L Histoire De France Pour Ceux Qui N Aiment Pas A Catherine Dufour

L Histoire De France Pour Ceux Qui N Aiment Pas A Catherine Dufour

CATHERINE DUFOUR L’Histoire de France pour ceux qui n’aiment pas ça MILLE ET UNE NUITS ISBN : 978-2-253-17536 2 « L’histoire de Franc C’est votre opinion ? or 272 ue our vous. Car l’histoire de France, en réalité, c’est mille ans de film d’action et je vais vous le prouver. La scène ? Elle est grande comme l’Europe. Le décor ? Des palais, des gibets, des bals masqués, des bûchers et des champs de bataille encore fumants. Le pitch ? Des rois fastueux chevauchent de défaite en victoire, escortés par des chevaliers sanguinaires, des ministres sournois, des moines déments et des reines etranglées.

Avec, en guest stars : une princesse qui collectionne dans des boîtes d’argent les cœurs de ses amants, un pape qui boit du sang de petit garçon, un vieux souverain qui gagne une guerre en saoulant toute l’armée ennemie, un jeune despote qui fait payer un sac d’or le droit de le regarder assis sur sa chaise percée et un fier guerrier bouilli dans un chaudron, comme un Accastillage Au premier abord, Fhistoire de France n’est pas facile ? raconter. Et pour cause : c’est toujours la même chose. Des rois, encore des rois, une bonne centaine de rois

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qui s’appellent presque tous Louis.

Alors, plutôt que de prendre cette histoire comme un ensum, prenons-la comme un voyage. Embarquons sur un beau trois-mâts fin comme un oiseau, et descendons le fleuve du temps en braquant nos jumelles sur les rives des siècles. Une croisière demande un peu de préparation. Commencez par dérouler sur la table cette carte IGN au 1/100 000e : « Histoire de France : de l’an zéro à l’an 2000 ». Cherchez un petit port nommé « An zéro tout en haut de la carte. C’est notre point de départ. Suivez du doigt le long fleuve qui le relie ? une métropole nommée « An 2000 en bas de la carte.

C’est notre arrivée. Voici notre Itinéraire : nous larguerons les amarres à « An éro » et le fleuve nous mènera rapidement à « An 500 Autant vous prévenir tout de suite : la côte est extrêmement brumeuse, nous ne verrons pas grand-chose. N’espérez pas entrevoir les rives de la France avec vos jumelles, elle n’existe pas encore. À « An 500 nous saluerons de loin le premier roi des Francs. Vous le connaissez, il s’appelle Clovis. Nous commencerons alors à sortir de la purée de pois. Mais lentement. Avis : entre « An 500 » et « An 1000 », il est fortement déconseillé de se baigner.

L’eau est pleine de sang. À hauteur de « An 800 nous verrons briller un phare ouge : c’est Charlemagne, drapé dans la pourpre impériale. une fois passé ce pha briller un phare Une fois passé ce phare, il faudra nous attendre à quelques attaques vikings. Puis nous attendrons les rapides de l’an Mil. LJn roi de France habite dans le coin, mais nous n’apercevrons qu’une silhouette perdue dans le brouillard. L’an Mil passé, la brume se levera encore un peu. Nous verrons, sur la côte, fleurir mille clochers blancs. Un peu plus loin, vers 1350, la rive verdoyante s’assombrira comme sous reffet d’un incendle.

Le mouillage y est fortement déconseillé : le pays est ravagé par la Grande Peste Noire. ? 1500, nous passerons l’écluse de la Renaissance. Laissant derrière nous les méandres du Moyen Âge, nous naviguerons enfin par temps clair, entre des berges bien maçonnées. À hauteur de 1800, nous croiserons un second phare rouge : c’est l’empereur Napoléon Ier. Notre port d’arrivée, l’an 2000, ne sera alors plus très loin. D’ailleurs, à partir de 1 900, je vous laisserai le gouvernail. Ce sera à vous de barrer. prêt à embarquer ? Avez-vous votre chapeau et vos jumelles ?

