Initiation dico du fait religieux 2010

Initiation dico du fait religieux 2010

Paru dans R. Azria & D. Hervieu-Léger (dir. ), Dictionnaire des faits religieux, paris, PUF, 2010, p. 541-548. NITIATION nitiations et rites de passage Que peuvent avoir en commun l’initiation chamanique des Yagua du Pérou qui impose l’absorption répétée d’hallucinogènes végétaux, le serment initiatique de la société secrète des Mau-Mau chez les Kikuyu du Kenya et les nombreux rites secrets des sept grades initiatiques des Baktaman de Papouasie Nouvelle-Guinée ? Qu’est-ce en Swape nextp g définitive qu’une initi anthropologues font 9 des rites de passage, s accomplis pour faire une autre.

Qu’ils tion le prototype situation sociale ? concernent le passage de seuils (rites d’accueil des étrangers, rites de départ), le franchissement des étapes du cycle de l’existence (naissance, puberté, fiançailles, mariage, funérailles) ou l’admission dans un nouveau groupe (religieux ou non), les rites de passage reposent sur une structure séquentielle ternaire qu’Arnold Van Gennep (1909) a bien dégagée : rites de séparation (préliminaires), rites de marge (liminaires) et rites d’agrégation (postliminaires).

Parmi les rites de passage, Pinitiation se distingue alors en ce qu’elle opère une transformation radicale des individus, et cela toujours dans le ens d’une élévation de statut. Il ne s’agit pas de valider un changement survenu hors du physiologique

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ou différence des sexes), mais prétend Fengendrer par ses propres opérations. C’est alors Pimportance particulière donnée ? la phase liminaire du rite de passage qui permet d’opérer cette transformation initiatique – point sur lequel l’anthropologue Victor Turner a bien insisté.

Cinitiation est une notion fondamentalement polysémique : on en distingue en effet diverses sortes qui partagent entre elles un certain air de famille. L’historien des religions Mircea Eliade en a dressé une typologie canonique dans Initiation, ites, sociétés secrètes (1959), ouvrage qu’on lira toutefois avec prudence car il repose sur des données de seconde main déjà datées et pêche par une tendance à la surinterprétation et un évolutionnisme latent. Il distingue ainsi les initiations tribales, les initiations à des sociétés secrètes et les initiations religieuses.

Les initiations dites « tribales » sont des rites de passage à l’âge adulte. Elles font ainsi partie des rites concernant les étapes du cycle de l’existence d’un individu (rituels lifecrisis selon la terminologie de l’anthropologie anglo-saxonne). Ces initiations sexuellement ifférenciées sont obligatoires et souvent collectives (notamment les initiations masculines). On les trouve principalement en Afrique, en Mélanésie et en Australie, mais aussi en Amérique (régions du Vaupés et du Xingu dans les basses terres d’Amérique du Sud, indiens Pueblo au sud-ouest des Etats-Unis).

Ces initiations définissent parfois des classes d’âge • les novices sont initiés périodi uement et par cohortes, chaque classe d’âge portant un no lg grade supérieur. La question des initiations féminines fait particulièrement débat en anthropologie. L’initiation des jeunes illes semble plus rare que celles des garçons, ou du moins la littérature est plus mince à leur sujet. Les rites sont souvent plus individuels et se confondent parfois avec de simples rites pubertaires : la puberté sociale est ainsi plus directement associée à la puberté physiologique (pousse des seins ou premières règles).

Alors que les initiations masculines se définissent plutôt par un rapport problématique à la filiation, les initiations féminines sont généralement orientées vers le mariage. Il n’en reste pas moins qu’il existe de véritables initiations féminines avec épreuves rituelles, révélation de secrets et nseignement initiatique : par exemple, le Sande des Kpelle au Sierra Leone, le Chisungu des Bemba en Zambie, ou le Ndjembe des Myene au Gabon.

