au cours de l’annee scolaire, que ce soit sous forme ecrite ou sous forme orale, dans le cadre de devoirs complets ou d’exercices preparatoires correspondant particulierement a l’une ou l’autre d’entre elles. L’amelioration de l’expression et la maitrise de la langue y feront l’objet d’une attention constante. Le professeur doit aussi trouver les mediations et les modes de participation qui permettent aux eleves de comprendre le sens et l’interet pour eux des questions traitees.

Il est ainsi amene a articuler avec la reflexion philosophique les competences specifiques acquises par les eleves. En particulier, il veillera precisement a tenir compte, dans le traitement des notions du programme, dans le choix des textes etudies et dans la definition des sujets d’exercices proposes aux eleves, de leur orientation dans tel ou tel domaine de competence technologique. La liberte pedagogique est d’autant plus necessaire que la reussite des eleves peut etre favorisee par des formes de travail qui ne s’en tiennent pas au seul cadre de la lecon.

C’est pourquoi, il n’y a pas lieu de fournir une liste exhaustive des demarches propres a la reflexion philosophique, ni par consequent une definition limitative des conditions methodologiques de son exercice. Le professeur s’attachera a en faire percevoir le benefice aux eleves, non seulement pour l’amelioration de leurs resultats scolaires, mais plus generalement, pour la maitrise de leur propre pensee et pour son expression la plus claire et convaincante. 8

Bulletin officiel-PH50 resentation Le cours de philosophie est constitue d’une serie de lecons plus ou moins longues qui portent sur les notions du nouveau programme des series technologiques. La plupart des lecons qui constituent votre cours se presentent explicitement comme l’examen d’une question, qui, a partir de l’examen du sens de la notion etudiee, devoile et instruit au moins l’un des problemes philosophiques elementaires auxquels conduit necessairement la notion a l’etude.

Pour chacune de ces lecons, il vous faudra proceder a un examen attentif de ce qui en constitue la question directrice et les grandes etapes de son traitement (vous pouvez d’ailleurs realiser a cette fin des fiches synthetiques pour chaque lecon). Mais il vous sera egalement tres utile de mettre peu a peu en relation chaque notion avec les autres en vue de saisir les liens qu’elles entretiennent entre elles.

Ainsi progressivement un certain nombre de problemes philosophiques elementaires vont pouvoir apparaitre, problemes poses par l’examen meme des notions et de leurs relations. Vous vous preparerez ainsi methodiquement aux problemes philosophiques dont l’examen peut vous etre propose au baccalaureat, a partir de l’enonce d’un sujet de dissertation ou de l’explication d’un texte philosophique. Philosopher : un travail d’analyse et de liaison de notions

En lisant attentivement les lecons qui constituent le cours de philosophie, vous vous apercevrez en effet qu’en traitant le sujet precis qui est annonce, chaque lecon examine de maniere centrale telle ou telle notion du programme, mais ce faisant, aborde deja d’autres notions. Il n’y a absolument pas moyen de faire autrement : parler, quoi que l’on dise, c’est mettre en relation des mots ; parler d’une notion, si simplement ou si philosophiquement que ce soit, c’est la mettre en relation avec d’autres notions : c’est cela que l’on fait uand, pour definir une notion ou simplement en eclairer le sens, on l’analyse, on la delimite, on la compare (pour degager les traits communs qu’elle peut partager avec d’autres, mais aussi ce qui l’en distingue), on l’oppose a d’autres, on l’illustre, etc. C’est pourquoi, apres avoir etudie chaque chapitre du cours (chapitre qui englobe plusieurs lecons), il est bon de chercher systematiquement ce qui peut etre dit de chacune des notions dans toutes les autres lecons dont le titre pourtant n’annonce pas explicitement qu’il l’aborde.

