Les Barons De Nabil Ben Yadir Les Grignoux

Les Barons De Nabil Ben Yadir Les Grignoux

1 . Présentation Le film de Nabil Ben Yadir, Les Barons met en scène des personnages qui appartiennent à une minorité victime de nombreux préjugés : les « maroxellois un néologisme créé pour désigner les jeunes bruxellois d’origine maghrébine. Ayant lui-même grandi à Molenbeek, quartier périphérique où s’ancre la vie des Barons, le réalisateur Nabil Ben Yadir choisit pour en parler de s’écarter délibérément des canons réalistes et de dépeindre le quotidien de ces jeunes en recourant à l’humour et à l’autodérision, par le biais d’un important travail sur les clichés.

Par ailleurs, toujours r 32 ses distances avec la alit procédés dont le but t de r qu’il se trouve plong bien dans une comé ns ective de prendre ecourt à divers ment au spectateur docu-fiction mais telle. Ce style inattendu pour traiter la thématique des quartiers de banlieue fait par conséquent des Barons un fllm original, qui s’lnscrlt en faux contre ‘image dramatisée construite par les médias ou même par le cinéma à travers des films comme La Haine, du réalisateur français Mathieu Kassovitz.

Ce sont donc principalement les moyens utilisés pour transformer cette image fondée sur le fait divers que nous suggérons ‘examiner avec les spectateurs (jeunes ou mains jeunes)

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au travers des activités proposées ici. Elles sont conçues pour être menées avec des petits groupes de spectateurs (entre dix et vingt personnes). Deux questions page gu’deront cette approche : d’une part, que fait Ben Yadir avec tous ces clichés ? Et d’autre part, quels procédés utilise-t- il pour « casser » les effets de réel ?

Pour terminer, un retour sur la réalité sera l’occaslon de réfléchir à l’intention générale du réalisateur : comment interpréter cette comédie ? quel est le sujet profond du film ? quelles motivations, quel projet se rouvent à la base de cette représentation ? 2. L’autodérision en guise d’approche Le jeu sur les clichés qui définit le principe original des Barons permet d’explorer certains aspects d’une réalité socioculturelle souvent réduite à la représentation fantasmatique construite par les médias.

Or, en réalité, ces deux descriptions contrastées de la vie au quartier (Molenbeek dans le film, mais cela pourrait être tout aussi bien Schaerbeek ou Saint-Gilles) se fondent sur les mêmes éléments : bande de jeunes ou « groupe de potes look formaté, grosses voitures, escroqueries, « glande Transcendé ar l’autodérision dans Les Barons, ce portrait stéréotype repris comme figure centrale de l’émeute dans la presse est donc, dans le film de Nabil Ben Yadir, complètement dédramatisé.

Par ailleurs, en ancrant l’histoire d’Hassan, Mounir et Aziz dans un cadre banal, « normal », qui est un peu celui de tout un chacun — le foyer familial, avec son lot d’ambitions, d’amour et de conflits, les bars où l’on se retrouve entre copains et où l’on donne rendez-vous aux filles, l’épicerie du coin devenue quartier général avec la complicité du commerçant autochtone… — le réalisateur hoisit de faire évoluer ses trois protagonistes au c 9 complicité du commerçant autochtone.. e réalisateur choisit de faire évoluer ses trois protagonistes au cœur d’un tissu social qui dépasse largement les limites de bande autonome, incontrôlable et menaçante si souvent décrite. En pratique Liobjectif de cette animation est d’amener les participants ? réfléchir aux différents procédés qu’utilise Nabil Ben Yadir dans sa démarche autour d’un certain nombre de clichés. Mais au préalable, l’enseignant ou l’animateur s’assurera que les participants comprennent bien la nature de l’activité proposée. Quelques questions permettront de lancer la discussion en grand groupe et éclairer ainsi l’exercice demandé.

