Inde travail des enfants

Inde travail des enfants

Ikea en Inde, un emploi demontable Apres avoir implante des magasins en Russie et en Chine – des marches prometteurs –, le geant suedois Ikea a fait savoir, en octobre, qu’il n’envisageait pas actuellement d’en ouvrir en Inde « en raison de la reglementation tres contraignante pour les entreprises etrangeres ». Le groupe se contente d’y faire fabriquer des produits, sans contraintes – et surtout pas celle de syndicats –, chaque salarie etant paye 1,60 euro par jour… Par Olivier Bailly, Jean-Marc Caudron et Denis Lambert 10 Millions de clients a travers le monde, cent soixante millions de catalogues distribues (devancant ainsi la diffusion de… la Bible) : Ikea, la multinationale du pret-a-habiter, se porte bien. Et son chiffre d’affaires se maintient dans une impressionnante spirale positive : 3,3 milliards d’euros en 1994, 14,8 milliards d’euros en 2005. Soit une progression de plus de 400 %. Difficile de faire mieux. Aujourd’hui, la societe entend conquerir deux territoires qui lui ont jusqu’ici resiste : la Russie et la Chine.

Comme il est ecrit dans son magazine interne Read Me : « L’objectif est d’ameliorer le quotidien du plus grand nombre. Pour y parvenir, les magasins doivent sans cesse vendre plus a davantage de clients (1) »… Pour Ikea, le bonheur du peuple passe par l’achat. | CA |

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1994 | 3,3 mia € | 2005 | 14,8 mia € | Phenomene exceptionnel pour une multinationale symbolisant a ce point l’uniformisation planetaire et le mercantilisme, Ikea parvient a esquiver les attaques des associations de consommateurs, d’altermondialistes et d’environnementalistes.

L’exploit n’est pas mince. Il est vrai que la marque a reussi a nouer des liens particuliers avec ses clients grace a des prix imbattables, l’amenagement de coins-enfants dans ses magasins, un concept total pour trouver tout de suite de tout (et de preference ce dont on n’a pas besoin). Pour illustrer l’union sacree entre clients et entreprise, les anecdotes ne manquent pas. N’a-t-on pas entendu en 2004 un conseiller municipal de Stockport (Grande-Bretagne) s’exclamer : « Un Ikea sur le territoire de la commune, c’est la gloire  (2) ! En echo a cet enthousiasme, une petition a ete lancee par des habitants de Mougins, une bourgade francaise : « Si vous aussi vous en avez plus qu’assez de passer deux heures en voiture, rouler plus de deux cents kilometres (aller-retour), tout ca pour pouvoir faire vos courses dans un magasin Ikea, alors saisissez la chance (peut-etre la derniere) qui vous est offerte de voir enfin s’ouvrir un magasin Ikea dans les Alpes-Maritimes  (3) ! » Cela ne force-t-il pas l’admiration ? Des personnes qui lancent une petition (plus de deux mille signatures en aout 2006 ! ), qui affirment leurs valeurs, qui se mobilisent… arce qu’il n’y a pas une succursale de la multinationale du meuble a cent kilometres a la ronde. De mensen in zuid frankrijk tekenden een petitie om een Ikea dichter un hun buurt te hebben Un tel succes peut avoir des consequences plus dramatiques. Lors de l’ouverture, le 1er septembre 2004, d’un magasin en Arabie saoudite, la societe ayant offert un cheque de 150 dollars aux cinquante premieres personnes arrivees, ce fut la ruee : deux morts, seize blesses, vingt evanouissements… Bij de opening van de eerste ikea in Saoudi Arabie, kregen de 1e 50 klanten een cheque van 150 dollars: zware gevolgen zoals zelfs 2 doden.

Comment expliquer l’engouement mondial pour Ikea ? Outre les bas prix pratiques, l’une des cles de la reussite tient a l’image environnementale et sociale que s’est creee la multinationale. Depuis son premier fournisseur etranger (la Pologne, en 1961), Ikea delocalise une partie de ses productions, a la recherche d’une main-d’? uvre bon marche et corveable. Ainsi, la fraction de la production realisee en Asie n’a cesse d’augmenter. Actuellement, la Chine (connue pour son respect des droits des travailleurs… ) depasse la Pologne, au point de devenir le plus gros fournisseur de l’entreprise, avec 18 % des produits du groupe.