Alors allons-y . L’an zéro Que se passe-t-il en France, en l’an zéro ? À vrai dire, tout le monde s’en moque. La France s’appelle encore la Gaule et n’est qu’une des innombrables conquêtes du grand Empire romain. L’empereur Octave règne sur la France comme il règne sur toute l’Europe : de loin. De Rome. Octave a une bonne soixantaine d’années. Cest un petit homme chauve et pudique qui aime bien, de temps en temps, coucher avec la bonne. Il est arrivé sur le trône impérial t qui aime bien, de temps en temps, coucher avec la bonne.

II est arrivé sur le trône impérial très jeune, porté par un flot de sang : celui de Cicéron et de Brutus, de Marc-Antoine et de Cléopâtre et surtout, celui de César — oui, Jules César, l’homme qui a conquis la Gaule. Flash-back 6 Pendant que l’équipage déplie les voiles, venez avec moi. Nous allons jeter un coup d’œil sur le paysage en amont de l’an zero. La conquête de la Gaule par Jules César, une cinquantaine dannées avant l’an zéro, n’est pas une partie de plaisir. Car un chef gaulois met des bâtons dans les jambes des légionnaires romains : j’ai nommé Vercingétorix.

Vercingétorix est un jeune homme de bonne famille formé dans l’armée romaine. Une fois adulte, il retourne sa cuirasse et prend la tête de la résistance face à l’envahisseur romain. Sortez os jumelles et regardez-le, là-bas, qui caracole triomphalement à la tête de son énorme armée : il bat les Romains à Gergovie. Hélas, un peu plus tard, il est encerclé par les Romains et se retrouve enfermé dans le camp fortifié d’Alésia. Là, la taille de son armée se retourne contre lui : ses fiers guerriers n’ont emporté avec eux que trente jours de vivres.

Nous voilà quarante jours après le début du siège d’Alésia. Tournez vos jumelles par là : voyez-vous ce guerrier qui traverse le camp romain ? C’est encore Vercingétorix. Avec un certain panache, il se rend à César contre la promesse que les urvivants d’Alésia seront épargnés. César, qui a le sens de l’honneur mais pas du tout celui du panache, tient parole. Il épargne épargnés. César, qui a le sens de Ihonneur mais pas du tout celui du panache, tient parole. Il épargne les cinquante mille rescapés d’Alésia, mais c’est pour mieux les réduire en esclavage.

Quant ? Vercingétorix, il le fait jeter dans le Tullianum. Le Tullianum À l’époque, cette geôle romaine a déjà sept siècles. Appelée ensuite prison Mamertinel elle existe encore. Nous pouvons même la visiter. Elle est composée d’une salle souterraine et sinistre dont le sol est percé d’un trou. Ce trou donne sur une pièce encore plus souterraine et sinistre, en forme de bol renversé. C’est dans ce Pour la visiter, allez sur catherinedufour. net 7 trou que les prisonniers sont jetés, par ce trou qu’on fait descendre leurs repas.

Autant dire que Vercingétorix est enterré vivant. Il n’a pas trente ans. Il pourrit là-dedans pendant six années, le temps que César achève la conquête de la Gaule. Revenu à Rome, César organise son triomphe, un immense défilé où il exhibe prises de guerre, butin et prisonniers fameux. Vercingétorix est du nombre. Mais six ans dans un cul-de-basse-fosse ont sûrement eu aison de la raison du chef gaulois, et César ne peut montrer à la foule romaine qu’un vieillard fou et aveugle. Ensuite, Vercingétorix est reconduit au Tullianum et étranglé.

Ou peutêtre est-il égorgé en public ? Son corps est probablement jeté aux Gémonies. C’est un immense escalier dans lequel les Romains abandonnent aux rats les cadavres des suppliciés. Retournons sur notre bateau. Ruines Aidez-moi à tirer la passerelle, Sil vous plait. Nous quitterons bientôt l’an zéro, le début de l’histoire de France. Ce début se perd dans la fin de l’histoire de l’Empire romain. En ait, tous les pays d’Europe ont été construits sur les ruines de l’Empire romain. Il va bien falloir, avant d’appareiller, que nous regardions un peu ces ruines qui nous entourent.

