L’argumentation

L’argumentation

Apologue, Sequence 4 L’argumentation Convaincre / Persuader / Deliberer Forme et fonction de l’essai de l’apologue et du compte philosophique Etude des Fables de La Fontaine Intro : La place de la Fable dans l’argumentation Argumenter = exprimer son opinion Argumentation Directe Argumentation Indirecte Essai Fable / apologue Exprimer une opinion / critiquer une these Recit plaisant / divertissement Dresser le bilan d’une situation Delivrer le moral / un enseignement n exposant differents points de vue Arguments logiques + exemple Recit court, plaisant, dont les personnages sont souvent des animaux representant les hommes. Instruction morale, point de vue de l’auteur sur le monde. Les trois enjeu de l’argumentation : Convaincre (fait appel a la raison logique) : defendre sa these ; persuader (aux sentiments, a l’affectif) : toucher, emouvoir pour mieux manipuler ; deliberer (exposer differents points de vue, debat polemique,…) La Fontaine (17eme Classique), travaille avec Fouquet et va en prison pour avoir fait de l’ombre a Louis XIV. 668 : 1ere edition des Fables sur les Grand Dauphins (enfant age de 6 ans), livre 1-7. Il ecrit un roman a l’epoque de Moliere, Corneille… 1678 : dedie a Mme de Montespan, maitresse du Roi (livre 7-11). Elu a l’Academie Francaise, 1687 : querelle des anciens et des

Désolé, mais les essais complets ne sont disponibles que pour les utilisateurs enregistrés

Choisissez un plan d'adhésion
modernes, il se range aux cotes des anciens. Dernier recueil publier en 1992 (livre 12) dedie au Duc de Bourgogne. Evolution entre les differents recueils. Anthologie Poetique Sur la Pointe de l’Automne… LEMAIRE Quentin 1ere S1 Vendredi 27 Fevrier 2009 ____________________________________________________________ ________________________

Sur la Pointe de l’Automne 1/15 Sommaire ? Preface ……………………………………………. ………….. …… …3 ? Regroupement de poemes : – « Reves d’automne » d’Alphonse de LAMARTINE (1790-1869) (Recueil : Meditations poetiques)……………………………………. …4 – « Voici que la saison decline » de Victor HUGO (1802-1885) (Recueil : Derniere gerbe)………………………………………….. ….. 5 – « Chant d’automne » de Charles BAUDELAIRE (1821-1867) (Recueil : Les fleurs du mal)………………………………………… ….. 6 – « L’Ennemi » de Charles BAUDELAIRE (1821-1867) (Recueil : Les fleurs du mal)……………………………………………. – « Sonnet d’automne » de Charles BAUDELAIRE (1821-1867) (Recueil : Les fleurs du mal)……………………………………………. 8 – « L’Automne » de Theodore de BANVILLE (1823-1891) (Recueil : Les cariatides)……………………………………………….. 9 – « Chanson d’automne » de Paul VERLAINE (1844-1896) (Recueil : Poemes saturniens)…………………………………………10 – « Automne malade » de Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918) (Recueil : Alcools)…………………………………………………….. 11 – « Automne » de Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918) (Recueil : Alcools)…………………………………………………….. 12 – « Les Colchiques » de Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918) (Recueil : Alcools)…………………………………………………….. 13 Des siecles passes…………………………………………… ……14 ____________________________________________________________ ________________________ Sommaire 2/15 Preface La poesie touche tous les peuples et toutes les epoques, il s’agit donc d’une des plus anciennes formes litteraires. Les poetes peuvent faire passer un sentiment qu’ils ressentent au moment ou ils ecrivent comme l’amertume, l’amour, la tristesse… Ils cherchent a faire passer un message souvent cache de maniere implicite ou explicite.

Les poetes utilisent les mots comme une arme, afin de faire passer leurs messages et leurs idees. Les mots peuvent toucher, faire pleurer, rendre heureux et triste. Les poetes prennent la force qu’ont les mots pour creer un poeme. A certaines epoques la poesie servait de bataille et luttait contre la censure. Pendant ces moments difficiles de l’histoire, les gens avaient besoin de s’exprimer, de faire passer leur sentiment avec la poesie engagee, les poemes servaient d’exutoires pour le poete. La poesie est faite d’image. Chacun peut comprendre un poeme a sa facon. La poesie a de multiples possibilites de sens.

