Lemieux

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1 Philippe Garigue, de la sociologie de la famille a la politique familiale au Quebec1 D. Lemieux Cette reflexion sur Philippe Garigue et sa contribution a la sociologie de la famille s’inspire de lectures de ses travaux a deux moments eloignes de mon parcours. Si j’avais lu et cite La vie familiale des Canadiens francais2, et puise la des observations interessantes sur la famille au Quebec, c’est avec un certain etonnement que j’ai decouvert, a l’occasion d’une recherche sur le mouvement familial au Quebec son influence et ses idees novatrices comme president du Conseil superieur de la famille (1964-1970).

Dans l’exercice de cette fonction gouvernementale poursuivie en parallele a sa carriere universitaire, il intervient aupres des milieux associatifs du secteur famille pour faire la promotion d’une politique familiale au Quebec. Il en ebauche les grandes lignes en 1970 dans un rapport qui pose les balises d’un projet qui sera repris puis realise 20 ans plus tard3. Dans cet article issu d’une rencontre organisee par le CIRCEM autour de Philippe Garigue et de son ? vre, j’aborderai tour a tour son influence en sociologie de la famille au Canada francais, puis dans le domaine des politiques familiales et des mouvements sociaux qui s’y

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rattachent. Cette double activite de Garigue s’est deroulee dans une meme periode de sa vie, soit les annees de sa carriere universitaire au Quebec, les deux demarches se chevauchant au cours des annees 60. Vers la fin de la decennie, son action et sa reflexion se sont elargies a l’echelle du globe lorsqu’il accede a la presidence de l’Union internationale des organismes familiaux, UIOF.

Lui-meme a explique, a quelques reprises, le lien etroit qu’il etablissait entre la recherche scientifique et l’action4. La premiere question qui se pose en ce qui concerne la sociologie de la famille est celle des liens theoriques ou pratiques qu’il tisse entre ces deux spheres d’activites5. La question plus specifique est celle de la reception apparemment differente faite a son ? uvre dans les deux secteurs. Malgre une Une premiere version de ce texte a ete presentee au seminaire organise par Linda Cardinal et Gilles Labelle du CIRCEM autour de l’? vre de Philippe Garigue, Universite d’Ottawa, 26 septembre 2008. 2 P. Garigue, La vie familiale des Canadiens francais, Montreal, PUM, 1962. 3 P. Garigue, (President du Conseil superieur de la famille du Quebec), Les fondements d’une politique familiale, Annexe 16 du rapport de la Commission d’enquete sur la sante et le bien-etre social, Gouvernement du Quebec, 1970. 4 Il en donne une formulation theorique dans P. Garigue, « Remarques sur une politique des sciences sociales », Revue francaise de sociologie, vol. , no. 1, (Janvier-mars), 1961, p. 3-13. 5 P. Garigue, « « Itineraires sociologiques » (1974), Recherches sociographiques, vol. 15, nos 2-3, (mai-aout) 1974, p. 249-253. Dans son introduction a Famille et humanisme (Lemeac, 1973, 7-30), Garrigue developpe une argumentation pour passer d’une histoire de la famille a une recherche des meilleures conditions de vie pour realiser la possibilite de relations familiales basees sur le developpement reciproque des personnes.

Ce qui suppose, selon lui, la mise en place d’une politique familiale. 1 2 conjoncture qui, a partir des annees 60, devient peu favorable sinon hostile a la famille comme institution et a la sociologie de la famille comme discipline, Garigue apparait comme un pionnier dans ce domaine de recherche, tandis que son action et sa pensee politique, que d’aucuns6 ont qualifie parfois de conservatrices, apparaissent retrospectivement comme innovatrices dans le champ des politiques familiales.

C’est le point de vue que j’entends developper dans cet article. Au sujet du volet recherche sur la famille, ma reflexion s’appuie sur une revue de ses ecrits, ainsi que sur l’examen de quelques ouvrages et articles d’auteurs quebecois en sociologie et histoire de la famille abordant des themes similaires. Une recherche par Internet revele par ailleurs la diffusion de ses premiers livres dans les recensions de revues de sociologie et d’anthropologie canadiennes et americaines au moment de leur parution.

Pour le second volet, celui de l’action, je vais referer a ses publications sur les politiques familiales et a l’ouvrage que j’ai publie avec Michelle Comeau sur L’histoire du mouvement familial au Quebec7 ou son influence sur ce mouvement est amplement documentee. J’espere apporter quelques pistes pour des recherches plus poussees concernant une contribution parfois controversee mais indeniable et une influence a maints egards mal connue et sous-estimee. -Philippe Garigue, anthropologue de la famille: un regard neuf relevant d’une approche theorique emergente D’abord, pourquoi Philippe Garigue, anthropologue franco-britannique du leadership africain auquel il a consacre une these de doctorat8, s’interesse-t-il a la famille? Dans l’avant–propos a La vie familiale des Canadiens francais9, il ecrit que ce livre emane d’une conference faite en 1953 a la London School of Economics sur les rapports entre les systemes politiques et la structure de l’autorite a l’interieur de la famille.

