Le personnage de tiberge dans manon lescaut, une uvre de l’abbe prevost.

Le personnage de tiberge dans manon lescaut, une uvre de l’abbe prevost.

PLAN INTRODUCTION DEVELOPPEMENT I Le portrait de Tiberge A) L’amitie Tiberge / Des Grieux B) Le portrait moral de Tiberge C) Le statut social de Tiberge II La place de Tiberge dans l’ uvre de Prevost A) Le triangle Tiberge Des Grieux Manon B) Tiberge : un personnage adjuvant C) Tiberge : un personnage opposant D) La reussite de Tiberge III La religion A) La fonction symbolique de Tiberge B) La notion de Jansenisme C) Le Jansenisme dans Manon Lescaut CONCLUSION LE PERSONNAGE DE TIBERGE DANS MANON LESCAUT, UNE ‘UVRE DE L’ABBE PREVOST.

Introduction : Tiberge est l’un des personnages clef de l’ uvre de l’Abbe Prevost. En effet, homme de religion, Tiberge incarnera la raison et la sagesse et n’hesitera pas a montrer un devouement sans fin pour son ami d’enfance le chevalier Des Grieux. Il apparaitra alors comme un personnage moralisateur, du a son statut d’homme d’Eglise, mais aussi comme un ami compatissant envers Des Grieux, anime par les plaisirs et les vices de l’amour et de la passion. Quel est donc le role essentiel du personnage de Tiberge tout au long de l’ uvre de l’Abbe Prevost?

Notre approche vis-a-vis de Tiberge se fera en trois points : nous dresserons

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dans un premier temps son portrait, puis nous nous attacherons a analyser son role. Puis nous acheverons cette etude par un travail sur la fonction symbolique de Tiberge : la religion. Developpement : Nous pouvons tout d’abord constater que l’Abbe Prevost peint souvent ses personnages de facon succincte, il apporte alors peu d’informations sur les personnages principaux dont Tiberge. Des lors celui-ci n’est decrit qu’au debut de l’ uvre, simplement sur sa vie familiale et sociale. Tiberge est un jeune homme age de vingt ans, de trois ans l’aine de Des Grieux.

Ces deux personnages ont d’ailleurs ete eleves ensemble. Unis depuis leur plus tendre enfance, Tiberge voue une amitie sincere et sans limites a son ami le chevalier Des Grieux. En effet il considerait son ami comme un modele de bonte et d’intelligence, Tiberge dira lui dira meme: « Je connais l’excellence de votre c ur et de votre esprit ; il n’y a rien de bon dont vous ne puissiez vous rendre capable. ». Tiberge restera un ami d’une fidelite sans egale, et dont le courage ne diminuera pas face a sa volonte de voir Des Grieux revenir sur le chemin de la vertu et de la religion.

Il occupe une place tout a fait particuliere dans l’entourage du chevalier, puisque son amitie reste desinteressee, et parfaite. Nous remarquons dans Manon Lescaut que c’est l’amitie entre Tiberge et Des Grieux qui nous offre, nous devoile le portait moral de Tiberge. Ainsi nous decouvrons un personnage guide par la sagesse et par la raison, mais parfois naif, se laissant abuser par le chevalier lorsque celui-ci se lamente de sa situation et espere lui soutirer de l’argent. Tiberge veut sauver son compagnon de la passion.

Quant a son portrait social il reste tres vague : contrairement a Des Grieux, il est issu d’une famille beaucoup plus modeste. C’est pourquoi il s’est vu oblige de se diriger vers la voie ecclesiastique. Pourtant, Tiberge n’hesitera jamais a faire preuve de generosite envers son compere le chevalier. Des lors nous nous interrogerons sur la place qu’occupe Tiberge dans le deroulement de l’intrigue de Manon Lescaut. Tiberge apparait tout d’abord comme un personnage secondaire dans cette uvre. Or il est present tout au fil de l’ uvre, et vole ainsi au secours du chevalier pas moins de sept fois.

Toujours dans le but de l’aider et de le soutenir. Des Grieux fait confiance a Tiberge son auxiliaire : « (…) ce fut de recourir a mon ami Tiberge, dans lequel j’etais bien certain de retrouver le meme fond de zele et d’amitie. Rien n’est plus admirable et ne fait plus d’honneur a la vertu, que la confiance avec laquelle on s’adresse aux personnes dont on connait parfaitement la probite. On sent qu’il n’y a point de risque a courir. Si elles ne sont pas toujours en etat d’offrir du secours, on est sur qu’on obtiendra du moins de la bonte et de la compassion. . De prime abord nous pouvons observer le role essentiel de ce personnage qui semble certes quelconque mais qui avec plus de recul parait ineffacable. En effet c’est une sorte de triangle qui se deploie tout au long de la structure de l’ uvre : les peripeties sont dans un certain sens possible par le biais de la presence de Tiberge. Aussitot que le chevalier se trouve dans en situation delicate il court chercher du renfort aupres de son compagnon qui l’apaise moralement et financierement.