Un second type de fiches de lecture du cours peut alors etre elabore : si en effet vous notez sur une fiche consacree a chaque notion toutes les references qui s’y rapportent (numero du tome, page, titre de la lecon, et a la suite, ce qui en est dit dans le passage precis), vous construirez en rassemblant ces fiches ce qu’on appelle un « index » de votre cours, qui vous permettra de mieux le connaitre, de mieux vous y retrouver, de mieux vous souvenir des relations qui existent entre les notions.

Ainsi ne faut-il pas se contenter de lire les divers chapitres du cours comme s’ils etaient separes les uns des autres entierement et definitivement : ce sont des entrees distinctes. Ils posent et traitent des problemes differents, mais qui peuvent se relier les uns aux autres progressivement (il n’y a pas non plus a se presser et a bruler les etapes). Le texte du programme affirme que « les notions retenues doivent constituer un ensemble suffisamment coherent pour que leur traitement fasse toujours ressortir leurs liens organiques de dependance et ’association ». Examinons brievement et schematiquement comment on peut organiser leur ensemble en sorte de faire apparaitre entre elles toutes une telle coherence pour ainsi dire organique. La philosophie comme examen du rapport de l’homme au reel : On accuse souvent depuis son origine la philosophie d’etre abstraite, de s’enfermer dans un systeme d’idees coupees de la realite, voire de ne jouer qu’avec des mots.

Il est pourtant beaucoup moins injuste de se representer la philosophie tout entiere comme un souci du reel, dont la caracteristique specifique tient en ce qu’elle n’examine pas seulement en quoi consiste le reel (comme il arrive dans la connaissance et les sciences, dans la technique et dans l’action, les representations et les croyances, etc. ), mais le rapport que l’homme entretient ainsi, a chaque fois, avec le reel. Toutes les notions de votre programme peuvent ainsi etre etudiees comme des determinations de ce rapport de l’homme au reel.

Nous allons ici simplement tenter d’en donner une premiere idee. La raison, en tant qu’elle est ce qui justement permet a l’homme d’examiner sa propre realite et celle du monde auquel il se tient, est donc une notion fondamentale pour etudier le rapport de l’homme au reel. Examiner du point de vue de la raison l’ensemble Presentation-PH50 9 des rapports que l’homme entretient avec la realite, ce n’est pas prejuger que tous ces rapports sont rationnels, ni rationnels au meme degre, ni rationnels au meme sens ; c’est en revanche analyser dans quelle mesure ils relevent de la raison chacun a leur maniere, ce u’il faut, dans chacun de ces cas, entendre par « raison » et tenir pour son contraire. L’experience de son cote, est, en un sens, le nom generique que l’on peut donner au reel lui-meme, tel que du moins l’homme est en rapport avec lui des ses premieres perceptions et actions sur le monde. Mais l’homme est aussi l’etre capable d’acquerir toujours plus d’experience par la mise a l’epreuve precisement des idees premieres qu’il peut se faire de lui-meme et du monde.

L’experience est donc aussi une maniere pour l’homme de penser son rapport au reel a travers les differents domaines par lesquels il peut en elargir et en enrichir le sens. La croyance en ce sens, peut apparaitre tout d’abord comme l’antithese de l’experience : croire quelque chose, n’est-ce pas, plutot que d’apprehender le reel tel qu’il se donne, s’en faire une simple idee, plus ou moins arbitraire, voire modifier ou meme deformer la realite par des representations qui chercheraient moins a decrire le reel tel qu’il est qu’a nous le representer tel que nous desirons qu’il soit ?

Cependant, est-on libre de croire au seul gre de notre fantaisie ? Peut-on reellement croire en nos propres croyances ou en celles des autres autrement qu’en reference a une certaine idee du reel qui ne saurait etre n’importe quoi (sous peine que chacun soit enferme dans des croyances a ce point singulieres qu’il ne pourrait les partager avec quiconque) ? La verite n’est-elle pas justement cette norme, valable pour tous, par laquelle les hommes cherchent a mesurer le degre de validite de leurs croyances et de leurs representations du reel ?

