Les carbonari

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TD HISTOIRE MODERNE LES CARBONARI INTRODUCTION Le terme « carbonaro » (pluriel carbonari) est un nom italien signifiant « charbonnier ». Les Carbonari sont des membres formant une societe secrete, le Carbonarisme, qui se forma en Italie, d’abord au royaume de Naples afin de lutter contre la domination napoleonienne (1807-10), puis dans les Etats pontificaux et particulierement en Romagne, apres 1815, pour lutter contre la politique de la Sainte-Alliance.

Les Carbonari voulaient surtout etablir une unite nationale pour former une Republique italienne libre. En raison de la repression, la Charbonnerie constituait le seul moyen d’expression politique. Selon Martine Watrelot, dans Le rabot et la plume, le carbonarisme est un groupement de revolutionnaires francais et italiens utilisant le secret, le serment et le corpus symbolique de la passion du Christ pour lier entre eux des individus de milieux heterogenes qui se vouent a l’instauration de la republique empechee par Napoleon Bonaparte.

De 1806 a 1815, le royaume de Naples est a nouveau sous domination francaise avec pour roi d’abord Joseph Bonaparte, frere aine de Napoleon Bonaparte, puis Joachim Murat, beau-frere de Napoleon Ier par son mariage avec Caroline-Bonaparte en 1800. Les origines de la Carboneria sont longtemps restees incertaines et ont ainsi donne lieu

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a de mutiples controverses. Tout d’abord, on pense que la societe a ete fondee en 1806 par Philippe Buonarotti. Mais quelques historiens en font remonter les debuts au regne de Francois Ier, alors que d’autres lui assignent une naissance encore plus ancienne. Selon la legende, Francois Ier fut initie aux mysteres des Carbonari alors qu’il passait en plein milieu d’une de leurs ceremonies. Il s’etait assis par megarde sur un siege appartenant au chef de la confrerie et il s’entend dire « Charbonnier est maitre chez lui » (ce qui serait a l’origine de cet adage bien connu). > Selon Benoist Malon (Histoire du socialisme), au XIe siecle, un moine de Sarrebruck, nomme Theodebald, fonda une association secrete composee de charbonniers et de bucherons. Cette societe avait pour but d’arriver a fonder l’Etat democratique egalitaire.

Jesus etait le grand-maitre « honorifique », dont les affilies etaient divises en groupes appeles ventes. Le mot d’ordre etait : Foi, Esperance, Charite (Fede, Speranza, Carita). Il y avait, en outre, des mots de passe, qui changeaient frequemment, et de mysterieux signes de reconnaissance. > L’Italie des Duecento (XIIIeme siecle) et Trecento (XIVeme siecle) serait le berceau d’origine du Carbonarisme : le mot tirerait sa source des reunions des Guelfes. Ces derniers, afin d’echapper aux poursuites de leurs adversaires, les Gibelins, se reunissaient au milieu des bois et s’assemblaient dans des cabanes de bucherons et de charbonniers. Les temoignages les plus credibles rattachent la Charbonnerie au courant liberal, antibonapartiste, de derivation jacobine, se manifestant dans certaines regions des Alpes et du Jura. Les Charbonniers du Jura formaient un compagnonnage qui regroupait toutes les personnes travaillant dans les forets : forestiers, charbonniers ou bucherons. Ils procedaient a des initiations et a des tenues, le tout fortement base sur un systeme d’entraide, de bienfaisance et de bonne entente entre tous les membres.

C’est le revolutionnaire francais Pierre-Joseph Briot, franc-macon du rite de Misraim et fondateur du club jacobin de Besancon, qui importa ce rite a Naples, fin 1809. Il aurait ete initie en 1793 au rite des « Bons Cousins Charbonniers », une confraternite reunissant chasseurs, contrebandiers et charbonniers. Briot employa alors un pseudonyme, Saint-Edme, pour s’affranchir de sa responsabilite d’avoir importe les rituels de « Bons Cousins Charbonniers » a Naples. Ce n’est reellement qu’a la fin du XVIIIeme et au commencement du XIXeme siecle que le Carbonarisme a joue le role qui lui a fait dans l’histoire une place si marquee.