Au total, 30 % du « made in quality of Sweden » proviennent du continent asiatique (4). Selon The Observer, la part des pays en developpement dans la production aurait grimpe de 32 % a 48 % entre 1997 et 2001 (5). Des ses origines, les objectifs du groupe suedois furent de proposer des produits a « des prix extremement bas ». En 1976, dans son « Testament d’un negociant en meubles », le fondateur Ingvar Kamprad le declarait : « Aucune peine ne devra etre epargnee afin de maintenir ces tarifs au niveau le plus bas (… , ces bas prix toujours justifies imposent donc d’enormes exigences a tous nos collaborateurs (… ). Sans une limitation stricte de nos frais, jamais nous ne pourrons remplir notre mission (6). » « Geen enkele moeite moet worden gespaard om tarieven op het laagste niveau te bereiken(…), de altijd gerechtvaardigde lage prijzen vragen dus enorme eisen van onze samenwerkingspartners(…). Zonder een strikte limiet op onze kosten, kunnen we nooit onze missie volbrengen. ” Mais, contrairement a ce qu’affirme Ikea, les bas prix ont eu – et ont toujours – un cout social considerable.

Entre 1994 et 1997, trois reportages des televisions allemande et suedoise (7) ont accuse l’entreprise d’employer dans des conditions degradantes des enfants au Pakistan, en Inde, au Vietnam et aux Philippines. L’Asie n’a pas le monopole de l’exploitation « ikeenne » : en 1998, apres la decouverte de conditions de travail deplorables en Roumanie, le syndicat des travailleurs du bois et de la construction, l’International Federation of Building and Wood Workers (IFBWW), a menace la multinationale d’un boycottage, qui deboucha in fine sur un accord entre le syndicat et le groupe (lire « Entre silence et mythe »).

L’IWAY – nom du code de conduite d’Ikea dans les domaines de l’environnement et des conditions de travail – exige ainsi comme fondement a toute collaboration * l’absence du travail force et du travail des enfants. * Son point 7 (« sante et securite des ouvriers ») detaille les conditions de travail des salaries, qui devront porter les protections necessaires pour la production. * Il entend egalement proteger la capacite des employes a s’associer en syndicat ou toute autre union, le sous-traitant ne devant en aucune maniere les en empecher. Autre point : aucune discrimination n’est toleree, que ce soit pour le sexe, les origines, le statut, etc. * Au niveau salarial enfin, nul ne doit etre paye au-dessous du minimum legal du pays. Le travail hebdomadaire ne peut pas depasser la limite d’heures legales. Rediger un code de conduite pour signifier simplement qu’on va suivre la loi peut sembler bizarre… Un peu comme si un individu declarait solennellement etre pret a conduire a gauche au Royaume-Uni. L’IWAY a-t-il cependant eu un impact positif sur les conditions de travail des salaries d’entreprises sous-traitantes ?

Des syndicats ? Impensable ! En ce qui concerne le travail des enfants (sujet tres sensible pour les consciences occidentales), Ikea a assurement eradique cette pratique dans « ses » usines, meme si l’IWAY prefere se baser sur les legislations locales et precise que « des legislations nationales peuvent permettre le travail de personnes de 13 a 15 ans ou de 12 a 14 ans pour des travaux legers (8) ». Pour l’organisation des ouvriers en collectifs ou syndicats, ou le paiement des heures supplementaires, c’est une autre affaire.

Ainsi au cours d’un voyage, en mai 2006, dans un village proche de Karur, une ville textile indienne du Tamil Nadu, dans le sud-est du pays, nous avons cherche a rencontrer des salaries d’une usine sous-traitante. Shiva (9), la trentaine, voudrait repondre aux quelques questions du visiteur occidental, mais sa mere, vieille Indienne aux cheveux blancs, est inquiete. Et si Shiva perdait son gagne-pain ? Son salaire represente la seule ressource de la famille, composee outre les deux femmes du fils de l’ouvriere, un adolescent de 15 ans. Il n’y a pourtant pas de quoi avoir peur. La jeune femme ne critique pas vraiment son employeur.