Chacun ne ressent pas la meme sensibilite face a un poeme. Un poeme peut toucher une personne et laisser indifferente une autre. Au fil de l’annee, la nature evolue, prend des formes et des couleurs differentes mais garde constamment sa beaute. Cette beaute a ete celebree depuis la nuit des temps : l’Homme a toujours rendu hommage a la Mere Nature et principalement aux saisons. Ces « miracles » dus a la coordination entre la rotation de la Terre sur elle-meme et autour du Soleil sont des sujets de fascination. En effet, ce cycle est perpetuel, traduisant le renouvellement eternel de la nature.

Les saisons representent les quatre mouvements formant la symphonie qu’est la vie. Cette anthologie poetique intitulee « Sur la Pointe de l’Automne » regroupe dix poemes sur le theme de l’Automne. Les saisons illustrent la nature qui est inspiratrice de sentiments divers, ici la nature est d’ailleurs au centre du pathetisme par ses multiples manifestations (orages et intemperies par exemple). J’ai donc voulu vous faire decouvrir les differentes facettes utilisees par les poetes (Baudelaire, Hugo, Apollinaire…) pour partager un sentiment qu’ils ressentent au moment ou ils ecrivent.

Je placerais d’autres exemples de poemes dans la partie Des siecles passes. ____________________________________________________________ ________________________ Preface 3/15 Regroupement de poemes Reves d’Automne Salut ! bois couronnes d’un reste de verdure ! Feuillages jaunissants sur les gazons epars ! Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature Convient a la douleur et plait a mes regards ! Je suis d’un pas reveur le sentier solitaire, J’aime a revoir encor, pour la derniere fois,

Ce soleil palissant, dont la faible lumiere Perce a peine a mes pieds l’obscurite des bois ! Oui, dans ces jours d’automne ou la nature expire, A ses regards voiles, je trouve plus d’attraits, C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire Des levres que la mort va fermer pour jamais ! Ainsi, pret a quitter l’horizon de la vie, Pleurant de mes longs jours l’espoir evanoui, Je me retourne encore, et d’un regard d’envie Je contemple ses biens dont je n’ai pas joui ! Terre, soleil, vallons, belle et douce nature, Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau ; L’air est si parfume ! la lumiere est si pure !

Aux regards d’un mourant le soleil est si beau ! Je voudrais maintenant vider jusqu’a la lie Ce calice mele de nectar et de fiel ! Au fond de cette coupe ou je buvais la vie, Peut-etre restait-il une goutte de miel ? Peut-etre l’avenir me gardait-il encore Un retour de bonheur dont l’espoir est perdu ? Peut-etre dans la foule, une ame que j’ignore Aurait compris mon ame, et m’aurait repondu ? … La fleur tombe en livrant ses parfums au zephire ; A la vie, au soleil, ce sont la ses adieux ; Moi, je meurs; et mon ame, au moment qu’elle expire, S’exhale comme un son triste et melodieux. Alphonse de LAMARTINE (1790-1869) Recueil : Meditations poetiques) ____________________________________________________________ ________________________ Reve d’Automne 4/15 Regroupement de poemes Voici que la saison decline Voici que la saison decline, L’ombre grandit, l’azur decroit, Le vent fraichit sur la colline, L’oiseau frissonne, l’herbe a froid. Aout contre septembre lutte ; L’ocean n’a plus d’alcyon ; Chaque jour perd une minute, Chaque aurore pleure un rayon. La mouche, comme prise au piege, Est immobile a mon plafond ; Et comme un blanc flocon de neige, Petit a petit, l’ete fond. Victor Hugo (1802-1885) (Recueil : Derniere gerbe) ___________________________________________________________ ________________________ Voici que la saison decline 5/15 Regroupement de poemes Chant d’automne Bientot nous plongerons dans les froides tenebres ; Adieu, vive clarte de nos etes trop courts ! J’entends deja tomber avec des chocs funebres Le bois retentissant sur le pave des cours. Tout l’hiver va rentrer dans mon etre : colere, Haine, frissons, horreur, labeur dur et force, Et, comme le soleil dans son enfer polaire, Mon c? ur ne sera plus qu’un bloc rouge et glace.

