Le totalitarisme

Le totalitarisme

Le Totalitarisme Introduction: Alors que le capitalisme qualifie de « sauvage » dans sa pratique contemporaine eveille les souvenirs des propos tenus par l ‘ economiste Karl Polanyi, qui pensait grosso modo que la marchandisation excessive de la terre, du travail et de la monnaie mena au totalitarisme des annees 30; certains craignent que la profonde crise du systeme economique dominant n’aboutisse a une situation convergeant avec celle de la fin des annees 20 (crise de 1929).

Ces memes avis voient leur these etayee par la forte montee de ce qui est aujourd’hui appele a tort le fascisme europeen, lequel mouvement politique serait plus justement defini par un nationalisme extreme. Cette montee se traduit concretement- c’est a dire de facon elective- en Europe de l’Est ou encore en Italie, et se manifeste indifferemment par des groupuscules violents au pouvoir politique limite mais a l’impact reel sur les m? rs de la societe ou par des partis fortement soutenus et representes usant a merveille de la demagogie pour enfumer le peuple dans un dangereux double discours. L’exemple Cubain montre que le totalitarisme est un regime politique toujours possible qu’il convient de traiter en tant que systeme profondement ancre dans l’actualite. Avant de discuter en profondeur des

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diverses dimensions du totalitarisme, il convient de bien savoir de quoi l’on parle et de definir clairement qu’est-ce qui se cache derriere ce terme actuellement effrayant en Occident democratique.

L’etat totalitaire se voit communement defini par un etat ou l’individu cede ses libertes individuelles a un gouvernement dictatorial, refusant une quelconque opposition et controlant tout ce a quoi le peuple a acces, les maintenant sous sa coupe par une repression omnipresente et a un Etat de droit policier. Ainsi, sera etudiee la mesure dans laquelle on peut considerer que la similitude de la base du regime suffit a annihiler les divergences ideologiques constatables au sein des trois exemples etudies, a savoir le stalinisme, le fascisme et le nazisme.

Pour cela, nous verrons dans un premier temps comment ces regimes se sont-ils mis en place et de quelle maniere le contexte conjoncturel favorisa cette implantation. Puis, sera traitee la maniere dont les regimes totalitaires s’organisaient et se maintenaient en place. Dans un dernier temps, il s’agira de definir les caracteristiques sociales et ideologiques des trois exemples etudies. I- Contexte de l’arrivee du totalitarisme et mise en place de ces regimes. A) Contexte favorisant la naissance de regimes totalitaires.

Dans cette partie sera etudiee la conjoncture socio-economique dans chacun des trois cas etudies afin d’y recenser similitudes et divergences et de pouvoir ainsi apporter des elements de reponse a la problematique. Il est bien evident que dans chaque cas la situation economique est sensiblement la meme mais c’est surtout une frustration de chacun de ces Etats a la suite de la fin de la Grande Guerre que ce soit dans le cas de l’Italie, fortement decue par les promesses non tenues des Allies et la non annexion des terres irredentes; ou dans le cas de l’Allemagne, grande perdante avec L’Empire Austro-hongrois des traites de paix de 1918.

La Russie, elle, fut bien plus minee par la guerre civile, qui ,quatre annees durant, opposa les « Blancs » favorables a un retour du tsar aux « Rouges » de Trotski, les bolcheviks. Ainsi dans le cas Russe, le peuple eut une faible influence au vu du manque d’efficacite sur le long terme de leur combat que ce soit par le biais des paysans ou encore des marins de la base navale. Outre l’immense frustration laissee par les traites de paix pour le peuple italien, nombreux furent les autres facteurs ayant mene a la montee du parti fasciste en Italie.

En effet, les soldats et officiers ayant pris part a cette guerre ont vu cette epreuve mettre en exergue les inegalites dont-ils font les frais, et reclament que justice leur soit rendue et que l’Etat s’acquitte de la dette qu’il a envers ses employes. Deux phenomenes economiques ineluctablement lies vont venir se meler a la conjoncture bien compliquee survenue apres la paix. D’une part le taux de chomage va terriblement s’accroitre a l’heure ou l’Etat n’a plus les moyens d’embaucher a la guise du peuple.

