La Politique Economique Daniel Jean M Hellip

La Politique Economique Daniel Jean M Hellip

QUE SAIS-JE ? La politique économique JEAN-MARC DANIEL Professeur d’économie à ESCP-Europe Troisième édition mise à jour ge mille Introduction 27 p g Le but de ce livre est intervient dans le fon dans quel but l’état m le ‘expression normale pour désigner la réflexion sur la production d’un pays, la croissance et la répartition de ses fruits est celle d’« économie politique » (en anglais political economy). ?tymologiquement, elle signifie « étude de la gestion (économie en grec) de VÉtat (politique en grec également) Les premiers textes faisant référence à l’économie politique étaient des textes ue l’on qualifierait aujourd’hui de traités de finances publiques. Il s’agissait de faire des propositions sur la gestion de l’État au sens strict du terme. Ainsi, le tout premier livre considéré comme livre d’économie – le Traité d’économie politique du Français Antoine de Montchrestien – est un texte très politique.

Paru en 161 6, il contient avant tout des conseils au jeune Louis XIII sur la meilleure façon de s’acquitter de sa tâche de souverain. Montchrestien y apparait comme un représentant du courant la justice royale comme faux-monnayeur… Au XVIIIe siècle, l’idée que la fortune de l’État ne peut s’analyser ans comprendre ce qui fait la

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richesse totale du pays trouve son expression la plus aboutie dans une formule devenue célèbre de Quesnay, un des premiers à se désigner du nom d’économiste : « Pauvres paysans, pauvre royaume ; pauvre royaume, pauvre roi. ? L’État ne s’enrichit que du travail et de l’efficacité productive de l’ensemble de la société et vouloir réfléchir aux ressources publiques, c’est réfléchir à la richesse du pays. L’économie politique devient à partir de ce moment-là une réflexion non seulement sur les finances publiques, mais plus généralement sur la production, les échanges, le travail, au niveau ational et au niveau de chaque entreprise, sur tout un processus d’enrichissement global qui conditionne in fine la situation des finances publiques.

Quesnay préfère d’ailleurs parler concernant ses travaux de « science économique », expression qui entre alors en concurrence avec celle d’« économie politique Si en Angleterre, on reste attaché très longtemps à l’usage de l’expression political economy, en France, en revanche, on parle de plus en plus de « science économique » au fur et à mesure que le XIXe siècle se déroule. La révolution de 1848 accentue le phénomène.

Les économistes eulent après les débordements européens éviter toute assimilation avec des mouvements politiques qui se réclament de leurs travaux, que ce soit pour les condamner ou au contraire pour s’y référer dans le but de dénoncer l’organisation de la société. L’économiste de l’après-1848 est de plus en plus convaincu qu’il doit parle 2 27 l’organisation de la société. Céconomiste de l’après-1848 est de plus en plus convaincu qu’il doit parler de « science économique abandonnant progressivement political economy à d’autres destinées.

Aujourd’hui, « économe politique » ou political economy sert de lus en plus à désigner un nouveau champ d’étude qui repose sur l’usage des méthodes des économistes à des fins d’analyse des situations politiques de divers pays. La science économique, bien que souvent vilipendée sous l’accusation de « science molle », est ainsi assez forte pour prêter ses concepts et ses techniques ? d’autres. Depuis Quesnay, l’économie (ou la science économique) n’a cessé de se développer, de préciser la nature de ses recherches et d’affiner ses méthodes.

Elle a en particulier essayé de prendre le tour le plus scientifique possible. pour ce faire, elle adopté un mode de raisonnement qui s’inspire de celui de la physique, tout en ayant parfois des penchants pour la pratique des mathématiciens. Le but de construire le raisonnement économique selon des modalités proches de la physique est d’éviter de n’avoir à proposer que des discours jugés rapidement comme essentiellement partisans.

Concrètement, réconomie se doit de définir les objets de son étude, de leur attribuer des caractéristiques quantifiables qui permettront d’élaborer des théories, puis de vérifier la pertinence de ces théories en les confrontant au réel. En premier lieu, ‘économiste identifie les acteurs qui vont constituer les éléments de référence sur lesquels il va développer ses théories.

Ensuite, il établit des lois, c’est-à-dire des relations mathématiques fonctionnelle 3 27 Ensuite, il établit des lois, c’est-à-dire des relations mathématiques fonctionnelles entre les quantités caractéristiques retenues. Enfin, il procède à une vérification expérimentale de ces lois. Cette vérification ne peut se faire comme en physique par la reproduction et la répétition de l’événement analysé. Elle repose sur l’étude quantifiée de ‘histoire grâce à la statistique et à l’économétrie.

La méthode ici décrite est ancienne et a donné sa légitimité à l’économie. À titre d’exemple, on peut se référer à la leçon inaugurale au Collège de France de Michel Chevalier en 1849. un an après la révolution de février 1848, celui-ci reprend ses cours d’économie et indique que si l’économie politique a été critiquée vigoureusement pendant les événements révolutionnaires, elle l’a été de façon absurde. Les détracteurs de l’économie lui ont fait procès, car ils n’ont pas voulu voir qu’elle se contente de retracer la réalité.