Elle parle des pauses-the, des protections pour les yeux et les mains. Elle evoque un environnement sain. Et tout cela est vrai. « Ikea offre de meilleures conditions, il n’y a pas de doute », assene Maniemegalai Vijayabaskar, professeur assistant au Madras Institute of Development Studies. Cet universitaire, qui a cosigne une etude (10) commandee par Oxfam-Magasins du monde sur les fournisseurs de la multinationale du meuble, enchaine neanmoins : « Ils s’offrent un visage humain pour eviter les critiques et les controverses. Mais ils ne font pas beaucoup d’efforts pour ameliorer les conditions de travail. Les conditions de travail ? A premiere vue, elles sont bonnes. Les locaux sont propres et aeres. Il y a les pauses-the et un materiel de qualite. Enfin l’IWAY est affiche sur les murs de l’entreprise. Mais… En 2003, le syndicat hollandais FNV a commande a l’organisation non gouvernementale (ONG) hollandaise Somo, specialisee en audit social de multinationales, une enquete sur les fournisseurs d’Ikea dans trois pays : l’Inde, la Bulgarie et le Vietnam. Les chercheurs y ont chaque fois rencontre les ouvriers de trois ou quatre entreprises et ont realise des entretiens en dehors du lieu de travail.

Ils ont visite les usines et discute avec les cadres. Een hollands NGO bedrijf (Somo) heeft interviews gedaan met werknemers van leveranciers van ikea in India, Bulgarije en Vietnam buiten de normale werkplaats. Les conclusions portaient sur dix fournisseurs representant environ deux mille employes. Somo constatait alors : « Il y a encore a l’evidence de nombreuses violations du code de conduite Ikea dans les trois pays et dans toutes les entreprises etudiees. » Les transgressions les plus frequentes concernaient * la liberte d’association, * le droit de negocier collectivement, * les salaires et les heures supplementaires.

Dans la pire des situations : * pas de syndicat, * travail sept jours sur sept, * salaire minimum non verse. Et bien sur, personne ne connaissait ses droits ni les engagements de la multinationale du meuble. De l’histoire ancienne ? De ce que nous avons pu constater en Inde en 2006, aucun syndicat n’existe chez les sous-traitants d’Ikea. Officiellement, leur presence est pourtant toleree, mais, a en croire Shiva, ils ne seraient pas vraiment necessaires (volgens Shiva, werneemster ergens te India, zijn vakbonden niet echt nodig) : « Quand il y a un probleme, nous nous reunissons et nous discutons.

Habituellement pour recevoir des instructions sur la proprete des toilettes, par exemple. Et si j’ai une exigence, je peux la dire au responsable. » Est-ce la jeunesse de Xana et l’absence d’enfant a nourrir ? Toujours est-il que la reponse de cette ouvriere claque autrement : « Un syndicat ? Non, ils n’accepteraient pas. Et si des controleurs viennent dans l’usine, les patrons nous repetent les mensonges a sortir… » La situation n’est pas exceptionnelle dans cette region. Chaque initiative syndicale est etouffee dans l’? uf. Elk vakbondsinitiatief wordt ( ? ).

Comme toute multinationale s’installant en Inde, c’est bien ce type de situation qu’entendait trouver Ikea. Elle garantit des salaires particulierement bas. Shiva nous dit gagner 2 300 roupies par mois (40,30 euros). Elle paie 500 roupies (8,70 euros) par mois pour se rendre en bus a son travail. Au final, ce revenu est-il suffisant pour vivre ? Shiva sourit pudiquement. Quand sa mere cuisine en face de la maison, la recette est toujours la meme : « On mange simplement, de la soupe ou surtout de la sauce avec du riz. » Et la viande ? « Oui. Une fois par semaine, le dimanche.

Mais pas ce dimanche parce que c’est la fin du mois. » La rencontre se deroulait le 20 mai 2006. Le code de conduite d’Ikea ne nourrit pas son employe. Il ne le meuble pas non plus. De ‘IKEA code’ is niet voldoende om zijn werknemers te voeden of om meubels mee te kopen. Pas d’etagere Billy ou de lit Malm en vue… (het bekendste kastje en bed van IKEA) . L’habitation de Shiva est rudimentaire : deux pieces, quelques calendriers au mur, des photos en noir et blanc, deux paillasses, deux petits coffres en guise de garde-robe. Une horloge, des representations de divinites.

