La rhétorique de Pascal

La rhétorique de Pascal

SL4 – Séminaire de littérature Siècle Blaise Pascal Le style pascalien : La rhétorique en question Table des matières 1 Introduction — 3 2 Chapitre introducti 8 p g 4 2. 1 Contexte littéraire et religieux — 2. 2 Biographie de Blaise Pascal . 5 2. 3 Introduction aux Pensées Genèse rédactionnaire et . 17 2 1 Introduction Au XVIIe siècle, la littérature française, influencée par le contexte politique et culturel, a vu l’essor de nombreuses formes littéraires dans les domaines de la dramaturgie (Corneille, Racine, Molière) et du roman sans oublier la poésie baroque sous

Louis XIII. Parmi ces courants littéraires, les ouvrages moralisateurs ou rhétoriques prenaient bonne place, usant souvent de la religion comme trépied de leur pensée. Les Pensées de Pascal n’échappe pas à la règle. L’intérêt de cette œuvre réside, cependant, dans l’usage que fait Pauteur de la foi catholique dans la construction de son arsenal rhétorique.

En effet, si celui-ci est considéré comme l’un des auteurs majeurs, voir incontournables de son époque, c’est pour sa recherche intensive des différentes méthodes rhétoriques et leur application sous forme d’aphorismes de ongueurs variables mais toujours conçus dans un but didactique, la rhétorique étant Part de convaincre autrui par l’expression orale ou

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littéraire. Dans ce travail de séminaire, nous entreprendrons de découvrir, par l’analyse poussée de fragments choisis de l’œuvre de Blaise Pascal, comment ce dernier use des différents outils rhétoriques (formules, rythme, syntaxe, etc. pour emporter l’adhésion du lecteur. De plus, il sera intéressant de se pencher sur l’importance que prend la religion catholique, autant dans la forme que dans le des propos avancés par 2E l’objectif de Pascal, que nous ferons n travail de déconstruction de sa méthode. Ainsi, il nous sera possible de remarquer le mariage subtil entre le placere et le docere (la clarté et le plaisir) utilisé par l’auteur, dans le refus d’user d’un langage trop incommode ou savant susceptible d’ennuyer le lecteur.

Nous traiterons différentes pensées, chacune étant particulièrement illustrative d’une méthode rhétorique précise et apprécier les effets sémantiques que celles- ci peuvent avoir sur l’interlocuteur ciblé (dans ce cas précis, le libertin). Ce travail s’articulera sur trois parties distinctes. Premièrement, il onvient d’expliquer certaines notions indispensables pour la suite de l’analyse. Il s’agit principalement du contexte littéraire et religieux dans lequel Pascal évoluait. Puis, nous présenterons ce dernier ainsi que son œuvre, dans sa genèse rédactionnelle et éditoriale.

Dans le troisième point, cœur-mëme de ce travail, nous discuterons la volonté du style fragmentaire au service du débat. Ensuite, nous opposerons deux types d’éloquence, tels que vus par Pascal avant d’analyser en profondeur les procédés rhétoriques des Pensées qui constituent notre problématique principale. Chapitre ‘ntroductif Dans ce chapitre, nous nous pencherons essentiellement sur des notions introductives avant d’aborder plus en détail l’analyse du style pascalien dans Les Pensées. Il est structuré en trois parties. Tout d’abord, s’intéresser au contexte 28 telle écriture.

Ensuite, nous aborderons la personne de Pascal, sa biographie afin de saisir ses propres attentes quant à la rédaction de son œuvre majeure. Nous nous pencherons enfin sur la genèse de cet ouvrage, les conditions d’écriture et d’édition, ce qui constitue un sine qua non pour le comprendre et ‘analyser de manière optimale. 2. 1 Contexte littéraire et religieux Après le lancement de la Réforme protestante qui gagna férocement du terrain au Nord de l’Europe comme en Allemagne ou en Suisse, l’Eglise catholique mit en place la ContreRéforme qui visait à combattre ces idées nouvelles.

De cette opération, découla ce terrible conflit religieux qui fit couler autant de sang que d’encre. Le conflit tourna en véritable guerre de religion, bouleversant l’équilibre du royaume de France durant la seconde moitié du XVIe siècle. L’Eglise se vit scindée, la confrontant ainsi au chisme total. Au début du XVIIe siècle, Cornelius Jansen ou Jansénius, brillant théologien hollandais, entreprit de redécouvrir et de suivre à la lettre les doctrines de St- Augustin, un des pères les plus influents et importants de l’Eglise.

