Islam et christianisme

Islam et christianisme

Centre de Recherche et d’Action pour la Paix Tel. (225) 22 40 47 20 – Fax (225) 22 44 84 38 Les vendredis du CERAP 15 juillet 2005 Conference publique sur le theme Chretiens et musulmans dans une societe pluraliste Par Djiguiba CISSE Imam de la grande mosquee du Plateau, directeur de Radio Al Bayan et Serge LOROUGONON, jesuite Les Vendredis du CERAP, 15 juillet 2005 1 I. Contribution de l’Imam Cisse Djiguiba Contribution de l’Imam Cisse Djiguiba Mesdames et messieurs, je vous salue, le salut de la paix. Que Dieu nous benisse tous.

Je voudrais, d’entree de jeu, remercier le directeur du CERAP et son personnel pour l’amitie qu’ils me font en m’associant a cette rencontre et a d’autres qui ont eu lieu precedemment. C’est sincerement par rapport a ces liens que j’ai accepte de venir combler un vide, celui de l’absence de l’Imam Dosso qui s’est rendu au village au chevet de son pere. Il m’etait donc difficile de refuser de venir representer un courant de pensee, d’action et ainsi participer a ce forum d’echange pour m’enrichir moi-meme de ce que dira notre frere Lorougnon et qu’ensemble, dans le debat, nous puissions nous comprendre.

Cela dit, le theme tel qu’il est propose, m’interesse aussi pour une deuxieme raison. Pendant six mois, j’ai ete regulierement appele par des eglises ou des freres de certaines eglises dans le cadre du dialogue islamo-chretien, ou l’intitule est « Paix et Justice dans la religion ». Cela nous a conduits dans trois eglises pour echanger et presenter a notre public les points de vue des uns et des autres. De mon experience de ces quinze dernieres annees ou je me suis implique dans le dialogue islamo-chretien, je pense que nous partageons beaucoup plus de choses ensemble que nous n’avons de differences.

Cela m’a amene a formuler un point de vue : les religions revelees, particulierement l’Islam et le christianisme, ont 90% de ressemblances et les differences tiennent entre 5 et 10%. Si nous pouvons travailler dans le champ social a la connaissance et la comprehension d’un certain nombre de problemes a resoudre dans nos societes – les problemes socio-politiques et culturels, l’education des enfants, la delinquance et bien d’autres choses, le sida et tout autre fleau -, nous pourrons nous donner la main pour changer en bien le visage de nos societes et faire en sorte que nous puissions aller vers un monde meilleur.

Je viens donc de mettre deja le pied dans le plat en disant que Christianisme et Islam vivent dans une societe pluraliste. Cela m’amene dans un premier temps a vous presenter ce que c’est que l’Islam et dans un deuxieme temps a definir le role de la religion dans nos societes modernes, la societe laique telle qu’elle est en Cote d’Ivoire, en fait ce que l’Islam entend jouer comme role au cote des autres confessions religieuses en Cote d’Ivoire pour un monde meilleur, un monde de paix, pour une cohabitation pacifique.

Et nous allons dans un dernier temps conclure en donnant quelques pistes de reflexion et d’actions a entreprendre ensemble pour que ce que nous disons theoriquement puisse veritablement s’appliquer dans nos societes. I. Qu’est-ce que l’Islam ? Le mot Islam est un mot qui, en arabe, signifie obeissance et soumission a Dieu. Islam signifie egalement paix et cette paix est etablie par rapport aux relations vis-a-vis de Dieu, Allah.