D’autre part, l’inflation generalisee va toucher le pays et reduire considerablement le pouvoir d’achat des Italiens, sans compter l’effet desastreux que celle-ci aura sur l’echelle des salaires concernant les classes moyennes, qui se voient ainsi declassees sur l’echiquier de la societe italienne. De plus, les luttes sociales, alors en pleine expansion, vont amener les classes moyennes et possedantes a voir poindre en eux la crainte d’une revolution bolchevique telle que celle qui eut lieu trois ans plus tot en Russie.

Cette crainte est confortee par les elections de 1919 (les elections n’ont que 7 ans en Italie) qui voient les socialistes grands vainqueurs. Dans une Italie extremement catholique et fidele a la voix de l’Eglise, l’impact qu’ont eu les differents appels a la contestation populaire du Parti populaire italien n’est pas negligeable. Dans ce contexte, la reaction du gouvernement fut a n’en pas douter d’une faiblesse inconcevable et ce serait un pleonasme de dire que leur position attentiste d’une accalmie due a l’essoufflement de la revolte ne rassura personne.

Ce contexte economique ne fut pas seulement favorable au parti fasciste italien, en Allemagne aussi, la conjoncture joua un role decisif dans la montee en popularite du NSDAP. En effet, ce pays mine par la guerre a vu deux facteurs essentiels affaiblir l’economie nationale. A la suite des traites de paix de 1918, il fut decide que la zone de la Ruhr devait etre occupee, connaissant le role moteur de cette region pour l’economie allemande, force est de constater que ce fut source de difficultes.

En outre, les degats materiels plus qu’importants auxquels l’Allemagne a du faire face ont provoque de tres importants couts de reparation aux frais de l’Etat. La crise economique de 1929, fera d’enormes degats en Allemagne qui se verra le pays europeen le plus touche. Les effets de cette crise sur le chomage furent desastreux, ainsi que le montre la duplication du nombre de chomeurs en l’espace de deux ans seulement. Les difficultes economiques se voient malheureusement accompagnees de problemes d’ordre politique.

En effet, alors que la republique ne fut proclamee qu’en 1918, elle se voit d’ores et deja fortement ebranlee par l’insurrection communiste, ou, plus justement ,spartakiste (en reference a Spartacus, leader de la revolte des esclaves a Rome). Le NSDAP ne cessera en effet de lutter contre ce groupe pour finalement s’en servir a ses propres fins. A la sortie de la Premiere Guerre Mondiale, la Russie est dechiree par trois longues annees de guerre civile opposant « Blancs » et « Rouges » jusqu’en 1920, qui fut l’annee marquant la victoire des Bolcheviks faisant suite a la victorieuse revolte d’Octobre 1917.

Les premieres mesures bolcheviks auront des effets desastreux. En effet, les mesures dictatoriales prises par Trotski et Lenine s’acheminent vers le communisme de guerre, or la militarisation de l’economie, la nationalisation de toutes les entreprises engagees avec differents acteurs economiques, ainsi que la depreciation monetaire meneront a la revolte des marins de Kronstadt (militants en octobre 1917) qui se reclament du « vrai » socialisme qu’ils estiment fondamentalement different de ce communisme de guerre mene par les Bolcheviks.

Ces derniers devront de plus faire face a l’insurrection des paysans qui refusent les requisitions agricoles, qui couplees a la repression militaire devasteront la campagne et engendreront une grande famine causant 5 a 6 millions de victimes. Suite a cela, les Bolcheviks vont reculer en concedant la NEP qui transforme donc les requisitions en impots et permet la privatisation des petites entreprises individuelles denaturant ainsi ce communisme dont revait Lenine.

Alors que certains voient uniquement la premiere Guerre Mondiale comme explication tangible a l’apparition des totalitarismes, il semble essentiel de montrer que la mutation des societes traditionnelles vers des societes de masses mena a cette domination du conformisme. B) Processus d’accession au pouvoir des partis incrimines. Le mode de prise de pouvoir represente la premiere difference observable entre ces trois regimes. En effet, elle isole clairement le stalinisme des autres regimes totalitaires etudies du fait de l’acquisition legale du pouvoir par Staline.

