L’art entre illusion et realite

L’art entre illusion et realite

L’art entre illusion et realite S’il est une idee qui semble aller de soi aujourd’hui, c’est bien que l’idee que l’art est un moyen d’evasion. Elle va tellement de soi, que la plupart d’entre nous ne faisons meme plus la difference entre les productions de la societe de consommation qui ont pour vocation le divertissement et les creations artistiques qui impliquent, de la part de leur createur, comme de la part de l’amateur d’art, un veritable investissement, voire une vraie passion.

Nous voyons dans l’art une sorte de moyen de nous procurer des extases colorees, des extases musicales dont la seule fonction serait de faire oublier cette realite terne, brutale dans laquelle nous vivons. L’amour de l’art et l’eloge de la fuite : un seul et meme combat ! Cependant, c’est oublier les efforts surhumains deployes par l’art pour denoncer, depasser, elever, transfigurer la realite elle-meme. C’est aussi oublier une constante, souvent retenue dans l’opinion, selon laquelle l’art veritable, c’est celui qui est sense faire « passer un message », etre un « art engage », ce qui contredit completement l’hypothese precedente.

A quoi bon chercher a se battre contre l’ignominie du monde, contre la betise de notre societe avec de la toile,

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des chansons, de la musique, des images, si le but de l’art est seulement la fuite eperdue ? La question de fond est donc de savoir quel rapport l’art entretient avec la realite, si il est dans son essence de la delaisser, si il est de son essence de chercher a la montrer sous un autre jour, ou si peut-etre, l’art cherche a agrandir notre perception du reel. L’art nous detourne-t-il de la realite ? A.

Dimensions et degres de realite Cette question est piegee si nous ne prenons pas garde de preciser le concept flou de « realite ». Si nous ne le faisons pas, nous allons nous egarer sans plus avoir en vue ce dont il est question ici. 1) Partons de l’opinion commune. Le plus souvent, « la realite » est un mot qui est employe dans l’attitude naturelle pour designer l’ordre des faits et l’ordre des choses en tant qu’il est separe de moi, qu’il existe en soi, qu’il est independant de moi et surtout qu’il s’impose massivement a moi.

L’attitude naturelle est spontanement chosique, et comme elle pense la realite a partir du concept de chose, elle la voit d’abord comme materielle. Je dis que la table est reelle, parce que je me cogne dedans. Je me rends au bureau et je dois retourner dans ce lieu plutot gris, affronter ce chef de service raleur, l’ambiance execrable du travail. C’est ma « realite » de tous les jours. (texte) Il y a moi et les autres, moi et ma femme, ma belle-mere, mon patron, mon chef d’equipe, ma belle ? ur et ce cousin casse-pieds toujours la pour emprunter quelque chose sans jamais le rendre ! Ma realite quotidienne, c’est ce monde de conflits permanent, cet ennui, cette grisaille, avec parfois quelques bons moments, une sorte de repit dans la lutte quotidienne. Ma realite, c’est l’angoisse de parvenir a boucler mes fins de mois, de recevoir encore des factures imprevues, c’est d’apprehender la situation de mon fils, de ma fille en etudiants, c’est de m’inquieter pour leur avenir.

C’est l’agression que je subis tous les jours a travers les evenements de l’actualite qui ne fait que confirmer le sentiment que je suis bien dans un monde de lutte, de separation, de rivalite, de violence, dans un monde qui est reel par la difficulte d’y vivre, par l’effroi permanent que l’on y eprouve. Cette realite est tres humaine, et cette representation de la realite est tellement conflictuelle, violente, cruelle, que le sens commun adjoint souvent au mot realite un qualificatif : la dure realite du monde!

Nous allons donner un nom a cette realite, nous l’appellerons realite empirique, ce qui souligne qu’elle est posee au niveau de la sensation, mais surtout a travers une d’opposition brutale entre le sujet et l’objet, entre moi est le choses contre lesquelles je bute, entre moi et les personnes contre lesquelles je bute aussi, contre tout ce qui est dans l’ordre de ces evenements qu’il faut affronter, et devant lesquels je dois finalement m’incliner. Il y a un implicite dans la representation de la realite dans l’attitude naturelle. Que voulez-vous mon bon monsieur, c’est comme ca ! C’est la realite et on n’y peut rien ». On ne fait que subir cette realite. La realite, c’est oppressant par nature. Elle est terne, monotone, abrutissante, souvent absurde, mais c’est comme ca, il faut s’incliner. Ce defaitisme, on le sent deja tres present chez l’eleve qui apprehende d’entrer sur le monde du travail : au lycee, on est un peu protege, mais une fois qu’on en sort, c’est la dure loi de la realite ! La loi de la jungle, la lutte pour la vie. Alors, il faut s’armer et etre pret a combattre !

