La poesie surrealiste de robert desnos

La poesie surrealiste de robert desnos

Le debut du XXe siecle sera marque par l’apparition de deux principaux mouvements dit non-conformistes qui vont s’opposer de diverses facons aux conventions sociales. Dans un premier temps, Tristan Tzara, creera en 1916 ; le dadaisme, doctrine nihiliste qui nie toutes regles etablies, qui ne croit plus en l’art et privilegie la libre pensee artistique. Et dans un deuxieme temps, le surrealisme, cree par Andre Breton, fera son apparition en 1924. Issu du mouvement « dada », le surrealisme se degage du dadaisme en ne retenant que ses aspects positifs.

Il se caracterise par son opposition a toutes formes d’oppressions, au realisme ainsi qu’a la litterature. Plusieurs grands peintres et poetes se joindront au mouvement par la suite ; dont Robert Desnos, pour qui Breton dira qu’il etait le plus doue et celui qui a pris le plus au serieux la demarche de liberation, sans laquelle le surrealisme n’a pas de sens. Il va de soi que le surrealisme est en ce sens une revolution, particulierement dans les poemes de Desnos. Alors, il est permis de se poser la question : « En quoi la poesie surrealiste est-elle une revolte ? . A cet egard, nous demontrerons que les poemes de Robert

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Desnos constituent une forme de revolte : d’une part dans sa forme poetique, d’autre part dans son contenu. Tout d’abord, pour ce qui est de la forme, les poemes de Desnos sont totalement antipoetique. Ils n’ont pour la plupart aucune coherence et ils sont teintes d’un illogisme le plus total laissant le lecteur coi, en lui suggerant bien souvent d’en tirer ses propres conclusions. Prenons par exemple, les chiffres dans le poeme : Art rythme tic, ils forment ne contradiction par rapport a la poesie conventionnelle : « Troie, qu’atre neuf dans les seins […] sise les seins, cet etui pour le 9 ». Ici, il y a une forme de neologisme de sens puisque l’auteur joue avec les chiffres en les substituant a des mots : Troie pour trois (3), qu’atre pour quatre (4), seins pour cinq (5), sise pour six (6) et cet etui pour sept et huit (7 et 8). Dans Isabelle et Marie, les dialogues (autre forme non-orthodoxe) revelent un sens tout a fait inattendu, tel que decrit ici : « – gorge! … oreille! – oreille ? moi ? regarde-toi, narine! – non mais, vieille gencive! – doigt! – con! »

En integrant une conversation dans son poeme, Desnos tente d’aller une fois de plus au-dela des conventions, et qui plus est, en faisant reference a certaine partie du corps ( le con ), il fait decouvrir au lecteur le sens veritable de ce mot ( le sexe de la femme ). Pour l’auteur, les sons ont une importance primordiale. Ils surpassent les mots dont l’unite est bien souvent vide de sens, comme dans le poeme : Elegant cantique de Salome Salomon : « Mon mal meurt mais mes mains miment N? uds, nerfs non anneaux. Nul nord » L’alliteration comme figure de style est ici bien presente avec les lettres « M » et « N » au debut de chaques mots.

Ce procede contribue a accentuer la valeur des sons au detriment des mots, tout en creant un rythme singulier et un effet d’harmonie repetitive. Pour ce qui est du poeme : Vent nocturne, il a ceci de particulier ; ce sont les nombreux pleonasmes dont il est affuble et qu’il lui impute une redondance ironique des termes : « Mais les maitresses maitrisees ont des cheveux chevelus. Cieux celestes terre terrestre. Mais ou est donc la terre celeste ? ». Desnos se sert d’un style verbeux et ambigu puisqu’il n’y a aucun accroissement correlatif dans ses termes.

Il cherche a influencer le lecteur de facon indirecte en renforcant chaques mots par un pleonasme afin de lui donner plus de sens, excepter a la toute derniere phrase ou l’auteur tente de tromper le lecteur par un effet de surprise en posant une question logique et coherente. Maintenant examinons le contenu de quelques-uns des poemes de Desnos. Il est clair que la correlation et la similitude entre la peinture surrealiste et le contenu de ses poemes sont primordiaux puisqu’ils osent tous deux provoquer, surprendre et meme faire rire a l’occasion.

