Etude de cas

Etude de cas

Presentation de la cite des Chenes La cite des Chenes se situe tout pres de la zone sportive de Sesquiere. En juin 2000 les familles de l’aire de Ginestous ont ete inondees. Une aire d’accueil nommee « St James » a ete creee provisoirement en novembre 2000. Apres plusieurs rencontres avec la Mairie de Toulouse, beaucoup de familles ont emis le souhait de ne plus vivre en caravane etant sedentaires. Le projet de creer un lotissement dans le quartier « Ginestous »a ete elabore. Au travers d’une enquete ont a recense le nombre et les souhaits des familles. – 64 familles ont ete reperees par l’etude en mai 2002 3 familles se sont desistees et 3 autres ont achete des maisons vendues par la villes de Toulouse dans ce secteur. En juillet 2004 la Mairie et Nouveaux Logis Meridionnals ont livre 58 logements (maisons individuelles avec jardins). 58 familles sont donc passees d’un mode de vie caravane a un mode de vie « maison ». Ce qui represente 90 adultes et 123 enfants de moins de 18 ans. Le centre social ou j’ai effectue mon stage se situe en plan c’ ur de la cite. Plusieurs actions y sont menees, comme entre

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autre : – l’accueil du jeune enfant au sein d’une halte garderie l’accompagnement des familles et des adultes dans le cadre de l’insertion au travers d’un pole socio administratif et d’activites collectives ou les femmes peuvent au travers d’ateliers sortir de leur isolement. – La mediation vers l’insertion des jeunes en partenariat avec les missions locales de Toulouse. L’equipe composee de travailleurs sociaux, educateurs de jeunes enfants, educateurs specialises, animateurs, conseilleres et infirmieres elaborent des projets en lien avec ce qu’ils percoivent sur le terrain et avec les attentent et les demandes de la population elle-meme.

Rare sont les projets individualises. Presentation de Rosa Rosa est agee de trente deux ans, de nationalite francaise et d’origine Manouche. Elle est femme au foyer mais parfois travaille comme femme de menage dans une entreprise. Elle vit avec ses quatre enfants dans l’une des maisons neuves de la cite des Chenes. C’est une femme de caractere qui tente d’echapper aux valeurs trop lourdes de la societe qui lui est imposee de par sa culture tsigane : « ici la femme est soumise, je veux me sortir de la ; je veux m’affirmer completement. Je n’en peux plus ; je souffre trop », me confie t-elle.

Rosa est une personne tres active, malgre sa maladie des muscles sur laquelle elle ne desire pas s’etendre et qui l’oblige a se rendre regulierement a l’hopital. Elle est une des rares personnes de la cite a se preoccuper de la scolarite de ses enfants, de leur avenir. Elle visite souvent le centre social de par son besoin enorme de se confier sur cette vie qu’ « elle n’a pas choisie ». Les femmes de la cite la sollicite souvent, pour les conduire dans leur differentes sorties, pour lui demander de les aider car Rosa est une des seules femmes a savoir lire, pour lui soutirer differents conseils.

C’est une personne tres appreciee par les femmes mais beaucoup moins par les hommes qui voient d’un mauvais ‘ il la quete d’affirmation dans laquelle est partie Rosa. Ma rencontre avec Rosa et mon choix d’etude avec cette personne Lorsque j’ai debute mon stage Rosa est la premiere femme de la cite que j’ai rencontree, et nous avons ete tres surprise toutes les deux de nous retrouver ici car nous nous connaissions deja. En effet il se trouve que lorsque je travaillais au centre de loisirs des Sept Deniers j’ai ete l’animatrice de trois de ses enfants.

Ce qui fut benefique dans la relation qui allait s’installer entre nous. En discutant avec l’equipe je me suis apercue que Rosa etait une personne tres influente et importante dans la cite ; mais aussi avec enormement de soucis (dans son couple, avec ses enfants, avec sa culture, avec sa maladie…) et que meme avec beaucoup d’attention a son egard il etait difficile de l’aider. Je n’avais jamais travaille avec des personnes issues de la communaute tsigane et connaissait que tres peu cette culture. Donc des questions vinrent se poser a moi : quel accompagnement lier a la culture est possible avec Rosa ?