Cela confere a l’homme une paix interieure et une paix, au plan horizontal, avec toutes les especes animales, vegetales et minerales car l’homme vit au milieu de tout cela et ses relations avec son environnement sont etablies de telle sorte que le Seigneur des mondes nous dit « faites cela pour votre bonheur ici-bas et votre bonheur dans l’au-dela, evitez de faire cela, de poser tel acte pour que vous puissiez aussi avoir une existence facile ici et avoir l’agrement de Dieu dans l’au-dela. Cette definition est importante parce que nous croyons en Islam que, depuis Abraham en passant par Moise et bien d’autres envoyes, dont Jesus, -paix et salut de Dieu soit sur eux tous-, tous les envoyes de Dieu n’ont professe que la paix et cette paix qui est l’essence de l’Islam a ete une preoccupation de tous ceux qui ont preche a travers les livres saints que ce soit les psaumes de David, que ce soit la Torah revelee a Moise, que ce soit l’Evangile donnee a Jesus. Dans tous ces ecrits, il n’y a essentiellement que les recommandations de se soumettre a Dieu, de suivre les enseignements et les recommandations qui y sont contenus.

Pour quelles raisons ? En signe non seulement de montrer a l’homme que Celui qui l’a cree sait son fonctionnement. C’est comme quelqu’un qui a concu une voiture. Il dit, mettez l’eau ici, mettez l’huile la, mettez l’essence Les Vendredis du CERAP, 15 juillet 2005 2 II. L’Etat au service de la vie, de la liberte et de la solidarite, par la volonte des hommes a tel endroit. Si vous mettez l’essence a la place de l’huile, l’engin ne partira pas. Il en va de meme de Dieu qui nous a crees et qui nous parle a travers les livres saints cites un peu plus haut, y compris le Coran.

Pour notre createur, le mode d’emploi est le livre saint : Faites cela pour votre bonheur, pour votre existence heureuse et evitez cela pour que vous puissiez etre en bonne sante en tant qu’individu ontologiquement mais aussi en tant que societe pour que votre cohabitation soit facile et que cette cohabitation se fasse egalement de facon paisible, de facon agreable. C’est cela la definition de l’Islam. II. Les rapports de l’Islam avec les autres religions Le deuxieme point que je voudrais aborder est le rapport que l’Islam etablit avec les autres religions, principalement, le Judaisme et le Christianisme.

Pour moi, il s’agit de la paix, fruit de la tolerance. L’Islam ne defend pas d’etre juste et bon envers le non musulman et meme les idolatres . L’Islam porte une attention particuliere aux juifs et aux chretiens qui vivent parmi les musulmans ou non. Le Coran les appelle les « gens du livre » et il dit : « Oh vous qui avez recu le livre ». Le Coran indique ainsi que ceux-la sont les adeptes d’une religion revelee par Dieu. Il y a donc entre eux et les musulmans, des liens de parente symbolises par les regles de base de la religion que Dieu a envoyee a tous.

A travers ces prophetes, il vous a ouvert en matiere de religion une voie qu’il avait recommandee a Moise, a savoir pratiquer correctement la religion et ne pas en faire un sujet de division et de diversion. Les musulmans, en ceci, sont obliges et sont tenus de croire au livre de Dieu dans sa totalite, ainsi qu’a tous les messagers de Dieu. Leur foi ne s’affirme que de cette facon. « Dites, nous croyons en Dieu en ce qui nous a ete revele par le Coran, a ce qui a ete revele a Abraham, Ismael, Jacob et aux douze tribus, a ce qu’ont recu Moise et Jesus et a ce qu’ont recu les prophetes de leur Seigneur.

Nous ne faisons aucune distinction entre eux et a Dieu, nous sommes soumis ». Vous trouverez cette citation dans la sourate de la vache. A la fin de la sourate, ce chapitre est consacre a cette ouverture d’esprit que le musulman doit avoir vis-a-vis du non musulman et vis-a-vis du chretien et du juif en particulier. Quand les gens du livre lisent le Coran, ils y trouvent l’eloge de leur livre, de leurs messages et de leurs prophetes. Quand les musulmans discutent avec les gens du livre, qu’ils evitent toute polemique blessante et inspiratrice de haine.

Le Coran nous dit : « Appelez les gens du livre a la voie de Dieu par la sagesse et la bonne exhortation. Discutez avec eux de la meilleure maniere ». Les rencontres, les disputes entre le musulman et le non musulman, le chretien et le juif, doivent se faire dans la modestie, la franchise et surtout le respect du au fait que nous partageons beaucoup de choses ensemble et que nos differences ne tiennent qu’en peu de choses. L’Islam permet de manger avec les gens du livre et de manger ce qu’ils ont egorge.