J’ecoute en fremissant chaque buche qui tombe ; L’echafaud qu’on batit n’a pas d’echo plus sourd. Mon esprit est pareil a la tour qui succombe Sous les coups du belier infatigable et lourd. Il me semble, berce par ce choc monotone, Qu’on cloue en grande hate un cercueil quelque part. Pour qui ? – C’etait hier l’ete ; voici l’automne ! Ce bruit mysterieux sonne comme un depart. J’aime de vos longs yeux la lumiere verdatre, Douce beaute, mais tout aujourd’hui m’est amer, Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’atre, Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer. Et pourtant aimez-moi, tendre c? ur ! soyez mere,

Meme pour un ingrat, meme pour un mechant ; Amante ou s? ur, soyez la douceur ephemere D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant . Courte tache ! La tombe attend ; elle est avide ! Ah ! laissez-moi, mon front pose sur vos genoux, Gouter, en regrettant l’ete blanc et torride, De l’arriere-saison le rayon jaune et doux ! Charles BAUDELAIRE (1821-1867) (Recueil : Les fleurs du mal) On peut remarquer deux grandes « forces » montees l’une contre l’autre : le spleen et l’ideal, ou plus mystique, Eros (amour) et Thanatos (mort). D’ou Thanatos, fils de Nyx (la nuit) et Hypnos (le sommeil) prend une forme tres importante dans le poeme.

Le titre, Chant d’automne est un chant plaintif, demandant de l’aide contre l’hiver, le malheur, l’horreur… ____________________________________________________________ ________________________ Chant d’automne 6/15 Regroupement de poemes L’Ennemi Ma jeunesse ne fut qu’un tenebreux orage, Traverse ca et la par de brillants soleils ; Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage, Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils. Voila que j’ai touche l’automne des idees,

Et qu’il faut employer la pelle et les rateaux Pour rassembler a neuf les terres inondees, Ou l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux. Et qui sait si les fleurs nouvelles que je reve Trouveront dans ce sol lave comme une greve Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ? – O douleur! o douleur! Le Temps mange la vie, Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le c? ur Du sang que nous perdons croit et se fortifie! Charles BAUDELAIRE (1821-1867) (Recueil : Les fleurs du mal) Le temps est l’une des plus obsedantes composantes du spleen Baudelairien (« l’horloge », « le gout du neant »).

Omnipresent, etouffant, il se revele douloureusement a chaque etape de la vie en y imposant un bilan desesperant. La personnification, l’utilisation de la majuscule et de l’article defini font de lui, par excellence, le monstre que l’homme doit craindre. Le temps entretient avec l’homme et en particulier avec le poete (qui se met en cause personnellement dans le texte) des liens de domination quasi vampirique et le maintient dans un etat d’alienation qui brise toute esperance et toute forme d’inspiration. Le texte souligne qu’il est donc doublement redoutable sur le plan humain et sur le plan poetique. ___________________________________________________________ ________________________ L’Ennemi 7/15 Regroupement de poemes Sonnet d’automne Ils me disent, tes yeux, clairs comme le cristal :  » Pour toi, bizarre amant, quel est donc mon merite ?  » – Sois charmante et tais-toi ! Mon c? ur, que tout irrite, Excepte la candeur de l’antique animal, Ne veut pas te montrer son secret infernal, Berceuse dont la main aux longs sommeils m’invite, Ni sa noire legende avec la flamme ecrite. Je hais la passion et l’esprit me fait mal !

