L’anorexie mentale

L’anorexie mentale

Fiche documentaire : l’anorexie mentale Definition L’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire qui s’exprime par une volonte de maigrir alors que le poids corporel est normal. Il s’agit d’un besoin lie a la peur de grossir. Il en decoule une peur de manger et un amaigrissement important (plus de 15% du poids). Forme clinique Il existe deux formes cliniques de l’anorexie mentale : ? Anorexie restrictive pure : amaigrissement obtenu uniquement par restriction alimentaire et hyperactivite physique. Anorexie-boulimie : forme avec existence reguliere de crises de boulimie ou prise de purgatifs. Population cible Elle touche 1 femme sur 100. 95% des personnes atteintes sont des femmes. L’age d’apparition se situe en general a la puberte avec deux pics statistiques a 14-15 ans et a 18-19 ans. Anamnese On retrouve chez les personnes anorexiques les traits suivants : ? Reussite scolaire (besoin d’etre valorisee par la reussite scolaire) pas directement liee a l’intelligence mais plutot par reponse a ce que l’on attend d’elle. ? Precocite de la maitrise, de l’autonomie, pas de manifestations agressives. Difficultes d’affirmation de soi et d’aisance sociale, communication verbale parfois difficile. ? Trouble de l’identification psychosexuelle en relation avec une image feminine tres idealisee. ? Anxiete importante avec vision pejorative de

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soi ? Narcissisme defaillant ? Perfectionnisme, recherche constante de la maitrise des situations. Facteurs de risque Des facteurs genetiques ont clairement ete etablis dans l’anorexie mentale. Le risque de developper un trouble du comportement alimentaire (TCA) est 3 a 4 fois superieur dans une famille ayant deja eu des cas que dans les autres familles.

Le risque est egalement plus eleve s’il y a une tendance depressive familiale ou une anxiete (diverses formes possibles : anxiete generale, phobie, TOC) De plus, on recense chez plusieurs personnes anorexiques une attitude de la mere fortement impliquee dans la nutrition de son enfant (attitude de gavage pendant l’enfance). D’autres facteurs de risques familiaux non genetiques peuvent etre pris en compte tels que : ? Importance attachee par le pere a une silhouette feminine mince. ? Importance attachee par la famille a l’activite physique et sportive. Difficulte dans la famille a gerer ou exprimer les conflits. Manifestations physiques Les troubles physiques suivants permettent de poser un diagnostic : ? Denutrition : application d’un regime de plus en plus strict qui va conduire a un amaigrissement. ? Disparition de la faim. ? Amenorrhee : absence de menstruations (secondaire a la denutrition) ? Troubles digestifs : constipation, vidange gastrique ralentie ? Arret du developpement de croissance (avant la puberte) ? Refoulement de l’agressivite Hyperactivite sociale, scolaire et physique : vie sociale tres remplie pour ne pas laisser de place a la nourriture (les relations sociales sont suffisantes mais de mauvaise qualite, superficielles), activite physique poussee a l’extreme pour eliminer tout ce qui a ete mange, surinvestissement dans les etudes ou dans la profession. ? Style vestimentaire : cacher sa maigreur avec des vetements amples ? Activite sexuelle absente ou perturbee : les changements corporels lies a l’adolescence generent gene et angoisse, on essaye donc de les faire disparaitre par l’amaigrissement.

Il n’y a que peu d’implication affective ou corporelle. ? Crises de compulsions alimentaires suivis de vomissements (uniquement dans le cas d’anorexie-boulimie) La plupart de ces troubles sont reversibles des que le poids redevient normal. Troubles psychiques Le trouble du comportement alimentaire est l’expression d’un mal-etre et d’un manque de confiance en soi. L’anorexique voit son corps comme une masse enorme qui ne fait que grossir et dont elle doit empecher la progression a tout prix. Elle a peur de devenir obese. Plus elle perd du poids et plus elle est angoissee a l’idee d’en reprendre.

L’image qu’elle a de sa corpulence est completement faussee et ne correspond pas a la balance. Pour rechercher l’existence de soi elle va s’instaurer un ordre face a l’objet (nourriture) en le refusant. Elle refuse l’objet oral et va ainsi essayer de le maitriser par le corps. Lorsqu’elle y parvient, elle se sent toute puissante. Lorsqu’elle n’en peut plus, elle craque et mange enormement, puis se sent coupable et se fait vomir (dans le cas d’anorexie-boulimie). Elle a besoin de produire plus que ce qu’elle consomme, d’ou l’hyperactivite sportive. Les manifestations de ce mal-etre sont les suivantes : Manque de confiance, repli sur soi qui va entrainer une desinsertion sociale. ? Desert sentimental : impossible d’aimer quelqu’un d’autre lorsqu’on ne s’aime pas soi-meme. ? Rejet de l’image de la femme seduction, de la sexualite, du desir. ? Perte de l’image de soi, difficulte de s’affirmer autrement que dans le refus. ? Besoin de tout maitriser et la peur de lacher prise. ? Exces de perfectionnisme ? Difficulte d’expression verbale et emotionnelle (introspection difficile) ? Attachement excessif a l’un des parents ? Tendance a la dissimulation et a la mefiance vis-a-vis de l’autre Desespoir et desir de mort (suicide chez 10-15%) Evolution L’evolution de l’anorexie est etalonnee sur plusieurs annees (au moins 2). Elle se compose de trois phases : 1. Phase de souffrance : lutte contre la faim, insatisfaction, humeur depressive, alteration dans les relations. 2. Phase d’optimisme : satisfaction atteinte, solutions pour soulager les tensions, espoir vers des objectifs bien definis : lutter contre la faim, modifier son apparence pour atteindre un ideal. L’anorexique est payee de ses efforts et tout devient plus supportable. 3. Cette phase peut prendre trois formes diverses : ) Passage a la boulimie : le vomissement devient un geste automatique, tout de suite apres avoir mange, jouissance et honte, satisfaction de tromper l’autre en masquant ce comportement (rapport a l’objet) b) Troubles du caractere : revendication du droit de decider son style de vie, megalomanie renforcee par le pouvoir du controle de soi et d’autrui, tentatives de suicide non negligeables, conflits avec l’entourage familial aggraves (surtout si les parents forcent une hospitalisation). c) Cachexie : les exigences du corps sont progressivement limitees.