Problematique : Quel role ont joue les Carbonari au XVIIIeme – XIXeme siecle ? I. L’EMERGENCE DU CARBONARISME EN ITALIE A. Les debuts du Carbonarisme C’est sous le regne de Murat qu’apparut pour la premiere fois en Italie le Carbonarisme. Il se developpa dans le royaume de Naples entre 1806 et 1815. La diffusion de la Charbonnerie est inegale. Elle est tres sporadique en Toscane, plus forte en Piemont et surtout, dans les royaumes absolutistes (les Etats pontificaux, les Deux-Siciles et le royaume Lombard-Venitien).

Murat favorisa cette propagande qu’il considerait comme civilisatrice. Puis, epouvante des progres que faisaient dans le peuple les nouvelles doctrines, il desarma les Carbonari et les chassa de ses Etats. Ils se refugierent dans les Calabres, sous la conduite de leur chef, Capo-Bianco. A cette epoque, la secte ne comptait que quelques milliers d’adherents. Mais elle allait bientot s’etendre dans toute l’Italie, envahir la France, gagner l’Espagne, franchir le Rhin et faire trembler sur leurs trones tous les souverains de l’Europe monarchique.

On a souvent confondu le Carbonarisme avec la Franc-maconnerie, dont il n’est, en realite, qu’un derive. La Charbonnerie lui emprunta en grande partie son symbolisme et son rituel initiatique. Les Carbonari avaient une vision de la societe largement elitiste, comme celle de la franc-maconnerie. Malgre le fait qu’on a parfois dit que les Carbonari avaient pu s’en inspirer (memes statuts, memes usages, meme but), le Carbonarisme possede son propre ceremonial, son propre langage symbolique, dont les termes sont empruntes au commerce du charbon.

C’est ainsi que le lieu d’assemblee s’appelle hutte (en italien baracca) ; le pays ou se tient l’assemblee, la foret ; la reunion elle-meme, – ce qu’en langage maconnique on nomme la tenue, – la vente (en italien vendita). Une reunion de huttes est une republique. Purger la foret des loups signifie delivrer la patrie des tyrans et des oppresseurs. De la, le cri de ralliement du Carbonarisme : Vengeance au mouton opprime par le loup. B. Le Carbonarisme sous Murat Sous le regne de Murat, la secte prosperait dans le Midi Italien.

Lorsque Joachim Murat succede a Joseph Bonaparte sur le trone de Naples le 1er aout 1808, il veut faire triompher les macons. Plusieurs de ses decrets atteignirent et proscrivirent les Carbonari. Bientot, il fallut etre macon pour arriver aux emplois civils. L’interet obligea donc les Carbonari de se faire recevoir dans cet ordre afin d’obtenir ou de conserver des places. Murat persecuta les Carbonari, les considerant comme des conspirateurs ou les soupconnant de travailler au retablissement de Ferdinand sur le trone. Cette erreur lui suscita beaucoup d’ennemis, et fut meme peut-etre l’une des principales causes de sa chute.

Murat envoya donc le general Menes, avec les pleins pouvoirs, dans la tentative de soumettre les Carbonari. Des lors, la cruaute du nouveau souverain de Naples emerge : selon Saint-Edme, il avait fait attacher a des arbres des Carbonari depouilles de leurs vetements, les avait enduit de miel avant de les abandonner aux mouches. Ces atrocites sont restees sans punition et les Napolitains ne virent plus qu’un tyran en la personne de Murat. Toutefois, Murat sentit la necessite de se faire des partisans parmi le peuple napolitain, et cessa ses persecutions contre les Carbonari.

