La systemique

La systemique

Introduction a la Systemique Le XXeme siecle aura connu un important changement de methode : l’apparition du paradigme systemique, venant completer le paradigme analytique – ou comment l’on est passe de la metaphore fondationnelle du batiment a la metaphore organisationnelle du reseau. Iere partie : Les fondateurs 1. La theorie generale des systemes (Bertalanffy) Biologiste de formation, savant au savoir encyclopedique, von Bertalanffy s’interesse tot a la conception de l’organisme comme systeme ouvert.

Il participe a l’emergence de la theorie « holiste » de la vie et de la nature. Sa theorie de la biologie est a la base de sa theorie generale des systemes. C’est dans ce cadre que le scientifique est amene a explorer les divers champs d’application de sa theorie – psychologie, sociologie ou histoire – comme autant de niveaux d’organisation. Le paradigme systemique concoit a la fois la matiere et l’esprit comme les elements indissociables d’un processus evolutif qui se developpe de facon non-lineaire dans un systeme complexe.

Par « theorie generale des systemes », il ne faut donc pas entendre une theorie particuliere (comme la theorie des nombres complexes), mais un modele pouvant s’illustrer dans diverses branches du savoir (comme la theorie de l’evolution). Il y a en

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fait trois niveaux d’analyse a distinguer : – La science des systemes, consistant a la fois dans un etude des systemes particuliers dans les differentes sciences et une theorie generale des systemes comme ensemble de principes s’appliquant a tous les systemes.

L’idee essentielle ici est que l’identification et l’analyse des elements ne suffisent pas pour comprendre une totalite (comme un organisme ou une societe) ; il faut encore etudier leurs relations. Bertalanffy s’est attache a mettre en lumiere les correspondances et les isomorphismes des systemes en general : c’est tout l’objet d’une theorie generale des systemes. – La technologie des systemes, concernant a la fois les proprietes des hardwares et les principes de developpement des softwares.

Les problemes techniques, notamment dans l’organisation et la gestion des phenomenes sociaux globaux (pollutions ecologiques, reformes education, les regulations monetaires et economiques, relations internationales), constituent des problemes incluant un grand nombre de variables en interrelation. Des theories « globales » comme la theorie cybernetique, la theorie de l’information, la theorie des jeux et de la decision, la theorie des circuits et des files d’attente, etc. , en sont des illustrations.

De telles theories ne sont pas « fermees », specifiques, mais au contraire interdisciplinaires. La philosophie des systemes, promouvant le nouveau paradigme systemique, a cote du paradigme analytique et mecaniste de la science classique. La systemique constitue, selon les propres termes de Bertalanffy, « une nouvelle philosophie de la nature », opposee au lois aveugles du mecanisme, au profit d’une vision du « monde comme une grande organisation ». Une telle philosophie doit par exemple soigneusement distinguer systemes reels (une galaxie, une chien, ne cellule), qui existent independamment de l’observateur, systemes conceptuels (theories logiques, mathematiques), qui sont des constructions symboliques, et systemes abstraits (les theories experimentales), comme cette sous-classe particuliere des systemes conceptuels qui correspondent a la realite. A noter, a la suite des travaux sur la psychologie de la forme et les determinismes culturels, que la difference entre systemes reels et systemes conceptuels est loin d’etre tranchee.

Cette ontologie des systemes ouvre donc sur une epistemologie, reflechissant sur le statut de l’etre connaissant, le rapport observateur/observe, les limites du reductionnisme, etc. L’horizon ultime est alors de comprendre la culture comme un systeme de valeurs dans lequel l’evolution humaine est enchassee. 2. Le structuralisme La notion centrale est la structure – etudiee a la fois en linguistique, en anthropologie et en psychologie : – En linguistique : De Saussure s’inspire de l’analyse economique et introduit le couple conceptuel signifiant/signifie.