Voici ces questions avec, en synthèse, un exemple de réponse ? suggérer éventuellement en fin de réflexion : 1. Qu’est ce qu’un cliché ? Dans quel(s) domaine(s) utilise-t- on le plus souvent ce terme ? Quelles sont les caractéristiques principales du cliché ? Peut-on en donner quelques exemples ? En synthèse. Au départ, le terme « cliché » appartient au vocabulaire typographique (plaque qui porte une composition en relief et qui permet sa reproduction en un grand nombre ‘exemplaires) et photographique (pour désigner le négatif d’une photographie). lus tard, le cliché désignera également une idée toute faite et sans originalité (qui se répète à l’identique, comme un cliché typographique ou photographique). Dans le domaine de la sociologie, les clichés sont relatifs ? une culture donnée. Cela veut dire qu’ils varient d’un peuple ? l’autre mais qu’au sein d’une même culture, ils ont un caractère unificateur puisque tout le monde les co d’une même culture, ils ont un caractère unificateur puisque tout le monde les connait et les reconnait comme tels. Ils donnent ne image réductrice de l’autre comme étranger, stéréotypée, souvent fausse et négative. armi les clichés qui circulent aujourd’hui dans notre culture, on peut relever entres autres quelques portraits ethniques ou raciaux significatifs : on dit ainsi des Arabes qu’ils sont fourbes, des Juifs qu’ils sont cupides, des Français qu’ils sont chauvins, des Belges qu’ils sont stupides, des Italiens qu’ils sont mafieux… 2. Comment peut-on jouer avec un cliché ? Autrement dit, concrètement, quelle différence peut-on relever entre un film qui répète des clichés et un autre qui en joue de façon distanciée ? ouvez-vous citer des exemples d’utillsatlon et des exemples de jeu avec les clichés ?

En synthèse. Le caractère stéréotypé des clichés provient, d’une part, de leur répétition et, d’autre part, de leur caractère supposé véridique et représentatif d’une réalité plus vaste évoquer un fait de délinquance qui s’est produit en banlieue n’est pas un cliché, mais ne parler de la banlieue que lorsqu’il est question de délinquance revient à poser un équivalence du type : banlieue=délinquance, alors qu’il y a bien sûr des faits de délinquance en dehors des banlieues et que la vie en banlieue ne e réduit évidemment pas à de tels faits.

Le cliché n’apparaît donc que lorsqu’on envisage un grand nombre de représentations médiatiques traitant d’un même thème de manière répétitive et stéréotypée. En revanche, on peut parler d’un « jeu » avec un cliché lorsque celui-ci est désigné c 2 celui-ci est désigné comme tel, et non plus donné comme un fait d’évidence. Différents procédés permettent ainsi de souligner le cliché comme l’inversion, la transformation comique, l’exagération absurde, l’amplification ironique, qui révèlent son caractère stéréotypé, réducteur ou fallacieux.

Après cette mise au point préalable, répartissons les participants en petits groupes (de trois ou quatre personnes) et fournissons- leur une liste de situations du film à commenter. Pour chaque situation, il s’agira d’identifier le cliché à l’œuvre, puis d’examiner par quels moyens le réalisateur en joue. Si possible enfin, les participants seront invités à classer ces situations selon les types de procédés utilisés : amplification, caricature, inversion, détournement…

