John Green Nos Toiles Contraires

John Green Nos Toiles Contraires

Design de couverture : Rodrigo Corral L’édition originale de ce livre a été publiée pour la première fois, en 201 2, par Dutton Books, sous le titre The Fault in Our Stars. @ 2012 par John Green Tous droits réservés pour tout ou partie de l’œuvre Publié avec l’autorisation de Dutton Children Books, une division de Penguin Young Readers Group, membre de Penguin Group (USA) Inc. Tous droits réservés pour les extraits de poèmes cités dans to nextÇEge l’ouvrage Traduction française or 298 Loi no 49-956 du 16j et . eunesse. « Cette œuvre est pr réservée à l’usage priv du client. Toute France), 2013 ians destinées à la ur et strictement reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. ? ISBN 978-2-09-254308-5 2 NOS ÉTOILES CONTRAIRES John Green Traduit de l’anglais (États-Unis) par Catherine Gibert descendre, entraînant tout sur son passage. Qui ça ? demanda Anna. –

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L’océan, répondit Monsieur Tulipe. Enfin, l’océan et le temps. Une impériale affliction – Peter Van Houten Note de l’auteur Plus qu’une note de l’auteur, il s’agit d’une simple petite précision : ce livre est une œuvre de fiction. Ni les romans ni leurs lecteurs ne gagnent à ce que fon cherche ? savoir si des faits réels se cachent derrière une histoire.

Ce genre de tentative sape l’idée que les histoires inventées peuvent avoir de l’importance, ce qui est pourtant un des postulats fondamentaux de notre espèce. Je compte sur vous pour ne pas l’oublier. 6 Chapitre un L’année de mes dix-sept ans, vers la fin de l’hiver, ma mère a décrété que je faisais une dépression. Tout ça parce que je ne sortais quasiment pas de la maison, que je traînais au lit ? longueur de journée, que je relisais le même livre en boucle, que je sautais des repas et que je passais le plus clair de mon immense temps libre à penser à la mort.

Quoi qu’on lise sur le cancer (brochures, sites Internet ou autres), on trouvera toujours la dépression parmi les effets secondaires. Pourtant, la dépression n’est pas un effet second que je nageais en pleine dépression, une dépression tétanisante out ce qu’il y a de plus clinique. Conclusion : il fallait modifier mon traitement, et je devais m’inscrire à un groupe de soutien hebdomadaire. Le groupe mettait en scène des personnages plus ou moins mal en point et sa composition changeait régulièrement. Pourquoi changeait-elle ? C’était un effet secondaire de mourir.

Inutile de préciser que ces séances étaient déprimantes au possible. Elles avaient lieu tous les mercredis dans la crypte en forme de croix d’une église épiscopale aux murs de pierre. On s’asseyait en cercle au centre de la croix, là où les deux morceaux e bois auraient dll se croiser : pile où le cœur de Jésus aurait dû se trouver. Je le savais parce que Patrick, l’animateur, qui était aussi la seule personne du groupe ? avoir plus de dix-huit ans, nous bassinait à chaque réunion avec le cœur de Jésus, au centre duquel nous, jeunes survivants du cancer, étions littéralement reums.

Voilà comment ça se passait au cœur du cœur de Dieu : notre groupe de six, sept ou dix arrivait à pied ou en chaise roulante, piochait dans un malheureux assortiment de biscuits et se sentait un verre de limonade, avant de prendre place dans le ercle de la vérité et d’écouter Patrick débiter pour la millième fois le récit déprimant de sa vie – comment il avait eu un cancer des testicules et aurait dû en mourir, sauf qu’il n’était pas mort et que maintenant il était même un adulte bien vivant qui se tenait devant nous dans la c pas mort et que maintenant il était même un adulte bien vivant qui se tenait devant nous dans la crypte d’une église de la 137e ville d’Amérique la plus agréable à vivre, divorcé, accro aux jeux vldéo, seul, vivotant du maigre revenu que lui rapportait l’exploitation de son passé de super- ancéreux, futur détenteur d’un master ne risquant pas d’améliorer ses perspectives de carrière, et qui attendait, comme nous tous, que l’épée de Damoclès lui procure le soulagement auquel il avait échappé des années plus tôt quand le cancer lui avait pris ses couilles, mais avait épargne ce que seule une âme charitable aurait pu appeler « sa vie b. ET TOI AUSSI, TLI peux AVOIR CETTE CHANCE ! Après quoi, chacun se présentait : nom, âge, diagnostic et humeur du jour.