Mais cette reconciliation fut de courte duree et non sincere : en 1815, Joachim Murat fut abandonne, a la fois par les Carbonari mais egalement par la grande majorite de la population, que la secte influencait. Ferdinand revint alors sur le trone (qu’il conservera jusqu’a sa mort, en 1825). Il poursuivit la Charbonnerie et la Franc-maconnerie comme ennemies particulieres de son autorite ; toutes les ventes et les loges maconniques sont fermees dans le royaume, les registres et papiers enleves et brules. Les defenses les plus severes sont proclamees contre tout rassemblement de Carbonari et de macons.

Plusieurs individus sont arretes a diverses epoques, charges de chaines et condamnes a la deportation. Cette severite mal entendue est une des causes majeures de la revolution de 1820. II. LES CARACTERISTIQUES A. Constitution des Carbonari Organe d’action, la Charbonnerie fait des adeptes parmi les artisans, la petite bourgeoisie, le bas clerge, mais demeure avant tout de recrutement militaire. Elle garde de l’armee le gout de la hierarchie : en effet, les Carbonari se divisent en petits groupes de 20 membres, nommes ventes, qui dependent d’une vente centrale, elle-meme subordonnee a une « Haute-Vente » que dirige le Grand Maitre.

Le contact entre les groupes n’est pas assure par leurs chefs, qui ne se connaissent pas, mais par un mediateur (un uomo fido) designe par leurs soins. Les ordres se transmettaient uniquement de facon orale. Aucun Carbonaro ne pouvait connaitre ses superieurs hierarchiques, et ne frequentait que quelques autres Carbonari. Seul le chef de chaque vente en connait tous les affilies. L’engagement de chacun devait etre total. Chaque associe devait jurer de garder le secret sur l’existence du Carbonarisme, sur ses signes, son reglement et ses mots de passe.

Il devait obeir aveuglement et sans reserve aux ordres intimes par la vente supreme. Les choses commandees cessaient d’etre injustes des qu’elles devenaient un moyen d’arriver au bonheur commun, et ainsi d’obtenir le but recherche. Enfin, le Carbonaro devait devouer sa fortune et meme sa vie a la cause de la liberte et de la patrie. Pour etre pret a resister a l’oppression, a secourir ses « freres », appeles ici ses Bons Cousins, tout Carbonaro devait se munir, a ses frais, d’un fusil de munition et de 50 cartouches a balle. Le parjure etait puni de mort.

En effet, les « Bons Cousins » ne plaisantaient pas avec les traitres ou les simples desobeissants. L’indiscretion, meme involontaire, avait son chatiment. L’annee des Carbonari commence le 10 mars, 11 jours avant l’equinoxe du printemps. Pourquoi ? Parce que le Tout-Puissant employa 11 jours pour preluder au debrouillement du chaos. Le 10 mars est donc consacre a Dieu et ses pretres, et commence chaque nouvelle annee. L’annee Carbonica est divisee en 11 mois, en memoire des 11 jours preparatoires qui furent employes par l’Eternel a la creation de l’univers : les 9 premiers ont 33 jours chacun, les 2 autres 34 jours.

Noms des mois : Verdure, Croissance, Fleurs, Prairies, Moissons, Canicule, Fruits, Vendanges, Semences, Jeux ou Carnaval, Devotion ou Careme. B. Organisation des Carbonari Les membres du Carbonarisme possedent differentes fonctions : le Grand Maitre : il tient les reunions, recoit les propositions pour le bien de l’ordre et les soumet a l’assemblee, qui a le droit de les accepter ou de les rejeter. Il fait noter le tout sur la planche, tenue pour l’ouverture et la cloture de chaque vendita. es assistants : chaque assistant commande sa ligne ; ils doivent maintenir l’ordre avec la plus grande rigueur et s’ils ne sont pas obeis, ils demandent alors au grand maitre d’infliger au coupable une punition conforme au reglement de la vendita. Si un bon cousin demande la parole a l’assistant de sa ligne, ce dernier doit demander l’autorisation au grand maitre. le maitre des ceremonies : il est charge de recevoir les bons cousins visiteurs et de reconnaitre et faire executer toutes les epreuves admises pour recevoir ces visiteurs. C’est lui qui les conduit a la place d’honneur, sur les cotes du grand maitre.

