La nouvelle heloise

La nouvelle heloise

Malheur a qui n’a plus rien a desirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possede. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espere, et l’on n’est heureux qu’avant d’etre heureux. En effet, l’homme avide et borne, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a recu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu’il desire, qui le soumet a son imagination, qui le lui rend present et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et pour lui rendre cette imaginaire propriete plus douce, le modifie au gre de sa passion.

Mais tout ce prestige disparait devant l’objet meme ; rien n’embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ; on ne se figure point ce qu’on voit ; l’imagination ne pare plus rien de ce qu’on possede, l’illusion cesse ou commence la jouissance. Le pays des chimeres est en ce monde le seul digne d’etre habite, et tel est le neant des choses humaines, qu’hors l’Etre existant par lui-meme, il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas. Si et effet n’a pas toujours lieu sur les objets particuliers de n os passions. Il est infailible dans le sentiment

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commun qui les comprend toutes. Vivre sans peine n’est pas un etat d’homme ; vivre ainsi c’est etre mort. Celui qui pourrait tout sans etre Dieu, serait une miserable creature ; il serait prive du plaisir de desirer ; toute autre privation serait plus supportable.