Il fut donc nomme Secretaire General du Comite Central. Poste dit superieur car strategique, il lui est en effet possible de controler et de designer l’ensemble des nominations des cadres du Parti. C’est seulement a la suite de la mort de Lenine qu’il devient plus libre de mettre en ? uvre sa strategie d’elimination des opposants au sein du Parti. Le fascisme precede le nazisme et ainsi que l’avouera Hitler, Mussolini fut pour lui un modele dans sa strategie de prise du pouvoir par la force.

Ainsi, en 1921, est cree le PNF (Parti National Fasciste), suite politique des Faisceaux de Combat. Environ six mois plus tard, il compte de maniere tout a fait legale des elus a la Chambre. Mais c’est en realite le fait d’actes terroristes menes par les Squadristes (milice armee). Le gouvernement et ses institutions policieres etant complices, « la marche sur Rome » ne pouvait aboutir qu’a un appel du roi a former le gouvernement. Et ce fut le cas le 30 octobre 1922, legitimant ainsi le coup d’Etat de Benito Mussolini.

Hitler suit ce modele en organisant son parti, le NSDAP accompagne d’une organisation paramilitaire, les SA. Durant l’annee 1932, les opposants aux communistes se rallient en masse a Hitler, pensant pouvoir s’en debarrasser aisement, ce qui ne fut pas le cas etant donne que le fait est qu’il fut legalement designe Chancelier en janvier 1933. Apres avoir dissous le Reichstag et fait interdire le parti Communiste (accusation de l’incendie), Hitler obtient par vote de ce meme Reichstag les pleins pouvoirs. Il en profite pour s’etablir en parti unique obtenant 92% des voix fin 1933.

Il fut donc l’instigateur de la « Nuit des longs couteaux » et des camps de concentration destines a eliminer physiquement toute opposition politique. Apres la mort de Hindenburg, il est nomme Reichsfuhrer et abolit la republique par plebiscite. C) Objectifs de ces totalitarismes. Les objectifs des totalitarismes sont varies mais demeurent empreints d’une volonte de controler l’individu dans toutes les spheres de sa vie publique ou privee, et, par le biais du conformisme, de muter la societe traditionnelle en une societe dite « de masses », qui abrogerait la revolte.

Une fois de plus, l’etude de ces objectifs dissocie le stalinisme des deux autres cas etudies. En effet, dans le cas sovietique, il s’agit de l’instauration d’un socialisme parfait dans un seul pays. Il met egalement l’accent sur la reussite des objectifs economiques fixes par le plan quinquennal. Le stalinisme se veut donc un metissage entre leninisme et culte du chef et de l’Etat, ainsi que nationalisme russe. Dans le cas italien, l’objectif poursuivi est d’unir le peuple derriere le devoir qui est le sien de servir l’Etat.

Ainsi, la dictature peut compter sur l’entiere devotion d’un peuple homogeneise par l’ideal de l’homme nouveau et du corporatisme. L’asservissement du peuple pour l’Etat et la volonte de creation d’un ideal humain font egalement partie integrante des objectifs nazis. Mais ce n’est pas le seul point commun, en effet, dans les deux cas, on observe une volonte d’extension etatique, qualifiee par Hitler de poursuite du Lebensbraum (espace vital) du peuple allemand. La suppression pure et simple de tout risque de contamination des Aryens par les races dites inferieures rejoint la notion de darwinisme social fasciste.

La conviction d’un lien necessaire entre Etat centralise autour du guide (Fuhrer, Duce) et optimum pour l’Etat constitue un autre objectif commun de tout regime totalitaire II) Systeme socioeconomique et structure gouvernementale A) Structure gouvernementale Lorsqu’on etudie la structure constituante de ces trois regimes, il ressort une fois de plus que le stalinisme diverge des autres totalitarismes. Toutefois, nombreux sont les points communs qui font aujourd’hui la substance meme de la definition du totalitarisme telle qu’elle est agregee.

