Le tiers monde

Le tiers monde

LE TIERS MONDE : INDEPENDANCES, CONTESTATION DE L’ORDRE MONDIAL, DIVERSIFICATION En l’espace d’une generation, les vieilles puissances vont devoir accepter la perte de leurs Empires. Face a des mouvements nationaux structures dont le combat est legitime par les valeurs proclamees par les deux Grands et l’ONU, les metropoles oscillent entre deux attitudes : se degager au plus vite ou tenter de se maintenir par la force. Mais apres les independances, les lendemains sont difficiles, car les nouveaux pays veulent peser sur la scene internationale et ils doivent faire face a de tres grandes difficultes internes. . LES ORIGINES DE LA DECOLONISATION : Qu’est-ce qui rend apres 1945, la decolonisation inevitable ? 1. 1. L’impact de la seconde guerre mondiale La Seconde Guerre mondiale finit de lezarder l’edifice imperial deja conteste dans l’entre-deux guerres. En Asie, le Japon a humilie les residents et les prisonniers de guerre europeens, et favorise les declarations d’independance. D’autre part, a l’initiative des EU, ancien pays colonise, la propagande alliee pour la liberte et les droits de l’homme inscrits dans la Charte de l’Atlantique en 1941 se retourne contre les metropoles.

En fevrier 1943, Ferhat Abbas appelle dans le Manifeste du peuple algerien a l’application de ces droits pour son pays.

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Au Maroc, Roosevelt soutient officiellement le Sultan face a la France, poussant ainsi les nationalistes a creer en 1943 le parti de « l’Istiqlal », le parti de l’independance. De plus, alors que les metropoles font appel pendant la guerre aux troupes coloniales, des promesses de reformes sont faites au sein des empires. A la conference de Brazzaville, en janvier 1944, De Gaulle propose bien la participation des colonises a « la gestion de leurs propres affaires » mais ecarte toute idee d’autonomie. . 2. Les metropoles europeennes isolees sur la scene internationale A partir de 1945, la decolonisation s’inscrit dans un contexte favorable. Les Etats-Unis condamnent le colonialisme europeen. Mais avec la guerre froide, le soutien americain a la decolonisation devient plus mesure. L’U. R. S. S. , bien qu’etant elle-meme a la tete d’un empire colonial, encourage l’emancipation des peuples. Elle se propose d’etre « le chef de file des mouvements anti-imperialistes » selon la doctrine Jdanov et reserve dans les premiers temps son aide aux mouvements communistes.

L’ONU, enfin, reaffirme « le droit des peuples a disposer d’eux-memes » et devient la tribune des revendications des pays accedant a l’independance. Dans les metropoles aussi la contestation prend de l’ampleur. Les Eglises chretiennes entendent se demarquer du fait colonial tandis que certains experts denoncent le cout du « fardeau colonial » au seul profit de quelques societes ou particuliers. Face a cela, les reactions des metropoles sont diverses. La France qui veut garder un empire, symbole de grandeur, cree les departements d’outre-mer et met en place l’Union Francaise en 1946.

Celle-ci proclame l’egalite theorique des peuples et donne la citoyennete aux ressortissants d’outre-mer, ce qui abolit le statut de l’indigenat. Mais cette reponse institutionnelle est non negociee et refuse toujours l’evolution vers une federation d’Etats independants. Les repressions de Setif en Algerie (1945) et a Madagascar (1947) sont sanglantes. Le Royaume-Uni, lui, a une strategie de decolonisation. Ayant bati le Commonwealth dans les annees 30, il a adopte le plus souvent le systeme de « l’Indirect Rule » preparant les populations locales a la gestion de leur pays. 1. 3.