Sociologie de la famille, sociologie du Canada francais, ce sont les deux specialites que Garigue mentionne comme siennes apres son arrivee au Canada en 195410, periode ou il enseigne a McGill et a l’Universite de Montreal. Ces deux domaines sont lies dans sa pensee, mais ils l’etaient deja dans la pensee traditionnelle sur le Canada francais. En outre, dans la sociologie quebecoise des annees 1950 alors en plein developpement, les champs de recherche n’etaient pas cloisonnes; presque tous les sociologues de 6 Je renvoie en particulier a M.

Gauvreau (The Catholic Origins of Quebec’s Quiet Revolution, MontrealToronto, Mc Gill-Queen’s University Press, 2005). Dans le chapitre IV sur la famille, il cite a plusieurs reprises P. Garigue en disant le conservateur Philippe Garigue; or, dans la plupart des citations, il s’etonne de points de vue exprimes par Garigue, qui ne cadrent pas avec ce qualificatif. 7 D. Lemieux et M. Comeau, L’histoire du mouvement familial au Quebec, 1960-1992, Quebec, Presses de l’Universite du Quebec, 2002. 8 P. Garigue, Changing Political Leadership in West Africa, Londres, London School of Econimics, 1953. 9 P.

Garigue, La vie familiale des Canadiens francais, op. cit. , avant-propos, . P. XXIII. 10 P. Garigue, 1913, « Itineraire sociologique », op. cit. 3 l’epoque parlent de la famille, qu’ils traitent de la religion, de l’economie ou de la politique. Les fonctions de la famille dans la societe canadienne-francaise et le caractere plus ou moins traditionnel ou moderne de cette societe, sont au c? ur de la controverse que suscite Philippe Garrigue des ses premiers ecrits. Interesse d’abord par le changement social, il remet en question l’existence au Canada francais d’un type de famille perpetuant en Amerique la famille francaise d’Ancien Regime.

Mais l’importance qu’il accorde a l’objet famille deborde la question d’une societe particuliere, comme le confirment ses engagements et ses ouvrages ulterieurs: Analyse du comportement familial (1967), Famille, science et politique, (1973) et Famille et humanisme (1973)11. Cette controverse va pourtant colorer l’accueil mitige fait a ses travaux au Quebec. Par une strategie de publication bilingue, Philippe Garigue semble cependant occuper le terrain, a la fin des annees 50 et dans les annees 60, comme specialiste de la famille canadienne-francaise au Canada.

Il aborde ce sujet egalement dans de nombreux articles de vulgarisation et dans des conferences. 1. 1 Les etudes de Garigue sur la famille canadienne francaise et leur strategie de diffusion Des les premieres annees de son arrivee, Philippe Garigue fait une entree fracassante dans le domaine des etudes quebecoises, d’abord a l’ACFAS (1955), puis dans les etudes qui suivent, rassemblees dans Etudes sur le Canada francais12 (1956), et dont certaines seront reproduites dans des revues canadiennes et americaines ou dans des ouvrages collectifs.

Par exemple, le texte « Change and Continuity in rural French Canada »13 est reedite dans la revue Culture (1957) et sera reproduit dans La famille canadienne francaise, ouvrage collectif sous la direction de Marcel Rioux et Yves Martin publie d’abord en anglais chez McClelland & Stewart, (1964), puis en francais chez Hurtubise HMH, (1971). De meme, « St. Justin : A Case study in rural frenchcanadian social organization »14 est publie en anglais dans Canadian Society, (1961) et en francais dans L’habitant de Saint Justin (PUM, 1968), sous la direction de Jean-Charles Falardeau et Philippe Garigue.