En effet, le totalitarisme ne peut s’accommoder d’une democratie et va inevitablement de pair avec la dictature autoritaire et discretionnaire. Dans le cas du fascisme, cette transition sera materialisee trois ans apres la prise du pouvoir par Benito Mussolini par une succession d’edits appeles « les lois fascistissimes » qui consistent a supprimer l‘audibilite de toute voix qui ne participerait point a la melodie chantee par le PNF. De plus, le parlement ne jouit d’aucun role tandis que la Chambre des deputes est constituee d’hommes choisis par l’Etat.

Cette derniere sera meme remplacee en 1939 par la Chambre des Faisceaux. Pour le fascisme, comme pour tout regime totalitaire, le parti unique se confond litteralement avec l’Etat, ainsi, en Italie, le principal organe dirigeant est le Grand Conseil Fasciste, compose de ministres, de responsables du parti et de hauts dirigeants du regime. Est-il besoin de preciser que les ministres sont eux-memes membres du seul parti autorise, le PNF. Dans le cas nazi, le parti fonde l’Etat et l’un comme l’autre sont centralises vers le Fuhrer qui guide sa politique pour l’amener au egime correspondant a sa doctrine « Ein Volk, Ein Reich, Ein Fuhrer ». Il subsiste cependant une derniere caracteristique qui etablit un point commun entre tous les totalitarismes, c’est l’existence d’une police secrete terroriste qui est chargee d’eliminer physiquement (mort, exil, reclusion) toute contestation, elle se nomme SS en Allemagne, OGPU en URSS, OVRA en Italie et peut etre scindee en plusieurs missions parmi lesquelles des taches de surveillance, d’arrestations ou d’elimination. B) Systeme socioeconomique

Malgre le fait que l’economie ne fut jamais le fer de lance de ces differents systemes politiques, il convient neanmoins de remarquer l’existence commune d’un vaste projet et d’un souci d’economiser de facon maximal pour pouvoir financierement subvenir aux besoins de ces ? uvres titanesques qui fixaient un but a ces differentes ideologies. Dans le cas stalinien, l’economie prend un role bien superieur compte tenu de ‘originalite du mode de production choisi. Staline juge comme Lenine que la NEP est dans l’impasse malgre la relative prosperite de la croissance economique.

Le 7 novembre 1929 sera le jour du « Grand tournant » qui marque l’application d’un plan quinquennal decide par l’Etat et appelant a une collectivisation massive de l’agriculture et a un effort accelere d’industrialisation. Cette collectivisation fut un desastre, en effet, une vraie guerre est menee par l’Etat contre les Koulaks et les paysans refusant de se soumettre aux kolkhozes et aux sovkhozes (ils iront jusqu’a abattre la moitie du cheptel dans le but d’en priver l’Etat).

Et les enjeux sont enormes car dans le cadre du plan de livraison etatique, les autorites saisirent tout ce qu’il restait aux paysans pour le livrer en ville, laissant ainsi 6 millions de paysans en proie a la famine. Paradoxalement, le pays se modernise grace a une forte industrialisation poussee par d’ambitieux plans quinquennaux (objectif de 135 % de croissance industrielle), et un etat d’esprit de l’ouvrier moule dans la stakhanovisme. Des chantiers titanesques sont accomplis le plus souvent par les detenus du goulag, les Zeks (du russe zaklioutchenni : prisonnier).

Mais ceci fut accompli au prix d’une terrible chute du niveau de vie, surtout en campagne ou le niveau du salaire du kolkhozien suscitait pour lui un veritable casse-tete pour survivre, et ou le prix d’achat de ses recoltes fixe par l’Etat etait derisoire. Ces bouleversements economiques s’accompagneront d’une profonde restructuration de la societe russe qui verra disparaitre des classes sociales entieres, telles que les paysans independants, les koulaks, les nobles et les bourgeois (le clerge n’etant point epargne non plus).