La verite, sans se confondre avec le reel, exprime pourtant ce souci d’un reel sur lequel nous pouvons, en fonction de criteres verifies, nous accorder et nous entendre. La culture a son tour, designe toute une partie du reel lui-meme : elle renvoie en effet a l’ensemble des manieres d’etre ou de vivre propres aux hommes qui forment notamment la realite de leur vie historique et sociale, ainsi qu’a l’ensemble des productions par lesquels les hommes construisent, de maniere a chaque fois historiquement et collectivement determinee, les conditions et le milieu meme de leur existence.

Mais la culture ne renvoie-t-elle pas egalement a la facon dont les hommes pensent leur rapport au reel, a travers les representations et les valeurs par lesquelles ils donnent sens a leur experience du monde et structurent les echanges (tant de biens que d’idees) qui ordonnent leur maniere d’etre ensemble ? Les echanges, comme on vient de l’indiquer, sont, en tant que dimension de l’existence sociale, historique et collective de l’homme, une partie de la realite.

Les objets echanges avec lesquels les hommes construisent leur propre vie – que ces realites correspondent a des besoins materiels ou spirituels – ne sauraient eux-memes etre compris independamment des formes de relations auxquelles ils donnent lieu entre les hommes, au point meme que la valeur de ces objets depend finalement peut-etre plus encore des echanges qu’ils rendent possibles que de leur nature propre. Et cependant, cette maniere d’entretenir et de cultiver, par les echanges, notre vie collective, meme i elle donne lieu a une tradition qui en un sens depasse chacun, n’existe pas a la maniere d’une chose : elle suppose une adhesion personnelle par laquelle chacun pense sa maniere de se rapporter a cette realite, de sorte que la qualite des echanges depend a son tour de la facon dont chacun cherche a les penser et a les vivre, et ce faisant, a se penser lui-meme. L’art et la technique, dans cette perspective, sont deux des formes generales de ce rapport culturel – ou proprement humain – au reel.

Il faudra cependant le verifier : car plutot que soucieux du reel, l’art n’est-il pas souvent concu comme faisant la part belle a l’imaginaire ? Symetriquement, la technique ne s’eloigne-t-elle pas du reel si nous ne voyons en elle qu’une production d’objets artificiels ? Et cependant la nature et le sens veritable de l’art (au sens des beaux-arts) sont-ils reellement comprehensibles si on ne refere pas l’examen de l’art a celui d’une relation proprement esthetique au reel, relation qui ne se confond ni avec la volonte de le connaitre, ni avec celle de le modifier pour pouvoir agir sur lui ?

De meme, est-il si facile, dans le domaine des procedes et des productions techniques, de distinguer entre le reel donne et le reel produit ou construit ? Enfin, toute connaissance du reel, a proportion du souci de son objectivite, ne doit-elle pas necessairement s’armer, s’instrumenter, bref se techniciser ? Avec la liberte, ne quittons-nous pas le terrain du reel pour entrer dans celui de purs ideaux, qui ne se reduiraient finalement qu’a de simples mots ? Mais peut-on veritablement comprendre le reel sans l’effort que fait l’homme pour se produire ou se realiser lui-meme dans le monde comme un etre libre ?

Dans la mesure meme ou l’homme fait partie du reel, la liberte en fait partie. Toute la question est alors de savoir comment la liberte peut s’inscrire dans le reel et en enrichir ainsi la comprehension. 10 Presentation-PH50 Cette question peut aussi etre examinee du point de vue de la loi. Une definition rudimentaire de la loi la definit en effet en opposition avec le reel : le reel, c’est ce qui est, alors que la loi nous indique d’abord ce qui doit etre. Ce devoir n’est-il donc pas qu’une simple idee, plus ou moins vide de sens et de realite ?

