L’envie d’apprendre

L’envie d’apprendre

L’envie d’apprendre “On a envie de foot, on a envie de rap (… ) M’sieur ! , on a pas envie d’apprendre”. “Ca sert a quoi, c’est relou, c’est antchi ! ”. C’est ainsi que les jeunes de banlieues voient l’acte d’apprendre. Ils ne sont pas les seuls : apprendre a mauvaise reputation, y compris chez les jeunes qui reussissent. Il est vrai que le questionnement baisse tres rapidement au cours de la scolarite, tandis que la passivite s’accroit. Les eleves des grandes classes attendent que “cela se passe”.

En fait, l’ecole telle qu’elle fonctionne cree globalement du rejet et de l’ennui. Il y a dix ans, on parlait de la generation “bof” ; le phenomene s’est aggrave avec la crise. Pourtant, de plus en plus d’enseignants, notamment dans les quartiers les plus difficiles, tentent de nouvelles pratiques. Motiver = mission impossible Pourquoi l’ecole demotive-t-elle ? La lourdeur et l’inadequation des programmes par rapport a la vie, la sterilisation des methodes pedagogiques habituelles en sont sans doute l’origine. L’ecole repond a des questions que les eleves ne se posent pas.

Elle evacue les besoins et les interets de l’eleve en voulant trop leur faciliter la tache: “on a rien a faire, tout est

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deja prepare”, “le prof, il fait tout, il nous montre”, “on peut jamais rien faire tout seul”. Ce sont des etapes importantes dans la poursuite d’un projet personnel qui sont le plus souvent court-circuitees au travers du decoupage des programmes ou de l’organisation des cours,.. L’institution scolaire est ainsi mise au pied du mur. Apprendre est devenu un enjeu essentiel pour une societe en mutation et l’envie, le moteur indispensable. On ne peut faire boire un ane qui n’a pas soif” dit un proverbe tres judicieux. De meme, on ne peut faire ecouter ou travailler un individu sans avoir susciter un interet, un desir de savoir ou d’agir. Ce dernier n’apprendra que s’il est interesse. Pour ce faire, il faut encore qu’il se sente concerne par les situations ou les sujets qui sont abordes. Cela dit, que faire ? Trouver des solutions au quotidien tient du demiurge. L’envie d’apprendre ne se donne pas par un simple coup de baguette magique. Non ! L’envie est un phenomene a la fois tres simple -“la tete du prof. lait, on apprend pour lui faire plaisir”- et en meme temps hypercomplexe a declencher. Concretement, comment susciter cette envie ? Comment la creer quand elle n’existe pas “naturellement” ? D’abord, il ne faut jamais perdre de vue son importance. Jusqu’a present, toute envie etait reprimee a l’ecole. Les peches capitaux ne font-ils pas encore partie de notre fond culturel ?!.. Il y a la un paradoxe a gerer. Apprendre tient de l’effort, pourtant sans desir on ne peut mettre en marche une dynamique aussi couteuse. Effort et envie sont donc deux tensions a initier en parallele pour faciliter l’acte d’apprendre.

L’ecole doit donc se donner pour tache de soutenir l’envie d’apprendre ou de la creer de toute piece quand elle est absente. “Donner l’envie d’apprendre” devrait d’ailleurs devenir un de ses projets principaux. Ce n’est en aucun cas une perte de temps, comme le declare souvent les enseignants. Quand l’envie est la, le reste est plus aise ; quatre-vingt pour cent du travail educatif est fait. L’eleve accepte meme des pratiques scolaires tres rebarbatives quand il est passionne par un sujet ou un projet. Interesse, il peut travailler par lui-meme, s’investir, donner de sa personne.

Regardons les jeunes faire du skate ou du roller, il recommence des milliers de fois la tache, car elle n’est pas percu comme un exercice avec une progression ; et elle fait sens d’entree… Le decoupage du temps scolaire est egalement a repenser. Il est difficile de motiver un eleve sur un texte, apres un cours d’education physique et avant l’interrogation de mathematiques, puis de le remotiver trois jours plus tard ! Tout se joue dans une resonance entre les besoins, les interets, les desirs, les attentes, les aspirations d’un apprenant et une ou des situations susceptibles de les satisfaire.

La reside toute la difficulte ! Une activite, pour etre motivante, doit prendre en compte ce que nous nommons le projet d’etre ou de faire de l’eleve. Toutefois, autre paradoxe, le role de l’enseignant n’est pas de rester au niveau des desirs immediats de l’eleve. Il doit toujours lui proposer -voire lui opposer- un projet educatif. Mais, ce contrat educatif ne peut jamais etre avance a brule-pourpoint : “ce matin, nous allons etudier les fractions”. L’enseignant doit prendre du temps pour interpeller, concerner ou faire que l’eleve se questionne sur le sujet.