L’activité se terminera par un partage des réflexions en grand groupe, qui pourront éventuellement e nourrir des commentaires présentés ci-dessous, à titre d’illustration. Un jeu sur les clichés Voici quelques situations extraites du film de Nabil Ben Yadir, Les Barons. Pour chacune d’entre elles, tâchez d’identifier le cliché mis en scène, puis de réfléchir à ce que le réallsateur fat avec ce cliché. Enfin, au terme de l’exercice, essayez de regrouper les situations en quelques grandes familles selon les procédés qu’il utilise. . La première séquence qui suit le générique du film montre trois paires de pieds chaussés de baskets identiques de marque Air Max pendant dans le vide. La caméra remonte et dévoile ensuite les corps de trois jeunes hommes étalés s PAGF s 9 pendant dans le vide. La caméra remonte et dévoile ensuite les corps de trois jeunes hommes étalés sur les cageots de légumes qui garnissent la devanture d’une épicerie. 2. Hassan, Mounir et Aziz ont établi leur QC chez Lucien, l’épicier du coin, bruxellois de souche. 3. n communiqué d’Al Quaida montre Hassan prêt à se faire exécuter par son père pour s’être impliqué dans un spectacle de cabaret. 4. Frank Tabla admire les Barons ; il voudrait faire partie de leur ande. 5. Les Barons se sont mis à huit pour acheter une BMW. 6. Mounir est un « chasseur de droits » : les gens monnaient ses servlces pour qu’il déclasse leur véhicule en droit et obtenir alnsl de l’argent des assurances. 7. Mimoum, chez qui Mounir et Hassan vont prendre un verre avec des filles, boycotte les États-Unis : il ne sert pas de Coca.. ar contre, il sert du [email protected] 8. Le jour du mariage, le père de Hassan ordonne à Frank de « dégager » de la voiture dès l’arrivée chez la mariée. 9. Dans le quartier, les Barons aident à démarrer une voiture volée. IO. Aziz s’associe à Lucien pour qu il puisse conserver son épicerie. 11 Contrariée par la conduite de son frère, qui a violemment agressé Hassan, Malika enguirlande Mounir. Commentaires Ces commentaires proposent quelques pistes de réflexion qui serviront éventuellement à alimenter la discussion après l’activité réalisée en petits groupes.

En aucun cas, il ne s’agit d’un corrigé de l’exercice d’analyse demandé. L’analyse que nous avons développée repose sur le classement des douze situations en quatre grandes catégories établies selon les procédés utilisés. Ce sont p 6 9 ituations en quatre grandes catégories établies selon les procédés utilisés. Ce sont par conséquent ces procédés qui vont permettre d’articuler les commentaires développés ci-dessous. De manière générale, toutes ces situations marquées par l’auto- dérision produisent des effets comiques qui contrastent avec la dimension souvent dramatique associée à ces clichés.

L’amplification Le cliché référencé dans la première situation [1] porte sur le portrait stéréotypé (look, manière d’être… ) qui caractérise les jeunes d’origine maghrébine[l]. Ainsi, juste après le générique ‘affichent en gros plan trois paires de pieds chaussés de baskets identiques de marque Air Max pendant dans le vide. La caméra remonte et dévoile ensuite les corps de trois jeunes hommes étalés sur les cageots de légumes qui garnissent la devanture dune épicerie.

Dès la première séquence du film, le cliché du glandeur est donc amplifié jusqu’à l’absurde, puisque le réalisateur assimile concrètement ces trois jeunes à de vrais « légumes un terme qui désigne au sens figuré une personne qui végète, sans énergie et sans grandes capacités mentales et intellectuelles… De la même façon, les trois paires de [email protected] qu’on dirait neuves et qui font l’objet d’une attention particulière dès les toutes premières Images peuvent être interprétées dans un sens identique, comme si effectivement les barons n’étaient jamais amenés à bouger.

L’accentuation des contrastes La figure du contraste traverse tout le film ; elle oppose ainsi globalement Hassan à son père, Malika à Milouda ou encore la communauté d’origine immigrée à la population de 7 9 Hassan à son père, Malika à Milouda ou encore la communauté d’origine immigrée à la population de souche, au travers otamment d’une confrontation entre les Barons et Lucien [2] qu’au-delà de l’apparence, tout semble devoir séparer : l’humeur (les barons passent ainsi leur temps à rire en échangeant des blagues tandis que Lucien est un homme sérieux et grave, qui n’arbore jamais le moindre sourire), l’âge (il y a au moins entre eux une différence d’une trentaine d’années), les activités (Hassan, Aziz et Mounir ne font rien de leurs journées alors que Lucien, seul pour faire vivre son commerce, travaille sans relâche), ainsi que toute une philosophie de vie : si les barons considèrent a glande comme un moyen de prolonger la vie sur terre, pour Lucien au contraire, la farniente se mérite et doit seulement venir récompenser une vie laborieuse. Le réalisateur joue donc de l’opposition entre deux archétypes pour accentuer le contraste • d’un côté, le jeune chômeur d’origine maghrébine satisfait de son statut et de l’autre, l’épicier de quartier typiquement bruxellois, qu’on dirait presque rescapé d’une époque révolue où les petits commerces d’alimentation étaient encore au cœur du tissu social.

