Expose : l’ump est elle si unie ?

Expose : l’ump est elle si unie ?

————————————————- Maxime  L’Union pour un Mouvement Populaire est-elle si unie ? Pierre Arquilliere Vie Pol – 18/03/2011 – Conf 8 Emmery Afin de changer des phrases d’accroches classiques ou des rappels historiques propres a ce genre de sujet, j’ai decide de profiter de l’opportunite qui m’etait offerte de faire un expose plus ou moins « de secours » en introduisant d’une facon un peu originale ce sujet.

La question de notre expose est « L’Union pour un Mouvement populaire est-elle si unie ? ». Apres une petite reflexion avec mon collegue Maxime Arquilliere, nous avons commence a nous focaliser sur un aspect interessant pour l’etude de cette question. Ainsi, nous allons commencer cet expose en etudiant le parallele entre l’evolution de ce corps politique et l’evolution d’un etre humain. Pour cela, une petite biographie s’impose.

L’UMP est nee en 2002, elle est la fille des familles gaullistes et de diverses formations de droite, liberales et conservatrices notamment qui lui ont insuffles des aspirations democratiques. Elle a pour grand parents, comme le soulignait Rene Remond dans Les Droites en France, des familles legitimistes, bonapartistes, qui aujourd’hui se sont effaces de l’echiquier politique tout en restant present dans l’inconscient genetique de la jeune UMP.

Dans ses premieres annees, l’UMP est un

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parti plein de vitalite, qui offre au pays deux presidents et deux majorites presidentielles (2002 – 2007). Mais durant le quinquennat de Sarkozy, donc a une periode que l’on pourrait appeler « l’adolescence » du parti, se manifeste les premiers troubles de la personnalite de cette formation. La discipline succede vite a la defense des interets particuliers des poids lourds du parti, eux meme divises par leur sensibilite politiques divergentes et leur interpretation de la doxa du mouvement.

Neanmoins, la formation continue a grandir tant bien que mal et s’impose comme le premier parti de France avec ses resultats encourageant, tant au point de vue local (municipales de 2009) et national qu’europeen. Il s’agit donc d’un parti uni en apparence mais souffrant de ce que le langage medical appellerait un trouble dissociatif de l’identite : une forme de schizophrenie dans laquelle un seul individu physique accueille dans son psyche plusieurs personnalites conflictuelles.

Les medias reprennent souvent le terme de schizophrenie pour expliquer les contradictions internes a ce parti. Si le terme parait abusif et simpliste, il est neanmoins revelateur du fonctionnement de l’UMP. En quoi peut-on dire que sous ses aspects unis et unifies, l’UMP est aujourd’hui une formation politique schizophrene ? L’UMP porte dans son nom de bapteme le terme d’Union : il y a donc une reelle coalition qui s’est formee a droite, autour d’un projet commun qui est de porter une stabilite au pays grace a une majorite forte visant a la defense des interets du pays et des citoyens.

Mais ce projet, un peu flou, visant surtout a obtenir une assise puissante de la formation dans les arcanes du pouvoir, se confond en contradictions et en inconsequences qui relevent surtout d’une pretention d’un parti considerant que pour arriver a ses fins, tous les moyens sont bons. Quels sont alors les scissions fondamentales du corps majoritaires ? I. L’UMP : Un mouvement unifie Il y a de nombreux faits qui montrent une certaine unite de cohesion forte au sein de l’UMP.

Nous verrons donc quelques-uns de ces points-la dans notre premiere partie qui nous ont semble pertinents, cependant ces exemples ne sont pas exhaustifs. 1) L’UMP une strategie d’union electorale … Issue du mouvement de soutien a Jacques Chirac qui voulait le rassemblement des forces de droite Alternative 2002, l’UMP est creee le 23 avril 2002 suite au premier tour de l’election presidentielle et en vue des legislatives de la meme annee, afin d’« unir les forces politiques de toutes les droites ». Elle se nomme d’abord « Union pour la majorite presidentielle » en signe de soutien au president.

Une fois les elections passees, ce nom perd sa raison d’etre et est donc change tout en gardant le sigle connu des francais pour « Union pour un Mouvement Populaire » le 17 novembre de la meme annee. Ainsi notre premier grand titre appuie l’adjectif de mouvement unifie, mais dans le sens d’unification a differencier d’union. En effet, semantiquement, ces deux mots different. L’union signifie une fusion d’idees et d’opinions semblables, une uniformisation, alors que l’unification est une coalition de courants de pensees proches sur l’echiquier politique et qui se regroupent sous une meme ligne politique.