Aimons-nous doucement. L’Amour dans sa guerite, Tenebreux, embusque, bande son arc fatal. Je connais les engins de son vieil arsenal : Crime, horreur et folie ! – O pale marguerite ! Comme moi n’es-tu pas un soleil automnal, O ma si blanche, o ma si froide Marguerite ? Charles BAUDELAIRE (1821-1867) (Recueil : Les fleurs du mal) ____________________________________________________________ ________________________ Sonnet d’automne 8/15 Regroupement de poemes L’Automne Sois le bienvenu, rouge Automne, Accours dans ton riche appareil,

Embrase le coteau vermeil Que la vigne pare et festonne. Pere, tu rempliras la tonne Qui nous verse le doux sommeil ; Sois le bienvenu, rouge Automne, Accours dans ton riche appareil. Deja la Nymphe qui s’etonne, Blanche de la nuque a l’orteil, Rit aux chants ivres de soleil Que le gai vendangeur entonne. Sois le bienvenu, rouge Automne. Theodore de BANVILLE (1823-1891) (Recueil : Les cariatides) ____________________________________________________________ ________________________ L’Automne 9/15

Regroupement de poemes Chanson d’automne Les sanglots longs Des violons De l’automne Blessent mon c? ur D’une langueur Monotone. Tout suffocant Et bleme, quand Sonne l’heure, Je me souviens Des jours anciens Et je pleure Et je m’en vais Au vent mauvais Qui m’emporte Deca, dela, Pareil a la Feuille morte. Paul VERLAINE (1844-1896) (Recueil : Poemes saturniens) Comme tant d’ecrivains et de poetes du XVIIIe S, Verlaine s’est laisse inspirer par le charme melancolique de l’automne. Mais il traite ce theme, a sa maniere musicale et harmonieuse tout en nuance et en accent leger.

La douceur des sonorites, la fluidite d’un rythme varie, n’exclut cependant ni les regrets, ni la souffrance physique et morale ni la conscience d’une errance douloureuse et passive. Le poete et l’homme se revelent avec sincerite et spontaneite dans ces quelques vers qui sonnent comme nue complainte nostalgique. Liees par le theme de la souffrance et de l’errance, et marquee par une progression que souligne le « et » du v. 13, les 3 strophes ont cependant une autonomie : – La premiere evoque explicitement l’automne a travers une correspondance entre une sonorite et une douleur. La deuxieme souligne la tentation de la memoire et des souvenirs comme remedes a la fuite du temps. – La troisieme conclut sur l’impuissance du poete dont la destinee est aussi fragile que celle des feuilles automnales. ____________________________________________________________ ________________________ Chanson d’automne 10/15 Regroupement de poemes Automne malade Automne malade et adore Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies Quand il aura neige Dans les vergers Pauvre automne Meurs en blancheur et en richesse De neige et de fruits murs Au fond du ciel Des eperviers planent

Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines Qui n’ont jamais aime Aux lisieres lointaines Les cerfs ont brame Et que j’aime o saison que j’aime tes rumeurs Les fruits tombant sans qu’on les cueille Le vent et la foret qui pleurent Toutes leurs larmes en automne feuille a feuille Les feuilles Qu’on foule Un train Qui roule La vie S’ecoule Guillaume Apollinaire – (1880-1918) (Recueil : Alcools) • Guillaume Apollinaire (1880-1918) est initialement marque par le symbolisme. Interesse par tous les mouvements artistiques d’avant-garde, il deviendra l’un des precurseurs de l’art et de la poesie modernes. En 1901, Apollinaire est precepteur en Allemagne. Il voyage a travers ce pays. A cette epoque, il est deja fascine par les legendes et la terre allemande, ce qui lui permet « d’enraciner », de donner une localisation a ces legendes (description de paysages concrets). Le recueil d’Alcools fait date dans l’histoire de la poesie moderne. On y est loin de l’art sophistique de Mallarme et ses brouillards symbolistes : tout y est au contraire jeune, dynamique, desinvolte meme, tout y est surprise. • L’automne est une saison mentale chere a Apollinaire : on retrouve le theme de l’automne dans « Rhenane ’automne », « Les Colchiques », « Automne » ou encore « Vendemiaire ». • « Automne malade » n’est sans doute pas le poeme le plus representatif du recueil, mais on y percoit ce qui fait l’originalite attachante d’Apollinaire qui, grace au choix de ses images, au jeu des rythmes et des sonorites, nous fait acceder, a partir de themes lyriques traditionnels, a l’univers unique et ouate de sa melancolie. Nous tenterons de voir comment Apollinaire mele dans ce texte la tradition et la modernite. ____________________________________________________________ ________________________