Ses travaux sont repris par le danois Hjemslev et l’americain Jakobson : Hjemslev presente le langage comme la double implication de deux structures independantes, expression et contenu. Enfin, Noam Chomsky, chercheur au MIT, degage une grammaire generative, ensemble de regles linguistiques universelles, au fondement de toute langue possible. Il ouvre la voie aux sciences cognitives. – En anthropologie : Levi-Strauss pose le primat des structures intellectuelles sur le developpement social et adopte un oint de vue synchronique, etudiant les societes dites primitives a la lumiere des structures degagees, reduisant ainsi le role de l’histoire. Il cherche les invariants capables d’expliquer l’equilibre social. – En psychologie : c’est Gestalttheorie de l’ecole allemande (travaux sur la psychologie de la forme dans le domaine des perceptions) ; puis Piaget, qui s’interesse au developpement de l’intelligence chez l’enfant. L’intelligence est decrite, a travers une serie de stades de developpement, comme la capacite de construire en permanence des structures, qui s’etablissent par autoregulation. 3. La cybernetique

Due au mathematicien americain Norbert Wiener, la cybernetique est la science generale de la regulation et des communications dans les systemes naturels et artificiels. La tache du cyberneticien consiste : 1/ a reconnaitre la structure et l’etat interne de la machine ou de l’animal ; 2/ a decrire les relations qu’elle entretient avec son environnement ; 3/ a prevoir son comportement et son evolution dans le temps. Pour se representer le fonctionnement d’une machine ou d’un animal, plusieurs concepts s’averent utiles : – les affecteurs (ou capteurs), servant a percevoir les modifications de l’environnement ; les effecteurs, moyens d’action sur l’environnement ; – la boite noire, element structurel, dont le fonctionnement interne est ignore et qui n’est considere que sous l’aspect de ses entrees et de ses sorties ; – les boucles de retroactions (ou feed-back) : on constate une boucle de retroaction lorsque la grandeur de sortie d’une boite noire reagit sur la grandeur d’entree, selon un processus de bouclage. Dans ce dernier cas, on n’a plus seulement affaire a une simple relation de cause a effet, mais a une causalite non-lineaire, plus complexe, ou l’effet retroagit sur la cause.

Il existe deux sortes de feed-back : le feed-back positif (amplificateur) et le feed-back negatif (compensateur). La cybernetique a permis de faire emerger les bases scientifiques d’une analyse rigoureuse des concepts d’organisation et de commande. 4. La theorie de l’information La theorie de l’information schematise de maniere standard la communication comme suit : toute information est un message envoye par un emetteur a un recepteur en fonction d’un code determine. Le postulat de Shannon est que, pour theoriser l’information, il est necessaire de faire abstraction de la signification des messages.

C’est le point de vue du theoricien, mais aussi de l’ingenieur : le contenu du message n’a pas d’incidence sur les moyens de le transporter. Seule compte la quantite d’information a transmettre, mesurable selon la theorie de Shannon. L’objectif de celui-ci, ingenieur d’une compagnie americaine de telephone (BELL), etait de minimiser le cout des communications par une utilisation plus efficace des canaux de transmission. La theorie de l’information de Shannon regroupe les lois mathematiques concernant le transfert de signaux dans des canaux materiels finis.

Cette theorie est applicable a la transmission des signaux artificiels aussi bien qu’a la linguistique ou au systeme nerveux. Le probleme de son application aux langues vernaculaires est qu’elle se fait au detriment du sens et du contexte culturel. IIeme partie : La notion de systeme 1. Historique Le concept moderne de systeme date des annees 1940. Il est du a l’apport au moins de cinq personnages : outre Ludwig von Bertalanffy, Norbert Wiener, C. E. Shannon, dont nous venons de parler, il faut aussi evoquer : Mc Culloch : a l’origine neuropsychiatre, il etend ses recherches aux mathematiques et a l’ingenierie. Pionnier de la theorie moderne des automates, il est le premier a comparer le fonctionnement en reseau des composantes d’une machine a celui des neurones dans le cerveau. Il engage des travaux importants sur l’intelligence artificielle et fonde une nouvelle science, la bionique. · J. W. Forrester : ingenieur en electronique, il elargit a partir de 1960 le champ d’application de la nouvelle theorie des Systemes a la dynamique industrielle, puis elabore une « dynamique generale des systemes ».