Quand on lui a demande ce qu’elle ferait avec 1 000 roupies par mois en plus, Shiva nous a decrit son modeste reve de confort : « Nous prendrions une cuisiniere au gaz avec une bonbonne. Cuisiner au feu est penible avec toute cette fumee dans les yeux. Lors de la saison des pluies, c’est difficile de trouver du bois sec. Et ramasser ce bois est un gros travail. » La pauvrete de Shiva n’est pas une exception dans l’univers des fournisseurs d’Ikea. C’est plutot la regle. Autre ouvriere, Manjula, jeune mariee, nous dit ainsi gagner 2 360 roupies (41,40 euros).

Mais lorsqu’elle nous montre ses fiches de paie d’octobre 2005, a titre d’exemple, cette somme represente un montant brut (dans les deux sens du terme d’ailleurs), dont il faut diminuer deux assurances sociales et une assurance-vie. Quelques calculs plus tard, les 2 360 roupies initiales ont fondu. Ainsi, Manjula a travaille vingt-quatre jours en octobre et a touche 1 818 roupies (31,80 euros). Tout en etant employee six jours par semaine, elle frole le seuil d’extreme pauvrete. Et le tout dans le respect du code de conduite « ikeen »… Pour gagner de quoi vivre, les ouvriers multiplient les heures supplementaires.  Ils travaillent douze heures par jour. Sans compter le temps de trajet, precise Vijayabaskar. Pendant les pics de production, ils peuvent travailler jusqu’a quinze heures quotidiennement. » Ikea essaie bien de reduire ces heures supplementaires chez ses sous-traitants, mais la pression imposee tant par les delais de commande que par le besoin d’argent rend inevitable ce surplus de travail. Les huit heures par jour s’etalent de 9 h 30 a 13 h 30 et de 14 h 30 a 18 h 30. Mais, au c? ur d’un quartier populaire de Karur, Kalaya doit preciser : « Si vous faites des heures supplementaires de 19 heures a 20 ou 21 heures, ils ne vous paient pas.

Si on travaille jusqu’a 22 h 30, ils donnent 50 roupies en extra (0,87 euro). Le travail supplementaire se deroule generalement deux fois par semaine. » Travaillant au meme endroit, Assam nous assure qu’il n’y a pas d’heures supplementaires dans son entreprise. Le soir meme, les machines tourneront la nuit et, postes a l’entree, nous verrons des equipes entrant dans l’usine jusqu’a 20 heures. Preuve que les discours peuvent etre lisses par les consignes et par la peur de perdre son emploi. Deenosha, elle, dit avoir un revenu supplementaire. A peine nous a-t-elle parle au sortir de l’usine, qu’elle s’excuse deja.

Elle a un autre travail de 20 heures a 1 heure du matin. Elle touche alors 80 roupies (1,40 euro), plus la nourriture. En fait, pour Ikea, Shiva, Kalaya, Deenosha sont des « couts a strictement limiter ». D’autant que, pour remettre les commandes a temps, les sous-traitants sous-traitent a leur tour. Deja inapplique chez les fournisseurs directs d’Ikea, l’IWAY devient alors une abstraction complete. Aucun controle, aucune exigence, aucune limite, si ce n’est le delai de livraison. Mais meme chez les fournisseurs officiels, le controle du respect du code de conduite demeure extremement lacunaire. Qui mene ces audits ?

Avant tout les quarante-six bureaux d’achats d’Ikea dissemines dans trente-deux pays, qui en realisent l’essentiel (93 %). La formation de ces bureaux est assuree par le Compliance and Monitoring Group (groupe de controle et de conformite), une structure de la multinationale suedoise dediee a la verification de l’application du code. 46 Aankoopbureau’s van Ikea verspreid over 32 landen realiseren 93% van de audit. De samenstelling van die bureau’s is verzekerd door een groep van controle en conformiteit (‘Compliance and Monitoring Group’ CMG), een structuur van de Zweedse multinational toegewijd op het nakijken van de naleving van de code.

Compose de cinq personnes (trois en 2004), le Compliance and Monitoring Group, qui assiste les controleurs des bureaux d’achats Ikea, realise egalement des audits. Ook de CMG realiseert audits. Ze is samengesteld uit 5 personen en helpt de controleurs van de aankoopbureau’s. Cinquante-trois audits en 2005 (11). Quant aux auditeurs externes, tels KPMG, PricewaterhouseCoopers et Intertek Testing Services, ils n’ont realise que sept audits en 2004. In 2005 realiseerde CMG 53 audits, externe bureau’s in 2004 slechts 7.

