Le Cid

Le Cid

– DEBUT DU FICHIER lecidl ACTEURS Don Fernand, premier roi de Castille Dona Urraque, infante de Castille Don Diègue, père de don Rodrigue Don Gomès, comte de Gormas, père de Chimène Don Rodrigue, amant de Chimène SCÈNE PREMIÈRE – CHIMÈNE, ELVIRE Don Sanche, amoure Don Arias, gentilhom Don Alonse, gentilho Chimène, fille de don Léonor, gouvernante or65 Snipe to View Elvire, gouvernante de Chim ne Un page de l’infante ACTE PREMIER CHIMÈNE Elvire, m’as-tu fait un rapport bien sincère ? Ne déguises-tu rien de ce qu’a dit mon père ? ni détruit l’espérance, Et sans les voir d’un oeil trop sévère ou trop doux,

Attends l’ordre d’un père à choisir un époux. Ce respect l’a ravi, sa bouche et son visage M’en ont donné sur l’heure un digne témoignage, Et puisqu’il vous en faut encor faire un recit, Voici d’eux et de vous ce qu’en hâte il m’a dit : « Elle est dans le devoir, tous deux sont dignes d’elle, Tous deux formés d’un sang noble, vaillant, fidèle, Jeunes, mais qui font lire aisément dans leurs yeux L’éclatante vertu de leurs braves aieux. Don Rodrigue surtout n’a trait en son visage Qui d’un homme de coeur ne soit la haure image,

Désolé, mais les essais complets ne sont disponibles que pour les utilisateurs enregistrés

Choisissez un plan d'adhésion
Et sort d’une maison si féconde en guerriers, Qu’ils y prennent naissance au milieu des lauriers.

La valeur de son père en son temps sans pareille, Tant quia duré sa force, a passé pour merveille , Ses rides sur son front ont gravé ses exploits, Et nous disent encor ce qu’il fut autrefois. Je me promets du fils ce que j’ai vu du père ; Et ma fille, en un mot, peut l’aimer et me plaire. » Il allait au conseil, dont l’heure qui pressait A tranché ce discours qu’à peine il commençait ; Mais à ce peu de mots je crois que sa pensée Entre vos deux amants n’est pas fort balancée. Le roi doit à son fils élire un gouverneur, Et c’est lui que regarde un tel degré d’honneur ; Ce chaix n’est pas douteux, et sa rare vaillance

Ne peut souffrir qu’on craigne aucune concurrence. Comme ses hauts exploits le rendent sans égal, Dans un espoir si juste il sera sans rival ; Et puisque don Rodrigue a résolu son père Au sortir du OF Au sortir du conseil à proposer l’affaire, Je vous laisse à juger s’il prendra bien son temps, Et si tous vos désirs seront bientôt contents. Il semble toutefois que mon âme troublée Refuse cette joie, et s’en trouve accablée : Un moment donne au sort des visages divers, Et dans ce grand bonheur je crains un grand revers. ELVIRE Vous verrez cette crainte heureusement déçue. Allons, quoi qu’il en soit, en attendre l’issue.

SCENE II – L’INFANTE, LEONOR, UN L’INFANTE page, allez avertir Chimène de ma part Qu’aujourd’hui pour me voir elle attend un peu tard, Et que mon amitié se plaint de sa paresse. (Le page rentre. ) LÉONOR Madame, chaque jour même désir vous presse • Et dans son entretien je vous vois chaque jour Demander en quel point se trouve son amour. Ce n’est pas sans suiet : je rcée pour eux Vous rend-il malheureuse alors qu’ils sont heureux ? Mais je vais trop avant, et devient indiscrète. Ma tristesse redouble à la tenir secrète. Écoute, écoute enfin comme j’ai combattu, Écoute quels assauts brave encor ma vertu.