On trouve un modus-vivendi avec l’entourage qui tolere plus ou moins la maladie, reorganisation dans les liens familiaux (les parents prennent plus de temps pour partager des activites avec leur enfant), rapprochement avec le pere possible car l’anorexique est assuree par sa maigreur de ne pas etre un objet de desir sexuel pour lui, recherche de solutions avec la famille qui ne veut mettre en cause personne. Cet etat est dangereux pour l’organisme car il s’epuise a long terme et devient fragile, ce qui peut avoir de lourdes consequences parfois fatales. Complications dans l’evolution Osteoporose

L’anorexie s’expose a un risque grave d’osteoporose. Elle apparait apres cinq ans d’evolution chez 10% des malades et chez 30% des malades apres 10 ans. Denutrition Elle va entrainer une perte de la masse musculaire, un defaut de fonctionnement musculaire (muscles digestifs, disfonctionnement cardiaques), anxiete, etat depressif, troubles du sommeil important. Pronostic Le risque de mort n’est pas negligeable (environ 10%). Il depend de certains criteres de gravite : ? Importance de la chute de poids ? Rapidite de l’installation de l’amaigrissement (l’organisme tolere moins une chute de poids rapide) La nature des carences (l’apport de proteines est un element favorable) Traitement Le traitement actuel se base sur trois approches : ? Pschychanalytique : introspection difficile car les troubles monopolisent toute l’energie et le cognitif du malade. ? Cognitivo-comportementale : travail sur les pensees, emotions et sentiments qui agitent l’anorexique a l’idee de s’alimenter ou lorsqu’il ressent le besoin d’hyperactivite physique. Cette approche cherche egalement des pistes possibles dans le comportement de l’anorexique. ? Nutritionnelle : fixe les objectifs de poids minimal ainsi que les apports energetiques et nutritifs indispensables.

Medicaments Il n’y a pas de traitement qui permet une prise de poids ou un comportement alimentaire meilleur. Certains antidepresseurs sont prescrits contre une anxiete trop forte ou un etat depressif. Des hormones sont egalement administrees pour prevenir l’osteoporose. Guerison L’apparition de nouveaux interets, de nouvelles sensations, de nouveaux sentiments, de nouvelles sensibilites et de changements dans les relations avec soi-meme et les autres, sont le meilleur critere d’une evolution favorable vers la guerison. La reprise est longue et lente. Certains elements difficiles persistent et une remission totale semble inesperable.

Il s’agit toujours de trouver une certaine accommodation qui permette de rendre le quotidien le plus normal possible. La guerison totale sans sequelle alimentaire, ni nutritionnelle, ni comportementale, ni hormonale peut etre obtenue aujourd’hui pour 50% des cas grace a un bon traitement. Risques sur la scolarite L’anorexie n’a souvent que peu de retentissement sur la vie scolaire. Les anorexiques sont generalement des adolescentes studieuses et brillantes qui surinvestissent les resultats scolaires. A un stade evolue, des troubles sur la concentration et une certaine fatigue peuvent generer une baisse de performances.

Elles ne demandent pas d’aide et ne se plaignent pas mais elles souffrent la plupart du temps en silence. Ce qui est en jeu dans leur maladie, c’est la relation a soi, l’idealisation, l’omnipotence, l’inhibition, la repression des affects. Quelques manifestations possibles : – gestion de l’erreur tres couteuse, d’ou l’importance de reussir brillamment – hyperactivite scolaire pour eviter les liens sociaux, les affects (evitement narcissique) – refus de toute forme d’aide (montrer que l’on gere la situation) – automutilation (scarifications) – disponibilite aux apprentissages variable, changements d’humeur faible estime de soi Strategies envisageables par l’enseignant : – travailler sur les liens sociaux : s’assurer que l’adolescente est entouree d’amis, jeux qui revelent les qualites de chacun (ex : les chaudoudoux), encourager les activites qui permettent de creer des liens. – Produire du beau, donner une image de soi positive, encourager et gratifier les productions, activites artistiques pour apprendre a accepter que ce que l’on fait est beau. – Stabilite dans les apprentissages, toujours remettre en lien avec ce qui est connu pour aider a entrer plus facilement dans une activite qui ne nous plait pas. Expression ecrite pour decrire au lieu de passer a l’acte (peut aider en cas d’automutilation) – Apprendre a faire faux a travers des activites (trouver la mauvaise reponse dans un QCM) – Activites qui permettent d’exprimer ses sentiments (parler des emotions avec des cartes et des situations ou des images) Bibliographie Brusset, B. (2008). Psychopathologie de l’anorexie mentale. Paris : Dunod. Vincent, T. (2000). L’anorexie. Paris : Editions Odile Jacod. http://www. anorexie-et-boulimie. fr/articles-3-professionnels-de-sante. htm (2011)