Il est sous-entendu que la realite, telle que nous la pensons dans l’attitude naturelle, tient dans une formule, la vie est une lutte. Comme si seuls les plus fort pouvaient s’en tirer, tandis que les plus faibles devaient etre broyes. Le mot meme de realite, prononce dans l’opinion n’a pas du tout de connotation positive, c’est plutot un constat accablant. Il implique aussi une conception du sens de la vie qui est d’un impayable conformisme : a en croire tous ces gens qui se disent « realistes », tout ce qui compte, c’est de « s’integrer » a la societe, de mettre en place chacun comme une brique dans un mur like a brick in the wall, Pink Floyd ! ). Les implications de cette representation de la realite sur la valeur attribuee a l’art sont tres claires. A partir du moment ou on pense la realite de cette facon, on est oblige de trouver une porte de sortie pour evacuer le malaise et la difficulte a exister dans cette realite. Il faudra donc justifier la fuite et l’art nous donnera une jolie porte de sortie, qui plus est, une porte de sortie socialement admissible. De la a voir dans l’art seulement une sorte de vengeance et de compensation contre la realite, il n’y a qu’un pas qui sera vite franchi. ) Cependant, avant d’examiner ces consequences, il nous faut examiner le fondement de cette representation. La realite empirique n’existe pas toute seule. Ce n’est pas une « idee innee » que celle de la realite empirique. Elle est constituee de l’interieur par la conscience. Elle est pensee, choisie, voulue, elle est aussi l’effet d’un conditionnement social. Cela nous l’oublions trop souvent. Nous pensons que la realite va de soi. Comme si l’ensemble des choses qui ont une existence objective, l’ensemble de tout ce qui peut faire l’objet d’une constatation ne faisait jamais intervenir notre propre subjectivite.

Mais a y regarder de pres, « chose », « existence objective », « constatation », tout cela n’existe que dans la conscience que j’en prends. (texte) Et comment ? En entrant dans la vigilance. Je m’eveille le matin, je chasse les brumes du reve, je me dis (quand c’etait desagreable), « ouf, ce n’etait qu’un reve ! » Je reprends pieds dans ce que j’appelle la « realite » en revenant a l’etat de veille. Je dis que la chaise au pied du lit est « reelle », parce que je ne reve pas. Mon chien peut la faire tomber, mon petit frere peut la deplacer.

A l’etat de veille, les choses n’apparaissent pas et ne disparaissent pas toutes seules. Elles sont plantees la, et je dois en tenir compte. Une chose, ce n’est pas une simple image. Cependant, ce que j’oublie, c’est que la subjectivite est encore la dans l’etat de veille, justement dans la maniere dont j’apprehende le reel. La chaise est reelle pour Jacques, comme moi, car il est lui aussi dans la veille, parce qu’il peut y avoir entre nous un consensus d’experience pour la decrire. L’objectivite des choses, des faits, des evenements est fondee sur l’intersubjectivite.

Elle suppose des observateurs humains, une experience humaine, un systeme nerveux humain. Un peuple d’abeille n’aurait pas du tout la meme definition de la realite que la notre. L’abeille n’est pas sensible aux memes couleurs que nous. Mais le peuple d’abeilles pourrait avoir, comme pour nous, une definition de la realite a partir du consensus d’experience des abeilles. Ce que nous appelons reel est le resultat d’un consensus present dans la conscience collective. C’est ce consensus que l’on appelle notre realite.

Au Moyen-Age, en Occident, il paraissait realiste de penser que la Terre etait plate, que les moustiques pouvaient apparaitre par generation spontanee dans l’eau croupie. Dans les temps modernes, il est realiste d’admettre que la terre est ronde, de penser qu’il n’y a pas de generation spontanee d’organismes. Ce que nous appelons reel est determine par le savoir admis et les paradigmes recus. Ce que nous appelons la science est fondee sur l’approche objective de la connaissance. De la science, nous attendons la confirmation de la realite de tel ou tel phenomene ou de son irrealite.

Quand je dis que ma chaise est reelle, j’attends une confirmation objective de la part de la theorie scientifique. Bon, cela marche, on me dit qu’elle est faite de molecules qui ont des proprietes objectives. Mais le savoir que la science nous donne est aussi relatif. Il depend d’un consensus passe entre les membres de la communaute des savants et ce consensus est historique. De plus, il n’est meme pas evident que ce que le sens commun tient comme reel, le scientifique le tienne aussi pour reel. Du point de vue qui est le mien a l’etat de veille, la chaise est dure, solide, resistante.

Mais au niveau le plus subtil de la matiere, ce n’est que du vide en mouvement, un champ, qui ne fait qu’apparaitre dur et solide du point de vue de l’etat de veille de l’observateur. Or cette « realite » dont parle la science est aussi incertaine. On ne saura jamais definitivement ce qu’elle est. Bref, cette « realite » des gens soi-disant « realistes », elle est bien trop petite pour etre la Realite ! Pour rendre justice a la realite, je ne peux pas seulement compter sur la representation objective. Il est par contre indispensable de considerer toute la complexite de l’experience subjective.