Il est aussi charge de guider les recipiendaires pendant leur reception, de leur indiquer ce qu’ils doivent faire et de les mettre en position pour preter leur serment. Il est enfin charge de tout ce qui concerne le ceremonial. l’orateur : il est charge de sanctionner toutes les deliberations de la vente, de conclure, d’attester les resultats de la vente aux bons cousins, de les applaudir, de complimenter les visiteurs, de faire les discours dans les receptions. Le jour de saint Tibaldo (saint Thibault), il doit examiner les planches anterieures et nouvelles et juger si elles meritent d’etre applaudies ou non. e secretaire : il est charge d’enregistrer les deliberations de la vendita, de terminer les proces verbaux par la formule suivante : « A la gloire de notre bon cousin, Grand Maitre de l’univers », puis d’y inscrire les jours, mois et annee ; il est aussi charge de reunir la vendita, de rediger la planche et d’y noter tout ce qui se dit et fait pendant le cours des reunions. le tresorier : il est charge d’encaisser les fonds provenant des receptions et des retributions mensuelles, de regler les depenses de la vendita. Il presente chaque mois a la vendita l’etat de sa caisse. e gardien : il est charge de couvrir la vendita dans la chambre d’honneur et dans la foret ou le bois ; il siege derriere les assistants et les previent des coups frappes a la porte pour entrer. Il recoit ceux qui se presentent apres en avoir recu l’ordre du second assistant. l’aumonier : il est charge de recevoir les amendes et d’en conserver le montant jusqu’a ce que son usage en soit prescrit. C. Les rituels d’initiation Les grades par lesquels devait passer successivement le « bon cousin » etaient ceux d’apprenti, de maitre et de grand-elu. Pour chacun de ces trois grades, il existe des rituels d’initiation specifique.

Les deux premiers rituels se ressemblent vaguement : le grand elu commence par la priere, les recipiendaires (les neophytes) recoivent des instructions pour repondre aux futures questions que le grand elu leur posera ulterieurement. Au moment de son initiation, l’impetrant doit, les yeux bandes, franchir une barriere de feu, puis prononcer a genoux la formule suivante : « Je fais serment sur ce poignard qui punit les parjures de garder jalousement tous les secrets de la venerable Charbonnerie, de ne pas ecrire, graver ou dessiner sans en avoir obtenu par ecrit la permission de la Haute Vente.

Je jure de secourir dans la mesure de mes moyens mes Bons Cousins et de ne pas attenter a l’honneur de leurs familles. Si je deviens parjure, je me rejouis que mon corps soit mis en morceaux, puis brule et que mes cendres soient dispersees au vent afin que mon nom soit execre par tous les Bons Cousins repartis sur la Terre. Que Dieu me vienne en aide ! » (Jean-Yves Fretigne, Mazzini) Puis, commence le catechisme de l’apprenti : ce catechisme consiste en un nterrogatoire portant notamment sur le tronc d’arbre, le drap, le mouchoir blanc, le feu, le Christ, la terre, le charbon, la vie quotidienne des Bons Cousins, la pierre de comparaison … Les questions se ressemblent entre les rituels au grade d’apprenti et au grade de maitre, meme si les questions pour le deuxieme rituel d’initiation sont beaucoup plus hardues et les reponses fournies doivent etre plus detaillees. Ensuite, une ceremonie a lieu : le futur maitre est conduit au jardin des Oliviers dans lequel on retranscrit le jugement de Jesus devant le roi Pilate.