Automne malade 11/15 Regroupement de poemes Automne Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux Et son b? uf lentement dans le brouillard d’automne Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux Et s’en allant la-bas le paysan chantonne Une chanson d’amour et d’infidelite Qui parle d’une bague et d’un c? ur que l’on brise Oh! l’automne l’automne a fait mourir l’ete Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises

Guillaume Apollinaire – (1880-1918) (Recueil : Alcools) L’automne, saison d’une belle maturite qui lance ses derniers feux et qui sent les approches de l’hiver et de la mort, reste fortement lie au sentiment du vieillir, a celui du passage de la vie et des choses devant les inevitables transformations et metamorphoses infligees par le temps. Les images et les mots n’ont cesse, de l’Antiquite aux « femmes automnales » de l’epoque romantique, d’en evoquer depuis les fastes et les charmes pour dire et montrer le poids du temps. ____________________________________________________________ ________________________

Automne 12/15 Regroupement de poemes Les Colchiques Le pre est veneneux mais joli en automne Les vaches y paissant Lentement s’empoisonnent Le colchique couleur de cerne et de lilas Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-la Violatres comme leur cerne et comme cet automne Et ma vie pour tes yeux lentement s’empoisonne Les enfants de l’ecole viennent avec fracas Vetus de hoquetons et jouant de l’harmonica Ils cueillent les colchiques qui sont comme des meres Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupieres

Qui battent comme les fleurs battent au vent dement Le gardien du troupeau chante tout doucement Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent Pour toujours ce grand pre mal fleuri par l’automne Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918) (Recueil : Alcools) Dans ce poeme, la femme est associee a une fleur, la colchique. Mais cette fleur est veneneuse, c’est un poison. C’est donc l’inverse du mythe de la femme fleur. Ce poeme a ete pour la premiere fois publie le 15 novembre 1907 dans le journal la Phalange. C’est un poeme d’inspiration allemande redige en 1901 qui vient apres les poemes de la chanson du mal aime.

On est face a un echec amoureux. A la meme epoque, il rencontre Annie Playden. Chez Apollinaire, le sentiment d’etre mal aime est constitutif de sa nature meme. ____________________________________________________________ ________________________ Les Colchiques 13/15 Des siecles passes La Source Tout pres du lac filtre une source, Entre deux pierres, dans un coin; Allegrement l’eau prend sa course Comme pour s’en aller bien loin. Elle murmure: Oh! quelle joie! Sous la terre il faisait si noir !

Maintenant ma rive verdoie, Le ciel se mire a mon miroir. Les myosotis aux fleurs bleues Me disent : Ne m’oubliez pas! Les libellules de leurs queues M’egratignent dans leurs ebats: A ma coupe l’oiseau s’abreuve; Qui sait? – Apres quelques detours Peut-etre deviendrai-je un fleuve Baignant vallons, rochers et tours. Je broderai de mon ecume Ponts de pierre, quais de granit, Emportant le steamer qui fume A l’Ocean ou tout finit. Ainsi la jeune source jase, Formant cent projets d’avenir; Comme l’eau qui bout dans un vase, Son flot ne peut se contenir; Mais le berceau touche a la tombe; Le geant futur meurt petit;

Nee a peine, la source tombe Dans le grand lac qui l’engloutit! © Theophile Gautier – 19 eme Que j’aime le premier frisson d’hiver… Que j’aime le premier frisson d’hiver ! le chaume, Sous le pied du chasseur, refusant de ployer ! Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume, Au fond du vieux chateau s’eveille le foyer ; C’est le temps de la ville. – Oh ! lorsque l’an dernier, J’y revins, que je vis ce bon Louvre et son dome, Paris et sa fumee, et tout ce beau royaume (J’entends encore au vent les postillons crier), Que j’aimais ce temps gris, ces passants, et la Seine Sous ses mille falots assise en souveraine !

