Largumentation directe ou explicite

Largumentation directe ou explicite

Argumentation 4. 1 L’argumentation directe ou explicite 4. 1. 1 L’essai ou le traite Un essai est un ouvrage regroupant des reflexions diverses ou traitant un sujet qu’il ne pretend pas epuiser ; c’est un genre litteraire assez commode aux formes multiples. C’est un ouvrage qui propose une reflexion, qui confronte des opinions, et surtout qui expose un point de vue personnel sur un theme dans quelque domaine que ce soit. L’essai appartient essentiellement au registre didactique puisqu’il propose un enseignement ou un partage de connaissances en un discours structure sur un sujet divers (art, culture, societe).

Il a d’abord consiste dans la compilation d’? uvres philosophiques anterieures pour evoluer vers une reflexion personnelle et libre qui sait son projet incomplet ou inacheve. Un essai se definit • par son domaine (histoire, economie, politique, science, pedagogie, art, litterature) • par son contexte (evenements historiques, culturels, histoire des idees, intertextualite…) • par son sujet (themes principal et secondaires), sa these (ses prises de position), ses citations des theses d’autrui pour confirmer ou preciser la sienne propre ou pour denoncer les erreurs des adversaires…

De ce fait, tout essai est peu ou prou une forme particuliere de la discussion avec d’autres esprits absents, mais rendus presents par la

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citation et le commentaire. C’est presque toujours un discours deliberatif ou il convient • de reperer les positions propres a l’auteur, celles qui l’ont conduit a entreprendre la redaction de l’? uvre, en etant attentif aux marques de l’enonciation7 et a la modalisation, aux discours rapportes et aux diverses formes de citation (citation directe, references, allusion, commentaire…), • d’identifier les concessions aux theses adverses, d’examiner le passage au registre polemique quand la critique se fait virulente ou acerbe : ironie, affirmations plus marquees, attaques, sous-entendus, condamnations, indignation, reprobation… La forme de l’essai est tres libre, c’est pourquoi les auteurs y recourent si souvent. Aujourd’hui hommes politiques et journalistes y coulent leurs projets, leurs experiences ou leurs jugements. L’essai prend la forme d’un article etoffe, d’un traite, d’un livre d’histoire, de memoires, d’une etude, d’une discussion philosophique, d’une lettre ouverte, d’un pamphlet…

Certains sont rediges au moyen d’un plan rigoureux, thematique, analytique, logique sur un sujet precis. D’autres presentent des digressions, un parcours imprevisible comme les Essais de Montaigne. « C’est un sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant que l’homme ». (Essais, I, chapitre 1) « Je m’egare mais plutot par licence que par megarde. » (Essais, III, chapitre 9) L’essai se caracterise surtout par un ton personnel : l’essayiste cherche a marquer son lecteur par un style bien a lui qui rende le propos attrayant et accessible et surtout qui lui permette de se distinguer des redecesseurs ou des adversaires. « J’ai naturellement un style comique et prive, mais c’est d’une forme mienne. » (Essais, I, chapitre 60) « Le parler que j’aime, c’est un parler simple et naif, tel sur le papier qu’a la bouche ; un parler succulent et nerveux, court et serre… » (Essais, I, chapitre 26) 4. 2 L’argumentation indirecte ou implicite Les fables, les contes (surtout les contes philosophiques), les exempla, presentent tous un mode de fonctionnement allegorique qui autorise une argumentation indirecte.

Ils visent en effet a convaincre et persuader le lecteur indirectement, par un recit fictionnel arrange, ordonne, destine a presenter des idees, des valeurs symboliques, a travers • des personnages de fiction (hommes, dieux, animaux, vegetaux… ), a la fonction referentielle et symbolique s’inscrivant dans une tradition culturelle, • des situations initiatiques qui revelent cette valeur symbolique, • des dialogues qui creent des pauses dans le recit, permettent souvent de confronter differentes opinions ou de tirer des enseignements. Dans cette argumentation indirecte, le role de l’implicite est souvent essentiel.