Enfin, « FrenchCanadian kinship and urban life »15, d’abord publie dans American Anthropologist, (1956), repris dans les Etudes sur le Canada francais, est reedite dans les versions anglaises et francaises de La societe canadienne francaise, P. Garigue, Famille et humanisme, Montreal, Lemeac, 1973. P. Garrigue, Etudes sur le Canada francais, Faculte des sciences sociale, economiques et politiques, Universite de Montreal, 1958. L’ouvrage reunit des etudes realisees entre 1954 et 1957. 13 Ibid. , p. 17-50. 14 Ibid, p. 29 a 50. 5 Ibid, p. 63-76. 12 11 4 ainsi que dans deux autres collectifs anglophones en 1970 et 197116. On retrouve enfin des parties de ces premieres etudes dans le livre publie en 1962 par Garigue sur La vie familiale des canadiens francais dont l’introduction reprend les grandes lignes du debat historique souleve precedemment. Cet ouvrage base en partie sur un nouveau corpus d’entrevues met resolument l’accent sur la famille urbaine des annees 50 sur laquelle des analyses inedites sont proposees. Il sera reedite en 1970. 1. Les bases theoriques d’un nouveau regard sur la famille Des son arrivee a Montreal, l’anthropologue britannique, qui vient de terminer une these de doctorat sur l’Afrique (1953) et qui connait les etudes les plus recentes en anthropologie sur la famille s’inscrit dans le courant de remise en question des theories sociologiques americaines de la modernisation. Il saisit vite les cotes modernes d’une societe quebecoise en pleine transformation et qualifie de mythiques certaines idees recues. S’appuyant sur divers terrains qu’il a effectues en milieu rural et urbain, il critique les interpretations de Horace Miner et de Everett C.

Hugues sur le Canada francais, en particulier leur recours au concept de Folk Society (ou societe paysanne) elabore par Robert Redfield, utilise par ces sociologues americains pour interpreter la societe rurale canadienne-francaise dans deux excellentes monographies. S’appuyant sur une etude de Saint-Justin qu’il a revisite dans les annees 5017, Garigue conteste, a la fois Miner et Leon Gerin, «l’ancetre» de la sociologie quebecoise, qui avait decrit l’habitant de SaintJustin des annees 20 comme un type de famille souche qui transmet la terre de generation en generation.

Alors que cette attribution du modele de famille souche, presumait d’une continuite entre la famille canadienne-francaise et la famille francaise, Garigue propose d’emblee un nouveau paradigme en decrivant la Nouvelle France comme une societe coloniale en sol americain et en insistant sur le pole urbain de son developpement. Selon Garigue, la famille de Nouvelle France n’est pas isolee et encore moins immobile. Non seulement le milieu rural, mais les fonctions de la famille et de la parente, a divers moments de l’histoire du Quebec, sont au centre de cette controverse.

Garigue s’appuyait sur une revue sommaire des travaux d’histoire disponibles a l’epoque, mais aussi sur ses propres entrevues effectuees dans les annees 50 pour proposer une definition de la famille mettant l’accent sur ses composantes d’individualisation autour d’un menage conjugal, sur la solidarite dans la famille et la parente, sur sa mobilite territoriale et sur sa capacite d’adaptation. Dans Modern Sociology (ed. Roy Fitzhenry et al. Penguin Books, 1970) et dans The Canadian Family (K Ishwaran, Holt, Rinehart and Winston of Canada, 1971) 17 P.

Garigue, « St. Justin : A Case study in rural french-canadian social organization», Etudes sur le Canada francais, op. cit. p. 29-50. 16 5 Bien que des recensions nuancees, parfois, elogieuses, parfois critiques accueillent la publication des Etudes sur le Canada francais18 puis de La vie familiale des Canadiens francais19, (la principale critique portant sur des generalisations abusives ou sur le ton polemique), on reconnait en general le role pionnier de Philippe Garigue dans le domaine de l’histoire et de la sociologie de la famille.

Fernand Dumont et Fernand Harvey20 dans un bilan de « La recherche sur la culture », mentionnent La vie familiale des Canadiens francais au cote de l’enquete de Gerald Fortin et de Marc-Adelard Tremblay parue en 1961, comme etant les travaux pionniers en sociologie de la famille. Bettina Bradburry21, dans un guide bibliographique, ecrit que les travaux de Garigue meritent encore d’etre consultes par les historiens qui s’interessent a l’economie familiale, aux budgets et a la division sexuelle du travail.

Pour avoir une idee plus precise de la contribution de Garigue a la sociologie de la famille canadienne-francaise, il faut examiner au moins trois thematiques de recherche. La transmission ou la reproduction familiale b) Les reseaux de parente et leurs fonctions. c) Les roles conjugaux et leur transformation. Sur tous ces themes, et j’aurais pu ajouter sur l’enfance, j’estime que Garigue a apporte des observations qui demeurent interessantes, dont certaines etaient novatrices.

Les premiers auteurs qui s’en inspirent vont le citer, mais des auteurs plus recents vont en general referer uniquement aux etudes mieux documentees du domaine et aux travaux similaires publies dans d’autres pays. 1. 2. 1 La transmission ou la reproduction familiale en milieu rural Au c? ur de la controverse, etait la question de la reproduction familiale et des modalites de transmission du patrimoine rural. A partir des annees 1970, s’amorce un courant historiographique extremement riche sur la reproduction A. Tremblay, « Etudes sur le Canada Francais, Philippe Garigue,», American Anthropologist, New Series, vol. 1, no 2, (apr. , 1959), p. 352-353. Marius Barbeau, « Etudes sur le Canada francais, by Philippe Garrigue », Man, vol. 59, (May 1959) pp. 89-90. Ralph Piddington, « Etudes sur le Canada francais by Philippe Garigue, » The Canadian Journal of Economics and Political Science/Revue canadienne d’Economique et de sciences politiques, vol. 25, no. 3, (Aug. , 1959). P. 372-374. 19 G. Fortin, « Philippe Garigue, La vie familiale des Canadiens francais», Recherches sociographiques, vol. 4, no. 2, 1963, p. 245-246. David M.