H. Simon : Medaille Turing (1975) et prix Nobel d’economie (1978), Herbert Simon a developpe une vision de l’organisation, de la cognition et de l’ingenierie largement inspiree de la theorie de systemes. Refusant la dichotomie entre science pure et science appliquee, son ¦uvre se situe a l’interface de l’informatique, de l’economie et de la psychologie et de la biologie. Il fut parmi les premiers theoriciens de la rationalite limitee des agents economiques et administratifs. Traquant « la forme ordonnee cachee ans l’apparent desordre », Simon a postule que la distinction entre artificiel et naturel n’est pas operante au niveau des modes de traitement de l’information par des systemes complexes (cerveau ou ordinateur), dont l’organisation est assuree par des regles formelles d’adaptation a leur environnement. En 1956, Simon a realise avec Alan Newell ce qui est generalement considere comme le premier systeme informatique d’intelligence artificielle (Logic Theorist, pour la Rand Corporation).

Le nouvelle approche des systemes se developpe aux Etats-Unis pour repondre a des problemes divers : mise au point d’instruments de guidage des missiles, modelisation du cerveau humain et du comportement, strategie des grandes entreprises, conception et realisation des premiers grands ordinateurs… 2. Quatre concepts fondamentaux Quatre concepts sont fondamentaux pour comprendre ce qu’est un systeme : a. L’interaction (ou l’interrelation) renvoie a l’idee d’une causalite non-lineaire. Ce concept est essentiel pour comprendre la coevolution et la symbiose en biologie.

Une forme particuliere d’interaction est la retroaction (ou feed-back) dont l’etude est au centre des travaux de la cybernetique. b. La totalite (ou la globalite). Si systeme est d’abord un ensemble d’elements, il ne s’y reduit pas. Selon la formule consacree, le tout est plus que la somme de ses parties. Bertalanffy est le premier a l’avoir montre. Cette idee s’eclaire par le phenomene d’emergence : au niveau global, apparaissent des proprietes non deductibles des proprietes elementaires, ce qu’on peut expliquer par un effet de seuil. c. L’organisation est le concept central pour comprendre ce qu’est un systeme.

L’organisation est l’agencement d’une totalite en fonction de la repartition de ses elements en niveaux hierarchiques. Selon son degre d’organisation, une totalite n’aura pas les memes proprietes. On arrive ainsi a cette idee que les proprietes d’une totalite dependent moins de la nature et du nombre d’elements qu’ils contiennent que des relations qui s’instaurent entre eux. On peut donner deux exemples. 1/ Les isomeres sont des composes chimiques de meme formule et de meme masse, mais ayant des agencements structurels differents et, de ce fait, des proprietes differentes. / les cerveaux humains possedent tous a peu pres le meme nombre de neurones, mais ce qui va decider des differentes aptitudes, c’est la nature et le nombre de relations entre eux dans telle ou telle aire. On peut dire que, en s’organisant, une totalite se structure (une structure est donc une totalite organisee). L’organisation, c’est aussi un processus par lequel de la matiere, de l’energie et de l’information s’assemblent et forment une totalite, ou une structure. Certaines totalites developpent une forme d’autonomie ; elles s’organisent de l’interieur : on parle alors d’auto-organisation.

Il existe deux sortes d’organisation : l’organisation en modules, en sous-sytemes (qui renvoie aussi a l’organisation en reseaux) et l’organisation en niveaux hierarchiques. L’organisation en sous-systemes procede par integration de systemes deja existant, tandis que l’organisation en niveaux hierarchiques produit de nouvelles proprietes, a chaque niveau supplementaire. La notion d’organisation retrouve donc celle d’emergence, dans la mesure ou c’est le degre d’organisation d’une totalite qui fait passer d’un niveau hierarchique a un autre, et fait emerger de nouvelles proprietes.

L’emergence est la creation d’un niveau hierarchique superieur. De maniere generale, on s’apercoit donc que la notion d’organisation recouvre un aspect structurel (comment est construit la totalite) et un aspect fonctionnel (ce que la structure lui permet de faire). On peut representer une structure par un organigramme, la fonction par un programme. d. La complexite. La complexite d’un systeme tient au moins a trois facteurs : – le degre elevee d’organisation ; – l’incertitude de son environnement ; la difficulte, sinon l’impossibilite d’identifier tous les elements et de comprendre toutes les relations en jeu. D’ou l’idee que les lois permettant de decrire un systeme ne peuvent etre purement deterministes, ou, tout au moins, que son comportement global ne permet qu’une predictivite reduite. 3. Description d’un systeme • Sous son aspect structurel, un systeme comprend quatre composants : – Les elements, qui sont les parties constituantes : on peut en evaluer le nombre et la nature (meme si ce n’est qu’approximativement).

