La toilette de la personne agee

La toilette de la personne agee

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Vous avez recherche « personne agee toilette » Mot(s) recherche(s) : personne agee toilette dans Tout le texte Periode de publication : Toutes les annees Dans : Tous les domaines La toilette de la personne agee Marie-France Guerel Resultat n° 3 Maisons de retraite, les denonciations restent, la maltraitance aussi Aurelie Haroche Retour liste de resultats Surlignage des mots cles Article Plan de l’article | | Acces au texte (HTML) | | | Pas de PDF pour cet article | | | Imprimer | | | Recommander cet article | | Enregistrer dans mes favoris | | Produits Tous les produits * EMC * Livres * Revues Nos articles sont disponibles en « Pay Per View » | | Solutions Publicite | Article gratuit ! | | Soins Gerontologie Vol 11, N° 57  – fevrier 2006 pp. 19-21Doi : SGER-02-2006-00-57-1268-6034-101019-200601366La toilette de la personne agee, un soin charge

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de sens a accompagner | | | Marie-Annick Delomel[1] Cadre infirmier, ancienne directrice des Ifsi de Lannion (22) et de Bayonne (64) | | Resume | La toilette est un soin d’hygiene corporelle quotidien.

Il est souvent vecu de facon tres difficile par les etudiants infirmiers et les eleves aides-soignants car, au-dela de la technique, il requiert une attitude, des gestes et un toucher qu’il faut apprendre a maitriser. C’est un temps d’echange et d’emotion autant pour le soignant que pour le soigne. Comment parler de tout ce qui est generalement garde pour soi, par gene, honte ou culpabilite ? Cet instant donne ou vole peut cependant etre le point de depart d’un cheminement vers le “prendre soin”, au-dela de l’hygiene. S’approprier cette approche, c’est sans doute donner tout son sens au contact inevitable avec le corps de l’autre.

Savoir privilegier la qualite de ce contact, c’est permettre a la personne agee de garder l’estime d’elle-meme et de se sentir bien dans sa peau. Mots cles : Corps , Degout , Intimite , Perception , Personne agee , Prendre soin , Pudeur , Sens , Toilette , Toucher Plan | Masquer le plan | Etre propre et proteger ses teguments : representation mentale et constat pratiqueDecouvrir le corps de la personne agee, une epreuve pour les etudiants et jeunes soignantsUne epreuve initiatiqueQuel accompagnement des jeunes soignants en apprentissage des toilettes ?

ConclusionReferences | | Pour repondre au besoin fondamental d’etre propre, donc de “faire la toilette” des patients les plus dependants, les equipes soignantes affichent volontiers une opinion positive, d’ailleurs abondamment relayee sous forme de postulats en formation infirmiere et aide-soignante : c’est “un soin essentiel”, qui stimule et “fait du bien” car il implique une relation privilegiee avec la personne soignee grace a l’attention particuliere portee a son corps par le biais du toucher considere comme tres important.

Haut de page – Plan de l’article | | Etre propre et proteger ses teguments : representation mentale et constat pratique | La toilette est consideree comme un soin exemplaire, qui procure un sentiment de bien-etre a la personne si le soignant sait respecter son intimite et sa pudeur. En cela, elle se distingue des autres soins, medicaux, agressifs et stressants pour la personne qui les subit.

Cette representation idealisee encourage les etudiants a se lancer dans leurs “premieres toilettes”, meme s’ils apprehendent quelque peu le rapport a la nudite de l’autre, adulte. Cependant, de stage en stage, il n’est pas rare de constater chez bon nombre d’entre eux – particulierement les etudiants infirmiers – un desinteret pour les toilettes, dont ils pretendent avoir fait le tour, alors qu’il leur reste tant de choses a apprendre qu’ils sont impatients de connaitre.

De meme, l’observation des rapports des professionnels aux soins d’hygiene renvoie tout autant a cette idee que “faire des toilettes” ne va pas de soi et suscite, en pratique, des reticences sur fond de lassitude et d’erosion des motivations, des resistances sous forme de sauve-qui-peut, et des derives de l’ordre de la maltraitance, “soft” et banales le plus souvent… L’implication dans une relation de soins intime, durable et interminable avec des personnes agees tres dependantes, en grande souffrance physique et psychique, est un facteur favorisant ces desinvestissements.

Autrement dit, “faire des toilettes” – surtout lorsqu’il s’agit de personnes agees – peut, malgre l’interet volontiers reconnu, etre penible, mal vecu et eprouvant pour les soignants, precisement parce que cette relation de soins particuliere impose qu’ils voient, touchent et sentent le corps de la personne soignee dans sa totalite, un corps altere par le vieillissement et la maladie. Haut de page – Plan de l’article | | Decouvrir le corps de la personne agee, une epreuve pour les etudiants et jeunes soignants | Les jeunes soignants sont souvent particulierement affectes par leurs premieres toilettes d’adultes.