Cette aide permet aux heros de renouveler de plus belle leurs aventures et ainsi de suite. A chaque infortune Tiberge est present pour relever son ami, des lors le pretre se pose tel un moteur de l’histoire provoquant par le biais de son aide de nouvelles peripeties. C’est un cercle infernal qui se deroule sous nos yeux et qui s’achevera par la mort de Manon. (Voir schema) Comme dit precedemment, Tiberge lui sera d’un soutien moral, notamment au debut de l’ uvre, lorsque Des Grieux est amene de force dans la maison familiale par son frere pour etre eloigne de

Manon. Effectivement l’homme d’Eglise lui rend visite et le convainc de revenir a la raison. Cependant nous pouvons noter une pensee discordante chez le « prisonnier » : « Mais, a la fin d’un si sage arrangement, je sentais que mon c ur attendait encore quelque chose et que, pour n’avoir rien a desirer dans la plus charmante solitude, il fallait etre avec Manon. ». Tiberge ne reussira pas completement a le detourner de sa passion, puisque quelques temps plus tard celui-ci retournera aupres de sa belle.

Il represente une certaine protection financiere pour le chevalier puisque Tiberge ne comptera pas les pistoles pretees. Le chevalier se trouve de tres nombreuses fois en difficulte pecuniaire face aux depenses faites pour les desirs de Manon. Relevons un passage referentielle ou Tiberge fera preuve d’une generosite excessive : « Il me mena aussitot chez un banquier de sa connaissance, qui m’avanca cent pistoles sur son billet, car il n’etait rien moins qu’en argent comptant. J’ai deja dit qu’il n’etait pas riche. . Ainsi Tiberge apparait tel un adjuvant puisqu’il se fait soutien moral et financier. Mais est-ce a dire qu’il ne reprouve pas la conduite du chevalier, qu’il n’essaye pas de le mener vers d’autre chemin. Il est vrai que l’homme d’Eglise prone la religion de la vertu par opposition a Des Grieux qui lui prone celle de l’amour. Tiberge tente de detourner son ami des chemins bien sombre du libertinage : Ainsi pareil a un opposant, il refute la conduite bien hasardeuse de notre heros.

Elle est aux antipodes de la religion et donc aux antipodes de la pensee du pretre qui essaye tant bien que mal de remettre son ami sur le droit chemin. Tiberge s’oppose a son ami d’une part par son statut social, un religieux n’a pas les memes convictions qu’un libertin. L’argent n’a pas de valeur a ses yeux ayant fait v ux de pauvrete, il s’interesse plus aux biens spirituels. Le pretre se manifeste tel un opposant, en effet il desapprouve la conduite de Des Grieux, et tente de le ramener a la raison, sur la voie de la vertu.

Ainsi le religieux se range du cote des braves gens comme le pere de Des Grieux, le Superieur de Saint Sulpice… Il est redoutable par ses prerogatives meme si tout d’abord il semble clement et indulgent puisqu’il montrera par mille et une facons que le chemin a suivre est celui de l’amour de la religion « …il me flatta si adroitement sur la bonte de mon caractere et sur mes inclinations, qu’il me fit naitre des cette premiere visite, une forte envie de renoncer comme lui a tous les plaisirs du siecle pour entrer dans l’etat ecclesiastique …».

Il souhaite que son compagnon retrouve la raison tandis que Des Grieux desire poursuivre sa voie vers l’amour passion bien plus attrayant que la vie monotone et rangee de son ami. Cependant l’acharnement de notre sage ne sera pas sans recompense, au terme de l’histoire lorsque Tiberge viendra secourir Des Grieux en Louisiane son ami lui avoue que « tout ce qui lui est arrive depuis son depart de France, et pour lui causer une joie a laquelle il ne s’attendait pas, je lui declarai que les semences de vertu qu’il avait jetees autrefois dans mon c ur commencaient a produire des fruits dont il allait etre satisfait. Nous observons donc un personnage aux multiples facettes et tres complexe se faisant au premier abord adjuvant puis dans un second coup d’ il il parait idem a la serie des representant de l’ordre puisqu’il condamne la liaison qu’il entretient avec Manon et tend de sortir son ami des routes bien obscures du libertinage, du bien materiel, de la passion. Tiberge detient dans l’ uvre de Prevost un role symbolique important. Il represente en effet la religion. Constat que l’on peut avancer grace a sa profession mais aussi aux nombreuses valeurs qui le caracterisent.

Il est un homme bienveillant, genereux, sage, vertueux, et profondement devoue a Dieu. Tiberge devient un guide pour le chevalier, meme si ce dernier place Manon au-dessus de la religion. Il incarne un modele de vertu qui ne cessera jamais de croire au retour de Des Grieux sur la voie de la raison et donc de la foi. Ce determinisme fait de lui un parfait homme de Dieu. Il est alors necessaire de parler d’une notion tres importante qui apparait dans Manon Lescaut : le jansenisme. Le Jansenisme est un courant religieux et politique qui se deploya aux XVIIe et XVIIIe siecles en France, Belgique, Hollande, Italie et Allemagne.