La force des mouvements nationalistes Les mouvements d’emancipation se structurent autour de personnalites issues des nouvelles couches sociales nees de la colonisation. Sekou Toure (Guinee) est venu a la lutte politique par le syndicalisme ouvrier. Ferhat Abbas ou Houphouet-Boigny (Cote d’Ivoire) sont les representants de la bourgeoisie qui se heurte aux statuts politiques inferieurs imposes par les Blancs ; Lumumba (Congo) est issu d’une elite europeanisee condamnee a des emplois subalternes. Les aspirations a l’independance sont relayees par des structures diverses. En Afrique noire. ‘est d’abord un amenagement du statut colonial qui est demande. 2. LES VAGUES D’INDEPENDANCES EN ASIE : Comment se deroule cette vague de decolonisation ? 2. 1. L’exemple du sous? continent indien Des 1945, des negociations s’ouvrent pour l’independance de l’Inde, entre le gouvernement britannique du travailliste Attlee et les partis nationalistes, alors que les violences entre communautes hindoues et musulmanes eclatent. Le 20 fevrier 1947, faute d’arriver a un accord, le gouvernement britannique annonce son intention d’evacuer l’Inde avant juin 1948. Lord Mountbatten, dernier vice? oi des Indes propose un plan de partition. Deux Etats deviennent independants le 15 aout 1947 : l’Union indienne a majorite hindoue et le Pakistan forme de deux territoires eloignes de 1700 km a majorite musulmane. Les independances n’evitent pas les heurts sanglants entre les communautes (un million de morts) et un vaste transfert de population (12 millions de refugies). Gandhi est assassine en janvier 1948 par un nationaliste hindou qui n’admet pas la partition. A l’inverse, les Britanniques accordent sans difficultes l’independance a Ceylan (Sri Lanka) en 1947, et a la Birmanie en 1948. 2. 2.

Une decolonisation manquee: le proche? orient L’evolution au Proche? Orient depend de l’attitude de la France et de la Grande? Bretagne. Depuis 1943, les Britanniques font pression pour que la France abandonne ses mandats sur la Syrie et le Liban. L’independance devient effective en aout 1945 apres de violents affrontements entre l’armee francaise et les Syriens. De leurs cotes, les Britanniques doivent resoudre la question de la Palestine. Les sionistes, menent en Palestine des actions terroristes pour obtenir la creation d’un Etat juif refuse par la Ligue arabe qui regroupe depuis mars 1945 les Etats voisins.

La politique anglaise est dans l’impasse : interpellee, l’ONU propose un plan de partage entre les deux communautes, plan rejete par les Arabes. A la veille du retrait britannique, le 14 mai 1948, Ben Gourion proclame l’independance de l’Etat d’Israel immediatement reconnu par les Etats? Unis et l’U. R. S. S. Se declenche aussitot la premiere guerre israelo? arabe qui se termine par la victoire d’Israel et la fuite des Palestiniens. 2. 3. Les crispations en asie : En Indone la France hesite a remettre en cause sa souverainete. Elle negocie avec le Vietminh car elle est en situation de faiblesse sur le plan militaire.

Les negociations finales trainent en longueur, renforcant les partisans de l’affrontement. Sur ordre de l’amiral d’Argenlieu, Haiphong est bombarde le 28 novembre 1946 provoquant en retour l’attaque d’Hanoi par le Vietminh. La guerre commence sans avoir ete declaree. Pendant sept ans, le corps expeditionnaire francais lutte contre les maquisards communistes bientot armes par la Republique populaire de Chine. Le conflit de decolonisation devient alors un conflit de guerre froide, justifiant l’aide americaine a la France, apres 1949. Au moment ou des pourparlers de paix s’engagent a Geneve, la chute du camp retranche de Dien

Bien Phu, le 7 mai 1954, signe la defaite francaise et entraine la signature des accords de Geneve (20 juillet 1954). Quatre Etats independants sont crees : le Laos et le Cambodge pro? occidentaux et un Vietnam divise en deux par le 17eme parallele. Le Nord Vietnam communiste s’oppose rapidement aux nationalistes du Sud soutenus par les Etats? Unis. En Indonesie, la tentative du retour des Hollandais est difficile. Ils doivent affronter le mouvement nationaliste anime par Soekarno qui, une fois l’independance proclamee en aout 1945, a etabli un gouvernement.