Prenons un sujet plutot rebarbatif, la vie d’un vers de terre. L’enseignant motive s’il resitue la vie de ce dernier par rapport a celle de l’individu. “Il n’y a que moi qui m’interesse ! ” a tendance a dire l’eleve. Comment fait-on pour vivre ? Comment vivent mes cellules ? Comment un simple vers peut-il accomplir des fonctions alors que mon corps a besoin de 60 mille milliards de cellules ? Ramener les explications a soi, a une histoire qui nous fait vivre ou aux grandes questions sont toujours des sources de motivation.

Pour aborder un savoir, l’apprenant a besoin de ressentir un “vide” ou un “manque” dans son existence. Pour s’interesser au cerveau, l’eleve doit sentir qu’il n’a pas suffisamment de pouvoir sur lui-meme ou sur ses capacites propres. Il ne sait pas ce qui se joue dans sa tete, ses connaissances sont insuffisantes pour le faire vivre, et par la, “il rate des trucs”. Connaitre le cerveau n’est plus une accumulation de notions style neurones ou neuromediateurs ; c’est un passage oblige pour atteindre ses desirs ou pour realiser ses projets.

D’autres approches possibles s’appuient sur le besoin d’identite. Sur des sujets rebarbatifs, comme les operations, les symetries, les figures geometriques en mathematiques, les savoirs “passent” mieux si on permet aux eleves de s’identifier aux personnages qui ont travaille ces savoirs, aux questions que ces derniers se posaient ou aux circonstances dans lesquelles ils ont ete produits. Les sources de motivation sont multiples, nous ne pourrons les citer toutes ici (voir l’organigramme ci-joint).

Quelques caracteristiques cependant : les situations pedagogiques sont “motivantes” si elles presentent de la nouveaute plutot que de l’habitude, si elles donnent l’occasion de faire des choix, si elles conduisent a des questions plutot qu’a des reponses ou si elles permettent a l’individu de se fixer sur un projet a atteindre. Un eleve, engage dans une competition sportive se sent oblige d’ameliorer sa vitesse. Il se mettra en demeure d’apprendre a faire des exercices de musculation, a developper sa velocite ou encore a ameliorer son demarrage.

Cela peut impliquer qu’il se documente sur l’hygiene de vie et sur une dietetique particuliere, etc. Le defi pedagogique Le niveau de competence, une personnalite bien affirmee chez l’enseignant influencent egalement la motivation. Un enseignant passionne lui-meme pour le contenu qu’il enseigne ou par le fait meme d’enseigner donne envie a l’eleve de se depasser. Le regard qu’il porte sur ce dernier sera different, la passion qu’il met dans ses propos peut etre contagieuse. Au total, l’envie d’apprendre est loin d’etre simple a comprendre. Mais l’obstacle n’est pas la. L’obstacle est dans nos tetes d’enseignant.

Tout est pense en terme de panacee, tout doit etre maitrise. Tout s’eclaire -ou presque- des que l’on change ces reperes. Il ne faut plus envisager la motivation comme une capacite intangible, faite d’un bloc. Il ne faut plus penser pouvoir la favoriser par un seul type d’intervention. Un grand nombre de ressorts interviennent, avec lesquels il faut jouer. Certains sont propres a l’individu, d’autres a la situation d’apprentissage. Tout est dans “l’art” de toucher juste. Un enseignant constamment sur le dos d’un enfant pour le stimuler, l’encourager, cree des blocages souvent profonds.

Le metier d’enseignant est bien difficile !.. Apprendre a faire du velo comme on apprend a l’ecole La premiere annee, nous apprendrons le nom des differentes parties du velo : Les chapitres seront le cadre, les roues, les freins. La deuxieme annee… les exceptions (pneu sans chambres a air, boyaux avec chambres, velos a trois roues, a une roue… ) En troisieme annee, pour joindre la theorie a la pratique, nous aurons des TP ou vous pourrez voir un velo sur un trepied et meme faire tourner une roue a la main et freiner.

Une attention particuliere portera sur l’orthographe des parties et sur la presentation de votre compte-rendu de TP. En quatrieme annee, nous commencerons l’histoire du velo et du cyclisme. Les differents tours, de France, de Suisse avec les etapes et les vainqueurs… Si apres cela les eleves ne savent pas faire du velo, c’est parce qu’on n’a pas pu… finir le programme. Ou alors les bases ont manque par manque de travail personnel Ce n’est pas grave, on reprendra cela au cycle apres avoir etudie la notion d’equilibre en physique. Apprendre a faire du foot comme on apprend a l’ecole

Les deux premieres annees on apprendra les mouvements de base tels que dribler, faire la passe, tirer au but… En troisieme annee, lorsque ces mouvements seront bien assimiles, les eleves pourront etudier le ballon, sa forme, sa structure. En quatrieme annee, on etudiera le match et ses regles. A la fin de la cinquieme annee, s’ils ont bien travailler, a l’occasion d’une sortie, les eleves assisteront a un match. Enfin, a l’issue de leur formation, les eleves pourront participer a leurs premiers matchs, en tant que remplacant… ainsi ils auront l’experience du terrain. . .