En effet, le recipiendaire se retrouve dans le role de Jesus et subit le meme traitement qu’a connu le Christ. Enfin, en ce qui concerne le dernier grade, celui de grand elu : ce grade n’est confere qu’aux Carbonari bien connus par leur sagesse, un zele inalterable, un courage sans bornes, un amour et un devouement a toute epreuve pour les succes de l’ordre. Le recipiendaire recu au scrutin doit avoir au moins 33 ans et 3 mois, comme avait le Christ a l’epoque de sa mort. La vente se tient dans une grotte obscure, cachee et connue seulement des Carbonari deja recus grands elus. La salle est triangulaire.

Le grand maitre, qui preside la reunion, est place sur un trone. En face de lui, se trouve la porte de la grotte, defendue par deux gardiens nommes flammes ou porte-epee, tenant a la main des sabres faits comme des flammes de feu. Les assistants sont ranges en deux files, a droite et a gauche du president. Ils ont la face tournee vers lui pour se conformer a tous ses mouvements, quand il fera des avantages ou autres ceremonies et solennites. Deux des assistants, ceux qui sont places a l’extremite des files, se nomment premier et second eclaireur ; un troisieme qui sert d’orateur est appele Etoile.

Trois lumieres en forme de soleil, de lune et d’etoile sont suspendues aux trois angles pour l’eclairage de la vendita. Le trone et les bancs sont couverts de drap rouge parseme de flammes nombreuses. Le grand elu est en costume de l’ordre, ainsi que les autres assistants (Saint-Edme, Constitution et organisation des Carbonari). D. Exemple : le grade de grand-maitre grand elu Le debut de l’ouverture de la vendita pour l’accession au troisieme grade commence par les repliques suivantes : LE GRAND ELU – Bon cousin, premier eclaireur, quelle heure est-il ?

LE PREMIER ECLAIREUR – Respectable grand elu, le tocsin sonne de toutes parts et retentit jusque dans les profondeurs de notre grotte. Je pense que c’est le signal du reveil general des hommes libres. LE GRAND ELU – Bon cousin, second eclaireur, a quelle heure doivent s’ouvrir nos travaux secrets? LE SECOND ECLAIREUR – A minuit, respectable grand elu, lorsque les masses populaires, conduites par nos affides, les bons cousins directeurs, sont rassemblees, organisees, marchent contre la tyrannie et sont pretes a frapper les grands coups.

LE GRAND ELU – Bons cousins, flammes et gardiens de la surete de notre asile, etes-vous surs qu’il ne s’est glisse parmi nous aucun profane et que tous les carbonari reunis dans cette vendita sont bien grands maitres, grands elus ? UNE DES FLAMMES – Oui, venerable grand elu, les Introducteurs ont fait leur devoir. Il n’existe ici ni profane, ni Carbonaro subalterne. LE GRAND ELU – Tous les directeurs des divers grades carboniques, destines au mouvement general qui va s’operer, sont-ils a leur poste, bien armes, mes bons cousins, premier et second eclaireurs ?

LES DEUX ECLAIREURS en meme temps – Oui, venerable grand elu ; tous sont partis apres avoir reitere le serment sacre de perir ou de vaincre. LE GRAND ELU – Puisque tout est si bien dispose, mes bons cousins, je vous invite a m’aider dans l’ouverture de nos travaux nocturnes. A moi, mes bons cousins. Le grand elu enonce les sept avantages qui sont celebres par les acclamations d’usage, on fait aux assistants une lecture de la derniere seance ; le proces-verbal adopte, le grand elu donne la parole a l’orateur. Celui-ci explique et developpe le but de la reunion.

Apres avoir fait une description de l’age d’or, ou les humains, obeissant aux lois de la nature, etaient bons et vertueux, l’orateur decrivait la situation malheureuse de la belle Ausonie et presentait le tableau navrant de son affreuse destinee : « Elle obeit maintenant, disait-il, a trente soi-disant souverains, qui, retrecis dans ce qu’ils appellent leurs domaines, n’en tyrannisent qu’avec plus d’impudence les peuples infortunes soumis a leur autorite dure, mais chancelante. C’est pour en debarrasser le sol que nos aieux, les premiers bons cousins, ont etabli la respectable Carboneria.