Apres avoir accepte, en mars 1947, un etat federal indonesien, les Hollandais tentent la reconquete militaire de leur colonie, Les vives reactions des Etats? Unis, des Etats asiatiques et de l’ONU conduisent les Pays? Bas a reconnaitre la souverainete de l’Indonesie en novembre 1949. En Malaisie, la diversite ethnique et la volonte britannique de garder le controle sur l’economie retardent l’independance. Apres la victoire de Mao Zedong en Chine, une guerilla communiste harcele les soldats britanniques pendant 4 ans. L’echec de cette insurrection permet d’aboutir en 1957 a l’independance de la Federation malaise (pro? ccidentale). Singapour fait partition en 1965, tout en gardant un systeme capitaliste. 3. LES GRANDES ETAPES DE LA DECOLONISATION AFRICAINE Quelles sont les etapes de l’emancipation en Afrique ? 3. 1. La situation en Afrique noire Dans les possessions britanniques, la decolonisation demarre a la fin des annees 1950. Le Royaume-Uni regle la situation au cas par cas. Il accorde d’abord l’autonomie interne puis l’independance totale. Le Ghana (ex Gold Coast) obtient l’autonomie en 1951 puis devient independant en 1957. Sa decolonisation progressive sert de symbole.

Dans les annees 1960, les colonies britanniques d’Afrique occidentale (Nigeria, Sierre Leone, Gambie) et d’Afrique orientale (Ouganda) accedent a une independance negociee malgre les difficultes inter-ethniques. La decolonisation est plus douloureuse au Kenya (1963) et en Zambie (Rhodesie du Nord) (1964). En Afrique noire francophone la conference de Brazzaville avait ecarte toute idee de self-government. L’emancipation est concertee grace a l’action du Senegalais (Leopold Sedar Senghor) et de l’Ivoirien (Felix Houphouet Boigny).

Des 1946, Paris accorde a ces territoires un debut d’autonomie, ainsi que le droit d’elire des deputes au Parlement francais. Mais la France reprime violemment les emeutes nationalistes a Madagascar en 1947. En 1956, la loi-cadre Deferre (elaboree par Gaston Deferre ministre de la France d’Outre-mer sous la 4eme Republique) permet un transfert progressif de souverainete et met en place une vie politique africaine democratique (assemblees elues, un executif africain preside alors par le gouverneur colonial en Afrique noire). En 1958, De Gaulle qui veut achever sereinement la decolonisation met en place la

Communaute francaise : autonomie interne associee a des liens etroits avec la France (monnaie, defense). En 1960, tous les Etats africains acceptent d’y participer a l’exception de la Guinee de Sekou Toure. Les nouveaux Etats etablissent ainsi des liens privilegies avec la France. L’independance du Congo belge se fait de facon plus chaotique. La metropole belge a toujours gere cette colonie de facon paternaliste et a refuse toute idee d’evolution. (d’autant plus que la colonie dispose d’importantes ressources minieres : diamant, cuivre). Apres d’importantes emeutes a Leopoldville (1959), l’independance est accordee en juin 1960.

Des massacres d’Europeens, les rivalites entre ethnies, le soutien de l’URSS au premier ministre Lumumba, le soutien des Etats-Unis au president Kasavubu, la secession de la riche province miniere du Katanga provoquent une guerre civile. L’ONU echoue dans ses tentatives pour retablir l’ordre. Le general Mobutu s’empare du pouvoir par un coup d’etat en 1965 et instaure une dictature (il y restera jusqu’a sa mort en 1997). Le Rwanda et le Burundi, autres colonies belges, deviennent independants en 1962. L’Afrique Australe termine ce processus d’independance.