Cette restructuration de la societe sera source de la creation des kolkhoziens en tant que classe sociale qui formeront environ 50% de la population active tandis que les ouvriers verront leur nombre doubler et les employes le verront, eux, tripler. Un homme adulte sur six ayant fait l’experience du goulag, c’est une societe en manque de reperes et terrorisee par des representations etatiques qui voit le jour en URSS.

Des bouleversements socioeconomiques aussi importants ne se verront que dans le cas de l’URSS, car, en Allemagne, par exemple, l’economie devient entierement affaire d’Etat, ou l’interventionnisme permettra de faire baisser le taux de chomage d’environ 95% en six ans. La crise sera combattue par l’Etat qui aide l’industrie lourde et qui, d’un plan quadriennal, va, tout comme l’URSS, recourir a une economie de planification centralisee dans un but autarcique, faisant de l’Allemagne la deuxieme puissance industrielle au monde.

L’Allemagne, tout comme l’Italie et l’URSS, lance de Grands Travaux qui ont pour but de moderniser le pays et de reduire le taux de chomage. En plus de cela, l’Italie aussi poursuit un but d’autarcie et son dirigisme s’axera sur un soutien aux entreprises performantes notamment avec l’IRI (Institut de Reconstruction Industrielle) qui detient 45% des actions des entreprises italiennes et qui cherchera la valorisation nationale avec un renforcement de la monnaie.

L’autarcie et l’interventionnisme outrageux sont donc des elements economiques cles et inherents aux regimes totalitaires. III) Ideologies et ressenti populaire des totalitarismes etudies A) Ideologies De ces trois regimes, celui qui est le plus empreint d’une ideologie aboutie et fondamentale, puisque c’est l’ideal qu’elle recherche, qui orient la politique gouvernementale, c’est bien sur le regime nazi. En effet, durant son incarceration, Adolf Hitler redigea un livre exposant cette doctrine, « Mein Kampf ».

S’inspirant de la these nee au XIXeme siecle qui fait de la race aryenne la race superieure (race indo-europeenne basee en Inde, en Iran et en Allemagne), il est dit que tout doit etre fait pour eviter une « contamination » de la race aryenne par les races dites inferieures classees en tant que races a exterminer, a reeduquer ou a reduire en esclavage. Cette hierarchie ne verra se mettre en ? uvre que la principale tache qu’elle soutient, consistant a l’extermination pure et simple des races juives et tsiganes.

Le metissage des Allemands de sang etant prohibe, les mariages sont controles et ce conformisme vehicule par l’active propagande de Goebbels impose une orthodoxie de la vie publique renforcee par le terrorisme des SS. Une autre caracteristique subsiste cependant dans ce regime, c’est celle du darwinisme social et de l’eugenisme. Ce dernier, deja pratique en Suede ou dans la Grece antique, consiste en l’elimination des membres les plus faibles de la societe. Ceci se materialise par l’extermination des handicapes physiques et mentaux, ainsi que des homosexuels et des « asociaux ».

Cependant, ce point fut le plus epineux du plan hitlerien car il fut ardu de ne pas choquer les Allemands comptant encore un zeste d’humanite. L’ideologie fasciste est, elle, teintee d’un gout prononce pour la violence jugee plus efficace que les discussions et autres pourparlers demagogiques. Cette violence s’accompagne d’une exacerbation de la virilite et d’une repetition de demonstration de force, ce qui se traduira politiquement par un parti « arme » qui accelere militairement le processus legal.

Cette ideologie se base egalement sur l’anticommunisme et une tendance a l’amour de l’ordre qui lui assurera le soutien des elites italiennes malgre le fait que Mussolini rejette toute culture bourgeoise et humaniste pourtant en vogue a cette epoque. Le reste de ces commandements dicte la legitimite superieure du Duce et de la nation comme en temoigne le dixieme commandement du milicien fasciste : « une chose doit t’etre chere pardessus tout : la vie du Duce » et le septieme commandement : « la discipline est le soleil des armees ».

