Le monde de meursault

Le monde de meursault

LE MONDE DE MEURSAULT —————— Postulat Le monde est un monde qu’on ne peut expliquer, qui met fin un jour ? toutes nos aspirations Dans cet univers soudain priv? d’illusions et de lumi? res, l’homme se sent ? tranger. Il est en exil, un exil sans recours puisqu’il est priv? des souvenirs d’une patrie perdue ou de l’espoir d’une terre promise. ? Il faut se garder d’interroger ou de questionner un monde irr? m? diablement muet Cela explique l’indiff? rence r? sistante de Meursault visant ? r? duire les tensions superflues? c’est une forme de sagesse (proche de l’? picurisme) que de r? fr? ner son ? lan vital, que de s’accommoder (en apparence) de toutes sortes de privations et que de ne point tol? rer le discours du pr? tre, marchand d’espoir (II,5) Dans le monde libre, l’absence au questionnement s’effectue dans la recherche des plaisirs physiques, naturels. Il s’agit de se d? pouiller des d? sirs parasites, impossibles ? assouvir dans l’instant? : la paix du corps ? teint tout souci du devenir Alger est pour Meursault le th?? tre d’une volupt? assur? ment famili? e, que ce soit en se promenant dans les rues de la ville, dans

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l’enceinte du tribunal ou au fond de sa prison Sur la plage reposante s’? tablit une complicit? entre la pierre chaude et vivante de ses galets et le corps du personnage la mer, ? la fois m? re et femme, est source de vie et balaie l’atroce mis? re de ce monde? ; elle pr? te ? Meursault le pouvoir de se laisser aller ? l’entente amoureuse de la Terre et de l’homme d? livr? de l’humain. Tels sont ces plaisirs simples que go? te Meursault dans la premi? re partie du roman, sit? sorti de son travail, le week-end, lorsqu’il se trouve avec ses amis. Pas de grand amour dans le couple Marie-Meursault mais un attrait ? rotique qui se passe de mots, une relation qui se con? oit dans l’instant alors qu’aimer implique la dur? e et est symbolique de mort. La notion de p? ch? n’a pas cours pour Meursault, le crit? re de v? rit? est cette loi de la nature qu’il suit comme une loi sacr? e. Seule compte ? ses yeux la satisfaction ponctuelle de la sensualit?. ? les vraies richesses, ce sont les bonheurs faciles et brusques, r? ponses momentan? s aux interrogations des sens ? dans la pl? nitude de la jouissance physique, Meursault conna? t une sorte de bonheur primitif, une seconde d’? ternit??. qui n’a comme corollaire que le silence? : le silence au monde ? une dimension quasi m? taphysique. Ce silence se mue chez Meursault en sommeil et l’on constatera que le personnage dort ? norm? ment (les cinq premiers chapitres du roman s’ach? vent sur le sommeil de Meursault, un sommeil sans r? ve ni cauchemar car ce sommeil est d? possession volontaire de soi? ; il en est de m? me pendant le proc? s? ; il en sera de m? e lorsque Meursault se retrouvera seul dans sa cellule). Le sommeil, suspension de la pens? e, rejoint, dans son effort d’an? antissement de la conscience, l’? tat min? ral, le bonheur des pierres. ? les trois motifs du silence, du sommeil et de la pierre nous renvoient vers la m? re (n’oublions pas que de son vivant, il n’existait pratiquement aucune communication entre Meursault et sa m? re – comme si celle-ci avait compris longtemps avant son fils que le seul bonheur possible r? side dans une jouissance suivie d’un oubli imm? diat (c’est la nature des rapports entre Marie et Meursault)? le seul bonheur primitif auquel nous devons aspirer, c’est celui qui ressemblerait ? l’indiff? rence de la pierre, qui est aussi indiff? rence au monde et indiff? rence du monde. Tel est ce ? quoi l’absurde (ce monde absurde) nous condamne. Meursault ne pleure pas, car pleurer est une grimace qui rappelle l’hypocrisie des hommes (I,1). Plut? t qu’un manque de sensibilit? , ne faut-il pas voir dans le comportement de Meursault au d? but du roman la n? cessit? (encore inconsciente chez lui) d’affirmer des valeurs maternelles se placent dans la lign? e des grands mythes primitifs? sa m? re est une m? re sans ? ge puisqu’elle recommence sa vie au moment de mourir? ; sans que l’on y prenne garde, il y a dans le regard de Meursault vis-? -vis d’elle un processus d’id? alisation symbolisant? : les liens du sang l’attache au sol natal la passivit? face aux ph? nom? nes naturels la n? cessit? de suivre le cours de la vie Meursault n’a donc rien ? faire dans une soci? t? dont il m? conna? t les r? gles et les valeurs parce que celles-ci, inculqu? es par le monde des hommes, reposent sur des principes tout diff? rents? : la pr? dominance de la raison ‘effort pour d? passer l’instinct naturel le respect de la loi ? dict? e par l’Homme (et non par la Femme) un univers de sanctions contre tout manquement Meursault remet donc en cause un monde absurde en lui-m? me, un monde absurde r? gi par les hommes, un monde dont il n’? pouse pas les valeurs. Il rejoint ainsi pleinement l’univers des m? res pour qui seule compte l’injonction sourde et muette d’ob? ir ? la force vitale. ? Si l’eau est principe de vie et expression du d? sir (les ? tres y sont d? pouill? s de tous les signes culturels socialis? s (les v? ements de deuil) et ils ne communiquent que par leur corps et leurs d? sirs), le soleil, principe m? le, est dans ce roman, l’? p? e flamboyante qui punit, le souffle ardent et la pluie de feu qui dans la Bible d? truisit Sodome et Gomorrhe? ; en d? ployant sa puissance mortelle sur la terre, le soleil, lumi? re qui juge et qui r? v? le (dans le cabinet du magistrat, Meursault est g? n? par l’? clat de la lumi? re que l’on projette sur lui), devient l’image inexorable du destin qui prive l’? tre humain de toute libert?? ; le soleil devient ainsi par sa pr? sence, par l’? lat qui jaillit sur l’acier du couteau tenu par l’arabe, l’obstacle majeur qui emp? che Meursault d’atteindre la source? ; c’est en ce sens que l’on peut dire que Meursault en tentant de tuer le soleil est un nouvel oedipe qui s’oppose ? la loi des P? res. Puisque l’ordre du monde est r? gl? par la mort, peut-? tre vaut-il mieux qu’on ne le croit plus en Dieu et que l’on lutte de toutes ses forces contre la mort? et la peine de mort. ? Plus que jamais ? tranger ? l’homme qui ex? cute son semblable, Meursault se veut en fin de compte fraternel au monde dont il n’est pas encore s? par?. ? d? aut de pouvoir supprimer la mort, annexons-la pour en rendre l’approche consciente (c’est ce que le h? ros fera dans la deuxi? me partie du roman)? : acceptons la peut-? tre comme l’? tat min? ral qui prolonge une situation d? j? ?prouv? e dans le sommeil. C’est l? la mort heureuse (titre du premier ouvrage de Camus). Une fois purg? d’espoir, l’homme peut int? grer cette patrie tranquille o? la mort reste une b? te noire et r? voltante mais est accept? e comme appartenant ? la vie. Mais en attendant sa venue, profitant d’elle? sans rien lui demander de plus que ce qu’elle ne peut nous apporter.