Il faut attendre les annees 1974-1975, avec la chute de la dictature au Portugal pour voir l’Angola et le Mozambique acceder a l’independance, suite aux guerillas marxistes appuyees par Cuba et l’URSS. En Rhodesie du sud et en Afrique du Sud, la politique d’apartheid entraine des affrontements entre la minorite blanche et la majorite noire. La Rhodesie du sud obtient son independance en 1980 (le Zimbabwe). L’Afrique du sud ne resout qu’en 1991 le probleme colonial, en mettant fin a l’apartheid et en permettant des elections multiraciales qui portent au pouvoir Nelson Mandela (vieux militant de l’ANC : congres national africain). . 2. Le Maghreb Le Maroc et la Tunisie connaissent une evolution similaire. Apres la guerre le parti marocain de l’Istiqlal (soutenu par le sultan Mohammed ben Youssef) et le Neo-Destour du tunisien Habib Bourguiba exigent tous deux l’independance de leur pays. Face a leurs revendications, la France hesite et tente d’abord de repondre par la maniere forte. Bourguiba est arrete en 1952 et le sultan en 1953. Ces repressions provoquent de fortes tensions. Pour eviter la guerre, le president du conseil Pierre Mendes-France se rend a Tunis et a Carthage et proclame l’autonomie interne de l’etat tunisien le 31 juillet 1954.

Bourguiba retourne en Tunisie en juin 1955, l’independance est reconnue le 20 mars 1956. Par ailleurs, le gouvernement d’Edgar Faure entame les negociations avec le Maroc en 1955. Celui-ci devient independant le 2 mars 1956, le sultan est intronise roi du Maroc sous le nom de Mohammed V en 1957. ces deux pays etablissent des relations de cooperations avec la France. L’Algerie colonisee depuis 1830 est une colonie a laquelle la France reste tres attachee en raison de son statut (trois departements qui dependent du ministere de l’interieur) surtout c’est la seule colonie de peuplement.

Apres le debarquement Americains en 1942, un sentiment anticolonial se developpe en Algerie. Par ailleurs, l’importance prise par les musulmans dans l’armee francaise ont cristallise le mouvement national algerien qui s’exprime lors de la revolte de Setif (durement reprimee le 8 mai 1945), mais aussi lors de l’insurrection du FLN le 1er novembre 1954. En 1955, le FLN progresse dans les campagnes. Les attentats terroristes et la guerilla provoquent l’envoi du contingent en 1956 et l’octroi de pouvoirs speciaux a l’armee par Guy Mollet. Le conflit s’intensifie : tortures, executions sommaires.

Cependant la France nie la guerre et s’obstine a parler de pacification. Cependant l’opinion publique commence a remettre en question la legitimite du conflit. La IVeme Republique divisee entre defenseurs de l’Algerie francaise et partisans des negociations est incapable de trouver une solution, ce qui provoque sa chute au lendemain de l’insurrection d’une partie de l’armee a Alger le treize mai 1958. Rappele au pouvoir le 1er juin 1958, De Gaulle admet peu a peu l’idee d’independance et s’appuie sur des referendums populaires, car l’opinion publique est lasse de la guerre.

Mais, sa politique provoque des reactions violentes chez les partisans de l’Algerie francaise avec la tentative de putsch des generaux en 1961 et la creation de l’OAS. Malgre l’engrenage de la violence, l’Algerie accede a l’independance lors des accords d’Evian signes en mars 1962. Le bilan de la guerre est terrible avec pres de 300000 morts dans les deux camps, le retour tragique de milliers de pieds-noirs en France et les represailles du FLN contre les harkis. 4. LES DIFFICILES LENDEMAINS DE L’INDEPENDANCE Quels sont les difficultes des nouveaux pays decolonises ? 4. 1 D’importants problemes materiels

Les nouveaux etats decouvrent rapidement que l’independance ne resoud pas tous les problemes. Leur economie souffre d’une faible industrialisation : generalement le colonisateur n’a developpe que des industries legeres. Cela impose aux nouveaux Etats de recourir a des importations couteuses en provenance des pays developpes. Les techniques agricoles sont archaiques (culture sur brulis, faible usage d’engrais) surtout en ce qui concerne les cultures vivrieres. En revanche, les cultures de plantation (cacao, cafe, coton) tournees vers l’exportation font appel a des techniques plus modernes.