Et si notre perception habituelle dans la vigilance etait bornee ? Tronquee ? Appauvrie ? (texte) Et si notre vision etriquee de la realite venait de la ? Et si la realite etait de part en part subjective ? Que se passerait-il si notre perception etait completement changee ? Que se passerait-il si la coupure drastique entre sujet/objet prenait fin ? Si notre perception etait bien plus eveillee qu’elle n’est ? Notre conception de la realite ne pourrait-elle pas alors etre completement modifiee ? Et puis, juste une idee : est-ce que, par hasard, changer notre perception du reel, est-ce que ce n’est pas ce qu’au fond l’art recherche ?

B. L’art et l’eloge de la fuite Pour l’instant, laissons libre cours a l’opinion commune. L’art, dit-on, est a meme de nous procurer des moyens d’evasion. Il l’est d’autant plus que nous avons fait de la realite une prison, ce qui suppose necessairement des moyens d’evasion. . 1) Pour echapper a une realite bien trop decevante, on se tourne donc vers une representation qui releve du fantasme. C’est un peu comme si, par le biais de l’art, nous cherchions a reintroduire le monde du reve dans l’etat de veille.

D’ou l’idee que l’art est la pour transporter le spectateur dans un autre monde, un monde qui n’est pas le monde reel, mais un monde irreel, tisse par le desir. Le cinema est en ce sens le prototype postmoderne de l’art comme eloge de la fuite. Dans la salle obscure, le spectateur se coupe de la realite, il laisse les soucis, les angoisses, la lutte continuelle de sa vie quotidienne pour se donner l’extase d’un reve eveille. Les images qui defilent sur l’ecran, ces images qui nous emportent dans une courte hallucination, nous tirent dans un monde autre que le monde reel avec toutes ses miseres.

Voir la delicieuse Julia Roberts dans Pretty woman dans sa condition de prostituee metamorphosee en femme du monde au bras d’un playboy richissime, c’est grisant. C’est un conte de fees, cela fait rever, rever celui ou celle qui se retrouve seul le soir, qui a du mal a se regarder dans le miroir et dont la vie est desesperement miserable et sans amour. C’est une douce ivresse et une evasion. Un roman peut jouer le meme role, inviter l’imagination du lecteur dans un autre monde, ou tout est plus juste, plus sense, un monde ou la cruaute est abolie, ou la noblesse du c? ur est recompensee.

Ce que l’on trouve rarement dans le monde reel. On en dira autant du ravissement procure par la musique, de ces extases qui font que le temps d’un concert, on se sent transporte dans un autre monde, reconcilie avec toutes choses ; avant que la trivialite reprenne le dessus, que la concierge vous injurie pour avoir laisse la poubelle sur le palier, avant que l’on constate que la baignoire a une fuite et qu’il est impossible d’obtenir le plombier ! Bref, avant que la realite nous rattrape (!! ) avec le poids de ses soucis, des ses urgences, et le tourbillon de ses luttes permanentes.

Et quand la vie reelle est insupportable, on peut decider d’aller camper a demeure dans l’irreel : passer sa vie au cinema, s’enfermer dans les livres, hanter les salles de concert. Il y a des auteurs qui ont mis cela en pratique pour en faire une regle de vie fondee sur l’eloge de la fuite. Kundera titre l’un de ses romans La Vie est ailleurs. Arthur Miller se donnait comme regle de vie la fuite devant la realite dans la recherche des formes du plaisir. C’est un lieu commun de la postmodernite : nous avons besoin de rever et ce besoin trouve sa realisation dans l’art.

Le titre du livre de G. Bachelard L’art de rever est un manifeste de notre temps. Nous n’avons aucun mal a regarder l’art comme une evasion : toute notre culture de la consommation nous y encourage en permanence, elle qui exalte les fuites exotiques, les extases psychedeliques, les evasions romantiques, les sublimes delires de la science-fiction… contre la laideur grise de la realite dans laquelle nous vivons d’ordinaire. Nous avons besoin d’un au-dela de la vie pour nous faire oublier la vie. Mais fuir la realite, n’est-ce pas la le signe d’un profond malaise installe au c? ur de la vie ?

Cette representation de l’art n’a-t-elle pas un caractere nevrotique ? Le besoin de fuir la realite dans l’art n’est-il pas le symptome d’une sorte de maladie de la vie ? Les theses de Nietzsche sont sur ce point assez radicales. Dans un monde domine par la representation objective de la science, dans un monde ou la verite devient accablante, dans un monde ou le nihilisme montre son visage hideux, nous avons, dit Nietzsche, « besoin de l’art pour nous sauver de la verite ». L’art masque la verite blessante du monde, il est le terreau d’illusions qui permettent a la vie de supporter sa propre realite.