L’UMP regroupe ainsi plusieurs ex-partis politiques de sensibilite de droite et du centre, ainsi que differentes mouvances gaullistes, conservateurs, liberaux, democrates-chretiens, nationalistes ou sociaux-liberaux. A sa creation, l’UMP est une fusion du grand parti RPR et du parti plus modeste Democratie Liberale (DL). Cependant, le but reel de ce processus etait d’attirer l’autre grand parti de centre-droit l’UDF, avec qui de nombreuses tentatives de fusion avaient echoue auparavant. Ce fut un succes mitige etant donne que seuls les 2/3 des membres de l’UDF ont rejoint le mouvement populaire.

Ce parti cherche donc a etre un rassemblement de tendances gaullistes, liberales et democrates chretiennes (ou des tendances bonapartistes et orleanistes, suivant la classification de Rene Remond) de la droite francaise. 2) … qui repose sur une certaine discipline Nous avons pu voir que l’UMP avait ete creee dans un but d’unification des droites republicaines francaises. Cette unification a ete maintenue par diverses strategies pour favoriser le succes du mouvement et prouver l’efficacite aux electeurs.

Ainsi l’UMP est unifiee tout d’abord derriere un certain leadership. Jacques Chirac de la creation en 2002 a 2007, ou ce leadership a ete de fait transfere a Nicolas Sarkozy. Pour confirmer cette position de leader, il a ete choisi en 2007, apres l’election presidentielle, de ne pas remplacer Sarkozy comme president de l’UMP. En effet, depuis la creation du mouvement, il y a eu deux presidents du parti qui ont ete elus par les militants UMP : Juppe de 2002 a 2004 puis Sarkozy de 2004 a son election en 2007.

Ainsi a la sortie d’une reunion du bureau politique, le 25 juin 2007, Jean-Claude Gaudin affirme que « nous considerons que, moralement, le president (de l’UMP) reste Nicolas Sarkozy et, par consequent, nous pensons qu’il n’est pas utile d’elire a nouveau un triumvirat (president, vice-president et secretaire general) comme les statuts l’exigent». C’est la raison pour laquelle depuis se succedent les secretaires generaux comme nouveaux patrons de l’UMP, non elus mais nommes par Sarkozy. (Suite partie I. 2° Max) De plus, au sein de l’UMP, la discipline de parti est assez forte.

En effet, la hierarchisation de ce mouvement, ainsi que la pratique constitutionnelle de la Ve Republique tendent a favoriser son unite. Le mandat presidentiel ramene a 5 ans en 2002 a ete fait dans le but de faire concorder les legislatures et les mandats presidentiels. En effet, maintenant que les elections legislatives se passent quelques semaines apres les presidentielles, les deputes sont donc elus « grace » au president elu (on imagine mal l’opinion publique changer d’avis en quelques semaines, apres avoir elu un president sans lui conferer les moyens d’appliquer son projet politique).

Ainsi les deputes du parti au pouvoir ont donc un sentiment de reconnaissance vis-a-vis de l’executif, ce qui favorise la discipline dans le parti majoritaire. Le parti majoritaire est donc hierarchise derriere son leader, qui plus est a la tete de l’executif, que se soient ces ministres, conseilles, membres du bureau du parti, deputes … Ainsi les consignes de votes, de positions de paroles sont uniformisees dans plusieurs cas. Pour critiquer l’opposition par exemple, que ce soit le PS, le FN ou l’extreme gauche.

Un document avait ete rendu public par les media il y a quelques semaines montrant des consignes quant a des « elements de langage » a tenir a propos du sondage donnant Marine Le Pen a la tete du premier tour presidentiel. De meme quand il s’agit de s’attaquer au PS, on retrouve une certaine ressemblance des discours visant a decredibiliser leur adversaire, notamment en appuyant sur une absence de programme du PS ou encore une incapacite a gerer l’economie… Enfin, on peut remarquer que les dissidences des personnalites politiques de droite vis-a-vis de l’UMP sont faibles.