Heer, « La vie familiale des Canadiens francais by Philippe Garigue, American Sociological Review, vol. 29, no. 1, (Feb. 1964), p. 158. Horace M. Miner, «La vie familiale des Canadiens francais», by Philippe Garigue», dans The British Journal of Sociology, vol. 15, no. 1 (Mar. , 1964), pp. 84-86. M. F. Lanfant, «La vie familiale des Canadiens francais par Philippe Garigue», Revue francaise de sociologie, vol. 5, no. 1, (Jan. -Mar. 1964), p. 88-89. 20 F. Dumont et F. Harvey, »La recherche sur la culture», Recherches sociographiques, vol. 26, nos. 1-2, p. 85118. 21 B. Bradburry, « Femmes et famille », J.

Rouillard, dir. , Guide d’histoire du Quebec du regime francais a nos jours, Bibliographie commentee, Montreal, Editions du Meridien, 1993, p. 220. 18 6 familiale des milieux ruraux quebecois avec ses variantes de transmissions et de migrations, selon les divers milieux et periodes. Demographes, historiens et geographes y ont largement contribue. Certes, ce courant s’inscrit dans les problematiques renouvelees qui se sont developpees d’abord en Angleterre puis en Europe et aux Etats-Unis, alimentees par des debats similaires portant sur les structures familiales anciennes et contemporaines.

A l’encontre des modeles sociologiques de l’ecole de Chicago de la premiere moitie du XXe siecle qui associaient a la modernisation le passage de la famille elargie a la famille nucleaire, ces etudes documentent la predominance des familles conjugales meme au cours des periodes preindustrielles. Les etudes sur la famille londonienne contemporaine contestent par ailleurs la disparition de la famille elargie en milieu urbain, en documentant la presence encore importante de la parente.

Le courant historiographique sur les modes de transmissions et les migrations au Quebec, qui s’inscrit dans ces nouvelles problematiques, prolonge aussi, me semble-t-il, plusieurs elements de la pensee de Garigue qui en fut au Quebec l’un des premiers adeptes. Dans un article qui s’intitule «L’historiographie du Quebec rural et la problematique nord-americaine avant la revolution tranquille. Etude d’un refus», Gerard Bouchard22 developpe une critique de l’historiographie quebecoise anterieure et de ses interpretations rronees basees sur les modeles francais de transmission (qu’il s’agisse de la culture populaire, du decoupage regional, de la reproduction familiale et du regime seigneurial dans la societe coloniale). Il cite Garigue au sujet d’un des quatre points, celui de la reproduction familiale, en donnant l’exemple de Garigue qui, reetudiant SaintJustin en 1950, trouve peu de terres demeurees dans une meme lignee. Bouchard insiste dans cet article sur l’interet d’adopter une perspective comparatiste avec les autres societes nord-americaines, ce que Garigue deja proposait.

Si Garigue n’a pas poursuivi lui-meme de travaux historiques sur la transmission, Gerard Bouchard23 a realise et initie de nombreux travaux sur le sujet, en a theorise les facteurs de transformation tandis qu’il a amorce la comparaison avec d’autres societes americaines. Soulignant l’apport initial de l’anthropologie aux etudes quebecoises portant sur la reproduction familiale, Christian Dessureault24 resume assez longuement au tout debut d’un excellent bilan de ces recherches, les travaux de Garigue sur la G.

Bouchard, «L’historiographie du Quebec rural et la problematique nord-americaine avant la revolution tranquille. Etude d’un refus», RHAF, vol 44, no 2, 1990, p. 199-222. 23 Pour une synthese de ces travaux voir Gerard Bouchard, Quelques arpents d’Amerique, Population, economie, famille au Saguenay, 1838-1971, Montreal, Boreal, 1996. C’est dans le chapitre XV, ou il situe le cas canadien francais dans le modele americain que Bouchard evoque les etudes de Gerin et les analyses de Garigue qui vont dans le sens de ses propres observations (p. 342-344). 24 C.