Exilees du monde, n’osant se montrer au grand jour, la liberte, l’egalite, se cacherent dans les ventes, dans les grottes les plus reculees, et la, reprenant la robe virile dont nous sommes revetus, aiguiserent leurs hachettes et leurs poignards et jurerent de renverser en un seul jour tous les oppresseurs de ces belles contrees. Nous avons tous fait […] le serment sacre de retablir sa sainte philosophie. Le moment est arrive, mes bons cousins ; le tocsin de l’insurrection generale a sonne, les peuples armes sont en marche. Au lever de l’astre du jour, les tyrans auront vecu, la liberte sera triomphante. Le grand elu annonce ensuite la formule du serment : LE GRAND ELU – Moi, citoyen libre de l’Ausonie, reuni avec mes freres sous le meme gouvernement et les memes lois populaires que je me devoue a etablir, dut-il m’en couter tout mon sang, je jure, en presence du grand maitre de l’univers et du grand elu, bon cousin, d’employer tous les moments de mon existence a faire triompher les principes de liberte, d’egalite, de haine a la tyrannie, qui sont l’ame de toutes les actions publiques et secretes de la Carboneria. Je promets de propager l’amour de l’egalite dans toutes les ames sur lesquelles il me sera possible d’exercer quelque ascendant.

Je promets, s’il n’est possible de retablir le regime de la liberte sans combattre, de lutter jusqu’a la mort. Je consens, si j’ai le malheur de devenir parjure a mes serments, a etre immole par mes bons cousins les grands elus, de la maniere la plus douloureuse. Je me devoue a etre mis en croix au sein d’une vendita, nu, couronne d’epines et de la maniere que le fut le Christ, notre redempteur et notre modele. Je consens de plus a ce que mon ventre soit ouvert de mon vivant, que mon coeur et mes entrailles soient arraches et brules, que mes membres soient coupes et disperses et mon corps prive de sepulture.

Telles sont nos obligations a tous, mes bons cousins, jurez-vous de vous y conformer ? TOUS LES ASSISTANTS a la fois – Nous le jurons. LE GRAND ELU – Dieu vous entend, mes bons cousins ! son tonnerre gronde ; vos serments sont agrees. Le peuple est pret a combattre, il triomphera ! Malheur a vous si vous le trahissiez ! L’orateur donnait ensuite lecture du pacte constitutionnel de l’Ausonie (compose de 58 articles), qui devait etre soumis a la sanction de la nation libre et unie. Le grand elu propose alors aux autres grands elus s’ils sont d’accord avec l’adoption de ce pacte : le fait de se lever symbolise l’accord.

Peu apres, le recipiendaire recemment devenu maitre intervient en frappant a la porte de la grotte. Les experts enchainent alors deux membres de la reunion qui devront simuler les deux larrons qui, d’apres le Testament, furent crucifies aux deux cotes du Redempteur, Jesus-Christ. L’adepte (qui a les yeux bandes) et les deux larrons portent tous les trois une croix de bois. Le premier larron s’avance alors, sa croix est plantee, prete pour l’execution. On fait semblant de crucifier le premier larron qui simule sa souffrance.

Puis, c’est le tour du deuxieme larron pour qui on reedite le meme processus. Le grand elu prononce le serment deja transcrit, l’adepte le reconnait. On positionne alors le recipiendaire sur la croix, on dessine sur son corps des signes particuliers que le grand elu explique la signification, lequel grand elu rappelle a l’adepte ce qu’il risque en cas de parjure. Puis, on simule l’entree dans la grotte d’ennemis de la Carboneria. Tous les membres de la secte se cachent, les soldats arrivent devant les trois crucifies, declarent qu’ils doivent les achever mais sont abattus.