Nietzsche justifie l’art comme illusion en disant que sans illusion, la vie serait insupportable, l’illusion repondrait alors a une necessite de survie et l’art serait donc une sorte d’exutoire, permettant de conjurer les tendances du nihilisme. Notre monde postmoderne est-il a ce point malade qu’il ne puisse rechercher dans l’art qu’une compensation ? La these de Nietzsche trouve un prolongement remarquable dans les vues d’une autre psychologie du soupcon, celles de Freud : l’artiste, comme le nevropathe cherchent l’un et l’autre dans l’art l’expression des fantasmes inconscients.

La quete eperdue du desir sexuel n’obeit qu’au principe du plaisir qui gouverne les pulsions. Parce que le desir ne trouve pas de satisfaction dans la realite empirique, le sujet tend a compenser la frustration dans les marges, dans le reve. « L’artiste, comme le nevropathe, s’etait retire loin de la realite insatisfaisante dans ce monde imaginaire », mais Freud dit tres etrangement, que l’artiste, par la creation peut « reprendre pied dans la realite » ( ? ), tandis que le nevropathe est condamne a rester dans la sphere privee de ses fantasmes, pour leur donner une satisfaction imaginaire.

Il ne fait aucun doute que Freud ne remet pas un seul instant en question la realite empirique. Freud prend pour argent comptant la representation de la realite de l’attitude naturelle. C’est a partir de la qu’il pose son principe de realite en opposition avec le principe du plaisir. Il est clairement entendu que « la realite insatisfaisante » est la seule realite et que la vie sociale n’est possible que si le nevropathe est ramene par « les efforts de la civilisation » a s’y adapter. texte) Il n’y gagnera pas le bonheur, mais au moins il sera mieux « integre » au monde reel, a ses limites, a ses contraintes, ses violences, a son caractere definitivement insatisfaisant. C’est la « dure experience vitale » de la realite qui oblige l’homme a apprendre a renoncer au desir, a comprendre que la realite est indifferente a ses desirs. Il faut donc hermetiquement separer le fantasme du monde onirique, (etat de reve) et son caractere hallucinatoire, de la vie pratique (etat de veille) reglee par les principes de la morale, l’autorite des lois.

Il s’ensuit que la psychanalyse freudienne, a partir du principe de realite, considere la folie comme une deviance, ou meme une regression vers le mode de comportement domine par les pulsions inconsciente, pulsions qui ne connaissent qu’une loi, le principe du plaisir. L’interet que le nevropathe porte a l’art est donc ambigu : en apparence, il semble y chercher la beaute, l’elevation et la grandeur, la celebration de la vie. Mais pour Freud, la beaute n’est qu’une « prime de seduction ».

L’interet esthetique est plus trivial « les ? uvres d’art » sont « les satisfactions imaginaires de desirs inconscients, tout comme les reves ». Ce qui sourdement nous attire dans l’art, ce qui attire le nevropathe vers l’art, c’est la liberation du principe du plaisir, l’effet de compensation imaginaire qu’il permet. La realite est decevante, la vie est frustrante, mais il y a l’art pour nous en delivrer pour nous permettre de rever, de satisfaire sur le plan imaginaire les desirs inconscients.

L’artiste s’en tire mieux que le nevropathe, il peut compter sur « la sympathie des autres hommes, etant capable d’eveiller et de satisfaire chez eux les memes inconscientes aspirations du desir ». Creer est pour lui une delivrance, car il peut sublimer ses pulsions, sous la forme d’une ? uvre et d’une certaine facon, il devrait alors pouvoir « trouver le chemin » du retour a la realite, et etre plus « adapte ». L’art, dans sa pratique, peut ainsi avoir fonction therapeutique de « reeducation » a la « realite » ! 2) Et bien, c’est contre cette « realite » que l’art lui-meme s’est revolte !

Contre cette realite objective, cette realite auquel il ne faudrait que ce conformer sans la changer, parce qu’elle est habillee en costume cravate parce qu’elle allonge des chiffres et des statistiques en prenant des airs serieux et convenus, cette realite des technocrates epris d’ordre social, de productivite et de systeme. A bas le realisme petit-bourgeois et sa techno-science, vivre le surrealisme ! Comment s’est affirme en effet le surrealisme ? Par une opposition a toutes les conventions sociales, logiques et morales.

Pour casser cette fausse coherence de la « realite », le surrealisme a trouve son inspiration dans les puissances inconscientes de la vie, l’instinct, de desir et la revolte, parce qu’il cherchait, selon la definition d’ Yvan Goll : « la transposition de la realite sur un plan superieur ». Le plan artistique. La realite peut-etre elevee a sa majeste fondamentale, a ses dimensions cachees, de telle sorte que la Vie se trouve elle-meme, sans plus se chercher au-dela d’elle-meme : « l’au-dela, tout l’au-dela est dans cette vie ». Or, l’au-dela trouve dans cette vie, c’est son immanence radicale. A.