De plus, selon le premier commandement, la guerre doit etre attendue et la paix ne doit pas etre perpetuelle pour un bon fonctionnement du regime fasciste. Parler de l’ideologie stalinienne, c’est resumer « le national -bolchevisme ». Celui-ci se definit par un melange entre leninisme, culte du chef, renforcement de l’Etat et nationalisme russe. B) Culte du chef Lorsqu’on evoque le totalitarisme et ses affres, surgit alors l’idee de domination totale de l’image voulue parfaite et materialisee par le chef du gouvernement .

Cette these fut vehiculee et developpee par de nombreux auteurs, notamment Georges Orwell (1984) et Hannah Arendt. L’absolutisme qui lui est doctrinalement fonde, decoule du mythe qu’il constitue. En effet, formidables sont les efforts consentis par les organismes charges de transmettre et parfaire son image de Goebbels a Molotov et Ordjonikidze, en passant par Testi et Dottori. Un mot revient cependant systematiquement, c’est celui de guide, traduisant ainsi la volonte d’asservissement du peuple du fait de la legitimite superieure de ce dernier.

Ceci se traduit par une phrase bien connue de Staline repondant a ceux qui lui demandaient s’il craignait l’assassinat : « dans une expedition, on ne peut tuer le seul qui sache ou est le tresor ». La popularite de ces chefs fonde la base du conformisme auquel la population terrorisee se soumet de gre ou de force. Toutefois, le chef consent a delaisser une part de son aura pour la deleguer au parti sous un principe de subsidiarite.

Les divers symboles se substitueront aux crucifix, traduisant ainsi l’imperialisme de la doctrine sur les croyances religieuses, preuve en est le peu de scrupule que suscitera la destruction pure et simple de monuments cultuels en URSS. Dans les autres cas, la religion chretienne sera toleree mais subordonnee a la doctrine du parti. Il se developpera donc a l’instar de ces croyances de reelles liturgies politiques se traduisant dans la sphere publique par des rites collectifs tels que l’illustrent les autodafes en Allemagne.

La propagande usera sans vergogne de l’art, ce qui sera d’autant plus vrai dans le cas fasciste qui elevera le courant artistique du futurisme au rang « d’art du parti ». Les scenes chretiennes traditionnelles en peinture feront l’objet de nombreuses expositions organisees par le parti nazi. Le chef sera constamment et glorieusement represente, et sera abusivement eleve au rang d’icone de sorte a appuyer le travail de propagande commence des le plus jeune age avec les institutions du parti telles que les Enfants de la Louve en Italie, les Petits Octobristes en URSS ou les Pimpf en Allemagne.

C) Ressenti populaire Les bases securitaires et repressives appuient une tension sociale conduisant a un affaiblissement des liens sociaux dans tous les cadres possibles, que ce soit entre voisins, collegues, amis ou encore parents. La mefiance constante gangrenait toute relation sociale denuee d’hypocrisie du fait de la realite des perceptions du parti qui etaient loin d’etre aussi ideales que les manuels d’histoire veulent bien nous le faire croire.

La delinquance universalisee a toutes les contestations se voit aussi etendue, et les sanctions envers ses auteurs seront grandement amplifiees, comme l’illustre le deuxieme commandement fasciste : « les jours de prison sont toujours merites ». Illustration est aussi, la possibilite en URSS d’etre condamne au goulag pour un simple vol a l’etalage. Le cas nazi fascine cependant lorsqu on recueille les temoignages post-IIIeme Reich. En effet, subsistent dans leurs dires des souvenirs de totale subjugation a l’ecoute des propos tenus par le plus que charismatique Adolf Hitler.

Lorsqu’etait introduite l’ideologie hierarchisant les races, il naissait un sentiment de superiorite chez le peuple se situant « du cote des plus forts » (Gustav Koppke). Ceci assurait au gouvernement la devotion aveugle du peuple pour ces theories sur l’espece humaine. L’embrigadement de la jeunesse se traduisait par des organisations prenant en charge les enfants des l’age de 6 ans, perpetuant ainsi jusqu’au debut de l’age adulte une immersion totale au c? ur de la doctrine promue par le pouvoir.