Si l’Islam a interdit que le musulman mange ce qui n’est pas egorge, par contre lorsqu’un chretien ou un juif egorge un animal, le musulman ne doit plus avoir de doute, automatiquement il doit manger la viande et la nourriture preparee par un juif ou par un chretien. L’Islam permet d’avoir avec eux des alliances, d’epouser une des leurs tout en sachant ce que le mariage implique comme cohabitation, amour et tendresse. Dieu a dit a ce sujet, « la nourriture de ceux qui ont recu le livre vous est licite.

On vous a permis des femmes chastes parmi les croyantes et les femmes chastes parmi ceux qui ont recu le livre avant vous ». Donc, chers freres et s? urs, ainsi, il y a une necessite de dialogue et de cooperation avec nos freres et nos s? urs chretiens. De nos jours, le dialogue est aussi bien une necessite qu’un moyen voire meme une finalite. Il implique l’oubli des diverses disparites religieuses et le depassement des pratiques erronees et des attitudes hostiles que l’on voit souvent par ignorance se manifester dans les discours et les comportements de certaines personnes.

Par cette demarche positive visant le rapprochement, les religieux n’ont pas cesse de precher l’invite a developper le potentiel commun a toutes les religions revelees. Celles-ci sont en effet traversees de finalites vitales inspirees de la loi divine qui vise la preservation de l’homme Les Vendredis du CERAP, 15 juillet 2005 3 et la sauvegarde de sa dignite et qui l’assistent pour qu’il s’acquitte convenablement de la mission qui lui incombe a savoir la lieutenance que Dieu lui a conferee sur la terre.

Donc, ici, chers freres et s? urs, encore une fois, il y a une attitude, un comportement qui est dicte au musulman et au non musulman. Ainsi, pour que le dialogue soit fructueux et donne des resultats a la mesure des exigences de l’ere contemporaine et des risques qui attentent a la vie de l’homme, il conviendrait d’initier par une demarche decisive capable de realiser deux objectifs principaux a savoir : – la propagation de la conception religieuse africaine a l’homme, a l’univers et a la vie.

Cette conception tient du fait que l’homme est honore par Dieu qui l’a cree dans la forme la plus parfaite. Il lui a insuffle son ame, l’a pourvu de bonnes choses, lui a assujetti l’univers et tout son contenu. Il lui a favorise l’acces a beaucoup de secrets de Dieu en le dotant des bienfaits de l’intellect et de la science puis il lui a donne la charge de sa succession sur la terre. Une telle responsabilite implique des droits et des obligations que l’homme se doit de proteger et de preserver de l’abus pour que la vie se perpetue suivant la volonte de Dieu.

Cette volonte supreme vise a eprouver la bonne action de l’homme dans son propre interet et celui d’autrui, et de l’univers dont la sauvegarde et la protection lui incombent ; – l’enracinement de la foi a partir de cette meme conception religieuse. Cette foi implique une croyance ferme basee sur la profession de l’unicite de Dieu et la reconnaissance de sa magnificence et de la suprematie de sa volonte. Elle induit egalement l’observance des commandements du Tres Haut dans la gestion des affaires des individus et des communautes a travers des prescriptions et des prohibitions qui mettent en application la volonte et la justice de Dieu.

Cela dit, il s’agit de vivre ensemble dans une societe plurielle, plurielle etant entendu ici comme societe a la fois composee de differentes confessions religieuses mais aussi composee d’ethnies diverses, de tribus diverses et de races diverses et de couleurs differentes. La, le Coran nous interpelle en nous disant : « O, vous qui etes croyants, nous vous avons crees d’un homme et d’une femme, nous vous avons ensuite repartis en peuples et en tribus afin que vous vous connaissiez mutuellement.