Il y a peu de critiques, et les rares personnalites en ayant fait comme Alain Juppe sur son blog, ou encore Francois Baroin chiraquiste critique envers Sarkozy au debut de son mandat, ont rejoint sans hesiter le gouvernement quand le president leur a proposer un poste ministeriel. TRANSITION : Le destin de l’UMP comporte un enjeu de taille : le succes de son dessein electorale, si il ne rencontrait aucune resistance , signifierait que les differences qui ont donne naissance a une pluralite des familles distinctes sont aujourd’hui a ce point estompees que ces multiples droites n’en font plus qu’une.

La reussite de l’UMP sonnerait le glas de leur pluralite. II – Mais qui presente des dissensions internes Dans son ouvrage consacre aux droites en France aujourd’hui, Rene Remond ecrit : « L’UMP n’a ete au depart qu’un choix tactique pour gagner une election. L’UMP troquera plus tard son appellation contre une denomination moins dependante de la circonstance ». Cette simple phrase appelle a une critique de la these du parti unifie sur une meme ligne politique et dans un meme projet.

Au contraire de Jospin qui avait lance la Gauche Plurielle en 1997 jusqu’a l’echec de 2002, l’UMP ne reconnait pas dans son appellation la pluralite des familles politiques qui la compose. Pour reprendre le vocable psychiatrique, le trouble dissociatif de la personnalite de l’UMP se double d’un severe cas de nevrose, car nous l’avons dit en transition, la force de l’UMP reside dans cette union dans la diversite. Mais cette diversite implique un certain nombre de conflictualites que nous allons tenter d’etudier ici. 1) Une pluralite sans projet

Si l’on s’attache a une definition de l’UMP, il apparait qu’il ne s’agit pas reellement d’un parti, mais plutot d’une tentative de fusion de toutes les nuances de droites : gaullistes, liberaux, conservateurs, democrates-chretiens, radicaux… Le RPR, le parti le plus represente dans ce rassemblement est le mouvement qui a le plus pati de ce rassemblement : d’abord parce qu’en tant qu’heritier du parti gaulliste, il s’est toujours defini comme une union de valeur (et non d’ideaux ou de dogme politiques, transcendant le champ politique des partis traditionnels ainsi que le clivage droite/gauche).

Se rallier a l’UMP signifie alors renoncer implicitement a l’ambition d’etre cette structure d’accueil ouverte a des elements venus de partout. Cette dissociation se solde par l’emergence de deux grandes familles : l’une liberale, qui parle en termes d’idees et d’efficacite, a laquelle appartiennent par exemple Jean-Francois Cope ou Xavier Bertrand, et une droite traditionnelle qui s’exprime en termes de regles morales et de respect (dont un des representants est Nicolas Dupont-Aignan – qui quittera l’UMP en 2007).

Il est difficile de citer des representants de la droite traditionnelle dans les arcanes du parti : c’est justement une nouvelle dissociation a faire dans l’UMP : la droite liberale, si elle est bien representee dans les arcanes du parti et des ministeres, l’est moins au niveau local.

En effet, les personnalites elus dans les communes par exemple, repondent plus au profil de la droite traditionnel : c’est d’ailleurs ainsi, en mobilisant un college de grands electeurs, que De Gaulle avait pu acceder a la presidence de la France en 1958, en ce que les representants des communes rurales etaient largement plus representes que les representants des communes urbaines, ces derniers moins enclins a la vision traditionnelle de la droite.

Il y a donc aussi une dissociation territoriale de l’UMP, qui au niveau local represente plus les tendances traditionnels, et au niveau central et national, dont les inclinaisons sont plus liberales. Dans ce contexte, Nicolas Sarkozy en tant qu’il est le dernier representant legitime du parti (dernier a avoir ete elu comme president), se doit d’essayer de concilier les differents points de vue qui parcourent son parti. Neanmoins, un evenement revelateur de son manque d’aise sur les questions propres a la droite traditionnelle, « des terroirs », est le salon de l’agriculture, ou le president de la republique peine.

Il paye d’abord l’image du citadin, ne a Neuilly. Un cote snob tres loin de l’attitude un brin bourrue, des accents regionaux et du parler franc qui regne a la campagne. Resultat, des le premier salon, il lache le fameux « casse-toi pov’ con » dont il ne se relevera plus. En 2009 : il fait taire toute opposition a sa politique agricole. L’annee suivante, il tente de se preserver d’une nouvelle polemique en arrivant a l’aube. Ce qui ne manque pas de provoquer les sarcasmes.

