La Verite

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LA VÉRITÉ Introduction Le concept de vérité désigne le jugement de réalité que l’on porte sur un événement, une chose ou sur une proposition. On distingue plusieurs types de vérités les vérités de faits qui se rapportent à un événement ou à un fait particulier (il pleut) ; les vérités mathématiques qui sont de type conventionnel (3 + 4 7) ou démonstratif, les vérités logiques, etc. On peu que la notion de véri concernées.

La vérité sciences de la nature de la vérité à laquelle or 18 es disciplines est ainsi différente dans les sciences de l’homme (sociologie, ethnologie) ou dans les ciences pures (logique, mathématiques). Le projet de ce cours consiste à relever les différentes conceptions de la notion de vérité et les débats qu’elle a pu susciter, en tâchant de voir comment elle peut évoluer d’une discipline à une autre. Les prlncpales questions qui définiront les grands axes de cette étude sont les suivantes : Quelle est la nature de la vérité ?

Si la vérité peut varier selon les disciplines d’étude, les propositions vraies, nous révèlent-t-elles ce que les choses sont, ou alors ce que les hommes en pensent ? Dans la mesure où le sujet connaissant est ar nature

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différent de robjet de connaissance, peut-on espérer accéder à la vérité totale et importe pour l’homme, est-ce la recherche de la vérité des choses extérieures, des phénomènes, ou bien celle de son être profond et de son existence ? l.

DÉFINITION ET PROBLÈME DE CONCEPTION 1. La vérité, est-elle relative ou universelle ? Il est intéressant de commencer cette réflexion en évoquant le problème de la vérité tel qu’il s’est posé aux Grecs. La première conception que retient l’histoire de la philosophie est celle des sophistes. Grands érudits et hautement instruits, les Sophistes onsidèrent que la vérité dépend de l’homme. pour le Sophiste, seul fhomme peut décider de ce que sont les choses du monde.

La tradition philosophique retient le nom de Protagoras, et de son idée qui devint célèbre : « L’homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont pour ce qu’elles sont, de celles qui ne sont pas pour ce qu’elles ne sont pas En d’autres termes, la vérité est relative aux hommes. Les jugements que l’homme émet sur les choses ne sont pas fonction de ce que sont les choses elles-mêmes, mais plutôt de ce qu’il pense de ses choses. La vérité serait donc relative aux entiments ou au but que l’homme poursuit. Platon illustre cette conception des sophistes dans un dialogue qui oppose Socrate à son interlocuteur Gorgias . ? Chacun de nous est mesure de ce qui est et de ce qui n’est pas. Et de l’un ? l’autre, il existe des différences à Pinfini, du fait même que ce qui apparait et qui est tel à l’un, apparaît différemment à l’autre Platon, Théétète, 166 d- 167 d. Pour les Sophistes, la vérité est fonction des convenances des hommes. Par elles-mêmes, les choses n’ont pas 18 vérité est fonction des convenances des hommes. Par elles- mêmes, les hoses n’ont pas de propriétés fixes et ultimes que l’homme devraient chercher à connaitre telles 2 quelles ; c’est plutôt le jugement de l’homme qui fixe leur état et leur être.

Cette conception de la vérité constitue le relativisme : ce que sont les choses dépend de l’homme et la vérité dépend du sujet, et, même si elle porte sur une chose identique, elle peut changer d’un sujet à un autre. La vérité est relative aux convenances des hommes, à leurs intérêts ou à leurs goûts. On pourrait dire que la conception des Sophistes revient à l’idée selon laquelle « à chacun sa vérité Cette idée des Sophistes sera rejetée par Platon. Pour lui, s’il y a une verité, elle doit être une et universelle.

L’intelligence humaine doit pouvoir accéder à la connaissance des choses de manière absolue. La vérité ne change pas selon les individus. Platon soutient que la vérité, ce n’est pas les choses telles qu’elles apparaissent à nos sens, mais c’est plutôt la connaissance de l’essence des choses, c’est-à-dire ce qu’elles sont en elles-mêmes. La raison doit faire reffort pour dépasser les apparences sensibles, et toucher comme du doigt les Idées immuables et ?ternelles dont les phénomènes du monde ne sont que des reflets imparfaits, des images.