Mais, le profit que peuvent attendre les jeunes etats depend du cours des produits (fixe par les centres financiers des pays developpes). Ces faiblesses economiques engendrent d’importantes consequences sociales. La malnutrition est frequente. Beaucoup d’enfants ne sont pas scolarises et l’analphabetisme demeure important. Le niveau de vie de la population est bas (ce qui est a lie au sous-emploi). Neanmoins la societe presente de fortes inegalites (une minorite tres riche et une masse rurale miserable). Attirees par le modernisme des villes, elles viennent s’entasser dans les bidonvilles (a leur peripherie). . 2. Les difficultes politiques des nouveaux Etats En Afrique, les frontieres ont ete tracees par les Europeens, qui n’ont tenu compte ni des donnees geographiques, ni de la repartition des communautes ou religieuses. Le continent est divise en une mosaique d’Etats dont l’identite nationale est mal definie (ainsi au Nigeria, les Haoussas musulmans et les Ibos catholiques se battent entre 1967 et 1970 pour le controle du Biafra). Ensuite, beaucoup de ces nouveaux etats connaissent une derive dictatoriale : l’inexperience de la democratie, une scolarisation incomplete, une elite reduite faussent le jeu politique.

Le depart des colons laisse un vide et desorganise l’administration. Le pouvoir est confisque par un coup d’etat militaire comme en Ouganda (le general Amin Dada) ou encore un seul homme aureole par son combat pour l’independance s’approprie le pouvoir : Sekou Toure en Guinee. De nombreux chefs d’etat font l’objet de culte de la personnalite et s’appuient sur un parti unique (cense mettre fin aux divisions). Pour se maintenir ils instaurent un regime policier repressif qui interdit toute opposition et qui est presente comme necessaire pour construire l’etat-nation et sortir du sous-developpement.

La gestion du pays est parasitee par une administration corrompue recrutee par clientelisme. Ce systeme est soutenu par les occidentaux, car il est synonyme de stabilite et il menage leurs interets (c’est le cas de la France avec ses anciennes colonies, des Etats-Unis avec les dictatures sud-americaines). Face a la diversite des dialectes, la langue du colonisateur est un instrument d’unite. Parfois elle peut etre contestee (surtout dans les pays qui ont lutte pour leurs independances, c’est le cas en Algerie : on favorise l’arabisation dans les annees 60). . 3. L’essor demographique Toutes ces difficultes sont amplifiees par l’evolution demographique. Les jeunes etats entrent dans une phase de transition demographique. La population fidele a ses comportements traditionnels conserve une forte natalite, en revanche la mortalite baisse serieusement (c’est le resultat des progres apportes par le colonisateur en matiere d’hygiene : construction d’egouts, de reseaux d’adductions d’eau dans les villes) et developpement de la sante : developpement de la vaccination, construction de dispensaires medicaux.

Le maintien de la natalite elevee et le recul de la mortalite entraine un rapide accroissement du nombre de la population. Cette population jeune a des attentes qui representent un defi considerable pour les dirigeants. 5. LES AMBITIONS DU TIERS-MONDE Quels roles le tiers-monde compte-t-il se donner ? 5. 1. Jouer un role sur la scene internationale En 1947, une conference est organisee a Delhi par Nehru (1er ministre indien) reunit plusieurs pays asiatiques qui manifestent pour la premiere fois leur solidarite dans leur combat pour l’independance. C’est en 1949, que certains pays africains dont l’Egypte se joignent a eux.

Il se forme alors un ensemble afro-asiatique qui utilise l’ONU pour leur combat pour la liberte et le non-alignement. Le terme tiers-monde a ete utilise pour la premiere fois par Alfred SAUVY (economiste francais) en 1952 par comparaison avec le tiers-etat francais avant 1789. C’est a Bandoung en 1955 qu’est affirmee par les dirigeants eux-memes, l’existence politique du tiers-monde. Ce qui forge l’unite du tiers-monde c’est son passe commun de lutte pour obtenir l’independance ainsi que sa volonte d’obtenir l’emancipation pour ceux qui ne le sont pas encore.