Le meilleur parmi vous est le plus pieux ». Ainsi donc, sociologiquement, Dieu nous rappelle que nous sommes dans une societe plurielle dans laquelle les couleurs, les tribus, les ethnies, les confessions religieuses ou les croyances sont differentes les unes par rapport aux autres. Mais aucune de ces differences ne doit etre prises comme objet de superiorite d’une race sur une autre, d’une ethnie sur une autre et d’une culture sur une autre. Dieu nous dit ici : le meilleur parmi vous est celui qui le craint le plus.

Il n’a pas dit le meilleur parmi vous est le musulman, ou le chretien, ou le juif ou celui qui croit en autre chose. Mais le meilleur parmi vous est celui qui craint Dieu le plus. Cette crainte est definie en rapport a des vertus qu’il faut cultiver. Ces vertus sont la tolerance et le fait de savoir que nous appartenons a une meme famille. Nous avons un pere commun qui est Adam et sur le plan religieux, nous nous referons tous a Abraham comme etant le pere du monotheisme. Partant de cela, comment donc nous, en tant que religieux en Cote d’Ivoire, devons vivre ?

III. La contribution de l’Islam a la paix en Cote d’Ivoire Cette question me parait assez fondamentale parce que lorsque je lis certaines affiches publicitaires aux coins des rues, je ne suis pas etonne de voir ecrit : « La Cote d’Ivoire, patrie de Jesus ». Pendant les evenements du mois de novembre dernier 2004 tous ceux qui passaient a la television disaient que Jesus fera la paix en Cote d’Ivoire. En tant que musulman, cela n’est meme pas une source de frustration a partir du moment ou le musulman, non seulement respecte Moise et Jesus, mais venere Marie.

Si le message de Jesus en tant que message de paix est entendu par les musulmans et les chretiens et Les Vendredis du CERAP, 15 juillet 2005 4 meme par les paiens en Cote d’Ivoire, nous ne serions pas en guerre. Si la parole, une seule parole de paix de Jesus, de Moise, d’Abraham et du prophete Mahomet est comprise par les populations ivoiriennes, nous ne serions pas dans la situation ou nous sommes. C’est parce que nous nous sommes plutot eloignes de ce que nous promulguons, mais que nous ne faisons pas ce que nous disons que notre pays est crise.

Or dans ces messages, il n’y a pas d’antagonisme entre Jesus et Mahomet, il n’y a pas d’antagonisme entre Moise et Mahomet, entre Moise et Jesus, entre Abraham et Joseph. Cela nous appelle a une cohabitation faite de tolerance, d’acceptation mutuelle, de respect mutuel. C’est en cela que nous connaitrons des lendemains meilleurs. C’est ce qui permettra a la Cote d’Ivoire, je le souhaite tres fortement, de se reconcilier avec ellememe mais surtout aux enfants de Cote d’Ivoire de savoir que la religion a une fonction et doit avoir une fonction. En effet, la religion doit etre un pole de sympathie entre les peuples.

Elle doit nous aider a nous comprendre et a nous tolerer au-dela des quelques differences qui ont fait des degats au moyen age, or nous ne sommes plus au moyen age. Nous sommes en l’an 2005, au troisieme millenaire. Nous devons conjuguer nos efforts dans un dialogue fecond ou nous allons nous ecouter, ou nous allons nous comprendre. Ferdinand de Saussure le dit : « c’est du pouvoir de s’ecouter que nait la faculte de se comprendre ». Les Ivoiriens ne se sont pas suffisamment ecoutes, les Ivoiriens n’ont pas communique fortement les uns avec les autres et c’est ce qui nous a amenes a ces attitudes.

Il faut donc briser le mur de la mefiance. Mais comment cela pourrait se faire ? Nous, religieux, avons une responsabilite importante et fondamentale. Et c’est en cela que lorsque je me trouve avec un diacre ou un Pere ou avec d’autres parmi nos freres des autres confessions religieuses, soit protestant soit catholique, nous nous adressons aux populations pour leur dire que la religion c’est la paix, la religion c’est l’amour, la religion c’est l’acceptation et le respect mutuels. C’est en admettant cela que nous pourrons sauver la Cote d’Ivoire.