Dessureault, «Parente et stratification sociale dans une paroisse rurale de la vallee du Saint-Laurent au milieu du XIXe siecle», RHAF, vol. 54, no 3, 2001, p. 411-447. 22 7 famille et la parente. On les mentionne egalement dans les revues bibliographiques comme celle de Jean-Pierre Wallot25, mais nombre d’articles et d’ouvrages du domaine ne s’y attarde guere. Chez les sociologues de la famille, Gerald Fortin va reconnaitre des le debut des annees 1960 un point de vue qui rejoint ses propres observations sur le milieu rural quebecois en pleine transformation26.

Du cote des anthropologues, le theme a ete longuement aborde par Michel Verdon qui conteste Garigue et propose une theorie nouvelle sur la famille-souche 27 ; Chantal Collard28, analyse en profondeur les mecanismes de reproduction familiale dans le contexte de communautes ou la terre n’est pas la seule occupation. Leurs analyses anthropologiques de ces milieux tiennent compte des composantes de l’alliance, des rapports entre les sexes, entre freres et s? urs et entre les generations. Sur ces questions, l’anthropologue Garigue avait egalement fait d’interessantes observations. . 2. 2 Sur les fonctions des reseaux de parente en milieu urbain En particulier, son analyse de la famille et de la parente chez les Canadiens francais en milieu urbain, un texte publie en 1956 dans The American Anthropologist et reproduit dans le collectif de Rioux et Martin29, contient plusieurs observations et surtout une analyse interessante inspiree des travaux de l’anthropologue Raymond Firth sur la parente a Londres et de David Schneider sur la parente dans la societe americaine.

Distinguant entre les connaissances de la parente par les genealogies et les relations de parente reelles basees sur les echanges, Garigue documente une connaissance genealogique etendue chez les Montrealais, tandis qu’il observe des liens reels gravitant surtout autour du groupe domestique. Il fait l’hypothese que l’importance du lien entre freres et s? urs expliquerait l’extension laterale plutot que verticale des liens de parente. Il mentionne aussi l’existence de ces mariages entre cousins ou de deux freres a deux s? rs, deja observes par Miner. Il analyse longuement la differenciation poussee des interactions et des pratiques selon le genre, les hommes preferant les activites de loisir, les femmes privilegiant les communications et exercant un leadership dans l’organisation des rencontres et les echanges de services. Il constate enfin l’extraordinaire souplesse du systeme de parente canadien-francais base sur les preferences et son adaptabilite, d’ou sa J-P. Wallot, «Aspects . economiques, sociaux et culturels », dans Jacques Rouillard,-op. it. , p. 99-100. G. Fortin, «L’etude du milieu rural», G. Fortin, La fin d’un regne, Hurtubise HMH, 1971, ch. 7. voir texte p. 178-179. 27 M. Verdon, « Autour de la famille souche. Essai d’anthropologie conjecturale », Anthropologie et Societes, vol. 11, no 1, 1987, p. 137-160. 28 C. Collard, Une famille, un village, une nation : la parente dans Charlevoix, 1900-1960, Montreal, Boreal, 1999. 29 P. Garigue «Le systeme de parente en milieu urbain canadien-francais» dans Rioux et Martin, op. cit. , p. 377389, 26 25 8 ersistance en milieu urbain, comme c’est le cas a Londres. Tous ces themes seront repris et developpes dans La vie familiale des Canadiens francais (1962) ou il se penche egalement sur le fonctionnement de la famille conjugale dont l’importance affective demeure selon lui centrale par rapport aux liens de parente. Sur la sociabilite de la parente en milieu urbain, Gerald Fortin30 note la similitude de ses observations avec celles de Garigue en precisant comme Garigue qu’il ne s’agit pas d’une survivance, mais de phenomenes semblables a ceux observes a Londres.

Lorsqu’elle etudie les fonctions multiples des liens de parente chez les Canadiens francais dans les usines de Manchester, l’historienne americaine, Tamara K. Hareven31 precise en note qu’elle utilise, comme sources de ces modeles dans les communautes d’origine, les travaux de Miner (1939) pour le milieu rural et ceux de Philippe Garigue (1956) pour le milieu urbain. Elle approfondit cette question (deja ouverte par Garigue) des fonctions d’adaptabilite de la parente en milieu urbain dont elle documente les multiples fonctions au sein meme de l’organisation du travail dans l’usine.

Des etudes recentes sur la sociabilite en milieu urbain ou rural vont surtout referer a Hareven32. Daniel Fournier33 tout en citant Hareven s’inspire aussi directement de Garigue dans un article des annees 80 qui aborde la sociabilite des milieux montrealais du debut du siecle. Andree Roberge qui a etudie les echanges dans la famille et la parente a l’interieur d’un village semi-rural au cours des annees 80, confirme les observations de Garigue sur le jeu des preferences au sein de ces echanges qui s’appuient sur le role structurel du lien frere-s? ur34.