L’amour est un tyran qui n’épargne personne : Ce jeune cavalier, cet amant que je donne, Je l’aime. LEONOR Vous l’aimez ! Mets la main sur mon coeur, Et vois comme il se trouble au nom de son vainqueur, Comme il se reconnait. pardonnez-moi, madame, Si je sors du respect pour blâmer cette flamme, une grande princesse à ce point s’oublier Que d’admettre en son coeur un simple cavalier ! Et que dirait le roi, que dirait la Castille ? Vous souvient-il encore de qui vous êtes fille ? Il m’en souvient si bien que j’épandrai mon sang, Avant que je m’abaisse à démentir mon rang. Je te répondrais bien que dans les belles âmes

Le seul mérite a droit de produire des flammes ; Et si ma passion cherchait à s’excuser, Mille exemples fameux pourraient l’autoriser Mais je n’en veux point sui ire s’eneage ; PAGF OF miens. Ne t’étonne donc plus si mon âme gênée Avec impatience attend leur hyménée ; Tu vois que mon repos en dépend aujourd’hui. Si l’amour vit d’espoir, il perit avec lui ; Cest un feu qui s’éteint, faute de nourriture ; Et malgré la rigueur de ma triste aventure, Si Chimène a jamais Rodrigue pour mari Mon espérance est morte, et mon esprit guéri. Je souffre cependant d’un tourment incroyable.

Jusques à cet hymen Rodrigue m’est aimable Je travaille à le perdre, et le perds à regret; Et de là prend son cours mon déplaisir secret. Je vois avec chagrin que l’amour me contraigne À pousser des soupirs pour ce que je dédaigne ; Je sens en deux partis mon esprit divisé. Si mon courage est haut, mon coeur est embrasé. Cet hymen m’est fatal, je le crains, et souhaite : Je n’ose en espérer qu’une joie imparfaite. Ma gloire et mon amour ont pour moi tant d’appas, Que je meurs s’il s’achève ou ne s’achève pas. Madame, après cela je n’ai rien à vous dire, Sinon que de vos maux avec vous je soupire ;

Je vous blâmais tantôt, je vous plains à présent. Mais puisque dans un mal si doux et si cuisant Votre vertu combat et son charme et sa force, En repousse l’assaut, en rejette l’amorce, Elle rendra le calme à vos esprits flottants. Espérez donc tout d’elle, et du secours du temps, Espérez tout du ciel, il a trop de justice pour laisser la vertu dans un si long supplice Ma plus douce espérance PAGF l’espoir. perdre l’espoir. LE par vos commandements Chimène vient vous voir. L’INFANTE, (à Léonor) Allez l’entretenir en cette galerie. Voulez-vous demeurer dedans la rêverie ? Non, je veux seulement, malgré mon déplaisir,

Remettre mon visage un peu plus à loisir. Je vous suis. Juste ciel, d’où j’attends mon remède, Mets enfin quelque borne au mal qui me possède, Assure mon repos, assure mon honneur. Dans le bonheur d’autrui je cherche mon bonheur, Cet hyménée à trois également importe ; Rends son effet plus prompt, ou mon âme plus forte. D’un lien conjugal jolndre ces deux amants, Cest briser tous mes fers et finir mes tourments. Mais je tarde un peu trop, allons trouver Chimène, Et par son entretien soulager notre peine. SCÈNE Ill – LE COMTE, DON DIÈGUE LE COMTE Enfin vous l’emportez, et la faveur du roi

Vous élève en un rang qui n’était dû qu’à moi, Il vous fait gouverneur du prince de Castille. DON DIÈGUE mérite, Mais on doit ce respect au pouvoir absolu, De n’examiner rien quand un roi l’a voulu. À l’honneur qu’il m’a fait ajoutez en un autre ; Joignons d’un sacré noeud ma maison à la vôtre : Vous n’avez qu’une fille, et moi je n’ai qu’un fils ; Leur hymen nous peut rendre à jamais plus qu’amis : Faites-nous cette grâce, et l’acceptez pour gendre. À des partis plus hauts ce beau fils doit prétendre ; Et le nouvel éclat de votre dignité Lui dolt enfler le coeur d’une autre vanité.