Breton l’exprime tres clairement : « Tout ce que j’aime, tout ce que je pense et ressens, m’incline a une philosophie particuliere de l’immanence d’apres laquelle la surrealite serait contenue dans la realite meme, et ne lui serait ni superieure ni exterieure. Et reciproquement, car le contenant serait aussi le contenu. » Et cela veut nettement dire que si l’art a une quelconque valeur, c’est pour autant qu’il permette a la vie et l’intelligence de se rencontrer dans une ? uvre : « C’est dire si je repousse de toutes mes forces les tentatives qui, dans l’ordre de la peinture comme de l’ecriture, pourraient voir etroitement pour consequence de soustraire la pensee de la vie, aussi bien que de placer la vie sous l’egide de la pensee ». L’art doit pouvoir faire surgir un monde sous le detail le plus insignifiant, une profondeur inouie de la rencontre d’un papier dans le caniveau et d’une roue de bicyclette, d’un foulard qui tombe sous les pas d’un inconnu, un monde de coincidences, de rapprochements, de mysteres et de signes : le surreel (texte) au c? ur du reel. La metapoesie en lieu et place de la perception de la soi-disant « realite » pour s’eveiller a la perception et a la Realite, comme dirait Stephen Jourdain. ) Meme si la cause etait entendue et qu’effectivement nous n’avions plus d’autre interet pour l’art que le besoin d’aller dormir en fuyant la realite, il y aura toujours des artistes pour nous empecher de dormir, en nous renvoyant, comme une paire de gifles, les images insoutenables de cette realite dont nous ne voulons plus. Le peintre qui choisit de montrer l’abime de l’horreur des camps de concentration, l’ecrivain qui trempe sa plume dans le sang pour decrire page apres page ce qu’a ete l’ecrasement de la vie dans un regime totalitaire, ne cree pas pour offrir un gentil moyen d’evasion.

Il y a des cris de revolte que nous avons besoin d’entendre pour nous sortir de la torpeur douillette de nos habitudes. L’art engage en ce sens, procede exactement a l’inverse de la recherche d’une fuite, d’un exercice parfois desespere de lucidite. Picasso n’a assurement pas peint Guernica pour proposer une sorte d’evasion, mais pour faire exploser sur la toile la violence de la guerre civile en Espagne. Le cinema, que l’on devalue communement en y cherchant seulement le di-vertissement, la possibilite de se de-tourner de la realite, a aussi cette vertu.

Dans Il faut sauver le soldat Ryan, Spielberg ne menage personne et n’idealise rien, il ne fait pas l’apologie de la guerre et ne propose pas une esthetisation seduisante. Il ne donne pas a rever. Cette realite pathetique de la guerre elle est la, celle du champ de bataille, des soldats morts, des membres coupes, du sang repandu, des maisons detruites, des femmes et des enfants qui pleurent, du carnage. Celle de l’absurdite d’une mission ou on envoie une compagnie d’etre humains a l’abattoir pour sauver un homme. La scene du debut est a ras de terre, dans le champ de vision du soldat.

On n’a pas le zoom panoramique pour contempler tout cela de loin. Le sang gicle de tous les cotes avec les eclats d’obus et les balles de mitrailleuse. Pour vous donner la nausee et vous vider de toute vision idealisee de la guerre, c’est radical. Si l’art etait seulement fait pour nous detourner de la realite, alors il faudrait beaucoup sabrer dans la creation artistique pour parvenir a ne conserver que le superflu pour continuer a croire que l’art est une forme d’evasion ! peut-etre justement sabrer ce qui est le plus representatif, et peut-etre meme eliminer l’essentiel de l’art contemporain.

Ne retenir que le superflu reviendrait alors a croire que l’art et le divertissement ne sont qu’une seule et meme chose. Mais le divertissement et l’art n’ont pas la meme finalite, ni la meme origine. Le propre de la societe de consommation et le caractere le plus saillant de la postmodernite, resident la promotion du divertissement. La consommation fait de l’objet, un objet d’usage qui n’a qu’une duree ephemere, qui est jete, detruit assez vite apres avoir ete produit et consomme. Il est par essence rapidement obsolete, demode. A la difference, l’? vre d’art est creee pour s’installer, comme le dit Hannah Arendt, dans une immortalite potentielle, soustraite a la temporalite de la consommation, comme a la temporalite de l’action. « Parmi les choses qu’on ne rencontre pas dans la nature, mais seulement dans le monde fabrique par l’homme, on distingue entre objets d’usage et ? uvres d’art ; tous deux possedent une certaine permanence qui va de la duree ordinaire a une immortalite potentielle dans le cas de l’? uvre d’art. En tant que tels, ils se distinguent d’une part des produits de onsommation, dont la duree au monde excede a peine le temps necessaire a les preparer, et d’autre part, des produits de l’action, comme les evenements, les actes et les mots, tous en eux-memes si transitoires qu’ils survivraient a peine a l’heure ou au jour ou ils apparaissent au monde, s’ils n’etaient conserves d’abord par la memoire de l’homme, qui les tisse en recits, et puis par ses facultes de fabrication ». L’art ne se range pas dans la categorie des objets qui alimentent le circuit de la relation entre les besoins vitaux et leur satisfaction sur le marche economique.