Les anthropologues Renee Dandurand et Francoise-Romaine Ouellette35 notent dans leur etude des annees 1990 que ce systeme de parente est plus horizontal que vertical comme l’avait vu Garigue, mais que les connaissances genealogiques etendues observees en 1962 par Garigue semblent avoir disparu dans les decennies 70-80. En outre, elles citent ses observations sur le leadership des femmes au sein des reseaux de parente, confirmees par l’etude de Roberge et par leurs propres donnees. 1. 2. 3. Les roles conjugaux et leur transformation G. Fortin, « Le Quebec, une ville a inventer », G.

Fortin, La fin d’un regne, Hurtubise HMH, 1971, p. 394. T. K. Hareven, « The Dynamics of Kin in an Industrial Community », The American Journal of Sociology, Vol. 84, Supplement: Turning Points : Historical and Sociological Essays on the Family, (1978) : p. S151-S182. 32 A. Fortin et al. , Histoires de familles et de reseaux : la sociabilite au Quebec d’hier a demain, Montreal, Editions Saint-Martin, 1987. Chantal Collard, op. cit. 33 D. Fournier, «Consanguinite et sociabilite dans la zone de Montreal au debut du XXe siecle», Recherches sociographiques, vol. XXIV, no 3, 1983, p. 307-323. 4 A. Roberge, «Reseaux d’echange et parente inconsciente», Anthropologie et Societes, vol. 9, n. 3, 1985, p. 531. Voir la conclusion. P. 26. 35 R. B. -Dandurand et Francoise-Romaine Ouellette, Entre autonomie et solidarite. Parente et soutien dans la vie des jeunes familles montrealaises, Rapport presente au CQRS, IQRC, 1992, p. 26- 27. 31 30 9 A quelques reprises, j’ai cite certaines des analyses de Garigue sur l’importance des fratries et sur le role des preferences dans la famille en lien avec les formes de l’affectivite, dont on trouve beaucoup d’exemples dans les romans quebecois36.

Dans les femmes au tournant du siecle (1989), je mentionne ses observations sur les alliances repetees dans la famille et les mariages des deux freres aux deux s? urs. Mais, j’aurais pu y referer sur bien d’autres points, par exemple ses analyses sur le patriarcat mitige dans la famille conjugale. Marc-Adelard Tremblay37 qui a traite des questions d’autorite et de l’emancipation des femmes dans les annees 60 va souligner les convergences entre ses propres observations et celles de Garigue au-dela des vocabulaires.

Sur le theme du patriarcat, Denyse Baillargeon refere a Garigue dans les notes de Menageres au temps de la crise38, pour appuyer ses observations du statut dependant des menageres de milieu ouvrier, en debit de leur gestion de l’argent du menage. Malgre ces contributions diverses de Garigue, en relisant La vie familiale des Canadiens francais, mon impression est que les temoignages saisis dans son enquete entre 54 et 58, qui en constituaient le materiau principal ont du devenir tres vite desuets a cause des changements acceleres des m? rs qui ont suivi. Lorsqu’il note l’absence de decalage entre les valeurs exprimees et les definitions de roles, ainsi que leur commune inspiration dans l’enseignement de l’Eglise catholique, il ne laisse rien presager (a l’exception de la contraception) des changements qui s’amorcent au debut des annees 60 et qui vont polariser l’attention des sociologues dans les decennies qui suivent. Dans une critique dont il accompagne la reedition de son livre en 1970, Garigue le reconnait luimeme. Sur la natalite en chute rapide, sur la transformation des m? rs sexuelles, il formule dans cette introduction des hypotheses qui predisent le rattrapage de cette societe avec les autres societes americaines. Deux traits lui semblaient encore specifiques aux Canadiens francais, une appartenance majoritaire a la religion catholique et l’existence des associations de familles ainsi qu’un ministere de la Famille et du Bien-etre et un Conseil superieur de la famille39. Il omet de preciser qu’il y detient un mandat de president qui allait d’ailleurs disparaitre avec la transformation du ministere au moment ou la seconde edition de son livre parait.

C’est a travers les ecrits qu’il effectue dans le cadre de ses fonctions a ce Conseil, qu’on peut saisir l’ampleur des changements qu’il observe et ceux qu’il preconise. D. Lemieux, Une culture de la nostalgie, Boreal express, 1984, p. 196-197. Voir aussi p. 56-57. M. -A. Tremblay, 1966, «Modeles d’autorite dans la famille canadienne-francaise», Recherches sociographiques, vol. 7, nos. 1-2, p. 215-230. 38 D. Baillargeon, Menageres au temps de la Crise, Montreal, Boreal, 1991, p. 39 P. Garigue, « Critique de la vie familiale des Canadiens francais » introduction a La vie familiale des Canadiens francais, PUM, 1970, p.