Contrairement aux rites initiatiques de passage à l’âge adulte, les initiations à des « sociétés secrètes » sont facultatives, volontaires et individuelles. Elles exigent en outre souvent le paiement d’une contrepartie. Ces Initiations marquent l’admission dans un sousgroupe exclusif au sein d’une société (alors que l’initiation tribale est un rite d’accession à un nouveau statut qui n’implique pas nécessairement l’appartenance à un nouveau groupe en tant que tel).

Elles sont très présentes en Amérique du Nord (Midewiwin des Ojibwa, sociétés secrètes des Kwakiutl, Medicine Societies des Indiens des Plaines) et en Afrique (Poro au Sierra Leone et Liberia, sociétés de masques de la Cross-River au Nigeria, société judiciaire du Nzi au sud Cameroun). ouve en réalité dans le 3 OF lg les trouve en réalité dans le monde entier, en Asie (Triades chinoises) et en Europe : ainsi la franc-maçonnerie qui se développe au 18e siècle ? partir des corporations de métier et d’un symbolisme initiatique emprunté à diverses traditions, avec un goût prononcé du cérémonial et du secret ésotérique.

Enfin, les initiations religieuses sont des rites d’accession au statut de spécialiste rituel. Ces initiations individuelles et volontaires (ou du moins électives) incluent celles du medicine-man australien, du devin-guérisseur africain, du chamane amérindien ou asiatique, mais également des prêtres et moines (par exemple, renonçants et ascètes hindous ou bouddhistes, notamment dans les traditions tantriques).

Les cultes de possession impliquent habituellement eux aussi une initiation qui permet notamment d’apprendre à maîtriser la transe : il en va ainsi dans le 2 Vodu (Togo, Bénin) et dans nombre des religions afro- méricaines (Vaudou haitien, Candomblé, Macumba et Umbanda au Brésil, Santerra à Cuba). On pourrait en outre inclure parmi les initiations religieuses les mystères gréco-orientaux de l’Antiquité (mystères d’Eleusis, mystères dionysiaques, mystères orphiques).

Il faut cependant se garder d’essentialiser ces diverses catégories, tant les chevauchements sont nombreux. Bien des sociétés secrètes sont religieuses. Nombre des initiations masculines (notamment mélanésiennes et africaines) marquent l’admission dans un groupe exclusif fondé sur le secret et comportent une forte dimension religieuse : elle OF lg initiations religieuses peuvent cependant avoir des cérémonies d’admission plus succinctes : ainsi le baptême chrétien qui marque l’entrée dans l’Église, ou même la prise de sacerdoce dans les ordres catholiques.

Les confréries mystiques musulmanes (soufisme) n’ont pas de véritable rite initiatique, mais impliquent un apprentissage religieux fondé sur l’isnad, la chaine de transmission initiatique de maitre à disciple qui rattache les membres au fondateur légendaire et à Ali. De ce point de vue, les chamanismes sont également très variables. Le chamanisme sibérien accorde une place importante ? une « maladie initiatique » qui a valeur de signe électif, sans toujours nécessiter d’initiation formelle.

L’apprentissage initiatique peut se résumer à quelques brèves rencontres avec le maître-chamane (Guajiro de Venezuela et Colombie) ou, au contraire, passer par u enseignement beaucoup plus long comportant nombre d’épreuves rituelles (absorption d’hallucinogènes, réclusion, jeûnes, interdits) comme chez les Huichol du Mexique ou les Kuna du Panama. Certaines initiations religieuses possèdent en outre une fonction thérapeutique.

L’infortune et le malheur sont alors la principale motivation du candidat à l’initiation. Et le processus de guérison se superpose au processus initiatique. Ces cures initiatiques (ou initiations thérapeutico-religieuses) se retrouvent entre autres dans certaines formes de chamanisme et dans certains cultes de possession (possédant souvent une forte composante féminine). Maints cultes africains cumulent ainsi logique initiati ue et Io igue thérapeutique : Ndoep (Sénégal), Bori (Nie (Gabon).