Les oeuvres d’art sont d’emblee inscrites dans le champ de la Culture et ne sont pas redevables directement du domaine d’interet de l’homme vital. Des ? uvres d’art il faut dire, que, « non seulement, elles ne sont pas consommees comme des biens de consommation, ni usees comme des objets d’usages : mais elles sont deliberement ecartees des proces de consommation et d’utilisation, et isolees loin de la sphere des necessites de la vie humaine ». Il faut dire que nous vivons dans une societe qui a fait de la promotion du divertissement, non seulement une industrie prospere, mais qui entend aussi nous persuader qu’il est une forme de culture.

Culture de masse. Tout ce qui est superficiel, leger, petillant, fluo, tout ce qui joue sur la derision, l’immediat, la mode, le jeu des images et les images du jeu, est tres postmoderne. L’art qui cadre donc le mieux avec le monde de la consommation, c’est l’art derisoire, l’art qui ne fait que jouer la provocation, qui cherche le gag, comme dans les pitreries bouffonnes de la publicite. Il est ainsi entendu, pour tous ceux qui ont ete soigneusement conditionnes par les valeurs de la societe postmoderne, que les artistes ne font que « s’amuser ».

Pour le telespectateur, il n’y a pas de difference entre ces jolies jeunes filles a peine pubere que l’on presente sur les plateau tele dans les emissions de variete, un micro a la main pour faire danser et se pamer de plaisir les moins de douze ans et un ecrivain ou un sculpteur de renom. On le dit. Ce sont tous les « artistes » ! Ils sont la pour nous « divertir » ! La preuve, ils passent a la tele ! Ils defilent en images a la tele, soumis aux memes lois que toutes les images. Ils sont aplatis dans les images et leur defile incessant.

La tele, il faut que cela bouge sans cesse, comme les images oniriques du reve, la tele, cela marche d’autant mieux que cela ressemble a du reve, que cela permet de fuir la realite. Pour l’homme vital, y a-t-il une vie apres la tele ? Non. Le plaisir de la postmodernite (sa culture ? ) c’est la vie coincee devant la tele, c’est-a-dire la vie qui reve la vie… au lieu de la vivre. C. Les fetes du sensible et les noces du reel De ce point de vue, Platon n’avait donc pas tout a fait tort de se mefier des artistes quand il condamnait dans La Republique l’artiste pour son illusionnisme.

La critique porterait a plein contre « l’art commercial » qui est le notre aujourd’hui, l’art voue a la pure et simple consommation de masse. Cet art la n’est-il pas souvent un leurre donne en pature au peuple, au peuple qu’il faut nourrir avec du pain et des jeux ? 1) Par art Platon entend tout a la fois la creation divine, qui rassemble les manifestations variees de la Nature, et la creation humaine. Si la creation humaine est seulement un art de copier la Nature ; une copie, restera une simple imitation cherchant a reproduire les proportions et les couleurs de son modele.

Mais la Nature fera toujours mieux que ce que l’art produit par simple imitation. Ou bien l’art est une maniere de creer des simulacres, comme une fausse porte peinte qui donne tellement une impression de verite, que l’on se dirigerait vers elle pour sortir. Le simulacre donne l’illusion de l’objet quand celui-ci ne peut-etre purement et simplement copie. Mais l’intention dans l’art de creer des illusions est encore plus discutable que celle de produire des imitations, car c’est l’intention de plonger le spectateur dans une representation qui n’est qu’un fantasme.

Ce type d’art ne vise que le plaisir de seduire, de flatter, de plaire pour seulement distraire au moyen d’illusions qui remplacent la realite. Il est donc sophistique par essence. Ce n’est plus seulement du mensonge, c’est une volonte de de-tourner du reel, de dis-traire, de di-vertir dans un monde d’illusion le spectateur, l’irreel prenant alors le pas sur le reel. Il est assez evident que nous disposons aujourd’hui de moyens techniques extraordinaires de produire de l’illusion. Et c’est pourquoi la critique de Platon porte a plein sur nos productions postmodernes.

Mais si justement, nous refusons de manger de ce pain la, de reduire l’art a une puissance de divertissement, si nous sommes d’accord pour reconnaitre a l’art une puissance d’eveil de notre sensibilite, alors nous verrons l’art pour ce qu’il est, un element essentiel de la Culture. (texte) L’art n’est certainement pas fait pour seulement procurer des illusions et une evasion hors de la realite. Puisque le mot « realite » comporte une ambiguite, alors preferons lui un autre mot, la Vie. Dis autrement : l’art n’est pas la pour nous detourner de la vie, mais au contraire, pour nous y ramener par le biais de sensibilite.