La multinationale du meuble reconnaissait que ce nombre etait faible mais assurait que « 2005 contrastera, avec un nombre eleve d’audits realises par des tiers (12) ». Le nombre « eleve » est desormais connu : il culmine a vingt-six audits sur les mille douze realises… La ligne rouge du travail des enfants De plus, ces quelques audits tiers relevent en partie du systeme de controle interne mis sur pied par Ikea. Les auditeurs ne peuvent publier leurs etudes, dont ils rendent compte directement et uniquement a la direction du groupe.

Chaque controle, qui se deroule tous les deux ans (tous les six mois ou chaque annee pour l’Asie), prend entre un et deux jours. Les quatre-vingt-dix criteres de l’IWAY sont alors passes au crible. A raison de huit heures par jour, cela represente un point toutes les dix minutes et quarante secondes. Comment verifie-t-on qu’il n’y a pas de pression contre la formation d’un syndicat en dix minutes ? Et pour les heures supplementaires ? Et le paiement a temps des salaires ? Et le respect des pauses ? Et le travail force ? Le travail des enfants ? Simple. On demande au patron. On consulte les registres de l’entreprise. Ou pis, on demande a ’ouvrier dans son usine. Les personnes qui realisent ces audits sont peut-etre sinceres et volontaires, mais les conditions dans lesquelles elles sont placees ne permettent pas un controle serieux. La methode est donc pour le moins « legere » et peu propice aux epanchements des ouvriers sur leurs conditions de travail, d’autant plus que ce « controle » s’opere en meme temps que le controle de la qualite des produits. Ainsi, Toneesh, controleur qualite, a vu deux fois l’an passe les auditeurs d’Ikea : « Ils posent quelques questions, surtout sur la qualite des produits, pour verifier la production. Ce sont des Indiens de Delhi ou de Madras.

Mais aussi des Europeens. Ceux-la ne s’adressent qu’au plus haut niveau. A cause de la langue, les travailleurs ne peuvent pas directement parler avec eux. » L’ouvriere Kalaya confirme : « Hier, un homme d’Ikea est venu. Ils nous a montre une video a propos de la preparation du produit de qualite. Et il a pose des questions, mais seulement a propos du produit. » Ce n’est probablement pas ce type d’interrogations qui evitera a Kalaya des heures supplementaires non payees… Du coup, la politique d’Ikea se cantonne (zich beperken) a introduire quelques adoucissements (versoepelingen) dans l’exploitation chez ses sous-traitants.

Certes les salaries ont de l’eau filtree a disposition, des gants, des toilettes separees, et parfois meme des pauses-the. Mais boire le the n’aide pas le travailleur a boucler ses fins de mois, et des qu’apparaissent les vrais sujets sociaux – comme les salaires, la presence des syndicats, les heures supplementaires – le ton, on l’a vu, est vite different. De cette responsabilite sociale incarnee par le code de conduite, le grand vainqueur ne serait-il finalement pas… l’entreprise elle-meme ? D’un cote et comme le mentionne Vijayabaskar, « Ikea a fait supporter les couts de sa politique sociale a ses fournisseurs ».

De l’autre, elle peut valoriser son image par cet engagement sans frais, se maintenant avec une precision de metronome au-dessus du seuil de tolerance pour l’Occident : le travail des enfants. Ces progres sont d’autant plus facilement acquis a bon marche que les engagements de l’IWAY n’apparaissent guere contraignants. La pretendue responsabilite sociale d’Ikea ne parvient pas meme a extirper (roeien) d’une misere totale certains de ses employes. Pour reellement s’autoproclamer « ethique », la multinationale devrait permettre une vie decente aux salaries.