Le grand elu nomme alors l’adepte par la formule suivante : « Au nom du grand architecte de l’univers, je vous recois grand maitre grand elu de l’ordre mysterieux Carbonico, vous, mon bon cousin …, natif de …, profession de …, en recompense des bons services que vous avez rendus dans vos premiers grades, du zele extraordinaire que vous avez demontre pour en rendre de nouveaux, et de la promesse solennelle que nous avons recue de vous, de vous devouer entierement au maintien des libertes de l’Ausonie. Suite a cela, des acclamations se font entendre : on apprend que les tyrans sont morts, que la republique d’Ausonie est proclamee, etc … Evidemment, tout n’est que mise en scene. La ceremonie se cloture. III. L’INSURRECTION EN ITALIE A. Les preludes du soulevement La Charbonnerie s’est developpee sous le gouvernement de Murat. Elle etait implantee dans le Sud de l’Italie, et tout particulierement a Naples. La force de la secte etait concentree dans les provinces du continent ou s’ajoutait le mecontentement provoque par la politique economique de Naples.

Des 1820, la Charbonnerie formait une societe paramilitaire qui avait pour but de former de futurs combattants. Elle se diffuse largement aupres des petits proprietaires terriens, chez les marchands, les artisans, le bas clerge et les officiers de rang inferieur dans l’armee. Dans quelques regions, la Charbonnerie avait rallie les paysans. Les proprietaires terriens voyaient en elle un moyen de defense contre les brigands : c’est pourquoi, en 1819, le general Guglielmo Pepe (1783-1855), membre des Carbonari, arme ces proprietaires des provinces d’Avellino et de Foggia afin de lutter contre les pillages.

Cela constitue des milices majoritairement favorables a la Charbonnerie. Les Carbonari veulent instaurer une monarchie constitutionnelle, opposee a l’autocratie. Leur programme politique tournait autour de la revendication d’une constitution comme unique contrepoids a l’absolutisme de Ferdinand IV de Naples. La constitution espagnole, jugee plus democratique que les constitutions sicilienne ou francaise, fut adoptee comme symbole. Les Carbonari se revelent etre rapidement une opposition tres puissante au pouvoir.

Le recrutement ne se fait plus autant dans les forets, mais dans toutes les classes de la societe : une partie de la bourgeoisie italienne, quelques nobles « eclaires » s’associent a ce mouvement republicain, grossissant ainsi les rangs de l’organisation. Malgre la tentative de Joseph Acton, Favori du roi Ferdinand, de creer une contre-societe (les Calderari, cad les Chaudronniers), les Carbonari deviennent de plus en plus puissants et menacants. Ayant pour seul desir de chasser les Autrichiens du nord de l’Italie, ils forment des lors un veritable pouvoir militaire. L’insurrection se prepare a l’horizon …

B. Une insurrection ephemere Le 9 juillet 1820, une insurrection militaire des Carbonari eclate dans le royaume de Naples (Nola, Avellino, Naples). La revolte de Nola oblige Ferdinand Ier des Deux-Siciles (ou Ferdinand IV de Naples) a accorder une constitution liberale au royaume de Naples 4 jours plus tard et a prendre pour Premier ministre le chef de l’insurrection, le general Guglielmo Pepe. Cette nouvelle constitution est calquee sur la constitution francaise de 1791. Un gouvernement liberal fut designe, il supprima la censure et remit les prisonniers politiques en liberte.

L’armee impose egalement a Ferdinand IV de retablir la « charte de Cadix » (promulguee en 1812 par le Parlement Espagnol, avec l’accord de Napoleon), charte qui fut « suspendue » par le monarque en 1816. Le 12 mars 1821, un soulevement de l’armee eclate dans le Piemont, dirigee par l’officier Santorre di Santa Rosa. L’insurrection gagne Turin et contraint Victor-Emmanuel Ier, roi de Sardaigne, a abdiquer. Son heritier, le roi liberal Charles-Albert de Savoie-Carignan, lui succede. Une constitution est proclamee. Une autre insurrection eclate a Palerme le 15 juillet : cette insurrection prend aussitot un caractere autonomiste et populaire.