Le concept de creation de l’homme nouveau se base sur cet embrigadement de la jeunesse pour inculquer aux futurs citoyens la voie a suivre dans chacune de ses representations publiques ou privees. Cependant, au sein du cercle proche de relations sociales, subsistait une liberte de pensee qui humanisait et rendait supportable la lourdeur des conventions imposees dans la vie publique. Grace a de nombreux temoignages, il nous est permis de dire que l’adhesion n’etait pas totale et qu’en confiance, les « bons citoyens » osaient avouer leurs divergences ideologiques pour les mesures les plus extremes.

Par cette etude des trois cas les plus marquants de totalitarisme, fut demontree une kyrielle de points communs entre chacun d’entre eux. De l’omnipresence d’un guide gouvernant de maniere discretionnaire, a la pluralite des systemes etatiques et de leur mise en place en passant par les subtiles nuances dans les moyens mis en ? uvres afin d’exercer la fin, ou le controle unilateral de toutes les spheres de la vie – reelle ou publique – d’un individu, un reel portrait du patron du totalitarisme fut dresse, mele harmonieusement a un laidoyer contre la stigmatisation de ces regimes. En premier lieu fut montre, a travers les modes de prise de pouvoir, les objectifs recherches par les doctrines, la legere rupture entre stalinisme et le bloc fascisme-nazisme, se voyant, dans ce cas, unis par la prise de modele de Adolf Hitler sur son predecesseur Benito Mussolini. Il fut enrichissant d’extraire le propos du cliche lassant visant a considerer uniquement la 1ere Guerre Mondiale comme definissant le contexte social propice a la mise en place d’un regime totalitaire.

Les structures gouvernementales permettant de differencier ces regimes, varient selon leur doctrine et la societe a laquelle ils doivent l’appliquer evitant ainsi la fameuse confession du dictateur ayant echoue, qui revenant sur son echec avoue: « Mon idee n’etait pas mauvaise, je me suis seulement trompe de societe. Les ideologies, bien sur, sont propres a chaque regime, dictees par les nuances doctrinales. Toutefois revient la notion de legitimite etatique superieure, et d’exacerbation de la violence, de la virilite, et de la politique securitaire.

Le culte de la personnalite est, quant a lui, inherent a la definition de totalitarisme, mais differe avec le stalinisme, la volonte d’image donnee au peuple delaissant le « guide » pour le « petit pere des peuples ». A mesure qu’avance cette etude, fut progressivement dissocie le stalinisme par notamment son absence de violence dans la prise de pouvoir puis par l’absence de connotation raciale dans son ideologie (hormis les statistiques ethniques, toutefois plus dues a l‘epoque qu’au regime en lui-meme). Toutefois, les points communs a la definition du totalitarisme le classent inevitablement comme naturellement inclus dans cette analyse.

Le totalitarisme ne tiendrait son uniformite uniquement de son originalite, de son caractere exclusif, mais ne pouvant en dire autant de la democratie, se pose donc la question de savoir si la tendance a generaliser et homogeneiser ces differents regimes ne releverait peut-etre que d’un fantasme occidental, preferant singulariser le probleme afin de se rassurer a son egard (rassurer et non combattre car au vu des differentes caracteristiques etudiees, il aurait ete naturel d‘inclure le regime cubain a la souverainete peu inquietee par les instances internationales pourtant chargees d‘assurer la protection des hommes et des peuples).

Autant que faire ce peu, fut evite le discours repetitivement lassant, et miserabiliste, debordant de compassion qu’il vaut mieux contenir et mesurer ( sans deshumaniser le propos) afin de preserver une fragile objectivite dans des sujets humainement si lourds du passe et de ses affres.

Enfin, resumant ainsi la seulement relative pluralite des totalitarismes, une metaphore permettrait d’illustrer plus clairement encore ces nuances. En effet, la mixite entre uniformite et pluralite serait telle des appartements batis selon les memes plans, par des architectes differents, meubles selon les gouts de chaque architecte mais surtout de ses residents.