De nombreuses initiations religieuses tendent d’ailleurs aujourd’hui à s’infléchir vers la recherche de guérison, ce qui assure parfois leur succès y compris auprès d’un public occidental en quête de eligions exotiques et de développement de soi (néo-chamanisme américain, initiation d’Occidentaux au Bwiti). Comme on le voit, envisager l’initiation dans une perspective comparatiste exige une définition souple à partir d’un faisceau de critères permettant d’en appréhender la plasticité et d’en circonscrire les différentes formes.

D’un point de vue idéal- typique, les traits pertinents 3 de l’initiation sont ainsi : la transformation de l’initié, la ritualisation complexe, l’importance de la liminarité rituelle, la présence d’épreuves, le rôle constitutif du secret, la transmission d’un savoir initiatique. Ce faisceau de critères permet de replacer les initiations dans un continuum plus large, au lieu de les enfermer dans des typologies rigides et inadaptées.

Catégorie analytique aux bords flous, l’initiation n’est en effet séparée d’autres formes de rituels que par des frontières poreuses : ainsi des simples rites pubertaires ou des rites d’intronisation des souverains, mais aussi de certains rites de passage profanes du monde moderne, notamment les rites d’admission, de consécration ou d’investiture. Le rôle des épreuves et des brimades initiatiques se retrouve par exemple dans le bizutage des grandes ?coles, de l’armée, des fraternités américaines ou des bandes comme les Hells Angels.

De même, le mouvement de outisme inclut certains 6 OF lg explicitement des classes d’âge zulu ou encore du folklore des indiens d’Amérique du Nord. On fera tout de même attention à ne pas céder à la tentation de voir des thèmes initiatiques dans tout fait social (voir par exemple les débats sur la survivance de thèmes initiatiques dans les contes folkloriques, ou encore la controverse parmi les historiens de l’Antiquité sur le caractère initiatique ou non des institutions pédagogiques spartiates). Il.

La transformation initiatique Toute initiation vise à instituer une différence durable entre ceux qui sont passés par le rite et ceux qui ne le sont pas. La frontière qui sépare ainsi initiés et profanes est pensée en termes de différence ontologique : l’initiation est censée transformer l’individu en une personne radicalement autre que ce qu’elle était auparavant. Il s’agit d’engendrer une nouvelle identité à travers une série d’opérations rituelles. Contrairement aux simples rites de passage, l’initiation est donc un rite identitaire produisant une discontinuité irréversible.

Cette ransformation initiatique ne se limite cependant pas nécessairement à un rite ponctuel. Nombre d’initiations supposent en effet un long parcours rituel qui peut s’étendre des rites de naissance jusqu’aux funérailles. Les initiations à grades en Mélanésie et en Afrique en sont un bon exemple : le premier des cinq grades initiatiques du Tambaran en Papouasie NouvelleGuinée est franchi autour de cinq ans, alors que le dernier ne l’est qu’autour de cinquante. Cinitiation au Bwlti (Gabon) ne s’achève véritablement que lorsque l’initié meurt et devient lui-même un ancêtre.

La transformation initiatiq t du temps conçue en du temps conçue en termes de mort et de renaissance du novice. Le rite initiatique simule la mort des néophytes avant de mettre en 4 scène leur renaissance miraculeuse. Ces mises en scène passent par divers schèmes opératoires (immersion, enfouissement, reptation dans un tunnel, retrait dans un enclos sacré, une grotte ou une hutte) et symboliques (dévoration puis excrétion par un monstre, retour dans la matrice maternelle) qui organisent parfois une véritable « naissance à l’envers » pour reprendre une expression d’André Mary à propos de l’initiation au Bwiti.

Dans nombre ‘initiations, les néophytes se comportent comme des nouveaux- nés : ils ne parlent pas, ne marchent pas, ne mangent que de la bouillie. Chez les Sara du Tchad, lorsque les novices retournent au village, ils se conduisent comme des nourrissons et sont présentés à leur famille comme s’ils étaient des inconnus, avant d’être finalement rachetés par leurs mères. La renaissance initiatique mobilise en effet une parenté fictive en rupture ou en décalage avec la parenté réelle.