Je m’appelle Hazel, avais-je dit quand mon tour était arrivé. J’ai seize ans. Cancer de la thyroide à l’origine, ais mes poumons sont truffés de métastases depuis longtemps. Sinon ça va. l_Jne fois que tout le monde avalt décliné son pedigree, Patrick demandait toujours si quelqu’un voulait partager son expérience avec les autres. S’ensuivait une séance de masturbation collective censée nous remonter le moral : tout le monde racontait ses batailles, ses victoires, ses psys et ses scanners. On pouvait aussi parler de la mort, ce qui est à mettre au crédit de Patrick. Mais la plupart des participants n’allaient pas mourir. Ils deviendraient des 7 adultes, comme Patrick. Ce qui sienifiait que la co ude, chacun voulant (Ce qui signifiait que la compétition était rude, chacun voulant non seulement vaincre le cancer, mais ses petits camarades aussi. J’ai bien conscience que c’est irrationnel, mais quand on vous annonce que vous avez, disons, vingt pour cent de chances de vivre encore cinq ans, vous vous livrez à un rapide calcul et vous arrivez à la conclusion que ça fait une personne sur cinq… alors vous regardez autour de vous et vous vous dites, comme toute personne saine d’esprit : je vais gratter quatre de ces tocards. ) Le seul partlcpant qui rendait ces séances supportables s’appelalt Isaac, un maigrichon au visage long, aux cheveux raides et blonds qui lui cachaient un œil. Car le problème d’Isaac, c’étaient les yeux. Il avait un cancer improbable de Pœil.

Son premier œil lui avait été retiré quand il était petit et, maintenant, il portait des lunettes avec des verres super épais, qui lui faisaient des yeux énormes (le vrai comme le faux), si bien que sa tête semblait se réduire à deux soucoupes au regard intense. Les rares fois où Isaac avait « partagé son expérience » avec le groupe, j’avais compris qu’une rechute menaçait de lui faire perdre son deuxième œil. Isaac et moi communiquions par soupirs interposés. Chaque fois que quelqu’un parlait de régime anticancéreux ou de sniffer de l’aileron de requin en poudre ou de je ne sais quel remède miracle, il se tournait vers moi et laissalt échapper un microscopique soupir. Et je lui répondais de la même façon, en secou laissait échapper un microscopique soupir.

Et je lui répondais de la même façon, en secouant la tête en même temps. Tout ça pour dire que j’en avais marre de ce groupe et qu’au bout de quelques semaines je me suis mise à freiner des quatre fers pour y aller. En fait, le ercredi où j’ai fait la connaissance d’Augustus Waters, je m’étais même démenée pour me désinscrire. Assise sur le canape avec ma mère, je regardais la troisième manche de la dernière saison de Top Model USA rediffusée en intégralité au cours d’un marathon de douze heures. Oui, je le reconnais, j’avais déjà vu tous les épisodes, mais je les re-regardais quand meme_ Moi : Je refuse d’aller au groupe de soutien.

Maman : Un des symptômes de la dépression est de ne plus avoir envie de faire quoi que ce soit. Moi : Je ren supplie, laisse-moi regarder Top Model USA. C’est une activité. Maman : Regarder la télévision est une activité passive. Moi : Maman, s’il te p aît. Maman : Hazel, tu n’es plus une petite fille. Il faut que tu te fasses des amis, que tu sortes de la maison, que tu vives ta vie. Moi : Dans ce cas, ne m’oblige pas à aller au groupe de soutien. Achète-moi plutôt une fausse carte d’identité pour que je puisse aller en boite, boire de la vodka et prendre de l’herbe. Maman : pour commencer, l’herbe ne se « prend » pas. Moi : Tu vois, c’est le genre de trucs que je saurais si j’avais une fausse carte d’identité.

Maman : Tu vas au groupe de soutien. Point final. 8 Tu vas au groupe de soutien. Point final. Moi : AAAAAAAAAAAAAH ! Maman : Hazel, tu mérites de vivre ta vie. Ça m’avait cloué le bec, même si je ne voyais pas le rapport entre la fréquentation d’un groupe de soutien et le fait de vivre ma vie. Bref, j’ai accepté, après avoir négocié le droit d’enregistrer l’épisode et demi de TMIJ que j’allais rater. Je suis allée au groupe de soutien pour la même raison qui m’avait déjà poussée ? accepter d’être empoisonnée par des produits chimiques aux noms exotiques administrés par des infirmières formées en moins de dix-huit mois : faire plaisir ? es parents.

La seule chose qui craint plus que de mourir d’un cancer à seize ans, c’est d’avoir un gosse qui meurt d’un cancer. Maman s’est garée dans l’allée en arc de cercle à l’arrière de l’église à 16 h 56. J’ai tripoté ma bombonne d’oxygène, histoire de gagner du temps. – Tu veux que je la porte ? – Non, ça va aller, ai-je dit. Cette bombonne cylindrique de couleur verte ne pesait que quelques kilos et, de toute façon, j’avais un petit chariot métallique à roulettes pour la trimballer partout derrière moi. Elle m’alimentait en oxygène à raison de deux litres par minute via ne canule, un tube transparent qui se divisait en deux à la naissance de mon cou, passait derrière mes oreilles et se rejoignait sous mes narines.