Ces elements sont plus ou moins homogenes. Dans une entreprise commerciale, les elements sont heterogenes (capitaux, batiments, personnel,…). – Une limite (ou frontiere) qui separe la totalite des elements de son environnement ; cette limite est toujours plus ou moins permeable et constitue une interface avec le milieu exterieur. C’est par exemple, la membrane d’une cellule, la peau du corps. La limite d’un systeme peut etre plus floue, ou particulierement mouvante, comme dans le cas d’un groupe social ; Des reseaux de relation : les elements sont en effet interrelies. Nous avons vu que, plus les interrelations sont nombreuses, plus le degre d’organisation est eleve et plus grande la complexite. Les relations peuvent etre de toutes sortes. Les deux principaux types de relations sont : les transports et les communications. En fait, ces deux types peuvent se reduire a un seul, puisque communiquer c’est transporter de l’information, et transporter sert a communiquer (faire circuler) des materiaux, de l’energie ou de l’information. Des stocks (ou reservoirs) ou sont entreposes les materiaux, l’energie ou l’information, et qui doivent etre transmis ou receptionnes. • Sous son aspect fonctionnel : – Des flux, de materiaux, d’energie ou d’informations, qui empruntent les reseaux de relations et transitent par les stocks. Ils fonctionnent par entrees/sorties (ou inputs/outputs) avec l’environnement. – Des centres de decision qui organisent les reseaux de relations, c’est-a-dire coordonnent les flux et gerent les stocks. Des boucles de retroaction qui servent a informer, a l’entree des flux, sur leur sortie, de facon a permettre aux centres de decision de connaitre plus rapidement l’etat general du systeme. – Des ajustements, realises par les centres de decisions en fonction des boucles de retroaction et de delais de reponse (correspondant au temps que mettent les informations « montantes » pour etre traitees et au temps supplementaire que mettent les informations « descendantes » pour se transformer en actions). Il existe deux sortes de systemes : les systemes ouverts et fermes.

Comme leur nom l’indique, les systemes ouverts ont plus d’echanges avec leur environnement, les systemes fermes jouissent d’une plus grande autonomie (auto-organisation). Evidemment, cette distinction n’est pas tranchee : aucun systeme n’est completement ferme sur lui-meme, ni completement permeable. Cette distinction a ete introduite par la thermodynamique au milieu du XIXeme siecle : un systeme ferme echange uniquement de l’energie avec son environnement, contrairement a un systeme ouvert, qui echange energie, matiere et information.

La notion de systeme ouvert s’est considerablement elargie avec les travaux sur le vivant de Cannon vers 1930 et de Bertalanffy dans les annees 1940. La notion de systeme ferme n’est en fait qu’un concept limite, puisque tout systeme est plus ou moins ouvert. 4. Conservation des systemes : etat constant et homeostasie La fonction premiere d’un systeme est sa propre conservation. Un systeme doit rester dans un etat constant, oriente vers un optimum. Or, une des caracteristiques des systemes qui « fonctionnent » est qu’ils sont tous dans un etat de desequilibre thermodynamique, dans la mesure u ils ne cessent d’echanger de l’energie avec leur environnement. Ils se retrouvent donc obliges de se maintenir dans un etat constant, caracterise par une relative stabilite, au sein meme des desequilibres provoques par les flux d’entrees et de sorties. Le systeme se retrouvant dans un etat d’equilibre (ayant epuise tous les echanges possibles avec son environnement) a atteint le stade de la « mort thermique » (pour reprendre l’expression de Boltzmann). La loi montrant que tous les systemes fermes finissent tot ou tard de cette facon s’appelle l’entropie.