Or, Platon pense aussi que ces Idées sont déjà en nous mais nous les ignorons. Notre esprit aurait déjà contemplé les Idées des choses. L’auteur de La République en prend pour preuve la connaissance des vérités s, qui ne découlent pas PAGF 18 vérités mathématiques, qui ne découlent pas de l’expérience que nous avons du monde. Les idées pures, à l’instar des mathématiques, préexistent en l’homme, indépendamment des sens et de toutes facultés. Connaître revient donc à se ressouvenir de ces Idées.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on peut avoir une idée juste des choses sans en avoir la science ou l’expérience : on parle de la théorie platonicienne de la réminiscence. 2. La vérité comme adéquation entre le jugement et la réalité Si la vérité dépendait de l’homme, comme le veulent les sophistes, la connaissance, aurait-elle encore un sens ? une telle vérité, en serait-elle encore une ? On le voit bien, en substituant la convenance, les intérêts, voire Phumeur à la vérité ou à la connaissance vraie, les sophistes ne nous permettent pas de saisir le sens réel du mot vérité.

La conception platonicienne de la vérité est elle-aussi critiquable. On ne peut non plus dire que la vérité existe au préalable dans l’esprit. Car si c’était le cas, on n’aurait même pas besoin de se ressouvenir, et il n’y aurait pas d’avis différents sur les choses : elles apparaitraient de la même manière à tous. Mais alors, au fond, qu’est-ce que la vérité ? La vérité consiste dans l’accord entre l’intelligence de l’homme et la réalité phénoménale. Ce n’est pas une chose qui est vraie ou fausse, c’est plutôt le jugement de l’homme qui peut être vral ou faux.

Les choses sont ce qu’elles sont et leur existence ne dépend pas de l’homme. L’homme peut seulement juger les choses autrement ou telles qu’elles sont. La vérité consiste donc a ce que notre iueement corr 8 choses autrement ou telles qu’elles sont. La vérité consiste donc ? que notre jugement corresponde aux choses. C’est la conception d’Aristote pour qui « être dans le faux, c’est penser contrairement à la nature des objets s. Cette idée d’Aristote sera reprise par certains penseurs du Moyen-âge tel Saint Thomas d’Aquin.

Il dira que la vérité consiste dans l’adéquation de notre intelligence à la chose. Dans le prolongement de cette idée, et dans le cadre plus restreint du langage, on distingue la véridicité et la véracité. La véridicité désigne la propriété d’un énoncé ou d’un discours qui est en conformité avec la réalité. La véracité, se définit comme la qualité morale d’un discours qul ne trompe pas et auquel on peut donc faire confiance par assentiment. La véracité s’oppose donc au mensonge (dire délibérément ce qui est contraire à la vérité). 3. Vérité et doute La vérité exclut-elle tout doute ?

Douter, c’est être dans l’incertitude, ne pas savolr si notre ugement est totalement vrai ou s’il contient encore quelque fausseté ou erreur. L’histoire des idées philosophiques retient deux types de doute. Le doute sceptique et le doute cartésien. Le scepticisme est une doctrine philosophique qui soutient que l’intelligence humaine ne peut accéder à la vérité certaine. Pyrrhon fut le fondateur de l’École sceptique. L’homme ne pouvant pas connaître la nature profonde des choses, il lui est plus bénéfique, pour assurer la tranquillité de son âme, d ut assentiment. ? Il ny a il n’y aura jamais un homme qui connaisse avec certitude ce que je dis des dieux et de ‘univers. Quand même il rencontrerait la vérité sur ces sujets, il ne serait pas sûr de la posséder : l’opinion règne en toutes choses » (Xénophane). pour cela, cette doctrine stipule que la recherche de la certitude est un travail vain. Le scepticisme conseille alors de douter de tout. On doute pour douter, au sens où à toute vérité valable au toujours opposer une autre vérité elle aussi convaincante. Le doute ici est une fin en soi, au sens où la finalité du doute c’est le doute lui- meme.