Or il suffit qu’on se demande s’il nous est si facile d’echapper a la loi – et aux institutions qui ont la charge de l’appliquer et de la faire respecter : justice, police, etc. – pour se rendre compte qu’en un sens, pour les hommes, rien n’est plus reel que la loi. Vous remarquerez comment la necessite de la loi, si elle designe dans les sciences de la nature comme de l’homme la representation de ce qui est le plus reel (ce qui ne peut pas ne pas etre), prend un sens different dans les domaines qui mettent en jeu l’action humaine.

La loi renvoie alors aux buts que les hommes se fixent comme necessaires pour tous, buts par consequent irreductibles aux desirs particuliers ou aux simples lubies, et dont il faut absolument s’assurer et controler la realisation. La justice, loin d’apparaitre alors comme une simple utopie, un simple produit de l’imagination, n’est-elle pas la valeur ou la norme indispensable a la force de cette necessite collectivement reconnue que nous venons de rencontrer avec la loi ?

C’est une question classique et fondamentale de se demander par exemple d’ou vient la force des lois, et quel rapport cette force peut precisement entretenir avec la justice comme avec la liberte. Enfin on pourrait se demander si rien n’est plus etranger au souci du reel que l’idee de bonheur. Le bonheur en effet n’est-il pas une tendance qui nous pousse a nous refugier hors du reel pour mener une vie plus « revee » que reelle ?

Mais, comme nous avons deja pu le signaler a propos de la liberte, de la justice ou de la verite, le bonheur, pourrait-on dire, est au moins une partie du reel pour la simple raison que l’homme lui-meme est une partie du reel. La possibilite en effet pour l’homme d’etre heureux ou malheureux est en effet si essentielle a la realite humaine que l’homme ne peut pas meme penser la realite (en lui comme hors de lui) s’il se dispense d’une reflexion radicale sur le bonheur, que cette reflexion le porte a examiner le sens meme de cette notion, ou la question de sa possibilite et de ses modes de realisation.

Par exemple : Le bonheur est-il sans fin ? Est-ce une idee que nous pouvons gouverner ou maitriser avec plus ou moins de reussite ? Ou bien s’agit-il d’une simple illusion ? Mais meme ce qui peut nous apparaitre tout a fait irreel ne peut prendre tout son sens qu’en reference a une certaine idee du reel qu’il faudra, a chaque fois, tenter d’examiner et de justifier. Le tableau que nous venons de brosser des relations possibles entre toutes les notions du programme, n’est bien sur pas le seul possible.

Il n’est qu’un exemple, destine a donner un peu de vie et de couleur au tableau officiel. Les analyses qui se trouvent contenues dans ce bref expose, comme tout en philosophie, peuvent vous paraitre discutables sur tel ou tel point, vous avez tout a fait le droit, il suffit alors (c’est la premiere condition pour que cela reste philosophique) que vous les discutiez effectivement et que vous soyez capables de vous justifier en opposant d’autres analyses.

Mais le risque le plus grand vraisemblablement est que ce tour du programme en quelques paragraphes ne peut etre bien clair pour vous qui allez debuter en philosophie. C’est en travaillant d’abord, sans souci de l’ensemble, les questions une a une (de meme pour les textes), que vous pourrez comprendre vraiment ce qui a ete expose de facon « cavaliere » ici, et que vous pourrez devenir de plus en plus sensibles aux problemes des liaisons. Mais il n’y a pas d’urgence.

En philosophie, c’est souvent en travaillant le detail jusqu’a ce qu’il devienne limpide, que l’on comprend le mieux les grandes relations. C’est pourquoi ce n’est qu’a la fin de votre cours que vous trouverez une derniere lecon qui, en guise de conclusion, vous proposera une reprise un peu plus developpee des relations qui unissent toutes les notions, sous la forme de trois parcours synthetiques possibles, chacun organisant les notions et les problemes philosophiques du programme a partir d’une des trois notions de la colonne de gauche. Presentation-PH50 11