Nous avons ce devoir de nous donner les mains et, d’un acte commun et d’une volonte commune, d’aller avec le message de paix de Moise, de Jesus, de Mahomet, -paix et salut de Dieu soit sur eux tous-, annoncer que la diversite des points de vue constitue une force sur laquelle nos populations peuvent s’appuyer pour pouvoir vivre ensemble, en paix, de sorte aider la Cote d’Ivoire, grace nos actions concertees, a sortir des difficultes qu’elle traverse. Bien sur, les epreuves a l’echelle individuelle nous les connaissons. Mais les Etats aussi traversent des epreuves difficiles, tres dures et pourtant la vie ne s’arrete pas la.

Nous avons l’espoir en tant que religieux qu’apres ces difficultes, viendront les facilites mais pas sans nous. Le Coran nous dit que nous n’allons jamais changer l’etat d’un peuple sans que ce peuple n’entreprenne au prealable la transformation de ce qu’il y a dans son ame. Pour ce faire, nous devons militer ensemble afin que ce qui etait croisade au moyen age devienne une croisade de paix, d’amour, et surtout que nous puissions le faire sans arriere-pensees mais par amour pour nos populations, par amour pour notre pays qui ne doit pas continuer a sombrer dans la decadence et dans la decheance.

Je vous remercie. Note : Texte retranscrit d’apres son intervention. Les Vendredis du CERAP, 15 juillet 2005 5 II. Contribution de Serge Lorougnon Contribution de Serge Lorougnon Ce qui m’a ete demande, c’est de proposer une reflexion sur le theme : Chretiens et musulmans au sein d’une societe pluraliste. Je me suis debattu pour le comprendre, pour voir ce qu’il cache, ses enjeux sociologiques. Finalement Je suis arrive a cette formulation : Chretiens et musulmans au sein d’une societe pluraliste : Attitude de defense et repli confessionnel ?

Reconnaissance? Indifference ? Dialogue ? Richesse fecondante ? Pour repondre a toutes ces questions, nous avons souhaite commencer notre reflexion a partir des representations et du vecu des chretiens par rapport a une societe pluraliste. I. Description de la situation actuelle : la societe pluraliste qu’en pensent des Chretiens de Cote d’Ivoire? Pour preparer les perspectives de ma contribution, ici faute d’avoir d’une grande enquete menee sur ce sujet qui nous aurait permis de resenter et commenter un etat des opinions et des debats en Cote d’Ivoire, j’ai interroge des chretiens ou leurs ecrits particulierement ceux du forum pour la reconciliation nationale pour comprendre comment ils se situent par rapport a une societe pluraliste. Les reponses a cette question ne vont pas de soi a priori. Signalons toutefois que beaucoup sont contre le pluralisme. Car ils pensent que le pays est en crise du fait principalement du pluralisme politique, ethnique et religieux. Par contre Certains sont pour le pluralisme.

Quand d’autres vous disent ils ne savent pas se situer pas rapport a cela. De facon generale, on peut dire d’apres ce qui precede que deux points importants se degagent : Les chretiens ont pris acte du pluralisme. C’est un fait pour eux. Doit–il etre accepte ou tolere comme une realite de facto de notre monde present ? Ou peut-il, au contraire, etre considere comme un phenomene existant de jure ? Sans pretendre sonder le plan de Dieu, a mon avis Parce que Les Eglises Chretiennes plus particulierement l’Eglise Catholique est une communautes plurielle.

En effet la premiere caracteristique de l’Eglise catholique par exemple, c’est evidemment la diversite incroyable des cultures qu’elle contient. Diversite de langues, diversite des espaces geographiques. Diversite de ses membres : les uns preferant l’evolution, les autres la revolution; les uns fonctionnant de maniere centralisee, les autres ne pouvant vivre que dans le federal. Les uns sont tres ideologiques, les autres pragmatiques et cooperatifs. La gestion de cette diversite se faisant par la subsidiarite, la collegialite qui est une des contributions majeures de l’enseignement social de l’Eglise.