Ce bidule m’était indispensable car mes poumons étaient hors service. – Je t’aime, m’a-t-elle dit q rtie de la voiture. m’a-t-elle dit quand je suis sortie de la voiture. – Moi aussi, Maman. On se retrouve à 18 h. – Essaie de te faire des amis ! a-t-elle lancé par la vitre baissée alors que je m’éloignais. Je ne voulais pas prendre l’ascenseur, parce que, au groupe de soutien, prendre l’ascenseur signifiait qu’on était dans la phase Derniers Jours. Je suis descendue par l’escalier, j’ai pris un biscuit, je me suis servi de la limonade dans un gobelet en carton et je me suis retournée. Un garçon me regardait. J’étais certalne de ne ravoir jamais vu auparavant.

Grand, musclé, tout en longueur, il semblait immense comparé à la petite chaise d’écolier sur laquelle il était assis. Les cheveux acajou, raides et courts. Il devait avoir mon âge, un an de plus peut-être, il se tenait mal, au bord de sa chaise, une main à moitié enfoncée dans la poche de son jean noir. J’ai détourné les yeux, soudain consciente de ne pas être à la auteur. Je portais un vieux jean autrefois moulant mais qui flottait maintenant à des endroits bizarres, plus un T-shirt jaune, le -shirt d’un groupe que je n’écoutais même plus. Sans parler de mes cheveux. Ils avaient beau être courts, un coup de peigne ne leur aurait pas fait de mal.

Et pour couronner le tout, j’avais des joues de hamster, un effet secondaire du traitement. J’avais un corps plutôt bien proportionné, mais un ballon en guise de tête. Et je vous épargne mes chevilles d’éléphant. Je lui ai néanmoins jeté un coup Il me regardait toujours. J’ai compris alors ce qu Je lui ai néanmoins jeté un coup d’œil. Il me regardait toujours. J’ai compris alors ce que veulent dire les gens quand ils parlent de courant qui passe par le 9 regard. J’ai rejoint le cercle et je me suis assise à côté d’Isaac, à deux places du garçon en question. Je lui ai jeté un nouveau coup d’œil. Il me regardait Je dois préciser quelque chose : il était canon.

Si un garçon pas canon ne vous quitte pas des yeux, au mieux, c’est bizarre, au pire, c’est une forme d’agressivité. Mais un garçon canon… J’ai sorti mon portable pour voir l’heure : 16 h 59. D’autres malchanceux âgés de douze ? ix-huit ans ont rejoint le cercle, puis Patrick nous a mis en jambes avec la priere de la sérénité : Mon Dieu, donne-moi la Sérénité d’accepter les choses que je ne puis changer. Le Courage de changer les choses que je peux et la Sagesse d’en connaître la différence. Le garçon me regardait toujours. J’ai failli rougir. Pour finir, j’ai décidé que la meilleure stratégie était de le regarder aussi.

Après tout, les garçons n’ont pas le monopole en la matière. J’ai levé les yeux vers lui au moment où Patrick faisait état de son absence de couilles pour la millième fois et ientôt, entre le garçon et moi, ce fut à qui flancherait le premier. Après quelques instants, il a souri et a fini par détourner les yeux, qu’il avait très bleus. Quand il m’a regardée à nouveau, je lui ai fait comprendre d’un mouvement de sourcils que « ‘avais a né. Il a les épaules. Pa vi, puis le mo mouvement de sourcils que j’avais gagné. Il a haussé les épaules. Patrick a poursuivi, puis le moment des présentations est arrivé. – Isaac, tu veux peut-être commencer.

Je sals que tu traverses un moment difficile. Exact, a répondu Isaac. Je m’appelle Isaac. J’ai dix-sept ans. Et je ais passer sur le billard d’ici quelques semaines. Après quoi, je serai aveugle. Je ne vais pas me plaindre, pas mal d’entre vous en bavent encore plus que moi, mais être aveugle, ça craint un peu, quand même. N’empêche, j’ai une copine qui m’aide et des amis, comme Augustus. Il a fait un signe de tête vers le garçon, qui avait désormais un prenom. – On ne peut rien y faire, a conclu Isaac, les yeux fixés sur ses doigts entrelacés qui formaient comme un tipi. – On est avec toi, Isaac, a dit Patrick. Faisons-le savoir à Isaac !

Sur ce, tout le monde a entonné d’une voix monocorde : – On est avec toi, Isaac. Celui qui a pris la parole ensuite s’appelait Michael. Il avait douze ans et il était leucémique, il ravait toujours été. Et il allait bien. (Du moins, c’est ce qu’il prétendait. Il avait pris l’ascenseur. ) Lida avait seize ans et elle était assez mignonne pour attirer le regard du garçon canon. C’était une habituée, en longue rémission d’un cancer de l’appendice, dont j’ignorais l’existence avant qu’elle en parle. Lida a déclaré, comme chaque fois qu’elle venait, qu’elle se sentait forte – facile à dire quand on n’a pas un truc dans le nez qui vous chatouille les narines en permanence. Il restait cinq PAGF OF