Tel est le sens de la formule de Proust si mal comprise « la vraie vie, c’est la litterature ». Ce n’est pas, comme on pourrait le penser, qu’il faille fuir cette vie qui est la notre pour nous refugier dans un autre monde abstrait et irreel qui serait celui des la litterature. Non, le travail de l’ecrivain est precisement de transporter dans le sensible la tonalite vivante et pathetique de la vie, lors meme que cette vie tend la plupart du temps a s’oublier sous le poids ecrasant de la « realite ». Cette vie est identiquement la meme en l’ecrivain et en chacun de nous.

Proust le formule ainsi : « La vraie vie, la vie enfin decouverte et eclaircie, la seule vie par consequent pleinement vecue, c’est la litterature. Cette vie qui, en un sens habite chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l’artiste. Mais ils ne la voient pas parce qu’ils ne cherchent pas a l’eclaircir ». Eclaircir, pour l’ecrivain, c’est ecrire et ecrire, c’est manifester cette vie invisible que chacun porte en soi en sorte que dans l’? uvre se rassemblent tout a la fois la sensibilite la plus haute et l’intelligence la plus deliee.

Ce qui nous manque cruellement dans la soit-disant « realite », dont on nous parle si souvent, cette realite qui n’est l’expression d’une vie qui manque de presence, cette vie dont la definition est si etroite, qu’elle ne tient comme le dit Proust, que dans ces « buts pratiques que nous appelons faussement la vie ». Le « travail de l’artiste, de chercher a apercevoir sous de la matiere, de sous de l’experience, sous des mots, quelque chose de different, c’est exactement le travail inverse » du mouvement qui nous detourne de nous-meme pour nous confiner dans l’ordre des objets dit « reels ». Detourner » prend tout son sens quand il s’agit de savoir si oui ou non l’art est tourne vers la vie. Ce « quelque chose » de si mysterieux, dont Parle Proust, que cherche a voir l’artiste, Michel Henry l’appelle la Vie. Et ce voir tres sensible de la Vie est l’essence meme de ce qui est rendu dans le style d’un ecrivain. Ainsi, « le style pour l’ecrivain, aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique mais de vision ». Proust rejoint ici exactement ce que dit de l’ecrivain son exact contemporain Bergson : ainsi, ceux qui ont le talent de l’ecrivain «se replieront plutot sur eux-memes.

Sous les milles actions naissantes qui dessinent au dehors un sentiment, derriere le mot banal et social qui exprime et recouvre un etat d’ame individuel, c’est le sentiment, c’est l’etat d’ame qu’ils iront chercher simple et pur». En cela l’ecrivain rejoint par la musique de son style, le travail de ceux qui sont musiciens. Des musiciens, Bergson dit que « Sous ses joies et ces tristesses qui peuvent a la rigueur se traduire en paroles, ils saisiront quelque chose … certains rythmes de vie et de respiration qui sont plus nterieurs a l’homme que ses sentiments interieurs, etant la loi vivante, variable avec chaque personne, de sa depression et de son exaltation, de ses regrets et de ses esperances. En degageant et en accentuant cette musique, ils l’imposeront a notre attention, ils feront que nous nous y insereront involontairement, comme les passants qui entrent dans une danse. Et par la, ils nous ameneront a ebranler aussi, tout au fond de nous, quelque chose qui attendait le moment de vibrer ».

La musique est presentee par Bergson comme l’art le plus intime, car lie a l’ecoulement interieur du vecu depouille de toute representation, l’ecoulement de cette vie qui est toute entiere dans l’epreuve immanente de soi en chacun de nous. En deca de tout visible, en deca de toute representation est la Vie qui cohere avec soi, cette Vie dont la tonalite pathetique nous est si bien rendue par la puissance, la beaute, la douceur, la gravite, la joie vivante de la musique. Ce n’est pas par hasard et ce n’est pas pour rien que l’on parle de « petite musique » reconnaissable dans le style d’un ecrivain.

Il y a une musique reconnaissable entre toute, dans le style de Giono et cette musique n’est pas la musique du style d’Albert Cohen, de Sylvie Germain, de Saint-Exupery, de Rousseau, de Rabindranath Tagore, d’Herman Hesse ou de Balzac. Il ne faut que quelques page de lecture d’un roman pour se rendre compte assez vite si oui ou non nous avons affaire a un ecrivain, car la musique du style sera la. Quand elle n’y est pas, il peut y avoir des informations, un jeu de divertissement, mais ce n’est pas vraiment de l’art.

C’est le genre de livre que l’on lit un jour et qui est immediatement oublie le lendemain, qui ne laisse rien parce qu’il n’y a pas cette vibration secrete de la Vie dans un style, cette vibration qui est au c? ur de l’art qui seule est capable de nous toucher vraiment. Mais etre touche, etre touche au fond de soi, etre bouleverse durablement, n’est-ce pas cela qui est essentiel dans notre rapport direct ou indirect a la Vie ? Dans notre rapport direct ou indirect avec l’essence meme de la realite ? Dans notre eveil ?