Ensuite, parce que le pluralisme en tant que philosophie qui invite a vivre la diversite des origines, des langues, des religions, est la loi de terre. Car ce sont, pour parler comme Hannah Arendt, les Hommes et non l’Homme, qui vivent sur la terre. Des lors il n’est pas un mal a extirper mais bien plutot une richesse fecondante que tous nous devons accueillir avec joie. Deuxiemement s’il est vrai que les chretiens ont pris acte du pluralisme. Force est de constater que beaucoup ont du mal a vivre dans une societe pluraliste. Autrement dit la societe pluraliste constitue un defi pour les Chretiens.

Des lors la question naturelle et evidente qui se posent est : Que faire ou que peuvent faire les Eglise Chretiennes pour aider leurs membres a vivre dans cette societe pluraliste ? Derriere la question qui se pose, est celle de savoir comment nous pouvons sortir de ces representations negatives et depassees, mortiferes pour le vivre ensemble, en vue de progresser dans une culture de convivialite et de dialogue. II. Que faire ? – Apprendre a cohabiter sur un espace qui nous est devenu commun Aujourd’hui, chretiens et musulmans, nous devons apprendre a cohabiter dans un espace commun, et a le faire sur d’autres

Les Vendredis du CERAP, 15 juillet 2005 6 bases que celles liees a la colonisation ou a I’immigration. Quand cessera-t-on de penser et d’affirmer que I’islam est une religion d’etrangers, donc etrangere ? Face a la complexite de ces situations et a I’enchevetrement des representations des uns et des autres, comment avancer sur les chemins d’une destinee commune entre chretiens et musulmans ? Je me risque a ouvrir quelques pistes susceptibles de nous aider a depasser les sequelles de nos memoires blessees et de transformer peu a peu, nos representations mutuelles. Decouvrir ce qui nous est commun : I’exigence de citoyennete Nous devons consentir a habiter un espace commun. C’est le fait de la civilisation urbaine qui marque nos societes. Je voudrais developper ce point de vue qui relativisera notre reflexion sur les relations chretiens/musulmans. En effet, les difficultes rencontrees ne sont pas seulement ni d’abord, d’ordre religieux, mais sociales, culturelles, economiques et politiques. Nos relations entre chretiens et musulmans en Cote d’Ivoire doivent pouvoir etre apprehendees dans le cadre plus global de I’urbanite.

Parmi toutes les definitions de la ville, je retiens celle de Louis Wirth : « la ville peut etre definie comme un etablissement relativement important, dense et permanent d’individus socialement heterogenes « . C’est a cause de cette difference a laquelle il faut consentir positivement, que I’urbanite est un projet dont la mise en oeuvre n’est jamais achevee. * il s’agit de consentir a partager un meme espace sans se le disputer ni rejeter I’autre. La ville est un projet de civilisation caracterise par une volonte de cohabitation. Cette volonte se confronte toujours au risque et a I’angoisse de perdre son identite. ce qui caracterise ce vivre ensemble urbain, ce sont les relations d’interdependance. Ces relations sont codifiees et inscrites- dans I’espace urbain par les institutions qui le regissent (ecoles, administrations, services sociaux … ). * tout vivre ensemble social est travaille par un esprit de concurrence qui fait entrer les individus dans un processus exacerbe de differenciation. La ville a brise les rigides clivages de castes de la societe, mais elle a accentue et differencie fortement les groupes selon leurs revenus et leur statut. Ces clivages sont renforces lorsqu’on conserve une approche ethno -communautaire des religions.