Faut-il l’aider a imposer son independance quitte a ce qu’elle se fasse chasser du clan ? La condition des femmes dans le monde est une question qui m’a toujours beaucoup interesse et dans la communaute tsigane je me suis tres vite apercue que l’egalite homme /femme est un bien grand mot et que c’etait une grande souffrance pour ces femmes. En instaurant peu a peu une relation avec Rosa je compris qu’elle aussi subissait cette loi de « soumission », pour reprendre ses propres mots, mais qu’elle se battait aujourd’hui pour pouvoir s’affranchir de son mari et de la famille omnipresente.

C’est ce qui motiva mon choix vers cette femme qui voulait faire evoluer les choses. Afin d’etre le plus a l’ecoute possible de Rosa lors de nos rencontres, je me suis renseignee tout ce que pouvais sur la culture tsigane. Je ne pense pas que l’on puisse aider l’autre sans connaitre un minimum ses pratiques, ses valeurs, ses codes. Mon accompagnement educatif aupres de Rosa se fait autour de la parole qui pour moi est un outil qui vise a ce que la personne puisse poser des mots sur sa vie pour ensuite peut-etre la modifier. « Mettre des mots sur le reel et qui plus est orsque c’est a partir de l’expression, possible ou non, d’une souffrance, n’est ni neutre ni vain. »M. Autes, les paradoxes du travail social, Dunod, 1999, page 244. Les seuls problemes que j’ai pu rencontres avec Rosa furent de lui faire comprendre que dans toutes les cultures enormement de femmes connaissaient des difficultes car elle me repondait souvent que « vous les gadgies (les non gitanes), vous avez de la chance vous etes libres et tranquilles de faire votre vie comme bon vous semble ». Quelle image nous faisons nous d’autrui ? Comment construisons nous le reel ?

Les sujets organisent leur perception d’autrui en simplifiant les informations dont ils disposent pour les rendre compatibles avec leurs attentes, leur motivation et leurs objectifs personnels. (Cours de psychologie sociale a la fac du Mirail). Son histoire Rosa est nee au territoire de Belfort. Elle est la troisieme d’une famille de sept enfants. Elle n’a pas connu son pere et fut elevee par « ses differents beaux peres » comme elle dit. Elle arrive a Toulouse lorsqu’elle a cinq ans. Elle et sa famille vivent alors dans un camps amenage pres du Cours Dillon. Rosa est scolarisee mais c’est une enfant tres turbulente qui n’aime pas l’ecole.

Sa mere est une femme qui boit beaucoup et Rosa devient rapidement une mere de substitution pour ses freres et s’ urs plus jeunes qu’elle. Lorsque la Mairie decide de deloger les voyageurs pour les installer a l’aire provisoire de Ginestous Rosa qui n’a alors que 15 ans est sur le point de se marier avec un homme de 10 ans son aine et designe par sa famille. « Il etait gentil mais j’en aimait un autre, et surtout j’etais beaucoup trop jeune », me confira t-elle. Rosa qui n’aimait pas l’ecole allait regulierement aider les educatrices de la halte garderie se trouvant a cette epoque dans un camion de fortune amenage a cet effet. Rosa etait tres attentive et douce avec les enfants, autant qu’elle etait un volcan et difficile a l’exterieur de la halte », selon les dires des professionnels qui la connaissaient depuis longtemps. Puis a dix-sept elle eu son premier enfant, un garcon, c’est a partir de ce moment qu’elle voit sa vie completement changer. Les problemes de boisson de son mari accompagnes de sa violence, le poids du clan, les traditions qu’elle ne comprend plus. Ensuite la famille s’agrandie avec trois petites filles, ses enfants sont sa raison de vivre me repetera t-elle souvent.