Au cours de finitiation au Bwiti, les novices sont réengendrés par leur « mère » Disumba, l’esprit tutélaire féminin, grâce au concours ‘un « père initiateur Cette seconde naissance est également marquée par la dation d’un nouveau nom qui sera dorénavant utilisé dans toutes les interactions entre initiés. Ce thème omniprésent de la renaissance initiatique souligne l’importance décisive de la liminarité rituelle dans l’initiation, importance relativement plus grande utres rites de passage. es initiés. Sétendant entre les séquences publiques marquant la séparation des néophytes du monde antérieur et leur réintégration finale, cette phase liminaire secrète constitue un entre-deux ambigu qui échappe aux classifications habituelles. Personnages en transition, les novices y sont rejetés dans l’informe avant d’être entièrement refaçonnés en obéissant aveuglément aux initiateurs. L’initiation s’organise ainsi autour dun suspens de rordre social ordinaire.

Cette mise entre parenthèses de la vie quotidienne est marquée par l’inversion ou la subversion des schémas d’action ordinaires : la vermine devient une nourriture sacrée, des chants et des danses obscènes sont prescrits, les novices doivent accomplir des actions dénuées de sens, etc. La transformation des novices implique une série d’épreuves, l’un es aspects les plus saillants des rites initiatiques. Ces épreuves infligées aux néophytes servent en réalité moins ? les aguerrir qu’à détruire leur condition première pour les faire accéder à un nouveau statut.

Cinitiation commence ainsi par une séparation souvent brutale du monde ordinaire : les novices sont violemment arrachés à leurs mères puis conduits dans un enclos réservé à l’écart du village. S’ensuit une réclusion initiatique qui peut parfois durer toute une année. Les néophytes sont soumis à des épreuves de résistance : privation de sommeil, jeûne, exposition u froid ou au soleil, etc. La « quête de la vision » répandue parmi les Indiens des Plaines en Amérique du Nord repose ainsi sur une retraite dans la solitude avec jeûne et mutilations 5 esprit-gardien.

Cette épreuve volontaire et individuelle constitue en quelque sorte une auto- initiation (qui diffère donc des initiations masculines, collectives et imposées). Les initiations chamaniques supposent souvent de telles épreuves individuelles : chez les Yagua du Pérou, après avoir rencontré un maître-chamane, l’aspirant s’impose des retraites répétées avec abstinence sexuelle, Jeûne et bsorption d’hallucinogènes afin d’acquérir des esprits auxiliaires.

La prise d’hallucinogènes végétaux se retrouve par ailleurs dans diverses initiations : ayahuasca (Banisteriopsis caapl), cactus San Pedro (Trichocereus pachanoi) et de multiples espèces de Solanacées dans les chamanismes d’Amérique du Sud, peyotl (Lophophora williamsii) dans le chamanisme huichol (Mexique), iboga (Tabernanthe iboga) et alan (Alchornea floribunda) dans le Bwiti et le Byeri au Gabon. Ces usages initiatiques d’hallucinogènes conjuguent ainsi épreuve déstabilisante et expérience religieuse de la vision.

La douleur est également une composante essentielle des épreuves initiatiques : bastonnades, flagellation, morsure par des insectes, qui peuvent parfois occasionner la mort d’un novice qu’on enterrera alors en secret et dont on dira qu’il a été définitivement avalé par l’esprit (comme dans le Mwiri au Gabon). Mais bien des épreuves initiatiques prennent plutôt la forme de brimades : danses au cours desquelles les novices doivent se ridiculiser publiquement en mimant un colt, interdits alimentaires vexatoires, répétitions dactions absurdes (hocher la tête, sauter à cloche-pied). Les initiateurs louent des tours humilian 0 9