Tous les soignants le savent pour “y etre passes” et avoir ete “marques” par cette premiere experience, meme lointaine. Troubles par une relation brusquement imposee a la nudite de personnes de leur age ou qui pourraient etre leurs parents, les debutants sont fortement bouscules et meme “choques”, pour certains d’entre eux, lorsqu’il s’agit de personnes agees dependantes. Une situation imposee dont il faut rappeler la frequence des les premiers stages en milieu de soins. Leurs tentatives pour imaginer le corps de la personne agee avant de se lancer dans les toilettes restent vaines, loin des realites inattendues et surprenantes.

De plus, avec la generalisation des douches, des bains et des toilettes au lavabo, la confrontation a la nudite totale du corps de la personne agee dependante est brutale (alors qu’elle est quelque peu attenuee par l’ingenieuse procedure de la toilette au lit). Et la, c’est “une sacree epreuve” d’images et de sensations penibles, voire violentes, difficiles a gerer : « Voir la decheance des personnes agees a ete un choc » ; « La premiere fois, c’etait une douche ! J’ai eu une apprehension de voir le corps vieilli d’une personne ; c’est vrai, ce n’est pas beau, on a une vision de notre corps plus tard. C’est effrayant.

On n’ose pas toucher les chairs flasques » ; « Au depart, on m’avait dit que voir une personne agee nue allait me choquer. Moi, je ne pensais pas que ca allait etre a ce point… on ne peut pas imaginer comme c’est effrayant » ; « Le corps des personnes agees, ce n’est pas agreable » ; « C’est un corps qui parait fragile, on ne voit plus les muscles. Il est fripe, flasque, ca fait bizarre… », relatent des etudiants au retour de leur premier stage. Recemment, une etudiante, en grand desarroi lors de son premier stage en geriatrie, s’en est prise a sa formatrice qui lui rendait visite : « Qu’est-ce que c’est que ce stage ?

Ici, ca pue, c’est moche et ils sont tous dingues ! ». Ce dernier jugement – qui doit etre analyse bien sur dans une perspective de formation – montre toute la violence des perceptions qui sont vecues comme une attaque a l’ideal et, d’une certaine maniere, a l’integrite personnelle. Les etudiants sont desempares face aux propos confus, aux cris, aux gemissements, a l’agitation de certaines personnes atteintes de troubles mentaux, pour qui l’intrusion dans leur espace intime a l’occasion de leur toilette est source d’angoisse, de panique et d’agressivite.

De plus, a ce qu’ils ont vu, senti et touche d’eprouvant se rajoute ce qu’ils doivent entendre des personnes agees qui realisent, particulierement lors de ce soin, la degradation de leur corps, leurs limites et leur finitude. Ils se sentent agresses injustement et impuissants, comme l’indique cette derniere remarque : « Elle disait : “Mon ventre tombe, mes seins aussi, quel spectacle affreux… Vous aussi un jour vous serez comme moi. D’ailleurs peut-etre que vous n’arriverez jamais a mon age ! ” Que faire ? Parce que ce qu’elle dit est vrai.

Mais on ne peut pas lui dire : “Vous avez raison”. Il faut arrondir les angles pour que ce soit moins brutal. On est un peu demuni, comment approcher ? … ». Haut de page – Plan de l’article | | Une epreuve initiatique | Ainsi, la vision, le toucher, l’odorat, mais aussi l’ouie sont particulierement sollicites lors des premieres toilettes. Rien n’attenue, ne filtre, ne previent le choc des perceptions qui en decoulent, rien n’aide a canaliser les emotions penibles generees par cette relation de soins qui impose, sans mediation technique, un corps a corps insolite.

La confusion des espaces intimes du soignant et du soigne a l’occasion de la toilette est eprouvante parce que les perceptions s’imposent, amplifiees, deformees et finalement tres impressionnantes. De plus, pour les stagiaires, la duree de cette relation – que la maladresse et les hesitations de l’inexperience prolongent – ne fait qu’accentuer le sentiment d’emprise de ce soin, ce qui peut d’ailleurs en precipiter certains dans une forme de desintegration psychique temporaire mais tres penible, le malaise, l’evanouissement en etant les signes ultimes et la derniere protection qui amplifie leur desarroi.

Les etudiants n’ont pas encore acquis l’aisance des soignants confirmes qui donne a leur prestation une impression de maitrise de la situation. Ils ne se sont pas encore appropries – meme s’ils les pressentent – les moyens admis qui permettent de se proteger en mettant de la distance. Ils n’ont pas la maturite ni le savoir-faire pour accompagner, dans sa quete de reconnaissance, la personne agee qui se revele, a l’occasion de ce soin, sujet de son corps et de son histoire.