Le même type de contraste caricatural se retrouve également ? a fin du film, lorsqu’Aziz dessine l’affiche annonçant sa nouvelle collaboratlon avec Lucien [10]. Là où on aurait pu attendre une rupture, on trouve une association fort éloignée du cliché qui veut que la méfiance guide les rapports entre petits commerçants et jeunes d’origine arabe, identifiés d’emblée à des agresseurs potentiels. En pl petits commerçants et jeunes d’origine arabe, identifiés d’emblée à des agresseurs potentiels. En plus du contraste marqué entre les deux personnages, on relève par conséquent aussi un renversement du cliché puisque l’alliance remplace icl la méfiance mutuelle.

Le renversement, l’inversion Musique et contreplongée magnifient les personnages avec une pointe d’ironie… Une autre manière de jouer avec les clichés consiste donc ? en inverser l’un ou l’autre élément. Ainsi dans la situation [4], les glandeurs suscitent non pas le mépris attendu mais bien l’admiration sans borne d’un quatrième larron qui voudrait bien faire partie de la bande. Le film produit donc une inversion des effets, en magnifiant une attitude socialement réprouvée. On retrouve d’ailleurs ce renversement dans le titre même du film, qui attire immédiatement l’attention sur le procédé puisqu’il égitime en quelque sorte le titre de noblesse que les glandeurs dépeints s’attribuent.

Avec un racisme qui s’exprime à l’envers, c’est-à-dire de la communauté maghrébine vers la population de souche, la sltuation [8] inverse les rôles (raciste/ victime). Alors que le cliché veut que les personnes d’origine arabe soient les victimes de différentes formes de discrimination et d’exclusion, lion voit ici que le père de Hassan manifeste un rejet à l’égard de la seule personne présente dans l’auto qui n’appartient pas à sa communauté : Frank, qui fait d’ailleurs remarquer à deux reprises ? Hassan que son père ne l’aime décidément pas. Ce processus est également à l’œuvre dans la situation [11]. En effet là où l’on attendrait, selon PAGF 9 est également à l’œuvre dans la situation [11].

En effet là où l’on attendrait, selon le cliché, que Mounir s’en prenne à sa sœur pour ne pas avoir respecté la loi des garçons qui veut qu’ils soient consultés pour tout ce qui touche à la vie des filles de la famllle, en particulier en ce qui concerne les relations amoureuses, c’est Malika elle-même qui enguirlande copieusement son frère. Alors u’il s’est montré agressif et violent avec Hassan parce qu’il ne lui a pas fait part de ses sentiments à l’égard de sa sœur, celui-ci reste muet, prostré dans sa voiture, à écouter Malika lui faire la leçon sans réagir. Il s’agit donc ici aussi d’une inversion des rôles masculin et féminin. Le détournement Toutes les autres situations offrent des exemples de détournement allant dans le sens d’une dédramatisation de plusieurs fantasmes.

Le fantasme du terroriste La mise en scène comique à la manière d’Al-Qaida [3] qui apparaît dans le délire de Hassan quand Malika présente les dix ans du abaret à la télé, l’attitude de Mimoun qui boycotte les États-Unis tout en vendant du ou encore d’autres détails comme les deux shorts aux couleurs du drapeau américain que portent Hassan et son père pendant la séquence de rêve sont autant de scènes qui vont à l’encontre des idées reçues voulant que, depuis les attentats commis à New York le 11 septembre 2001, toute personne d’origine arabe ou tout musulman représente un dangereux terroriste en puissance ; les détails observés, au contraire, indiquent que, au sein de la communauté arabe, l’anti- américanisme est somme toute un sentiment peu ancre. Le fantas