Exercez-la, monsieur, et gouvernez le prince ; Montrez-lui comme il faut régir une province, Faire trembler partout les peuples sous la loi, Remplir les bons d’amour et les méchants d’effroi ; Joignez à ces vertus celles d’un capitaine : Montrez-lui comme il faut s’endurcir à la peine, Dans le métier de Mars se rendre sans égal, Passes les jours entiers et les nuits à cheval, Reposé tout armé, forcer une muraille, Et ne devoir qu’à soi le gain d’une bataille. Instruisez-le d’exemple, et rendez-le parfait, Expliquant à ses yeux vos leçons par l’effet. Pour s’instruire d’exemple, en dépit de l’envie,

Il lira seulement l’histoire de ma vie. Là, dans un long tissu de belles actions, Il verra comme il faut dompter des nations, Attaquer une place, ordonner une armée, Et sur de grands exploits bâtir sa renommée. Les exemples vivants sont uvoir ; devoir. Et qu’a fait après tout ce grand nombre d’années, Que ne puisse égaler une de mes journées ? Si vous fûtes vaillant, je le suis aujourd’hui, Et ce bras du royaume est le plus ferme appui. Grenade et l’Aragon tremblent quand ce fer brille ; Mon nom sert de rempart à toute la Castille : Sans moi, vous passeriez bientôt sous d’autres lois,

Et vous auriez bientôt vos ennemis pour rois. Chaque jour, chaque instant, pour rehausser ma gloire, Met lauriers sur lauriers, victoire sur victoire : Le prince à mes côtés ferait dans les combats L’essai de son courage à l’ombre de mon bras ; Il apprendrait à vaincre en me regardant faire ; Et pour répondre en hâte à son grand caractère Il verrait Je le sais, vous servez bien le roi, Je vous ai vu combattre et commander sous moi • Quand l’age dans mes nerfs a fait couleur sa glace, Votre rare valeur a bien rempli ma place ; Enfin, pour épargner les discours superflus,

Vous êtes aujourd’hui ce qu’autrefois je fus. Vous voyez toutefois qu’en cette concurrence Un monarque entre nous met quelque différence. Ce que je méritais, vous l’avez emporté. DON DIEGUE Qui l’a gagné sur vous l’avait mieux mérité Qui peut mieux l’exercer en est bien le plus digne. PAGF 8 OF Parlons-en mieux, le roi fait honneur à votre age. Le roi, quand il en fait, le mesure au courage. Et par là cet honneur n’était dû qu’à mon bras. Qui n’a pu l’obtenir ne le méritait pas. Ne le méritait pas ! Moi ? Vous. Ton impudence, Téméraire viellard, aura sa récompense. (Il lui donne un soufflet. )

Achève, et prends ma vie après un tel affront, Le premier dont ma race ait vu rougir le front. Et que penses-tu faire avec tant de faiblesse ? Ô Dieu ! ma force usée en ce besoin me laisse ! Ton épée est à moi, mais t fatale à mon bonheur ! Précipice élevé d’où tombe mon honneur ! Faut-il de votre éclat voir triompher le comte, Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte ? Comte, sois de mon prince à présent gouverneur ; Ce haut rang n’admet point un homme sans honneur ; Et ton jaloux orgueil par cet affront insigne Malgré le choix du roi, m’en a su rendre indigne. Et toi, de mes exploits glorieux instrument,

Mais d’un corps tout de glace inutile ornement, Fer, jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense, M’as servi de parade, et non pas de défense, Va, quitte désormais le derniers des humains, Passe, pour me venger, en de meilleurs mains. SCÈNE V – DON DIÈGUE, DON RODRIGUE Rodrigue, as-tu du coeur ? DON RODRIGUE Tout autre que mon père L’éprouverait sur l’heure. Agréable colère ! Digne ressentiment à ma douleur bien doux . Je reconnais mon sang à ce noble courroux ; Ma jeunesse revit en cette ardeur si prompte. Viens, mon fils, viens, mon sang, viens réparer ma honte ; Viens me venger. De quoi ?