Et nous ne parlons pas de luxe, de television ou de telephone portable. Mais de manger plus souvent de la viande, de ne pas devoir faute d’argent retirer son enfant de l’ecole, en constatant qu’il rate une annee scolaire, de ne pas devoir cumuler deux emplois, de s’offrir enfin un vrai jour de repos, sans rattrapage de toutes les taches menageres de la semaine. Sans meme parler de permettre a Shiva de s’offrir un petit luxe dans les rayons Ikea… Olivier Bailly, Jean-Marc Caudron et Denis Lambert. http://www. monde-diplomatique. fr/2006/12/BAILLY/14239 1) Read Me, magazine international interne d’Ikea, n°1 (version francaise), mars 2006. (2) « Un Ikea sinon rien ! », dossier « Ikea : la secte mondiale du kit », Courrier international, n° 722, Paris, 2-8 septembre 2004. (3) « Pour un Ikea a Mougins ! », petition sur Internet. The PetitionSi vous aussi vous en avez plus qu’assez de passer plus de deux heures en voiture, de rouler plus de 250 kilometres (aller-retour) tout ca pour pouvoir faire vos courses dans un magasin IKEA, alors saisissez la chance (peut etre la derniere) qui vous est offerte de voir enfin s’ouvrir un magasin IKEA dans les Alpes Maritimes !

Signez cette petition ou il sera bientot trop tard ! Et faites passer le message autour de vous ! Retrouver toutes les dernieres informations sur le blog http://pourikeamougins. blogspot. com et n’hesitez pas a y laisser vos commentaires. Precision 1: cette petition est completement gratuite. Lors de la validation, il se peut qu’une fenetre s’ouvre pour vous demander de l’argent n’en tenez pas compte il s’agit d’une publicite ! Fermer tout simplement la fenetre, votre signature est de toute facon validee. Precision 2: Certains se sont etonnes de trouver cette petition ecrite en anglais.

En effet, cette petition a ete ouverte en anglais car le site qui l’heberge gratuitement est en langue anglaise contrairement aux sites francais qui eux sont tous payants. De plus, cela permet a la communaute anglophone, importante dans la region, de pouvoir participer. Si certains eprouvent malgre tout quelques difficultes avec la langue de Shakespeare voici une traduction des termes pour remplir le formulaire qui suit. First Name = Prenom Last Name = Nom City = Ville ZIP Code = Code Postal Gender = Genre (Femme ou Homme) Display my name as anonymous on the signatures list = Remplacer mon nom par anonyme dans la liste des signatures

Yes, I want iPetitions to contact me on similar campaigns or petitions = Oui, je souhaite que iPetitions me contacte pour une petition similaire Submit = Valider Tell a friend about this petition = Avertir un ami de l’existence de cette petition Merci encore pour votre participation active ! http://www. ipetitions. com/petition/pour_ikea_mougins/ | (4) Ikea, « Social ; environmental responsibility report 2005 ». (5) « Trying to assemble a perfect reputation », The Observer, Londres, 25 novembre 2001. (6) Propos issus du « Testament d’un negociant en meubles » repris in extenso dans la biographie autorisee de M.

Kamprad : Bertil Torekull, Un design, un destin. La saga Ikea, Michel Lafon, Paris, 2000. (7) Le documentaire allemand Mattan est mentionne par Manuel Balza et Davor Radojicic, « Corporate social responsibility and nongovernmental organizations », Avdelning, Linkoping, 30 janvier 2004. Les reportages suedois ont ete cites par Susan Christopherson et Nathan Lillie, « Neither global nor standard : Corporate strategies in the era of new labor standards », University of Oxford, novembre 2003, et Lowry Miller, Piore Adam et Theil Stefan, « The Teflon shield : Trench war », Newsweek International, 12 mars 2001. Cf. galement « Ikea accused of exploiting child workers », BBC, Londres, 23 decembre 1997. Tuesday, 23 December, 1997, 06:17 GMT IKEA accused of exploiting child workersA television programme in Sweden says the furniture firm IKEA is continuing to exploit child labour. The documentary reports that children working in factories in the Philippines and Vietnam are under the minimum age set in international agreements. A spokesperson for IKEA Marianne Barner defended the company, saying the contract with its supplier in the Philippines had been suspended, when under-age children were found to be making wicker baskets.

She emphasised that IKEA was committed to preventing under-age child labour, but said the problem was complicated, since children were employed by local suppliers, not directly by IKEA. From the newsroom of the BBC World Servicehttp://news. bbc. co. uk/2/hi/europe/41968. stm | (8) IWAY Standard, point 15. (9) Plusieurs personnes interviewees ayant fait part de leur crainte de perdre leur travail si elles etaient reconnues, tous les noms des ouvriers ont ete changes. (10) Disponible sur www. madeindignity. be . (11) Ikea, « Social ; environnemental responsibility report 2005 ». (12) Ibid.