Michel Chevalier déclare que, de même qu’on ne peut accuser Newton pour les résultats qu’il a dégagés en mécanique, de même il est vain de reprocher à l’économiste de constater ce qu’est Hêtre humain et d’en tirer des conséquences. Et Chevalier de mettre en avant une idée importante qui sera au centre de notre propos qui est que l’adversaire de l’économiste est l’alchimiste, c’est-à-dire celui qui croit qu’il y existe un trésor caché, qu’il est possible de créer de l’or, c’est-à-dire de la richesse ex nihilo, par la grâce du Saint-Esprit ou par la simple affirmation de la volonté politique.

Dans un raisonnement ainsi construit peu ou prou autour de la méthode du physicien, l’économie peut se diviser dans Pétude p 4 127 construit peu ou prou autour de la méthode du physicien, l’économie peut se diviser dans l’étude plus précise de chacun des acteurs qu’elle a identifiés. En pratique, l’économie va distinguer cinq acteurs et deux modes de relations possibles entre eux. Les cinq acteurs sont les producteurs, les consommateurs, l’État, la Banque centrale et le reste du monde.

Les deux modes de relation sont la relation marchande, l’échange sur le marché d’une part et la relation hiérarchique, la relation ‘autorité d’autre part. Cette seconde relation se trouve chez le producteur, c’est-à-dire dans l’organisation des entreprises, mais elle s’incarne au niveau d’une société principalement dans l’action de l’État et de la Banque centrale. Ce que l’on appelle la politique économique, c’est l’étude de ce qui relève de l’État dans la vie économique, c’est-à-dire les actions qui ne rentrent pas dans une stricte relation de marché.

Faire une théorie de la politique économique, c’est, au sein de la science économique, procéder à l’examen de l’action de l’État au sens arge, c’est-à-dire y compris la Banque centrale, au travers de ses objectifs et des moyens qu’il met en œuvre pour les atteindre. Nous allons aborder dans ce livre l’action de l’Etat et de la Banque centrale, en examinant dans un premier temps le cadre d’ensemble de l’économie, puis les spécificités de la sphère publique, ensuite ses objectifs et enfin les moyens dont elle dispose.

En pratique, les objectifs de l’État en économie sont essentiellement d’éviter le chômage et l’inflation et les moyens dont il dispose sont principalement la politique budgétaire et la politique monétaire. Cha S 27 il dispose sont principalement la politique budgétaire et la Chapitre Le cadre économique d’ensemble La première opération à mener lorsqu’on réfléchit à l’économie, c’est d’en établir la liste des acteurs, en les définissant et en les caractérisant.

Ces acteurs sont au nombre de cinq : les producteurs qui assurent la production (qui sera désignée tout au long du texte par la lettre Y), l’investissement (c’est-à-dire l’accumulation de capital qui permet la production et désigné par l) et le profit ; les consommateurs qui reçoivent un revenu (R) et l’emploient n le partageant entre la consommation (C), l’épargne (S) et les impôts (T) payés à l’État ; l’État, qui dépense (G), perçoit des impôts (T) et s’endette quand il est en déficit ; la Banque centrale qui gère la masse monétaire (g) le monde extérieur ou « reste du monde » qui représente les agents économiques qui ne relèvent pas du pouvoir de PÉtat. De plus en plus, on désigne par « reste du monde » les agents économiques qui n’utilisent pas la devise gérée par la Banque centrale. Ainsi, dans cette définition élargie, l’Allemagne n’est pas dans le « reste du monde » de la France dans la mesure où lle utilise la même devise qu’elle. Le reste du monde achète les exportations (X) et vend les importations (M). Si la plupart des données quantifiables qui caractérisent les acteurs de l’économie sont relativement claires, il convient néanmoins de revenir sur la notion de production.

Cette production désignée par Y (initiale du mot anglais Yield qu se traduit par « récolte », ce qui indique qu’au moment où la réflexion économique a pris son esso se traduit par « récolte ce qui indique qu’au moment où la réflexion économique a pris son essor, l’économie était encore ssentiellement agricole) est celle de l’ensemble du pays. La production d’une entreprise peut se mesurer par la quantité physique produite multipliée par le prix de chaque unité, c’est-à- dire par son chiffre d’affaires. Mais, si on additionne les chiffres d’affaires de toutes les entreprises d’un pays pour en mesurer la production totale, on va compter plusieurs fois certaines productions.

Ainsi, si on additionne le chiffre d’affaires de la sidérurgie et celui de l’industrie automobile, on compte deux fois l’acier produit, car dans le prix de l’automobile, le producteur de voitures incorpore ses achats d’acier. Il faut, pour éviter cela, ne prendre en compte, entreprise par entreprise, que ce qui correspond à leur authentique production. Concrètement, cela signifie qu’il faut retrancher du chiffre d’affaires les achats auprès des fournisseurs et ne comptabiliser que le résultat du travail effectué au sein de l’entreprise. Ce résultat est ce que l’on appelle la « valeur ajoutée Elle est égale aux salaires versés plus le coût du capital immobilisé pour permettre à ce travail de s’exprimer. La production d’un pays est égale à la somme des valeurs ajoutées des entreprises qui s’y trouvent.