Juste apres la naissance de sa derniere fille Rosa est atteinte d’un cancer de l’uterus qui la fragilisera beaucoup et qui aggrava sa maladie des muscle : d’apres ce qu’elle nous en a dit c’est une maladie qui provoque une degeneresence des muscles et qui se manifeste par des crises. Lorsqu’elle est en crise il lui est impossible de sortir de chez elle tellement elle est paralysee. En 2004 elle et sa famille quitte la caravane pour habiter en maison. L’aine de quinze ans est le seul de la communaute a poursuivre encore un cursus scolaire mais passe en conseil de discipline, sa fille de onze ans est insolente.

Rosa hesite a quitter son emploi d’agent d’entretien pour etre aupres d’eux, elle le quitta cependant a cause de sa maladie. Elle hesite a se sacrifier. Car pour Rosa son travail est sa seule occasion de sortir de la cite, de s’echapper. C’est une femme qui depense beaucoup d’energie pour les autres et qui se detruit psychologiquement et physiquement en pensant que sa vie est maintenant derriere elle mais en meme temps souhaite que tout cela puisse changer un jour : voila toute l’ambiguite de Rosa. Besoin de reconnaissance et le desir d’etre une « femme »

Le besoin est celui de la personne comme cas de l’education specialisee. Le desir est celui de la personne prise comme sujet de la parole. UF1 les pratiques educatives. Rosa en venant souvent chercher une oreille attentive au centre social est en demande de reconnaissance, veut exister. Mon attention se porte sur son besoin d’expliquer sans cesse ce qu’elle vit, ses coups durs, c’est une femme qui un jour va etre pleine d’en train puis le lendemain va se montrer epuise presque d’humeur depressive, pleine d’angoisse et demoralisee.

C’est dans ces moments la qu’il me semblait important d’etre la plus a l’ecoute possible. Son quotidien tres routinier (conduire les enfants a l’ecole, le menage le matin, les demarches administratives l’apres-midi, ses consultations a l’hopital) lui fait perdre toute confiance en elle. C’est pour ca que l’equipe et moi-meme lui avons conseille de s’inscrire dans les activites proposees aux femmes au centre social, qu’elle s’octroie du temps pour elle. Ce qu’elle fit. Rosa finit par investir totalement les activites et devient meme un element moteur dans le groupe.

Elle trouvait sa reconnaissance aupres des professionnels qui la trouvaient tres motivee et engagee dans ce qu’elle entreprenait ainsi qu’au pres des autres femmes pour qui elle devenait un soutien. A travers les autres Rosa revit. Mais encore une fois ce n’est pas dans son regard a elle qu’elle se sentait mieux. Une idee me vint et je lui propose une sortie en ville pour l’achat de vetements, elle qui me dit souvent qu’elle est habillee comme un sac, et chez le coiffeur. Bien sur cette sortie a pour but de lui faire retrouver confiance en elle, pour qu’elle retrouve un statut autre que celui de mere, mais cette ediation aller aussi permettre d’etablir une vraie relation entre elle et moi. La sortie eut l’effet que j’esperais. Rosa se senti bien ce jour la, etre melange a des gadjes sans sentir de jugements negatifs de leur part lui permis de se sentir appartenir a la societe entiere et pas seulement a sa communaute. Nouvelle coiffure, nouveaux vetements lui ont donne envie de continuer a s’occuper d’elle, et ont reveiller son desir d’etre une femme, cela merite qu’on prenne du temps.

En effet, une des habitudes des gitans est le « maintenant tout de suite », et a force ces femmes ne prennent jamais le temps de faire les choses plus posement en prenant le temps. Cette sortie fut un support pour la relation entre elle et moi, ce fut un moment d’echange, de rencontre. On a pu creer un climat de confiance ce qui a largement favorise l’expression. Le rapport de Rosa avec la violence Comme de nombreuses femmes gitanes et autres, Rosa est victime de violences conjugales. Mais ce qui me questionne encore plus est la violence qu’elle-meme reproduit a l’egard de ses enfants.

Au commencement de mon etude j’ai du rassurer Rosa sur l’anonymat de ce devoir. Je sentais qu’elle craignait la reaction de son mari si celui-ci lisait ce qu’elle m’avait confie, malgre ce qu’elle pouvait me dire « J’ai impose mes choix a mon conjoint malgre les coups. Il a fini par me laisser passer mon permis de conduire et travailler. Avant j’avais honte d’etre battue ; je me cachais car je me sentais coupable. Aujourd’hui non, c’est fini, je n’ai pas le droit de faire vivre a mes enfants ce que j’ai vecu. Parfois je me dis que seules les femmes peuvent faire evoluer la societe. Mais beaucoup subissent en silence ».