Cette conference permet aux « silencieux d’hier » de s’exprimer, elle se pose comme une « internationale des pauvres » selon le terme meme de Nasser. Elle affirme son refus de la division de la planete en deux blocs. Ces positions sont reprises a Belgrade en 1961  ou Tito (dirigeant yougoslave), Nehru et Nasser se reunissent. Cette conference marque officiellement la naissance du mouvement des non-alignes. On refuse la soumission aux blocs, on affirme la presence du tiers-monde dans la politique internationale. Ces pays prennent l’habitude de se eunir tous les trois ans, ils seront rejoints par certains pays d’Amerique latine qui desirent le non-alignement. 5. 2. Compter dans l’economie mondiale Les difficultes que rencontrent les nouveaux pays independants sont interpretees par les economistes de l’epoque comme un retard de developpement. L’opinion generale pense qu’une aide substantielle suffira a faire decoller les pays pauvres. Cependant, les dirigeants du tiers-monde estiment cette explication insuffisante. Des 1956, dans un discours prononce a Alexandrie ou il annonce la nationalisation du canal de Suez, Nasser denonce l’exploitation economique subie par son peuple.

Plus generalement, il reproche a l’economie mondiale de reduire les pays du tiers-monde a au role de simples pourvoyeurs de matieres premieres, d’energie a bas prix et de main d’? uvre bon marche. Les dirigeants des pays en developpement denoncent notamment la degradation des termes de l’echange (theorie selon laquelle les prix de matieres premieres augmentent lentement ce qui n’est pas le cas des prix des produits industriels : theorie actuellement contestee). De leur point de vue, un tel desequilibre enrichit les pays developpes et appauvrit encore plus les pays du tiers-monde.

A partir de ces analyses, 77 pays du tiers-monde (le groupe des 77) obtiennent de l’ONU (ou ils sont majoritaires) la creation de la CNUCED (conference des nations unies pour le commerce et le developpement) pour leur permettre de faire entendre leur voix (1964). Cette conference n’aboutit qu’a la promesse des pays industrialises a consacrer 1% de leur revenu a l’aide au tiers-monde. En 1973, a la conference d’Alger (sommet des non-alignes) ils reclament un nouvel ordre economique mondial (NOEI) qui prendrait plus en compte les interets des pays pauvres.

La hausse du prix du petrole decidee en 1973 par les pays de l’OPEP s’inscrit dans cette logique. 6. VERS LA DIVERSIFICATION : DU TIERS-MONDE AUX TIERS-MONDES Pourquoi l’unite du tiers-monde vole-t-il en eclats ? 6. 1. Des modeles de developpement differents La voie capitaliste, adoptee en Cote d’Ivoire et au Bresil, s’appuie sur le secteur prive, mais le role de l’etat reste important. L’economie est ouverte aux capitaux exterieurs et aux entreprises etrangeres. Ce modele suscite une forte dependance a l’egard des multinationales et du marche mondial.

La voie socialiste considere que le sous-developpement est du a l’heritage colonial et au systeme liberal et s’appuie sur la nationalisation ou la collectivisation des moyens de production. Elle privilegie parfois le secteur rural. En Amerique latine sous l’impulsion de la revolution cubaine les grandes proprietes (latifundios) sont confisquees. La voie socialiste repose la plupart du temps sur l’industrialisation, conformement au modele sovietique. L’Algerie dans les annees 1970 nationalise ses industries de base et finance ainsi ses investissements par les revenus du petrole et du gaz, favorises au detriment des autres secteurs. . 2. Des strategies variees Les strategies agricoles s’appuient sur les progres des techniques et des reformes agraires. La « revolution verte » se developpe en Inde (sous l’impulsion de Nehru) et se propage aux Philippines, au Pakistan et en Malaisie. Elle permet d’obtenir l’autosuffisance alimentaire, mais elle favorise surtout les paysans aises et les regions les plus dynamiques. D’autres pays fondent leur reforme agraire sur la redistribution des terres. Ainsi les latifundios confisques en Amerique latine sont redistribues, on pense ainsi resoudre les problemes lies a la terre.