Il essaie de cristalliser toutes les tendances de son parti au risque de fauter sur le discours qu’il doit fournir en tant que president de la republique, ou de faire un exces de populisme ou de non-sens. C’est ainsi qu’a l’eclatement de la crise en decembre 2008, il avait entendu « moraliser le capitalisme », expression dont on a remarque la candeur et le vide intellectuel qu’il sous-tendait, mais qui se justifiait en ce qu’elle peut se lire comme une synthese federatrice des courants de pensee e son parti. 2) De la pluralite au conflit L’UMP est aujourd’hui le parti presidentiel et de la majorite parlementaire. Par consequent, on attend une discipline de cette majorite, comme l’a souligne Maxime dans la premiere partie. Jacques Chirac, qui avait connu les affres de la cohabitation politique avait su maintenir sa majorite des qu’il en a retrouve une. De plus son charisme et sa faculte a synthetiser les ambivalences du mouvement lui accordaient un certain credit et une loyaute au parlement.

Mais sous Sarkozy, comme le note Marc Leroy dans son article : La Ve Republique est-elle devenue un regime pleinement parlementaire, une scission s’est effectuee entre la presidence et le parlement, fruit des dissensions qui minent les membres d’un parti qui ne se reconnaissent plus au travers de la synthese sarkozyenne. La discipline de parti se fissure donc, et ce parlementarisme releve du jamais vu dans l’histoire de la Ve republique, car il s’agit d’une situation typique des cohabitations. Cette situation inedite traduit un profond malaise au sein de la majorite presidentielle, desormais desunie.

Cette desunion se traduit concretement par un recentrage du parti autour des cadors du RPR : comme l’ont montre les deux derniers remaniements, l’ouverture de la majorite presidentiel aux representants du nouveau centre ou autres partis non-fondateurs de l’UMP ou seulement affilies s’est vue remplacee par une eviction de ceux-la meme qui representait l’essence de l’Union pour une Majorite Populaire. Ainsi, Jean-Louis Borloo, issu du Parti Radical valoisien, originellement pressenti pour remplacer le chef du gouvernement lors du remaniement de novembre dernier, sera evince au profit de Francois Fillon, chantre de l’UMP et ancien membre du RPR.

A ce RPRisme qui cisaille le parti pour mieux le desunir, il faut en plus de cela s’interesser au conflit de personnalites. En septembre dernier, Liberation titrait « Le match Cope-Bertrand plombe la rentree de l’UMP ». Malgre des idees, des valeurs et des pretentions qui les rapprochent, des postes qui les poussent a la cooperation (a l’epoque respectivement president du groupe UMP a l’assemblee et secretaire general de l’UMP), les deux hommes s’affrontent sur une somme de petites phrases visant a discrediter le rival qu’il voit en l’autre. Ainsi, a propos de cette concurrence, Fillon interviendra (je cite) : Le rassemblement, il est valable d’abord pour nous-memes. Les petites phrases, les etats d’ame, la majorite a le devoir de s’en dispenser. » Peut-on encore parler de rassemblement et d’union pour la majorite quand des personnages charismatiques du parti regroupent autour d’eux des groupes de soutien pour appuyer leurs pretentions, et quand les seuls decideurs et representants du parti sont issus du parti fondateur et non des partis rallies ? CONCLUSION Le Front Populaire, la Gauche plurielle, le Front de Gauche… Trois tentatives d’unification dans l’histoire politique de la France, aussi ephemeres qu’inabouties.

Le Front Populaire s’est disloque apres 2 ans de mesures sociales conclus par une crise economique, la Gauche plurielle s’est divisee lors des presidentielles de 2002, et le Front de Gauche souffre aujourd’hui des dissensions du NPA et d’une captation minoree des petits partis d’extreme gauche. Bref, le theme de l’Union, meme sacree, ne semble pas etre un theme porteur dans l’histoire francaise : l’union, en tant qu’elle releve avant tout d’une strategie electorale ou circonstancielle.

Transformer une Union en un parti denature et l’un et l’autre : l’Union parce qu’elle est denuee de son aspect strategique, et le parti puisqu’il ne repond plus a la definition donnee par Benjamin Constant : « reunion d’hommes qui professent la meme doctrine politique ». Ainsi, avoir fait de l’UMP un parti et non plus une Union pour une Majorite Presidentielle releve d’une experimentation digne de Frankenstein : c’est faire jouer dynamique avec statique, conditions avec convictions, pragmatisme avec ideaux. La question que l’on peut se poser aujourd’hui c’est : l’UMP doit-elle redevenir une union ou consolider sa condition de parti ?