La conservation d’un etat constant est aussi une necessite des systemes cybernetiques (qu’ils soient organiques ou artificiels) : leur autoregulation depend des boucles de retroaction negatives, qui ont une fonction de controle et de stabilisation autour d’une valeur moyenne. On trouve un processus particulier dans les systemes vivants : l’homeostasie. L’homeostasie (d’homios, le meme, et stasis, l’arret, la mise au repos) designe la capacite d’un systeme a se maintenir dans un etat constant, dans sa forme et ses conditions internes, en depit des perturbations externes.

Dans le cas des animaux, les conditions internes sont nombreuses et dependent de sous-systemes (maintien de la temperature interne, de la pression arterielle, de la teneur en eau et autres substances vitales, etc). Le terme d’homeostasie est forge par le physiologiste Walter Cannon dans les annees 1920 ; mais la propriete est decouverte des le milieu du XIXeme siecle par Claude Bernard, qui decrit les principes de regulation du milieu interne. Theoriquement, un systeme parfaitement autoregule impliquerait de pouvoir revenir a son ete initial, suite a une perturbation.

Neanmoins, si le monde vivant lutte contre la fleche du temps (tous les etres vivants creant des boucles de neguentropie provisoires), ils ne reviennent cependant jamais a un etat identique, mais evoluent vers un etat legerement different, qu’ils s’efforcent de rendre aussi proche que possible de leur etat initial. C’est pourquoi le systeme vivant maintient sa forme malgre des echanges avec l’environnement ; c’est pourquoi aussi sa stabilite n’exclut pas une certaine evolution.

En bref, la simple regulation cybernetique pour maintenir un systeme dans un etat constant (comme c’est le cas pour un thermostat) differe de l’homeostasie qui, malgre son nom, est un processus complexe et autonome d’autoregulation, impliquant un renouvellement des elements et une reorganisation structurelle autonomes. 5. Variete d’un systeme La variete d’un systeme est le nombre de configurations ou d’etats que ce systeme peut revetir. Cette propriete est necessaire pour eviter la sclerose. Cela dit, la variete du systeme ne doit pas exceder les capacites de controle de ce systeme, ce que la cyberneticien R.

Ashby a exprime par la loi dite de la variete requise : « Pour controler un systeme donne, il faut disposer d’un controle dont la variete est au moins egale a la variete de ce systeme ». 6. Typologie des systemes Il existe plusieurs typologies. Citons-en deux : – La typologie de J. Lesourne (Les systemes du destin), qui distingue : 1. Les systemes a etats (transformations entrees/sorties, sans regulation interne. Ex : un moteur de voiture). 2. Les systemes a buts (regulation interne integree, capacite d’atteindre des objectifs. Ex : une chambre avec thermostat, une fusee a tete chercheuses). 3.

Les systemes a apprentissage (incluant memoire, mecanismes de calcul, et capacite de prise de decision et d’adaptation en fonction des donnees enregistrees et de processus par essais et erreurs. C’est a ce niveau que l’auto-organisation devient possible. Ex : systemes experts en strategie economique ou militaire). 4. Les systemes a decideurs multiples (structure complexe de plusieurs systemes a buts, s’organisant de maniere spontanee (jeux) ou de facon hierarchique (organisations). Lorsque les hierarchies sont enchevetrees en un systeme encore plus large et complexe, on parle de societes). – La typologie de J. -L.

Le Moigne, (La theorie du systeme general), qui separe : 1. Les systemes-machines, qui relevent de la mecanique et de l’ingenierie. 2. Les systemes vivants (et systemes artificiels complexes), dans lesquels apparaissent les processus de memorisation, des centres de decision (ou de commande) et de coordination (ou de pilotage). 3. Les systemes humain et social, avec l’apparition de l’intelligence (ou capacite a traiter des informations symboliques), permettant une auto-organisation par des mecanismes abstraits d’apprentissage et d’invention, mais aussi avec la finalisation (l’intentionnalite), reorganisant tout le ysteme en fonction de fins selectionnees de maniere autonome. A noter qu’un type nouveau de systeme a emerge dans la deuxieme moitie du XXeme siecle : les systemes dynamiques, dans le champ des recherches scientifiques sur le chaos deterministe. La premiere idee caracterisant ce champ est que, derriere l’apparent desordre, se cache un ordre plus complexe que l’ordre visible. La deuxieme idee est que cet ordre La premiere idee caracterisant ce champ est que, derriere l’apparent desordre, se cache un ordre plus complexe que l’ordre visible.