Cette production apparaît dans les commentaires de ractualité économique sous le nom de pib (produit intérieur brut) ou de gdp (gross domestic product qui signifie produit intérieur brut en anglais). L’adjectif « brut » s’oppose à « net Il traduit la façon dont on comptabilise l’investissement. Celui-ci est appelé par 27 s’oppose à « net Il traduit la façon dont on comptabilise l’investissement. Celui-ci est appelé par les économistes et les statisticiens la « formation brute de capital fixe » (fbcf). Cette expression indique deux choses : la première est que ‘investissement est un moyen d’accumuler du capital, du capital physique s’entend. L’investissement est l’achat d’une machine. Quand un particulier ou une entreprise acquièrent un titre financier, ils n’investissent pas, ils épargnent.

La seconde est que dans les données économiques usuelles, on retient la valeur des machines nouvellement installées sans tenir compte de l’amortissement, c’est-à-dire de l’usure des machines déj? sur place ou même de leur mise au rebut. Si l’on procède ainsi, c’est que l’horizon temporel de l’analyse économique le permet. Le pib est une donnée annuelle. La croissance économique qui est systématiquement analysée et qui est au centre des prévisions des experts se mesure au travers de son augmentation d’une année sur l’autre. Et pour ce qui est de la politique économique, on considère que sa conduite se fait à court terme, sur des périodes de cinq à dix ans au maximum, périodes qui correspondent au temps que les gouvernements peuvent espérer du rythme électoral.

Jan Tinbergen, un économiste néerlandais qui eut en 1969 le premier prix Nobel d’économie de l’histoire notamment pour ses travaux sur la politique économique, affirmait que la seule loi ?conomique valable en tout temps et en tout pays est que « les hommes politiques ont plus le souci des élections suivantes que de la génération suivante ». Même si ce jugement sévère est plus marquant dans sa formula 8 27 que de la génération suivante Même si ce jugement sévère est plus marquant dans sa formulation que totalement fondé, il n’en reste pas moins que la politique économique se juge selon un calendrier électoral et qu’il est naturel d’en analyser en priorité les effets à court terme. Dans ces conditions, le fait d’utiliser des données en « brut » est tout à fait légitime. Ces précisions apportées, on cherche à identifier des liens mathématiques entre les grandeurs caractéristiques de féconomie.

Deux types de liens sont possibles : les liens nécessaires que l’on qualifie de liens comptables et qui proviennent de la définition même des grandeurs étudiées ; des liens que l’économiste va conjecturer sur la base de ses observations et de ses réflexions et dont la mise en forme constitue ce que l’on appelle une théorie. Nous allons recenser les liens comptables puis nous aborderons les différentes théories existantes en ce qui concerne la politique ?conomique. Un des objectifs du livre est de chercher à en évaluer la pertinence au regard notamment des résultats que fournit la réalité économique tangible. es liens comptables. Ils s’expriment au travers des équations suivantes : L’égalité de l’offre et de la demande Y + M = C+ I + G + X. Dans cette équation, l’offre est égale à Y + M, c’est-à-dire à la somme du pib et des importations, soit encore la somme de la production nationale et de l’appel à une partie de la production des autres pays. La demande est la somme de la demande des consommateurs (la consommation C), de la emande des entreprises (leur investissement I), de la demande du secteur public (G) et enfin de la demande du r 9 27 entreprises (leur investissement l), de la demande du secteur public (G) et enfin de la demande du reste du monde, c’est-à- dire les exportations (X). L’égalité entre l’offre et la demande est le principe de base de l’économie.

Cette égalité conditionne toutes les conclusions des théories économiques. Elle repose à la fois sur une évidence, c’est-à-dire sur un constat que tout le monde est prêt à admettre, sur l’existence de mécanismes qui permettent d’y parvenir (quand il y a trop de demande, es entreprises augmentent leur production ou leur prix. mais réagissent de façon à égaliser leur offre à la demande ; quand il n’y a pas assez de demande, les entreprises stockent puis baissent leurs prix pour attirer les clients et parvenir là encore à l’égalité entre l’offre et la demande) et enfin sur une forme de vérification expérimentale due à l’expérience historique.

En effet, sur ce dernier point, on peut constater que les régimes socialistes planificateurs qui existaient en Europe de l’Est avant la chute du mur de Berlin ont souvent essayé de fixer l’offre, la demande t les prix indépendamment les uns des autres. Le résultat a été l’apparition de mécanismes naturels de retour à l’égalité de l’offre et de la demande qui passaient tantôt par le marché noir, tantôt par des queues devant les magasins, tantôt par l’existence de privilèges accordés à une partie de la population pour limiter l’expression de la demande sur certains produits. ‘équation de répartition du revenu R = C + S + T. Cette équation indique simplement que ceux que les statisticiens appellent les ménages, c’est-à-dire rensemble de la population, répartissent le r ID 0F 12,1