Notons que les jansenistes pronent une morale tres rigoriste, contrairement aux jesuites qui, face au peche, demeurent indulgents. Il existe une « querelle de la grace » entre les jansenistes et les jesuites. En effet pour les premiers l’homme ne possede pas de libre-arbitre puisque son destin est deja ecrit. Dieu est tout-puissant et determine lui-meme la destinee de chacun, il n’accorde sa grace qu’a de rares elus. Pour les jesuites, l’homme detient un libre-arbitre, lui-seul batit son avenir et le chemin vers la grace.

A partir de 1637, les jansenistes, installes a Port-Royal dans une abbaye, fondent les Petites Ecoles (notamment frequentees par Racine) ou l’enseignement sera porte sur la theologie et l’etude litteraire. Condamnes par le college de la Sorbonne, Port-Royal sera rase en 1710 par le pouvoir royal favorable aux jesuites. Dans Manon Lescaut le jansenisme apparait grace au theme du destin et de la fatalite. Dans cette uvre, le chevalier representerait un chretien pecheur, soumis aux plaisirs des sens et a l’amour.

La grace de Dieu lui est ainsi interdite. En revanche Tiberge se montre detache de toute cupidite et incarne un homme d’Eglise vertueux, attache a des valeurs spirituelles profondes qui font de lui un etre destine a etre gracie. Des Grieux se sent victime de son destin, et souffre de se voir, aux moments les plus paisibles et agreables de sa vie, accable par ce destin : « J’ai remarque, dans toute ma vie, que le Ciel a toujours choisi, pour me frapper de ses plus rudes chatiments, le temps ou ma fortune me semblait le mieux etablie ».

Ici le destin joue un role tres important, meme essentiel : si le chevalier, eleve d’un college jesuite, souhaite garder une attitude vertueuse, il ne peut absolument rien faire et se voit entraine par l’amour inevitable qu’il porte a Manon. Un amour comparable a celui de Phedre et d’Hyppolite, les celebres personnages de Racine. Des Grieux reste toujours conscient de son impuissance face a la fatalite: « Je vais perdre ma fortune et ma eputation pour toi, je le prevois bien ; je lis ma destinee dans tes beaux yeux ; mais de quelles pertes ne serai-je pas console par ton amour ! ». L’attitude janseniste du chevalier apparait lorsqu’il tente d’oublier Manon, et prie Dieu de l’aider. Apres les infidelites de Manon avec Monsieur de B…, Des Grieux se tourne vers la religion et souhaite mener « une vie sage et chretienne » ou il s’occuperait « de l’etude et de la religion » qui lui permettront « de ne point de penser aux dangereux plaisirs de l’amour ».

L’un des discours du jeune homme fait a Tiberge semble etre effectivement janseniste : « Etablissez bien que les delices de l’amour sont passageres, qu’elles sont defendues, qu’elles seront suivies par d’eternelles peines, et ce qui fera peut-etre encore plus d’impression sur moi, que, plus elles sont douces et charmantes, plus le Ciel sera magnifique a recompenser un si grand sacrifice, mais confessez qu’avec des c urs tels que nous les avons, elles sont ici-bas nos plus parfaites felicites ».

Puis lorsqu’il ajoute : « De quels secours n’aurais-je pas besoin pour oublier les charmes de Manon ? », Tiberge se moque gentiment de lui : « Dieu me pardonne, je pense que voici encore un de nos jansenistes. » Mais le roman de Prevost est-il reellement une uvre janseniste ? Remarquons tout d’abords que contrairement aux principes jansenistes, Des Grieux place son amour pour Manon au-dessus de Dieu et donc de la religion. Pour les Jansenistes, Dieu est tout-puissant, comme dit precedemment il detient entre ses mains la destinee de chacun et seul son jugement compte.

Or dans Manon Lescaut Des Grieux se retrouve face a la justice des hommes. Conclusion : Le personnage de Tiberge parait a premiere vue peu important, il s’efface derriere les personnages principaux : Manon Lescaut et le Chevalier Des Grieux. Cependant il reste l’une des clefs de l’ uvre sans laquelle le deroulement de l’histoire ne serait pas possible. En effet c’est bien Tiberge qui secourt le chevalier financierement et moralement, c’est grace a ce dernier que les peripeties se renouvellent.

Neanmoins son statut est double, dans un premier temps Tiberge est percu tel un adjuvant et se pose pareil a un opposant. Il represente l’ordre et prone l’amour de la vertu, a contrario de Des Grieux qui prone l’amour passionnel. Ainsi cet ecclesiastique se fait moralisateur, confident, incarnant la raison, la sagesse et la vertu. En d’autres termes Tiberge incarne la religion. Une religion qui se glisse habilement dans l’ uvre de Prevost et qui nous mene a la question du jansenisme.