Il est, dès lors, question de la vanité et de la grâce. Selon une version très pessimiste de la condition humaine, ce courant religieux, ayant des ramifications politiques, défendait l’idée que l’homme, en vile créature corrompue, ne peut pas se sauver par lui-même, Dieu seul a ce pouvoir de décision. Il y a, là, l’idée de rédestination : une pensée qui se rapproche particulièrement de celle des courants réformés. ‘assimilation probable de séniste aux théories 4 28 doctrine janséniste aux théories réformées amena un certain nombre d’opposants à Jansen.

Parmi eux, les jésuites, ordre apostolique ayant pour but d’évangéliser le monde et de former les élites dans le cadre de l’instruction et de l’éducation, se révélèrent être les adversaires les plus farouches. Ayant joué un rôle prépondérant durant la contre-Réforme, ces derniers s’indignèrent face à la doctrine que véhiculaient les ansénistes. En effet, celle-ci revêtait une vision particulièrement négative de l’Homme. Selon cette idéologie, il convenait de revenir à une pureté de la foi, à un christianisme dénué de toute aliénation.

Elle s’accompagnait donc d’un refus de la dévotion aisée, lui préférant le rigorisme religieux. Les milieux jansénistes se firent dès lors connaître pour leur austérité, leur goût pour la souffrance et un certain mépris pour le divertissement. Leur popularité se développa surtout en France en raison du gallicanisme (courant politique refusant l’autorité apale et donc l’influence de Rome), ce qui revient à prendre position pour une séparation entre la France et l’Italie dans un désir de se retirer du monde.

Ils se virent dès lors persécutés, entre autres avec la politique de répression menée par Richelieu visant à briser toute forme de dissidences réformistes. Accusés de complot et de dissimulation en vue de renverser le pouvoir, les jansénistes commencèrent à se disperser et disparaitre. Devant de telles accusations, le pape lui-même condamne l’ouvrage de Jansénius, considéré comme hérétique. s 8 XVIIe siècle, la pensée de Machiavel est xtrêmement présente.

Il s’agit d’une source de réflexion politique importante notamment sur la notion de dissimulation dont on reproche les jansénistes d’utiliser les méthodes contre la couronne. C’est dans ce contexte de conflit religieux jésuito-janséniste et d’une tendance de l’époque ? adopter une pensée libertine que Blaise Pascal fait son apparition. Il reviendra sur la notion de la légitimité du jansénisme dans Les Provinciales et, se nourrissant de la polémique qui fait rage, tentera d’asseoir les principes fondamentaux de la foi dans Les Pensées. . 2 Biographie de Blaise Pascal Blaise Pascal naquit à Clermont-Ferrand, le 19 juin 16231. Très tôt déjà, il reçut de son père, président de la cour des aides de Montferrand, une rigoureuse instruction. Il se découvrit alors un grand Intérêt pour les mathématiques et commença même, dès yage de 15 ans, des premières études de géométries. C’est à l’âge de seize ans que le jeune Pascal écrivit son premier traité : Traité de sections coniques. S’ensuivit sa première création : la machine arithmétique2.

Son père, intendant de la généralité de Rouen depuis 1639, rencontra et se lia d’amitié avec deux gentilshommes ansénistes. Très rapidement Pascal et sa famille se virent très vite liés à la doctrine de PortRoyal : le jansénisme, et Pascal effectua sa première conversion en 1648. II abandonna 6 8 Michel, parts, 1994 momentanément toute activité «cérébrale», par soucis de santé et fréquenta le monde période de sa vie communément appelée « mondaine (1652-54). La nuit du 23 novembre 1654 est un moment essentiel dans la vie de Pascal.

C’est cette nuitlà qu’il expérimenta une extase mystique. Il aurait rencontré Dieu et fut habité par de puissants sentiments positifs. Il s’agit, là de la deuxième onversion de Pascal qui le conduisit a renoncer aux plaisirs du monde extérieur et aux sciences humaines qui, jusqu’ici, occupaient la majorité de ses pensées et son temps précieux, mais qui se révélèrent vaines, selon lui, face aux sciences divines. Il se retira donc, en 1655, chez les Jansénistes de PortRoyal et prit part à la querelle qui opposait farouchement les Jansénistes aux Jésuites.

II s’attaqua à ces derniers par la rédaction de 18 lettres qui formèrent Les Provinciales qui eurent un retentissement frappant dans ce conflit théologique. Pascal reprit cependant contact avec la vie scientifique après 658, en s’intéressant à la cycloïde. Il entreprit, dans cette même période, la rédaction de ce qu’il considérait comme son œuvre majeure : une apologie de la religion chrétienne. Il commença donc à écrire ses sentiments et réflexions sur le genre humain et la dévotion sous la forme de fragment dans le but de créer une sorte de manifeste de la foi chrétienne.