Ils ne maitrisent pas la situation, ils la subissent, souvent courageusement, et sont heureux de s’en etre sortis, d’autant plus si la personne agee leur signifie sa reconnaissance et sa gratitude. Pour gerer leur malaise et faire taire leurs angoisses, beaucoup trop d’etudiants devront s’en sortir seuls en sauvant la face ou en trouvant les parades les plus appropriees : utilisation de gants sans compter par exemple ou attachement exclusif aux signifiants pathologiques inscrits sur le corps alors reduit a une machine biologique.

Ils parlent surtout de toute autre chose… et de futilites qui n’interessent pas la personne agee, en quelque sorte une maniere d’eviter ce qui pourrait en rajouter…Les premieres toilettes relevent de l’epreuve initiatique – un “bizutage” selon certains jeunes soignants amers –, d’autant plus mal vecue qu’ils sont encore trop souvent laisses seuls avec la personne agee pour realiser ce soin juge banal et sans grand risque pour cette derniere, abandonnes avec leurs sentiments penibles.

En l’absence d’un accompagnement des apprenants soignants pour donner un sens positif a la toilette, donc de la valeur a ce soin, ils risquent d’adopter l’opinion commune problematique qui reduit ce soin sinon a une corvee, du moins a une activite subalterne et triviale. Haut de page – Plan de l’article | | Quel accompagnement des jeunes soignants en apprentissage des toilettes ? |

Alors que les besoins d’aide pour les soins de base ne font que croitre en raison du vieillissement de la population, la problematique soignante qui en decoule doit etre approfondie et prise en compte dans le systeme de formation, en associant l’accompagnement de l’experience clinique aux temps d’etayage theorique et d’elaboration. Les professionnels de terrain mobilises… Le “J’y suis bien passe(e) et j’ai survecu” ne les satisfait plus.

Il semble que la mesure des enjeux motive les professionnels qui s’engagent de plus en plus frequemment dans un tutorat comprehensif, prevenant et aidant vis-a-vis des stagiaires apprenant les soins de base. Bien que ceux-ci soient confrontes a des realites destabilisantes, l’attention empathique des professionnels tuteurs leur offre l’occasion de faire une experience positive lors des soins de base, en particulier la toilette.

Ils sont alors ecoutes et compris, ce qui est inestimable pour progresser et devenir reellement soignant, c’est-a-dire, a son tour, pouvoir ecouter, comprendre et soutenir la personne soignee dans son desir d’etre reconnue au c? ur meme de son intimite en gardant sa dignite jusqu’au bout, quels que soient son etat physique, ses difficultes et ses souffrances. … tout comme les formateurs. Malgre cela, aussi favorable que soit le developpement des competences soignantes, l’investissement clinique doit egalement etre soutenu par les formateurs.

La encore, les projets de formation prennent desormais en compte, de diverses manieres, la problematique des soins de base en les rehabilitant. Il n’est ainsi plus rare de “monter” des sequences de formation portant sur la communication verbale et non verbale au moment des soins relatifs au role propre infirmier. Les axes theoriques en rapport avec l’anthropologie de la relation de soins d’hygiene sont nombreux, et les formateurs qui s’en saisissent pour soutenir et stimuler la recherche de sens chez les etudiants, contribuent assurement a enrichir l’art du soin et le prendre soin.

Haut de page – Plan de l’article | | Conclusion | L’engagement dans l’etude des soins du corps conduit a decouvrir une source feconde en savoirs humains, precisement parce que cette rencontre insolite soignant/soigne releve, de par sa singularite, de l’ensemble de l’appareil sensoriel de l’un et de l’autre. Laver, savonner, essuyer la peau, c’est donc toucher, effleurer et panser le corps de l’autre au plus pres de son intimite. La toilette et les soins de confort qui l’accompagnent sont une experience fondamentale et constructive tout au long des formations.

Les etudiants arriveront d’autant mieux a effectuer ce soin qu’ils seront accompagnes dans leur cheminement par ceux qui “y sont passes” et qui sont capables de les comprendre. | | Haut de page – Plan de l’article | | References | | | Colliere MF. Promouvoir la vie. De la pratique des femmes soignantes aux soins infirmiers. InterEditions, 1982 | | | Colliere MF. Soigner… le premier art de la vie. InterEditions, 1996 | | | Delomel MA. La toilette devoilee. Analyse d’une realite et perspectives soignantes. Seli Arslan, 1999 | | | Douglas M.

De la souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou. La Decouverte, 1992 | | | Giordan A. Apprendre. Belin, 1998 | | | Hall ET. La Dimension cachee. Le Seuil, coll. “ Points”, 1971 | | | Hesbeen W. Prendre soin a l’hopital. Inscrire le soin infirmier dans une perspective soignante. InterEditions/Masson, 1997 | | | Le Breton D. Anthropologie du corps et modernite. PUF, 1990 | | | Rajablat M. La toilette, voyage au c? ur du soin. Masson, 2003 | | | | * | Lire partout etudiants infirmiers et eleves aides-soignants. | | |