XXI. 37 36 10 Avant d’aborder les ouvrages de Garigue qui relevent davantage de la politique familiale ou d’une action sociale, il importe de mentionner la parution en 1967 d’un ouvrage destine aux etudiants. L’analyse du comportement familial40 constitue moins un manuel d’etudes de la famille qu’une reflexion philosophique et anthropologique sur le familial et ses transformations. Directement inspire de ses 15 ans d’enseignement dans le domaine, le livre bien documente tente de definir les elements constitutifs du comportement familial en s’appuyant sur une lecture des travaux de diverses disciplines sur la question.

Malgre sa facture theorique, l’auteur se defend d’avoir voulu produire une theorie generale, ce que ne permettaient pas, a son avis, l’etat des connaissances et l’eclectisme des theories existantes. Tout au plus cherche-t-il a approfondir les grandes questions soulevees par la diversite des comportements et la multiplicite des formes familiales derriere lesquelles il cherche a etablir certaines regularites. Sa conclusion reitere la faiblesse des connaissances dans ce domaine et fait appel a la prise en compte de la liberte de la conscience et de la responsabilite humaine dans l’action.

D’ou sa conclusion qui constitue une mise en garde contre certaines actions institutionnelles fondees sur des connaissances peu etayees. 2. Philippe Garigue, expert, gestionnaire public et leader de mouvement social: une figure de contrastes Les publications de facture pragmatique produites dans le cadre de rapports sur la politique familiale au Quebec ou au Canada ou celui qui reunit des conferences prononcees dans le cadre de ses fonctions de president du Conseil superieur a la famille ou de president de l’UIOF s’inspirent souvent de cette reflexion.

Ils reprennent en introduction les grandes lignes d’une pensee qui situe les changements familiaux dans les revolutions scientifiques et techniques permettant a l’homme de faconner sa condition selon des possibilites infinies, que limite la prise en compte de la qualite de vie qui en decoule, aussi bien pour l’environnement qu’au niveau des relations familiales et des relations entre les sexes et les generations. A partir de quel moment, Philippe Garigue s’interesse-t-il aux associations familiales et aux politiques familiales? Cet interet date-t-il de son arrivee au Quebec?

Des l’article publie en 1960 dans La dualite canadienne41, il mentionne les associations emanant de l’action catholique et des services de preparation au mariage comme des exemples de changements introduits au sein meme de l’Eglise catholique. Comme nous l’avons documente dans L’histoire P. Garigue, Analyse du comportement familial, Montreal, Presses de l’universite de Montreal, 1967. P. Garigue 1960, « The French-Canadian Family » , dans Mason Wade, La dualite canadienne, Canadian Duality, Toronto, University of Toronto Press, p. 180-200 41 40 11 u mouvement familial au Quebec42, il se fait le promoteur des politiques familiales et prononce plusieurs conferences aupres des associations. Doyen de la faculte des sciences sociales depuis 1957, Garigue intervient tot comme expert dans le champ de la famille autant au niveau federal que provincial. Il collabore avec Frederic Elkin43 en 1963 a la preparation d’un bilan de recherche sur La famille au Canada pour le Congres de 1964. Il collabore a la fondation de l’Institut Vanier. En 1964, il est nomme president du nouveau Conseil superieur de la famille du ministere quebecois de la Famille et du Bienetre Social.

Ce poste l’amene a reflechir sur les politiques familiales. Il ebauche les grandes lignes d’un tel programme dans un article de la revue Relations en 1966, aux cotes des autres experts en sociologie de la famille, en droit, en demographie. Jusque la, il agit en tant qu’expert aupres de l’Etat, un role que plusieurs sociologues de l’epoque ont joue. Ce qui semble plus etonnant est le role qu’il joue dans la mise en place d’un mouvement pour favoriser une action concertee autour de la mise en place de politiques familiales.

Precisons qu’il n’est pas a l’origine du plan d’action concertee qui est formule par la nouvelle Federation des unions de famille en 1958 dans son document fondateur; le modele d’action familiale envisage provient des unions francaises de ce type avec lesquelles les associations quebecoises sont en contact depuis longtemps comme l’a bien montre Marie-Paule Malouin44. Garigue s’en fait le promoteur actif45. D’autres acteurs se mobilisent autour de cet enjeu, d’abord les travailleurs sociaux qui sont en train de redefinir leur profession dans un nouveau cadre bureaucratique preconise par le rapport Boucher (1963).

Garigue preside leur second congres qui a pour sujet Les exigences d’une politique familiale. Dans sa conference, il confere un role de participation et d’orientation aux associations familiales, tout en deplorant leur faiblesse et leur manque de ressources. Il prononce des conferences dans plusieurs associations sans menager les associations a qui il reproche de ne pas intervenir lors de l’elaboration des legislations46. Un Congres de l’union internationale des organismes familiaux, UIOF, en 1967 va servir de point de ralliement entre des associations aux objectifs disparates.