Il y a dans les textes de Stephen Jourdain des indications remarquables dans ce sens. Dans Voyage au centre de soi, au chapitre VII, intitule l’exigence de l’ecriture, il dit ceci de sa propre vocation d’ecrivain : « Je n’exerce pas un sacerdoce, je ne remplis pas une mission. Et surtout, je ne transmets pas d’information. ‘Ici sur Terre, ca va mal. Pampas et cornemuses excisees, defilent devant les ambassades. L’oiseau piaille, les mots devoyes pissent l’information. Il n’est plus d’ecrivain. Rien ne m’est plus etranger que la notion d’utilite. Asservir ’ecriture a une fonction, serait-ce celle de faire jaillir dans mon semblable l’etincelle de l’eveil, equivaudrait a mes yeux a detourner a mon profit – et l’ecriture et l’eveil. On ne communique pas un secret, on l’exprime dans un chant ». C’est l’art lui-meme qui est designe ici a travers l’ecriture comme pure expression d’un chant en dehors de toute utilite et de toute volonte d’adequation a la « realite » convaincante des faits et des chiffres. Reciproquement, le voyage dans la lecture n’a pas non plus a etre asservi a une utilite, ni a une stricte adequation a la realite.

Le voyage dans la litterature est une rencontre qui s’atteint dans la commotion interieure qu’en nous l’ecrivain provoque. Cette commotion que secretement tout lecteur recherche est eveil. Il y a une relation subtile entre l’art et l’eveil, entre l’eveil de la sensibilite et l’eveil tout court. Pour cela, il n’est peut-etre pas indispensable de « s’interesser a la litterature. Mais enfin, le terrain doit etre prepare, le jardin cultive, la sensibilite eduquee… On ne peut meconnaitre l’importance de la culture au sens le plus profond du terme». Ce qu’il dit ensuite est assez etonnant.

Meme si la litterature participait a un certain degre au sommeil et a l’illusion, il reste que l’on ne peut bien s’eveiller que si on sait correctement rever ! « Bien sur, la litterature, Rimbaud, Proust et tutti quanti participent aussi de l’hallucination et du sommeil ; mais c’est une bonne facon de rever. Et l’on ne saurait s’eveiller si l’on reve mal ». C’est encore la meme lecon, la preparation de la sensibilite est essentielle pour qu’au sein de la fete du sensible l’esprit rencontre le Reel. Ce que nous oublions toujours, c’est que la donation du Reel est a chaque instant presente dans la donation vivante du present.

S’il est une mission de l’art, expliquait Bergson, c’est bien de rendre cette donation plus accessible. Quand je me rends dans un musee, et que je m’arrete devant une splendide buste d’un bouddha souriant, si je suis reellement saisi par le rayonnement, la presence de la statue, je ne vais pas pour autant me mettre a rever pour m’evader de la realite, pour la bonne et simple raison que la statue dont le mystere m’enveloppe, que cette statue est la realite. Le reel est ce qui est toujours-deja la et jamais ailleurs. Le Reel est toujours-deja la de maniere intemporelle.

Si la Realite est intemporelle, l’art, en tant qu’expression de la Realite est egalement intemporel. * * * La question de savoir si l’art nous detourne ou pas de la realite est une question piegee, car elle presuppose la reference a une « realite » indubitable qui n’est aucunement mise en question. Il faudrait d’abord savoir ce qu’est la realite avant de se demander en quoi l’art peut oui ou non nous en detourner. Ce qui est bien actuel dans cette question, c’est sa resonance dans la culture postmoderne axee sur le divertissement.

Aujourd’hui, l’opinion selon laquelle l’art a pour fin une evasion est a ce point recue que, meme parmi les specialistes de l’art, il est admis que l’art repond a une quete evasive de l’ailleurs. Cette idee est martelee dans les media, repetee immediatement et sans reflexion par le lyceen qui doit composer sur l’esthetique et l’etudiant qui fait de l’histoire de l’art. C’est un sous-entendu qui fait echo au monde ambiant : la realite, elle nous ennuie, elle nous deprime, elle nous agresse. Alors, tous les moyens sont bons pour fuir dans un ailleurs plus agreable.

Au fond entre la drogue et l’art pas de difference, le but, c’est de « s’eclater » dans une ailleurs. Et finalement, l’art, cela sert a cela, autant dans la creation, que du point de vue de la contemplation. Il y a heureusement des esprits assez perspicaces pour avoir compris que l’art, loin d’etre le vehicule de la fuite, pouvait etre ce pas de danse qui nous emporte et nous ramene au sein du Reel. La ou nous sommes. Au sein de la Vie, de sa Joie d’etre et de ses souffrances, de son eternel jeu avec elle-meme et son experience pathetique.