Les insurges prirent d’assaut les prisons et detruisirent les emblemes de la monarchie. Un gouvernement provisoire fut mis en place (la Giunta), dirige par le cardinal Gravina et compose de nobles et de riches bourgeois. L’insurrection ne fut reprimee qu’avec le secours de l’Autriche. En effet, Pepe est battu lors de l’intervention autrichienne a Rieti le 7 mars 1821. Cette intervention est le fruit du Congres de Laybach (qui eut lieu du 26 janvier au 12 mai 1821) : la Russie, l’Autriche et la Prusse avaient publie, le 8 decembre 1820, un texte dans lequel ils affirmaient que les puissances responsables pour la paix de ‘Europe devaient intervenir pour supprimer tout mouvement revolutionnaire susceptible de menacer cette paix. Mais Robert Stewart, diplomate britannique plus connu sous le nom de Lord Castlereagh, etait oppose a cette vue et stipula le fait que le malaise qui frappa l’Italie n’etait non pas un probleme pour l’Europe en general, mais pour l’Autriche et d’autres pouvoirs italiens qui se consideraient en danger. Avec l’intervention des troupes autrichiennes, l’Ancien regime est restaure par Charles-Felix, nouveau roi de Sardaigne et duc de Savoie.

Il ne fallut aux Autrichiens pas plus de 2 mois pour venir a bout des soldats du general Pepe, ecraser la resistance des Carbonari napolitains et retablir Ferdinand sur le trone de Naples. Le cardinal Spina fut le seul a combattre l’intervention. Palerme capitule le 5 octobre, contre la promesse d’un parlement sicilien souverain. L’entree a Naples des troupes autrichiennes, le 21 mars, fut suivie d’une repression impitoyable, menee par le chef de la police, le prince Canosa.

Les constitutions sont abolies, les Carbonari pourchasses, emprisonnes et condamnes (comme Silvio Pellico, Pietro Maroncelli, Federico Confalonieri) ou meme tues. Des centaines de patriotes prennent ainsi la route de l’exil (y compris Guglielmo Pepe). L’ordre ne fut toutefois completement retabli qu’au debut de l’annee 1822. CONCLUSION Le Carbonarisme a donc contribue a l’unification de l’Italie au cours du XIXeme siecle, meme si l’insurrection tant esperee des Carbonari fut vouee a l’echec. Ce mouvement visait a promulguer ses propres valeurs au royaume de Naples.

C’est du Carbonarisme que sortit le mouvement patriotique italien Giovine Italia (« Jeune Italie »), cree a Marseille en 1831 par des Carbonari en exil, et dirige par Giuseppe Mazzini, combattant pour la realisation de l’unite italienne afin de se liberer de la domination autrichienne. Le Carbonarisme se developpa aussi en France des 1818 pour lutter contre le regime politique de la Restauration et gagna les milieux liberaux ou bonapartistes. Il tenta plusieurs soulevements dans les garnisons qui echouerent (Belfort en 1821, Saumur et les 4 Sergents de la Rochelle en 1822). Ses principaux chefs etaient Saint-Amand Bazard et Pierre Dugied.

En effet, le 1er mai 1821, Bazard et Dugied fonderent une Charbonnerie francaise (qui comptera jusqu’a 80 000 membres en 1822) tout en s’inspirant de la Carboneria italienne. Parmi les personnalites historiques qui ont participe au mouvement Carbonariste, il faut citer Philippe Buonarotti (un des plus ardents propagandistes du parti), mais aussi Louis Bonaparte (le futur Napoleon III), Horace Vernet, Voyer D’Argenson, Dupont de l’Eure, Armand Carrel, Victor Cousin, Boulay de la Meurthe … Affaibli par ses divisions internes, le Carbonarisme n’eut plus de raison d’etre apres la revolution de Juillet 1830.