Suite a cette rencontre, les associations familiales quebecoises vont participer a une experience d’animation selon l’esprit de l’epoque. En 1969, Garigue participe lui-meme a ce mouvement associatif, en devenant le president de leur regroupement au niveau international. Lorsque le Conseil superieur a la famille disparait suite a la redefinition du ministere en 1970, les associations familiales quebecoises s’unissent pour reclamer le prolongement de son mandat afin qu’il puisse D. Lemieux et M. Comeau, op. cit. F. Elkin, La amille au Canada, Congres canadien de la famille, 1964. 44 M. -P. Malouin, Le mouvement familial au Quebec. Les debuts : 1937-1965 (Boreal, 1998). 45 D. Lemieux et M. Comeau, Le mouvement familial au Quebec 1960-1992. Quebec, PUQ, 2002. 46 P. Garigue, «Une politique familiale pour le Quebec», Familles et humanisme, op. cit. , p. 251-274. Conference prononcee a la Federation des unions de famille le 3 octobre 1969 43 42 12 terminer un document sur La politique familiale. Ce document constitue l’Annexe 16 de la Commission Castonguay-Neveu.

Dans une sorte de synthese ou il compare les legislations des divers pays occidentaux sur les questions familiales, il ebauche un modele de ce que devrait etre une politique familiale et des organismes gouvernementaux a mettre en place pour la realiser. La participation des parents par la voie des associations familiales diverses pour les representer en est un element important. Si le document garde memoire de cette pensee politique, c’est dans l’action des associations que les idees vehiculees par Philippe Garigue autour de la creation d’une politique familiale vont continuer de mobiliser certains acteurs.

Son texte tout comme ses idees, vont circuler dans ces milieux. Plusieurs des leaders associatifs vont chercher a mettre en place des mecanismes de representation des familles au sein de l’appareil gouvernemental. Son texte de 1970, oublie par moments, est aujourd’hui considere comme la premiere formulation du sujet. 3-Conclusion Si des auteurs de bilans historiographiques ou sociologiques reconnaissent la place de Philippe Garigue parmi les pionniers en histoire ou sociologie de la famille au Canada francais, l’examen de trois thematiques contenues dans ses travaux permet d’affirmer qu’il fut certes au c? r d’un debat houleux sur la famille rurale mais que la controverse qu’il a suscitee venait precisement du fait qu’il etait le porteur d’une approche theorique emergente modifiant le regard sur la famille et la parente. Cette approche allait s’affirmer ulterieurement au Quebec comme ailleurs et a inspire de nombreuses recherches. Elle a oriente ses observations sur la famille et la parente dans les milieux urbains, des observations inedites qui ont ete confirmees par des etudes anthropologiques effectuees ulterieurement par divers chercheurs.

Fortement critique par certains, et peut-etre oublie par moments, ce chercheur pionnier fut donc egalement novateur au plan du renouvellement des approches et de l’analyse de la famille et de la parente au Canada francais. Si l’on voit se tisser des liens entre Garigue sociologue et expert avec les divers acteurs du mouvement familial, le lien apparait etroit entre sa pensee comme sociologue et les actions qu’il entreprend dans les annees 60-75.

Les deux ouvrages de Garigue publies en 1972 et 1973, Famille et Humanisme (Lemeac, 1972) et Famille, science et politique (Lemeac, 973) reunissent des textes ecrits dans le cadre de ses engagements comme expert pour le ministere de la famille et du Bien etre du Quebec, pour la Commission de reforme du droit du Canada et comme president de l’UIOF. C’est dans ces ouvrages que Philippe Garigue developpe davantage sa pensee sur les changements familiaux en cours, situes dans les transformations socioeconomiques et technologiques envisagees 13 l’echelle mondiale. Cette partie de son ? uvre bien loin du Canada francais et en lien etroit avec la publication plus theorique sur l’Analyse du comportement familial revele un penseur tourne vers les changements en cours. On y decouvre un Garigue qui s’interroge sur les rapports de sexe et de generation, qui endosse les mesures de lutte a la discrimination envers les femmes au travail tout en s’inquietant des effets sur les enfants de l’eloignement des meres du foyer; qui se questionne sur la diversite des formes familiales experimentales.

Mais c’est le meme Garigue qui propose a l’UIOF de rajeunir son membership et d’elire des femmes sur les comites et qui reitere a tout moment l’importance des conditions de vie des familles et de la qualite de la vie comme priorites dans les politiques familiales. A une epoque ou l’on privilegie la pertinence et le transfert des savoirs, on peut considerer que l’auteur du rapport sur la Politique familiale a servi de guide dans l’elaboration de politiques envers les familles. Ce rapport a eu d’importantes retombees. Bibliographie des textes cites Ouvrages et articles de Philippe Garigue P.

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