La deuxieme idee est que cet ordre emerge par auto-organisation. IIIeme partie : outils et domaines d’application 1. Les deux systemiques On distingue couramment deux systemiques (en fait deux apports successifs a l’approche systemique) : – La premiere systemique (nee du structuralisme, de la cybernetique, de la theorie de l’information et de l’analyse des systemes de Bertalanffy) apparait dans les annees 50 ; elle est centree sur les concepts de structure, d’information, de regulation, de totalite et d’organisation.

Le concept essentiel est sans doute ici celui de regulation, tel qu’il est defini a travers la notion de boucle de retroaction. – La deuxieme systemique nait dans les annees 70 et 80 : elle integre deux autres concepts essentiels : la communication et l’auto-organisation (ou autonomie). A la base du concept d’auto-organisation, on trouve celui de systeme ouvert developpe par Bertalanffy : un systeme ouvert est un systeme qui, a travers ses echanges de matiere, d’energie et d’information, manifeste la capacite de s’auto-organiser.

La propriete d’auto-organisation existe deja dans le monde physique, comme l’a montre Prigogine avec les structures dissipatives (d’energie). Si l’auto-organisation respecte bien le second principe de la thermodynamique (dans la mesure ou elle ne concerne que les systemes ouverts, capables de creer des boucles de neguentropie, donc essentiellement les etres vivants, mais aussi les systemes organisationnels et sociaux), en revanche elle contredit les lois deterministes, qui ne s’appliquent completement qu’aux systemes physiques ou chimiques. 2. Les outils systemiques Le raisonnement analogique : si l’on depasse la simple idee mathematique d’egalite de rapports, de proportion, l’analogie est le type de raisonnement qui permet de rapprocher des domaines differents. Tenue en suspicion dans la connaissance, elle jouit d’un regain de faveur en partie grace a la systemique. Les principales formes d’analogie sont : 1. La metaphore. 2. L’isomorphisme : analogie entre deux objets presentant des similitudes structurelles. 3. Le modele : elaboration d’un cadre theorique, qu’on peut en general schematiser, permettant de decrire et de representer theoriquement un ensemble de faits.

Un modele peut etre constitue a partir d’une metaphore. Ex : Lavoisier, comparant le c? ur a un moteur, offre un modele mecanique de la circulation sanguine. L’analogie parait peu fiable au niveau disciplinaire et analytique. En revanche, au niveau interdisciplinaire, elle peut se reveler feconde. Ainsi, elle permet de transposer des notions pertinentes pour un domaine dans d’autres domaines ou elles ne le sont pas moins. Ex 1 : dans la theorie cinetique des gaz, Boltzmann s’inspire des lois statistiques de comportement de populations humaines.

Ex 2 : a partir des annees 50, on utilise le concept d’information en matiere genetique. – Les techniques d’aide a la decision (en matiere strategique). Elle viennent de ce qu’on appelle la recherche operationnelle, consistant dans l’application des methodes scientifiques d’analyse et des techniques de calcul a l’organisation des operations humaines. Elle fournit des outils dans trois domaines : la combinatoire, l’aleatoire et la concurrence. 1. La combinatoire : elle intervient quand il faut combiner, dans le processus de decision, un nombre trop importants de parametres.

Ce domaine utilise deux methodes : l’algorithme, prescription detaillee des operations a realiser pour obtenir avec certitude la solution du probleme pose ; et la programmation lineaire, cherchant a determiner les valeurs de variables ou d’activites, en fonction des ressources disponibles, et en vue d’un resultat optimum. 2. L’aleatoire : lorsqu’on a affaire a des situations au denouement incertain, ou la determination de valeurs precises n’est pas possible, on a recours aux probabilites et aux moyennes. . La concurrence : bien souvent, les contraintes tiennent autant a la complexite des parametres du domaine considere qu’a la necessaire prise en compte des decisions de partenaires ou d’adversaires. Cet aspect du processus de decision a ete analyse par la theorie mathematique des jeux et du comportement economique, nee en 1944 d’un ouvrage de von Neumann et Morgenstern. La theorie des jeux s’applique aux situations de concurrence, que ce soit en matiere politique, militaire ou economique.