L’Empire romain Pour décrire brièvement l’Empire romain, disons que pendant mille ans, de -500 à +500, ses légionnaires en jupette ont conquis l’Europe, le nord de l’Afrique et le Proche-Orient. Leur tactique de conquête est toujours la même : ils déferlent sur une région, crucifient les rois locaux et installent leurs propres dirigeants. Ils épargnent la population pourvu qu’elle paie l’impôt et partent faire main basse sur la région voisine. Derrière eux, les Romains laissent des routes, des aqueducs, des relais de poste, une administration et surtout, la paix.

La paix romaine, la pax romana. Mille ans de paix, on n’avait jamais vu ça en Europe. On ne l’a pas revu depuis. Mais en l’an zéro, l’Empire romain est devenu énorme. Il commence lentement à étouffer sous son propre poids, comme une baleine échouée sur une plage. Une armée de petits crabes se précipite alors du fin fond de l’Europe pour achever la baleine : les « barbares Il faut savoir que les Romains appellent « barbares » tous ceux qui ne sont pas romains, ce qui fait beaucoup de monde. On se souvient de certains de ces peuples barbares, le plus souvent parce que monde. ouvent parce que leur nom est devenu une injure : Vandales ! Ostrogoths ! On se souvient aussi des guerriers huns menés jusqu’au pied des murs de paris par Attila. Celui-ci clame fièrement : « Là où mon cheval passe, l’herbe ne repousse pas ! » Sur ces grandes paroles, il meurt d’un petit saignement de nez. On se souvient surtout des guerriers francs menés par Clovis. Les Francs Un peu avant l’an 500, le peuple Franc commence à émerger des brumes épaisses de l’histoire. Cette tribu est restée longtemps soumise aux Romains, ce qui ui a permis de prospérer au lieu de se faire inutilement massacrer. ? la chute de l’Empire romain, les Francs sont en bonne position pour s’emparer des terres qui leur plaisent et ils en profitent. En l’an 500, un certain Clovis est sur le trône franc. Le grand-père de ce Clovis s’appelait Mérovée, ce qui permet ? Clovis d’appartenir à la lignée des rois dits mérovingiens. L? s’arrête tout l’intérêt de ce Mérovée, dont on ne sait absolument rien. Mais grâce à lui, je vais pouvoir introduire une notion fondamentale : pour les hommes de ce temps, appartenir à une lignée est extrêmement important. Toute la valeur d’un homme vient de sa famille.

Cette importance du sang restera inchangée pendant plus de mille ans. L’an 500, c’est aussl le moment où une nouvelle religion prend de l’ampleur. Elle se nomme christianisme. Elle a été lancée au le siècle par Paul de Tarse, un citoyen romain de petite santé mais de grande ardeur. En quelques siècl Paul de Tarse, un citoyen romain de petite En quelques siècles, le christianisme est devenu la religion officielle des puissants. Voilà encore une notion capitale : [‘histoire des rois de France se confond avec celle de la religion chrétienne.

Les rois de France seront tous extrêmement pieux, passant une bonne partie de leur existence à la messe. Vous ne comprendrez rien à leur comportement si vous oubliez ce détail. Et maintenant, hissez haut ! 10 Début de croisière 500, Clovis Nous avons largué les amarres. Les côtes de France commencent à défiler sous nos yeux. Regardez la rive en l’an 500 : voilà Clovis, assis sur le trône franc. Il y est monté ? l’âge de quinze ans. C’est un roi conquérant. C’est aussi un homme peu commode, si on en croit le chroniqueur Grégoire de Tours.