II existe une crise structurelle permanente du vivre ensemble. Le vivre ensemble dans le cadre de I’urbanite, est toujours un compromis resultant de tensions perpetuelles, et en equilibre constamment instable. Ce qui se vit aujourd’hui dans les quartiers de nos villes n’est pas une crise passagere, meme si les difficultes socio-economiques en augmentent les effets. En effet, la precarite et le chomage lies aux delocalisations des lieux de production ou aux restructurations d’entreprises dans le cadre de la mondialisation, fragilisent les gens qui vivent dans les quartiers populaires.

Des jeunes doivent se construire dans la precarite et la marginalite. Rien n’est jamais sur pour demain, les decisions ne leur appartiennent pas, ils se sentent comme les jouets d’un destin implacable et aveugle. Dans nos communautes religieuses respectives, il nous faut etre vigilant sur I’exigence de la citoyennete. En regime chretien, nous parions de la dimension seculiere de la foi ou de la vocation seculiere des baptises. Nous devons veiller a denoncer toute attitude demagogique et irresponsable de fondamentalisme qui profite du desarroi des citoyens en Cote d’Ivoire pour offrir d’illusoires securites identitaires.

On pourrait parler ici d’un veritable code de bonne conduite au nom du respect de la dignite humaine et des traditions religieuses elles-memes, dans la mesure ou le fondamentalisme defigure la religion. Les chretiens autant que les musulmans doivent pouvoir prendre conscience de cette crise structurelle du vivre ensemble, qui – repetons-le – n’est pas d’abord lie a des difficultes de type religieux. Cependant, il existe dans l’islam comme dans le Les Vendredis du CERAP, 15 juillet 2005 7 Conclusion christianisme, des ressources susceptible de mobiliser les croyants pour un engagement citoyen.

L’une et I’autre peuvent definir les contours d’un art du vivre ensemble dans les cites de nos villes, cadre de nos relations islamo-chretiennes au quotidien. Nous avons certainement beaucoup de choses a nous dire et a nous apporter sur ce point. Mais cela suppose une reelle ouverture citoyenne dans nos communautes respectives. – Resister a la tentation de la secularisation de nos espaces religieux La secularisation a fait eclater certaines societes occidentales. En s’affranchissant du religieux, les spheres de la vie sociale sont autonomes: economie, politique, financiere, quotidienne, associative, etc.

Chacune fonctionne ses lois propres et peine a s’articuler avec d’autres. De ce fait, les societes connaissent un deficit symbolique: qu’est-ce qui va permettre de fonder une cohesion sociale ? Un vivre ensemble harmonieux et solidaire ? Qu’est-ce qui pourra forger la conscience d’un destin commun a toutes les composantes de la societe ? La question qui nous est posee a nous, chretiens et musulmans : pouvons-nous, a partir de nos traditions, user de la force symbolique dont elles sont porteuses pour oeuvrer au vivre ensemble et a la cohesion sociale ? Pouvons-nous le faire sans regresser vers une attitude d’exclusivite et d’hegemonie ?

Et une autre question se pose, tout a fait radicale pour nous: sommes-nous capables de le faire ensemble ? Sur ce dernier point, il y a un reel travail a accomplir chez les uns et les autres. En conclusion : L’incontournable question de la verite Pour que nous puissions progresser sur la voie du dialogue et de la cooperation, il nous faut consentir a une ethique du respect qui repose sur une perception revisitee de la verite. Nous percevons facilement combien il serait difficile de nous rencontrer entre chretiens et musulmans, si nous en restions a penser que Dieu a fait de nous les depositaires d’un tresor, qu’il aurait refuse aux autres !

Pour ce qui concerne les chretiens, nous portons au c? ur de notre foi, cette certitude que  » Dieu veut que tous les hommes soient sauves et parviennent a la connaissance de la verite  » (1 Tim 2,4). Nous est-il possible de croire resolument a la verite de ce qui nous est offert par la Revelation, sans nous prononcer sur la valeur a priori de ce qu’il est donne a l’autre de croire ? Seul le chemin parcouru ensemble et ce que nous construirons dans la fraternite pour la justice et la paix, fera advenir la verite de ce que les uns et les autres, nous portons. Les Vendredis du CERAP, 15 juillet 2005 8

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