A l’opposé du doute sceptique, nous avons le doute méthodique (communément appelé doute artésien, du nom de Descartes qui Pa investi comme une méthode de connaissance). Celui-ci propose qu’on doute de tout jugement jusqu’à ce qu’il n’existe plus aucun doute. « Je suivrai la même voie en m’éloignant de tout ce en quoi je pourrai imaginer le moindre doute et je continuerai toujours dans ce chemin, jusqu’à ce que j’ai rencontré quelque chose de certain » (Descartes, Méditations métaphysiques). Le doute cartésien est une suspension provisoire de la pensée en vue d’un jugement certain.

C’est une « voie », une méthode pour parvenir à la vérité certaine. On dit que c’est un doute méthodique. A la suite de Descartes, Claude Bernard recommande le doute dans toute investigation scientifique. Douter consiste alors à remettre en cause les premières expériences et les premiers résultats de l’expérimentation. Le scientifique doit prendre du recul, approfondir l’analyse ? toutes les étapes de la méthode ex érimentale (Claude g doit prendre du recul, approfondir l’analyse ? toutes les étapes de la méthode expérimentale (Claude Bernard, Introduction à la méthode expérimentale).

Si le doute cartésien met en exergue l’importance du doute dans a connaissance, en revanche, en suivant le propos de Descartes, on court le risque de céder dans le dogmatisme. Le dogmatisme est un courant de pensée qui considère que la raison peut atteindre l’évidence ou la vérité absolue dans tous les domaines de la connaissance. On retrouve cette idée chez certains modernes comme Descartes, Leibnlz ou encore Spinoza. Cependant, on peut se demander, l’homme, peutil être sûr de la certitude de ses jugements ?

L’homme peut-il espérer atteindre la vérité certaine, dans quelque discipline de connaissance ? La suite de notre analyse proposera progressivement es éléments de réponse à ces interrogations. Il. L’OPINION – L’ERREUR – L’ILLUSION 1. Vérité et opinion Le mot opinion vient du grec doxa et signifie la connaissance communément acquise, plus ou moins confuse. Mais l’opinion, c’est aussi la conception qu’un individu se fait au sujet des choses et parfois de lui-même, et qui se fonde sur l’éduction, les sentiments, les passions et désirs, l’expérience de la vie ou encore la croyance religieuse.

En grandissant dans la société et dans le monde, la personne humaine se construit une opinion sur le monde qui rentoure. On peut onc dire que l’opinion est chargée de préjugés, au sens où avant même d’analyser la réalité, l’homme semble la connaitre déjà, il en a une idée et celle-ci repose dans la plupart du tem s sur les pensées communéme PAGF 7 8 en a une idée et celle-ci repose dans la plupart du temps sur les pensées communément reçues. L’opinion, semble-t-il, n’est donc pas nécessairement vraie.

Il est donc intéressant, du point de vue de l’analyse qui est la nôtre, de nous interroger sur le 4 rapport entre l’opinion et la vérité. Quel est le statut de l’opinion dans la connaissance ? L’opinion correspond-elle vraiment à la réalité ? Peut-on dire que l’opinion constitue un savoir au sens propre du terme, ou alors, ne représente-t-elle qu’un certain savoir qui n’est pas nécessairement vrai ? A leur temps, les philosophes grecs se sont déjà penchés ces questions.

Et Platon est celui dont la réponse retient notre attention. Selon ce dernier, l’opinion n’est pas un savoir, une vérité ? proprement parler, mais une étape vers la vérité. Le savoir (vérité) chez Platon, c’est la connaissance des réalités dans ce qu’elles ont d’universelle (la connaissance de l’Idée), alors que ‘opinion n’est que la connaissance de l’apparence. Si Popinion s’intéresse davantage ? l’apparence des choses, Platon estime néanmoins qu’elle est un niveau non négligeable du savoir.

C’est le sens de cette déduction du philosophe : « L’opinion est donc quelque chose d’intermédiaire entre la science et l’ignorance » (Platon, République, Livre V). Mais SI l’oplnion porte sur ce qui apparaît à tous, elle est donc entachée de préjugés. Dans ces circonstances, n’y-til pas le risque d’enfermement dans les préjugés, et donc, l’opinion, ne fait-elle pas finalement obstacle à la connaissance