Lecture analytique de l’enfant

Lecture analytique de l’enfant

A George Sand (V) Toi qui me l’as appris, tu ne t’en souviens plus De tout ce que mon coeur renfermait de tendresse, Quand, dans nuit profonde, o ma belle maitresse, Je venais en pleurant tomber dans tes bras nus ! La memoire en est morte, un jour te l’a ravie Et cet amour si doux, qui faisait sur la vie Glisser dans un baiser nos deux coeurs confondus, Toi qui me l’as appris, tu ne t’en souviens plus. Alfred de Musset A George Sand (VI) Porte ta vie ailleurs, o toi qui fus ma vie ; Verse ailleurs ce tresor que j’avais pour tout bien. Va chercher d’autres lieux, toi qui fus ma patrie,

Va fleurir, o soleil, o ma belle cherie, Fais riche un autre amour et souviens-toi du mien. Laisse mon souvenir te suivre loin de France ; Qu’il parte sur ton coeur, pauvre bouquet fane, Lorsque tu l’as cueilli, j’ai connu l’Esperance, Je croyais au bonheur, et toute ma souffrance Est de l’avoir perdu sans te l’avoir donne. Alfred de Musset A Juana O ciel ! je vous revois, madame, De tous les amours de mon ame Vous le plus tendre et le premier. Vous souvient-il de notre

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histoire ? Moi, j’en ai garde la memoire : C’etait, je crois, l’ete dernier. Ah ! marquise, quand on y pense,

Ce temps qu’en folie on depense, Comme il nous echappe et nous fuit ! Sais-tu bien, ma vieille maitresse, Qu’a l’hiver, sans qu’il y paraisse, J’aurai vingt ans, et toi dix-huit ? Eh bien ! m’amour, sans flatterie, Si ma rose est un peu palie, Elle a conserve sa beaute. Enfant ! jamais tete espagnole Ne fut si belle, ni si folle. Te souviens-tu de cet ete ? De nos soirs, de notre querelle ? Tu me donnas, je me rappelle, Ton collier d’or pour m’apaiser, Et pendant trois nuits, que je meure, Je m’eveillai tous les quarts d’heure, Pour le voir et pour le baiser. Et ta duegne, o duegne damnee !

Et la diabolique journee Ou tu pensas faire mourir, O ma perle d’Andalousie, Ton vieux mari de jalousie, Et ton jeune amant de plaisir ! Ah ! prenez-y garde, marquise, Cet amour-la, quoi qu’on en dise, Se retrouvera quelque jour. Quand un coeur vous a contenue, Juana, la place est devenue Trop vaste pour un autre amour. Mais que dis-je ? ainsi va le monde. Comment lutterais-je avec l’onde Dont les flots ne reculent pas ? Ferme tes yeux, tes bras, ton ame ; Adieu, ma vie, adieu, madame, Ainsi va le monde ici-bas. Le temps emporte sur son aile Et le printemps et l’hirondelle,

Et la vie et les jours perdus ; Tout s’en va comme la fumee, L’esperance et la renommee, Et moi qui vous ai tant aimee, Et toi qui ne t’en souviens plus ! Alfred de Musset A celle qui est restee en France Autrefois, quand septembre en larmes revenait, Je partais, je quittais tout ce qui me connait, Je m’evadais ; Paris s’effacait ; rien, personne ! J’allais, je n’etais plus qu’une ombre qui frissonne, Je fuyais, seul, sans voir, sans penser, sans parler, Sachant bien que j’irais ou je devais aller ; Helas ! je n’aurais pu meme dire : Je souffre ! Et, comme subissant l’attraction d’un gouffre,

Que le chemin fut beau, pluvieux, froid, mauvais, J’ignorais, je marchais devant moi, j’arrivais. O souvenirs ! o forme horrible des collines ! Et, pendant que la mere et la soeur, orphelines, Pleuraient dans la maison, je cherchais le lieu noir Avec l’avidite morne du desespoir ; Puis j’allais au champ triste a cote de l’eglise ; Tete nue, a pas lents, les cheveux dans la bise, L’oeil aux cieux, j’approchais ; l’accablement soutient ; Les arbres murmuraient : C’est le pere qui vient ! Les ronces ecartaient leurs branches dessechees ; Je marchais a travers les humbles croix penchees,

Disant je ne sais quels doux et funebres mots ; Et je m’agenouillais au milieu des rameaux Sur la pierre qu’on voit blanche dans la verdure. Pourquoi donc dormais-tu d’une facon si dure Que tu n’entendais pas lorsque je t’appelais ? Et les pecheurs passaient en trainant leurs filets, Et disaient : Qu’est-ce donc que cet homme qui songe ? Et le jour, et le soir, et l’ombre qui s’allonge, Et Venus, qui pour moi jadis etincela, Tout avait disparu que j’etais encor la. J’etais la, suppliant celui qui nous exauce ; J’adorais, je laissais tomber sur cette fosse, Helas ! u j’avais vu s’evanouir mes cieux, Tout mon coeur goutte a goutte en pleurs silencieux ; J’effeuillais de la sauge et de la clematite ; Je me la rappelais quand elle etait petite, Quand elle m’apportait des lys et des jasmins, Ou quand elle prenait ma plume dans ses mains, Gaie, et riant d’avoir de l’encre a ses doigts roses ; Je respirais les fleurs sur cette cendre ecloses, Je fixais mon regard sur ces froids gazons verts, Et par moments, o Dieu, je voyais, a travers La pierre du tombeau, comme une lueur d’ame ! Oui, jadis, quand cette heure en deuil qui me reclame