L’apologue suggere souvent plus qu’il n’affirme une idee. Il recourt a la legerete de l’allusion au detriment de la lourdeur de la demonstration. Il se cache de la censure en attribuant ses critiques a un tiers ou en les dissimulant dans des propos codes ou ironiques comme Voltaire. Le grand merite de cette forme d’argumentation est d’aiguiser la curiosite du lecteur, dont la complicite est requise pour deviner les intentions de l’auteur. « Les meilleurs livres sont ceux qui font faire la moitie du chemin au lecteur » ou « Le moyen d’ennuyer est de vouloir tout dire » a prevenu Voltaire. 4. 2. L’apologue ou la fable L’apologue (du grec apologos, « recit ») est un court recit en prose ou en vers, dont on tire une instruction morale, c’est donc au sens strict un synonyme de « fable ». Plus generalement, il designe un recit pedagogique a des fins morales, mais parfois aussi politiques ou religieuses. La fable a aussi le sens de fiction mensongere, c’est pourquoi Voltaire dans l’Ingenu pouvait s’exclamer : « Ah ! s’il nous faut des fables, que ces fables soient du moins l’embleme de la verite ! J’aime les fables des philosophes, je ris de celles des enfants, et je hais celles des imposteurs. »

Le recit d’une anecdote mettant en scene des animaux, ou parfois des vegetaux, a caractere anthropomorphique, a toujours servi a illustrer des lecons de sagesse pratique. Le genre provient de deux grandes traditions : l’occidentale representee par les fables grecques attribuees a Esope, et par Phedre a Rome ; l’orientale qui prend racine dans le Panchatantra sanskrit et qui nous est parvenue par Bidpai en Inde et le livre de Kalila et Dimna en Perse et dans les pays arabes. Les apologues orientaux se presentent comme un corpus de textes relies par le fil d’un recit, et comportant plutot un enseignement pour le groupe social.

Dans les apologues occidentaux, la morale est plutot individuelle. Courts et au service d’une lecon nettement detachee a la fin ou au debut, herites de la culture greco-latine, les isopets ou ysopets (du nom d’Esope, alors presume etre l’inventeur du genre) du Moyen Age se constituent en recueils. Ces fables ont ete transmises par deux voies : des vers latins par Phedre au Ier siecle qui, apres traduction ou transposition en prose, se stabilisent dans un corpus appele romulus ; la seconde, les avionnets ont ete compiles en vers grecs au IIe siecle par Babrius, puis traduits en vers latins par Flavius Avianus au IVe siecle.

Le plus celebre de ces recueils du XIIe siecle, celui de Marie de France a largement inspire les fables de Jean de la Fontaine. Aux XVIe et XVIIe siecles, la fable beneficie du succes de l’embleme, genre tres prise a la Renaissance (dans lequel une image, precedee d’un court texte d’intitule et suivie de quelques vers qui en donnent le sens, etait offerte a l’interpretation du lecteur) qui a inspire aussi La Fontaine pour quelques fables (en particulier les Emblemes d’Alciat).

La Fontaine a bien percu l’analogie entre l’embleme et la fable : dans la preface de l’edition des Fables de 1668, il ecrivait que « l’apologue est compose de deux parties, dont on peut appeler l’une le corps, l’autre l’ame. Le corps est la fable ; l’ame la moralite ». Curieusement l’embleme au XVIe siecle etait defini par une image qui etait son « corps », et une sentence, « son ame ». Dans l’apologue traditionnel, la moralite est explicitement formulee. II n’en va pas toujours de meme dans les genres narratifs proches de l’apologue : la fable, l’exemplum, le conte (en particulier philosophique).

Chez La Fontaine, comme chez ses predecesseurs, la fable est un recit fictionnel court qui use parfois du merveilleux (d’ou l’adjectif « fabuleux »). Le recit, sorte de mini conte, suit souvent le schema narratif du genre : situation initiale perturbee par un evenement declenchant une mise en route, peripeties formatrices, situation finale dont la mise en perspective avec le debut permet de tirer une sagesse. La fable, au XVIIe siecle, est un genre pedagogique : l’eleve doit memoriser la morale, apprendre la rhetorique en composant a son tour des recits illustratifs accompagnes de leur moralite consequente.

C’est La Fontaine qui porte le genre a son apogee par : • la maitrise de l’ecriture en vers irreguliers ; l’art du recit qui varie les rythmes, cree la surprise, inclut des descriptions savoureuses manifestant un sens de l’observation aigu, des dialogues vifs ; une sagesse exprimee dans des formules travaillees… • l’extension du genre a des domaines nouveaux : l’amitie, la mort, le pouvoir, l’amour, la vie en societe… • l’introduction du lyrisme personnel, • le recours aux registres comique, parodique (contre-epique) et satirique. La Fontaine nous livre la des saynetes criantes de verite.