La lecture tragique

La lecture tragique

Corrige de la dissertation « La lecture tragique » PREMIERE L et PREMIERE S2 : Voici le corrige du Devoir Maison sur la lecture tragique. POSSIBILITE DE PLAN : I / La lecture comme appropriation individuelle du texte A ) Lire est un acte individuel qui conduit a un plaisir. Mais quel plaisir? * Le plaisir de la decouverte est le plus repandu : il conduit le lecteur a entrer avec etonnement dans un univers inconnu. Le texte propose un depaysement qui fait sens. La tragedie classique, pour un lecteur de 2009, offre des points de vue exotiques qui permettent la decouverte : nous entrons au c? r de valeurs antiques et religieuses, nous suivons le deroulement d’une intrigue qui touche une famille royale, nous entrons dans le conflit interieur d’un heros qui fait face a son Destin, nous goutons une langue versifiee dont on doit decouvrir le lexique et la beaute. C’est un enjeu de taille de la lecture ignorante : par exemple, un lyceen n’est pas spontanement ouvert a la lecture tragique, il doit faire l’effort de la decouverte pour acceder au plaisir. Un jour la decouverte fonde la reference culturelle commune. Au lycee, lire Phedre ou Antigone c’est decouvrir ce

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que les generations passees ont deja decouvert. L’habitude du texte a suspense conduit a un plaisir de la recherche. Dans le recit policier, par exemple, le lecteur est pris par la main dans sa lecture par l’auteur qui cree pour lui une situation confortable : decouvrir le meurtrier ou la resolution de l’enigme est un enjeu du suspense et le lecteur sait que la fin du recit equivaut a la fin de son parcours de lecture. * Il n’existe pas UNE lecture mais DES lectures d’une meme ? uvre. L’individualite du lecteur prime sur la composition de l’histoire. Chaque lecteur amene, dans sa lecture, sa quete, l’objet de sa recherche.

Par exemple, un homme torture, dans sa vie reelle, par le sentiment de jalousie, sera fortement sensible au passage ou Phedre exprime la sienne : « Ah douleur non encore eprouvee … » Ce plaisir de la reconnaissance existe a chaque fois qu’il y a un echo entre notre vie banale et celle d’un heros. * Enfin, si l’on considere que la doctrine classique du XVIIe siecle emploie avec pertinence la catharsis aristotelicienne, on peut dire qu’il existe un plaisir de l’evitement : je lis Phedre pour me montrer, comme le pense Racine, que les passions sont nefastes et que la souffrance de l’heroine est odieuse.

Il s’agit d’une purgation des ames. Le plaisir de lire ces abominations nous empeche d’y succomber. B ) Lire une tragedie offre cependant des particularites liees a ses codes. Quelles particularites? * Les codes de composition permettent une passivite de la lecture etrange : le lecteur d’une tragedie sait ou il est, sait ou il en est, sait qui va mourir. Le lieu tragique, les etapes du recit (il sait par exemple reperer le n? ud), et l’issue fatale (la mort du heros) sont les reperes de sa lecture. L’expression de Barthes « je prends plaisir a m’entendre raconter » (avec la formule pronominale « m’entendre ») montre cette passivite.

Ne le nions pas : Le risque de l’ennui peut cependant guetter cette lecture. * La fameuse mort tragique equivaut a cette evidence : la tragedie est une histoire dont je connais la fin. Mais Barthes efface astucieusement ce qui fait sans doute le principal plaisir du lecteur : ce n’est pas arriver a la scene ou Phedre a bu le poison qui interesse le lecteur, ce sont les tourments qu’elle endure, tourments tres humains, meme si l’intrigue se fonde sur une inspiration purement mythologique qui le font vibrer.

On peut alors dire, selon les elements etudies precedemment que le lecteur ne decouvre pas, il recherche et il reconnait. * La lecture d’une tragedie est alors comme l’entree dans une activite ritualisee. Si la recherche et la reconnaissance fonctionnent, le lecteur est comme l’enfant qui ecoute le recit de ses contes preferes : il savoure un plaisir intime, a besoin de se retrouver dans les sentiments qui le construisent, fonde une erotomanie incommunicable. II / La lecture tragique : une perversite positive A ) Qu’est-ce que la perversite ? * c’est une pratique deviante (on agit dans le refus de la normalite.

Ici, Barthes entend qu’il est etrange, paradoxal et peut-etre anormal, de trouver son plaisir dans une lecture qui nie la decouverte). Il a sans doute raison puisque la seule decouverte est la saveur d’un style, l’habilete d’une metaphore, la grandeur d’une souffrance. Racine sait, lui aussi, que le plaisir du texte ne se trouve pas dans la morale (puisqu’une Phedre, coupable d’adultere et d’inceste est condamnee inexorablement par les Dieux et que chacun le sait) mais dans l’esthetique (la force et la beaute des paroles exprimees). Le lecteur est voyeur de langage. c’est un rite prive (on agit pour son propre plaisir. Ici, Barthes signale le lien intime qui existe entre le lecteur et sa lecture, comme s’il s’agissait d’un acte incomprehensible pour autrui). Deux lecteurs de Berenice ne trouveront pas le meme plaisir puisque c’est le lecteur qui apporte son plaisir : l’un confortera son opinion qu’il vaut toujours mieux suivre la raison d’etat et gouverner, l’autre pensera que gacher sa vie pour le pouvoir est atroce ! * c’est un rapport fausse a la verite (on sait la verite, mais on la met de cote, on la detourne de soi.

Ici, Barthes montre que « connaitre la fin » d’une tragedie ne detruit pas le plaisir. « Je sais bien… mais quand meme… », telle pourrait etre la devise du pervers) Le lecteur se met dans l’etat de celui qui ne reconnait pas ce qu’il connait, par pure desir du plaisir. Comme si le lecteur se disait : je sais qu’a ce moment, Phedre va avouer son amour honteux a Hyppolyte (moment que j’adore) mais je prefere attendre le passage pour le reconnaitre et vivre le miracle de la lecture qui m’invente une toute nouvelle verite.

B) Lire la tragedie se serait-il pas, finalement qu’un acte de connaissance de soi? * Car peu importe l’histoire que l’on raconte et l’enjeu fatal du recit. L’important est de trouver, dans cette lecture, la nourriture existentielle dont le lecteur a besoin. Il n’y a pas de curiosite malsaine dans la perversite evoquee par Barthes, il y a au contraire la satisfaction d’une quete. * En outre une ? uvre riche, une tragedie universelle, comporte des subtilites que jamais n’epuise la lecture. Etudier Phedre 10 fois, 15 fois, 100 fois, c’est encore decouvrir ! Bon travail. Ph. A.