J’allais revoir l’hiver. – Et toi, ma vie, et toi ! Oh ! dans tes longs regards j’allais tremper mon ame ; Je saluais tes murs. – Car, qui m’eut dit, madame, Que votre c? ur si tot avait change pour moi ? © Alfred de Musset – 1829 ____________________________________________________________ ________________________ Des siecles passes 14/15 Des siecles passes La spirale sans fin dans le vide s’enfonce La spirale sans fin dans le vide s’enfonce ; Tout autour, n’attendant qu’une fausse reponse Pour vous pomper le sang,

Sur leurs grands piedestaux semes d’hieroglyphes, Des sphinx aux seins pointus, aux doigts armes de griffes, Roulent leur ? il luisant. En passant devant eux, a chaque pas l’on cogne Des os demi-ronges, des restes de charogne, Des cranes sonnant creux. On voit de chaque trou sortir des jambes raides ; Des apparitions monstrueusement laides Fendent l’air tenebreux. C’est ici que l’enigme est encor sans Oedipe, Et qu’on attend toujours le rayon qui dissipe L’antique obscurite. C’est ici que la mort propose son probleme, Et que le voyageur, devant sa face bleme, Recule epouvante. Ah ! Que de nobles c? rs et que d’ames choisies, Vainement, a travers toutes les poesies, Toutes les passions, Ont poursuivi le mot de la page fatale, Dont les os gisent la sans pierre sepulcrale Et sans inscriptions ! Combien, dons juans obscurs, ont leurs listes remplies Et qui cherchent encor ! Que de levres palies Sous les plus doux baisers, Et qui n’ont jamais pu se joindre a leur chimere ! Que de desirs au ciel sont remontes de terre Toujours inapaises ! Il est des ecoliers qui voudraient tout connaitre, Et qui ne trouvent pas pour valet et pour maitre De Mephistopheles. Dans les greniers, il est des Faust sans Marguerite,

Dont l’enfer ne veut pas et que Dieu desherite ; Tous ceux-la, plaignez-les ! Car ils souffrent un mal, helas ! Inguerissable ; Ils melent une larme a chaque grain de sable Que le temps laisse choir. Leur coeur, comme une orfraie au fond d’une ruine, Rale piteusement dans leur maigre poitrine L’hymne du desespoir. Leur vie est comme un bois a la fin de l’automne, Chaque souffle qui passe arrache a leur couronne Quelque reste de vert, Et leurs reves en pleurs s’en vont fendant les nues, Silencieux, pareils a des files de grues Quand approche l’hiver. Leurs tourments ne sont point redits par le poete

Martyrs de la pensee, ils n’ont pas sur leur tete L’aureole qui luit ; Par les chemins du monde ils marchent sans cortege, Et sur le sol glace tombent comme la neige Qui descend dans la nuit. © Theophile Gautier (1811-1872) * * L’Azur De l’eternel Azur la sereine ironie Accable, belle indolemment comme les fleurs, Le poete impuissant qui maudit son genie A travers un desert sterile de Douleurs. Fuyant, les yeux fermes, je le sens qui regarde Avec l’intensite d’un remords atterrant, Mon ame vide. Ou fuir ? Et quelle nuit hagarde Jeter, lambeaux, jeter sur ce mepris navrant ? Brouillards, montez ! versez vos cendres monotones

Avec de longs haillons de brume dans les cieux Que noiera le marais livide des automnes, Et batissez un grand plafond silencieux ! Et toi, sors des etangs letheens et ramasse En t’en venant la vase et les pales roseaux, Cher Ennui, pour boucher d’une main jamais lasse Les grands trous bleus que font mechamment les oiseaux. Encor ! que sans repit les tristes cheminees Fument, et que de suie une errante prison Eteigne dans l’horreur de ses noires trainees Le soleil se mourant jaunatre a l’horizon ! – Le Ciel est mort. – Vers toi, j’accours ! Donne, o matiere, L’oubli de l’Ideal cruel et du Peche A ce martyr qui vient partager la litiere

Ou le betail heureux des hommes est couche, Car j’y veux, puisque enfin ma cervelle, videe Comme le pot de fard gisant au pied d’un mur, N’a plus l’art d’attifer la sanglotante idee, Lugubrement bailler vers un trepas obscur… En vain ! l’Azur triomphe, et je l’entends qui chante Dans les cloches. Mon ame, il se fait voix pour plus Nous faire peur avec sa victoire mechante, Et du metal vivant sort en bleus angelus ! Il roule par la brume, ancien et traverse Ta native agonie ainsi qu’un glaive sur ; Ou fuir dans la revolte inutile et perverse ? Je suis hante. L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! © Stephane MALLARME (1842-1898)