Le premier exemple qui depeint bien tout ceci est : Le poeme sans titre, qui parodie le « Notre Pere » a la facon Desnosienne : « Notre paire quiete, O yeux! que votre « non » soit sang (t’y fier ? ) […] Nounou laissez-nous succomber a la tentation et d’aile ivrez-nous du mal. » La provocation vis-a-vis la religion est flagrante dans ce texte. Il denonce les conventions sociales et morales. Toutefois, le lecteur ne peut s’empecher de sourire a la lecture de cet inusite « Notre Pere ». De plus, les jeux de mots sont nombreux : paire, pere – quiete, qui etes – d’aile ivrez-nous, delivrez-nous, etc.

Finalement, Desnos se sera servi du ready-made pour creer ce controverse, mais neanmoins excellent poeme. L’auteur, cette fois-ci, jongle de nouveau avec les mots en juxtaposant deux termes ayant aucun rapport entre-eux, en se servant du titre de son poeme intitule : « P’Oasis ». Ce titre pour le moins antipoetique, demande au lecteur d’aller puiser dans son inconscient afin d’en decortiquer le sens reelle. Desnos utilise le hasard objectif dont le but est de creer une image insolite a l’aide d’un collage de deux differents mots : poesie et oasis.

D’ailleurs, la similitude entre les deux mots est bien visible lorsqu’on s’y arrete. Ils representent le reve (mirage), le moyen d’arriver a une autre realite (un point d’eau dans le desert), la liberation de l’esprit humain (lieu de repos), etc. Le cote pince-sans-rire de Robert Desnos est omnipresent dans ses poemes, cependant, dans le Bonbon, l’humour et l’ambiguite, alliee a une repetition songee des termes font de ce poeme un des plus originaux, tel que decrit dans l’exemple qui suit : « j’ai nez j’ai doigt doigt doigt doigt doigt a a chaque main main ».

Dans cette verbigeration, l’auteur nous sert un discours incoherent seme d’innombrables repetitions, en laissant croire qu’il s’agit presque d’un texte pour begue. Neanmoins, malgre l’incoherence du poeme a prime abord, on remarque que le mot « nez » est dit une seule fois, puisque nous en avons qu’un ; le mot « doigt » est mentionne cinq fois pour les cinq doigts de la main et finalement, deux fois le mot « main » pour des raisons evidentes. Une autre facette de l’immense talent de l’auteur.

Donc, la poesie de Desnos est sans contredit une revolution et ce, autant dans sa forme que dans son contenu, puisqu’elle refute toutes les conventions formelles, tout realisme et toute logique ; en pronant la provocation, la surprise, le reve et l’experimentation du langage sous toutes ses formes. En conclusion, apres avoir lu ses poemes, il est plus qu’evident que Robert Desnos a constitue un veritable laboratoire du langage. Il joue avec les mots comme un virtuose du piano et il les manie comme un chirurgien son scalpel.

Bien sur, ses poemes sont une revolution, en ce sens qu’ils sont antipoetiques. Dans ses textes, la forme est heterogene puisqu’elle utilise des dialogues, des chiffres , des sons et des titres qui laisse le lecteur pantois et le force a liberer son esprit . Egalement, le contenu est en ce sens lui aussi une forme de revolte puisqu’il a recourt a d’innombrables procedes non-conformistes tel que le hasard objectif, la repetition abusive des termes, l’ironie et meme le ready-made.

Donc, la poesie surrealiste est une revolution, principalement dans les poemes de Desnos puisqu’ils sont tous paradoxaux et mettent en valeur les principes meme du mouvement surrealiste. Malgre tout, si de nos jours les revolutions ont pris une toute autre tournure (bien souvent beaucoup plus dramatique), il n’en reste pas moins que la poesie surrealiste surprend et provoque par son humour sarcastique. Mais neanmoins, elle ne laisse personne indifferente, meme a l’aube de l’an 2000.