Les strategies industrielles privilegient le developpement autocentre ou extraverti. Le developpement autocentre consiste a rechercher sur place les facteurs de developpement (matieres premieres, main d’? uvre, capitaux, technologies) et a produire pour le marche national (c’est le cas de l’Algerie). En revanche, les pays d’Asie du Sud-est choisissent l’insertion dans le commerce international : ils valorisent l’exportation avec l’aide des capitaux etrangers attires par le faible cout de la main d’? uvre et les avantages fiscaux. 6. 3. La dependance du tiers-monde

La part des pays du tiers-monde dans les echanges internationaux passe de 18% en 1973 a 15% en 1994. En 1973, les trois-quarts des exportations repose sur les produits bruts, alors que les produits manufactures representent 60% des importations. Les marches sont toujours controles par les occidentaux et les termes de l’echange se degradent. Les pays du tiers-monde font appel a l’emprunt. Jusqu’aux annees 1970, l’essentiel des flux financiers provient de l’aide publique mondiale qui transite par les organismes specialises de l’ONU (FAO, OMS). Puis les banques occidentales et le FMI prennent le relais.

Or en 1982, le Mexique, le Bresil, la Cote d’Ivoire, le Venezuela se declarent incapables de rembourser leurs dettes. Cela entraine la cessation des prets bancaires et le reechelonnement de leurs dettes existantes. En contrepartie, les pays du tiers-monde s’engagent a des economies draconiennes dans leurs depenses publiques. En Afrique, la dette de certains pays excede 100% de leur PNB. L’aide occidentale comporte des limites. Elle est liee a la prise de conscience du sous-developpement par l’occident. Jusqu’a la crise de 1973, l’idee d’un rattrapage possible du tiers-monde a muri, grace au soutien occidental.

Mais l’aide se heurte au defi demographique, au detournement de fonds, souvent dilapides dans des depenses militaires ou somptuaires. En outre, elle n’atteint pas les 1% des revenu prevu par la CNUCED (0,58% du PNB pour la France et les Etats-Unis et la France en 1973). Les pays riches privilegient l’aide bilaterale (liee a des contreparties economiques et politiques). 6. 4. Les Sud : les quatre mondes du tiers-monde L’Amerique latine connait une croissance economique. Les grands pays emergeants (Bresil, Mexique) se sont integres au capitalisme mondial et leur niveau de vie augmente.

Mais, les inegalites sociales et le chomage augmentent. Au Moyen-Orient, certains pays se sont enrichis grace a l’augmentation des revenus petroliers. Les emirats du Golfe (Qatar, Koweit …), l’Arabie Saoudite ont pu se moderniser. Mais la manne petroliere ne peut resoudre tous les problemes de developpement. Les contrastes sociaux restent tres forts et l’instabilite dans la region du golfe Persique (Irak) remet en cause certains progres. L’Asie du Sud-est a reussi son take-off. Dans les annees 1970, plusieurs pays ont mise sur les exportations et sur les delocalisations venues d’occident pour favoriser la croissance.

C’est ainsi que sont nes les NPI qui ont connu une forte urbanisation, une centralisation rapide et une elevation du niveau de vie, notamment Coree du Sud, Thailande, Singapour. L’Inde et la Chine s’ouvrent a la fin des annees 1970 au capitalisme. Deng Xiaoping lance les « quatre modernisations : l’agriculture, l’industrie, l’armee et la recherche). Mais les contrastes restent importants. L’Afrique reste en marge de la croissance. L’Afrique du Sud et le Maghreb se modernisent grace au tourisme et a l’industrie. Les PMA (12% de la production mondiale et 2% du PIB ) dependent de l’exportation d’un seul produit et sont fortement endettes.