La réalisation de ses nombreux projets fut premièrement ralentie par une grave maladie dès février 1659. Il en décéda en août 1662, laissant son œ passions, une santé très fragile et une mort prématurée (39 ans), Blaise Pascal effectua d’énormes productions tant scientifiques que philosophiques et littéraires, faisant de lui un personnage incontournable de son epoque. 2. 3 Introduction aux Pensées : genèse rédactionnelle et éditoriale Comme nous l’avons vu dans le point précédant, Pascal fut interrompu par sa mort dans la rédaction de ce qui devait être son œuvre majeure, une apologie du christianisme.

Suite au décès de Pascal, d’abondantes notes préparées en vue de cet ouvrage furent découvertes et ses héritiers, qui devinèrent l’importance de telles notes, prirent soin de les rassembler, les ollèrent sur registres puis les recopièrent avant de tenter de les publier. Cela se révéla être une tâche laborieuse car, premièrement, on ne pouvait que présupposer la structure de l’ouvrage et, deuxièmement, les notes elles-mêmes étaient difficiles à déchiffrer à cause de nombreuses ratures et références obscures. De plus, de multiples marques de l’appartenance BORD (André), op. cit. DESCOTES (Dominique), op. it. 6 à la doctrine janséniste de Pascal constituaient le risque de troubler la « paix de l’Eglise » si ses fragments devaient être ubliés dans leur format original. Ainsi, l’édition d’Etienne P n 1670 sous le titre parfois avec quelques changements d’ordre. Ce n’est qu’au XIXe siècle que Hon se permit de publier Les Pensés dans leur intégralité. En 181 2, Victor Cousin entreprit de signaler les fautes, lacunes et modifications des précédentes éditions, permettant l’apparition de textes de qualité comme ceux de Feugère (1844), Havet (1851) et Molinier (1877) jusqu’à l’édition définitive de MM.

Michaut et Brunschvicg. 5 Mais si ces savants littéraires ont su nous transmettre les écritures originales avec une ecture interprétative, s’ils ont su nous véhiculer du Pascal authentique, ils ont dû abandonner l’idée de pouvoir agencer ces fragments dans un ordre parfaitement arrêté. Aux premières éditions, l’on a voulu établir certains chapitres tels que « Misère de l’homme », « Contre les Athées », « Jésus-Christ », etc.

Cependant, il n’existe, entre ces chapitres, ni progression, ni lien logique. Malgré l’idée d’un ordre libre et non définitif, il convient tout de même de noter que, selon la préface rédigée par Etienne Périer dans l’édition de 1 670, Pascal aurait avancé certaines ndications sur le plan général que revêtirait son ouvrage. Celui-ci destinait cette « Apologie du christianisme » aux libertins qui bernaient et démentaient les valeurs chrétiennes sans avancer la possibilité d’un débat théologique.

Afin d’atteindre ses adversaires, Pascal voulu établir une base tant scientifique que psychologique où il effectuerait une analyse poussée de l’homme, suivant les procédés de Montaigne, chef de file du mouvement sceptique libertin. De cette étude anthropologi ue il en conclut que l’homme est un être foncièrement conclut que ‘homme est un être foncièrement aradoxal : misérable et éminent, mortel et limité mais qui est doté d’une soif d’ambition insatiable.

Afin d’accorder ces contradictions, Pascal prévoyait d’appuyer cette énigme si vigoureusement que le lecteur, avide d’en savoir plus, parcourrait l’ensemble de son ouvrage, aux travers d’ensembles philosophiques rassemblés en deux catégories : le scepticisme (Montaigne) et le stoïcisme (Epictète). 6 Montaigne s’intéressait surtout à la faiblesse de l’homme tandis qu’Epictète se penchait d’avantage sur sa grandeur. Jusque là, le terme de religion n’était pas utilisé, pourtant les libertins ‘adoptèrent afin de comparer son impotence à la philosophie.

Ceci nous amène aux chapitres bibliques des Pensées dans lesquels est retracée cette idée de grandeur et de faiblesse. Celle ci serait liée au pêché DES GRANGES (Charles-Marc), Les Grands écrivains français des origines à nos jours, Librairie Hatier, 1900 Idem 7 originel. Pascal y aurait même ajouté des preuves historiques et théologiques pour appuyer cette hypothèse. 3 La rhétorique en question dans Les Pensées Maintenant que nous en savons un eu plus sur le personnage de Pascal et sur la genèse de 0 8