Dans de telles situations, deux strategies sont possibles : la cooperation et la lutte, et il existe trois classes de jeux, relevant de strategies differentes : · Les jeux de cooperation pure, ou l’on additionne les preferences individuelles pour obtenir l’utilite collective. · Les jeux de lutte pure, dont le paradigme est le duel, ou seules comptent des preferences individuelles antagonistes : il n’y a pas d’utilite collective possible, une preference individuelle doit l’emporter sur les autres.

Dans ce cadre, on cherche a anticiper le comportement des adversaires : 1° en delaissant leurs intentions, subjectives et par definition inaccessibles ; 2° en supposant leur comportement rationnel (recherche du maximum de gains pour le minimum de pertes). · Les jeux mixtes, ou il faut prendre en compte la rationalite des divers joueurs, mais aussi l’utilite collective : des procedures de marchandage, de negociation ou d’arbitrage sont alors utilisees. Les representations graphiques : les travaux en systemique ont recours frequemment a des graphiques pour communiquer des ensembles de donnees qu’il serait fastidieux et contre-intuitif de presenter de maniere lineaire, discursive. Trois sortes de representations graphiques: 1. Le diagramme : representation graphique des relations entre plusieurs ensembles. Ex : soit l’histogramme representant le pourcentage d’enfants en echec scolaire selon les differentes categories socioprofessionnelles.

En abscisses, on a les differentes categories socioprofessionnelles, en ordonnees, le pourcentage des enfants en echec scolaire, chaque rectangle representant le rapport entre deux parametres (une categorie et un pourcentage) des deux ensembles consideres. 2. La carte : c’est la representation en deux dimensions d’un objet en trois dimensions (un lieu, la formation geologique d’un sous-sol, une machine, un edifice, etc). L’exemple le plus connu est evidemment la carte geographique, dont les deux dimensions representent la surface plane d’un site, en fonction d’une echelle donnee, la hauteur etant restituee grace a des courbes de niveau. . Le reseau : c’est le graphique des relations entre les elements d’un meme ensemble (arbre genealogique, organigramme d’une societe, programme d’ordinateur, reseau routier, etc). – La modelisation systemique : au sens scientifique le plus general, le modele designe la transcription abstraite d’une realite concrete. Les modeles sont nes des maquettes et des schemas. Aujourd’hui, les modeles cybernetiques (servant a etudier les conditions de regulation d’un systeme dans les sciences de l’ingenieur ou dans les sciences du vivant) et les modeles informatiques sont les plus repandus en sciences.

Le langage graphique est le langage par excellence de la modelisation systemique. 3. Les domaines d’application Les principaux domaines sont les suivants : – Les sciences de la nature : la sciences de la vie et de la Terre, l’ecologie. – Les echanges economiques et l’entreprise : l’economie, le management, la bureautique. – La methode sociologique : la typologie des organisations, les sciences sociales, les sciences politiques. – Les recherches sur le comportement humain : les sciences cognitives, la psychologie, les therapies de groupe, la pedagogie. – La strategie militaire. Les recherches en ingenierie : l’informatique, l’automation (robotique), l’intelligence artificielle et les reseaux de communication. La systemique est ainsi un nouveau paradigme qui : 1/ regroupe des demarches a) theoriques, b) pratiques, c) methodologiques ; 2/ pose des problemes concernant les modes a) de l’observation , b) de representation, c) de modelisation , d) de simulation ; enfin, 3/ se donne pour objectifs de preciser la notion de systeme : a) ses frontieres, b) ses relations internes et externes, c) ses structures, d) ses lois ou proprietes emergentes.

Sources : – Norbert Wiener, Cybernetique et societe, 1971, 10/18. – Ludwig von Bertalanffy, Theorie generale des systemes, 1993, Dunod. – Francisco J. Varela, Autonomie et connaissance, Essai sur le vivant, 189, Seuil. – Daniel Durand, La systemique, 1971, 8° edition corrigee : 1998, PUF, coll. « QUe sais-je ? « . – Herbert A. Simon, Science des systemes, science de l’artificiel, 1991, Dunod.