Tournez vos jumelles dans la direction que nous indique Grégoire le chroniqueur : c’est celle d’une ville nommée Soissons. Clovis et ses hommes viennent de gagner une bataille. Nous sommes au moment du partage du butin. Chaque combattant, Clovis compris, a droit à une part tirée au sort. Mais Clovis demande qu’on lui donne, en plus, un beau vase. Un soldat crie à l’injustice. Et même, ivre de rage, il brise le vase d’un coup de hache ! Clovis ne dit rien. Après tout, le soldat est dans son droit.

Un an après, alors qu’il passe ses troupes en revue, Clovis se retrouve face à face avec le soldat. Il lui arrache ses armes et les jette à terre en prétextant al entretenues. Le ette à terre en prétextant qu’elles sont mal entretenues. Le soldat se penche pour les ramasser. Alors Clovis lui fracasse la tête d’un coup de hache en hurlant : « Souviens-toi du vase de Solssons ! » Après tout, il est dans son droit. punir les mauvais soldats en leur enfonçant une hache dans la tête est le devoir de tout bon chef de guerre.

Rancunier jusqu’au bout, Clovis ordonne qu’on laisse le corps pourrir sur place. On en viendrait à plaindre l’épouse d’un homme pareil. Mais celle-ci, Clotilde, est issue d’une famille un peu particulière… Clotilde 12 L’oncle de Clotilde a assassiné le père de Clotilde, puis il a eté la mère de Clotilde dans un fleuve avec une grosse pierre autour du cou. Ensuite, il a adopté Clotilde. La jeune femme a donc pris très tôt l’habitude de vivre avec des hommes mal embouchés. Clotilde est de religion chrétienne.

Elle incite son mari à se convertir. La chronique dit que Clovis commence par accepter, puis revient sur sa décision le jour où son fils Ingomer meurt dans sa robe de baptême. Mais il accepte pour de bon le jour où, perdu au milieu d’une bataille mal engagée, il invoque le dieu de Clotilde et gagne. En ce temps, perdre un enfant est beaucoup moins grave que perdre une bataille. Clovis se fait baptiser par l’évêque de Reims, Rémi, à qui ce bon tour vaudra de devenir saint Rémi. Mais chut ! Écoutons la cérémonie.

Tout en répandant de l’eau sur le front de Clovis, l’évêque prononce la célèbre phrase : « Adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. » puis, comme il est sur place, il b Puis, comme il est sur place, il baptise trois mille guerriers francs. Mais tâchons d’apercevoir, au-delà des jolies égendes de la chronique, la réalité politique il est probable que, en se convertissant, Clovis veuille s’allier à la nouvelle puissance romaine. Avec le déclin de l’autorité impériale, l’autorité ecclésiastique demeure la seule à laquelle se raccrocher.

Clovis passe le reste de son existence, qui n’excède pas quarante-cinq ans, à faire la guerre et à assassiner sa famille, ce qui n’a rien d’exotique pour un Mérovingien. Après Clovis Clovis finit sa vie à la tête d’un royaume qui n’épouse que de très loin les frontières de la France actuelle. Si vous voulez vous faire une idée, saisissez l’Hexagone à deux mains et ôtez-lui la Bretagne. Puis rabotez son flanc est jusqu’à Narbonne, Lyon, Dijon et Strasbourg. Enfin, prolongez-le au nord jusqu’? 13 Cologne et Bbnn. Vous y êtes.

La France de Clovis a davantage l’allure d’une banane allemande que d’un hexagone. Clovis lègue son royaume à ses quatre fils. L’après-Clovis est donc un inconcevable défilé de Caribert, de Childebert, de Childéric et de Chilpéric. Ils épousent chacun un nombre considérable de femmes prénommées Marcatrude, Gondioque ou Sprote. Il en résulte une horde de petits rois mérovingiens qui s’entr’assassinent avec ardeur pendant trois siècles sur les frontières de pays dont nous n’avons plus idée. Regardez par là ! La pauvre Clotilde elle-même voit deux de ses fils sur le point d’exécuter deux de se PAGF OF