Rosa explique ces violences par la tradition tsigane. Comme si cela « allait de soi ». Il est vrai que dans la societe gitane, la virilite doit etre validee par les autres hommes et montrer sa femme avec « un ‘ il au beurre noir » est le synonyme de « vrai homme » ; on fait dans cette communaute le lien entre virilite et violence. Mais je lui dis que je ne suis pas d’accord et qu’aucune femme n’a a subir cette violence gratuite et que la violence repond souvent a une frustration. En relisant mes cours de psychologie je m’apercoit qu’un extrait peut ressembler a ce qui se produit dans la famille de Rosa. L’objet de l’agression peut ne pas etre la source de frustration, ce qui donne lieu au phenomene de deplacement de l’agressivite vers une autre cible. (ex : L’homme humilie par son patron reprimande sa femme, laquelle crie apres son fils). La privation peut entrainer la frustration et donc l’agressivite ». A la rencontre suivante j’apporte ses elements a Rosa qui plus je lis, plus affiche un petit sourire en acquiescant doucement de la tete. Suis-je tombee juste ? Petit a petit elle m’explique que son mari etant routier est absent toute la semaine et ne rentre que pour le week-end ; qu’elle se sent seule pour l’education des enfants. Lorsqu’il revient il ne fait que boire et dormir », si un probleme surgit elle doit le regler elle-meme et si elle demande a son mari d’intervenir c’est elle qui se fait reprimander car elle le derange. Et ce sera souvent dans ces moments la que Rosa retournera cette violence sur ses enfants, et notamment avec Oceane sa fille 11 ans. Rosa en est consciente car apres chaque acte violent envers sa fille elle se presente au centre social tres perturbee et nous demande : « mais pourquoi je l’ai touche ».

J’essaye des que je sens que c’est possible pour elle de la faire parler de cet acte qu’elle vient de poser, de chercher qu’est ce qui la faite se montrer aussi violente. Elle me repond souvent que c’est parce qu’elle est fatiguee, qu’elle se sent vite depassee par cette jeune adolescente si insolente et difficile. Puis elle en vient a me dire que son mari delaisse son role de pere et les « laisse tout faire » donc qu’elle est oblige de tenir se role aussi, en insistant toujours sur le fait qu’elle est epuisee. Elle rajoute alors avec eaucoup d’ambiguite qu’elle ne souhaite pas pour ses filles de vivre dans la violence plus tard mais c’est ce qu’elle reproduit elle-meme. Je m’attarde avec elle sur le fait que c’est toujours sur Oceane que son agressivite est la plus frequente et la plus severe et pourquoi pas sur son fils aine ou ses deux dernieres. La reflexion sur cette question souleva des souvenirs penibles. Au fur et a mesure de nos entretiens a se sujet Rosa me parla d’une periode tres difficile de sa vie ou sa mere etait parti de longs mois avec un homme et donc avait ete oblige d’endosser ce role de mere de famille avec toutes les responsabilites qui vont avec.

Sa grand-mere qui vivait a cote d’elle la reprenait souvent sur sa facon de tenir ce role qu’elle n’avait pas choisi et la tapait quand Rosa osait lui repondre : « je le revis souvent », me dit- elle en pleurant. Durant ces discutions elle me repete souvent « je n’ai pas eu de jeunesse, j’envie beaucoup celles qui ont pu vivre avec la presence d’une vraie mere ». Je lui demande alors quel age elle avait a cette periode, elle me repond entre 11 et 12 ans, l’age actuel de sa fille Oceane.

Comme si Rosa inconsciemment « punissait » sa fille d’avoir sa maman pres d’elle et de ne pas s’en rendre suffisamment compte pour continuer a avoir un comportement penible a son egard. Comme l’explique Freud dans son exemple des traumatises de guerre « un patient donne l’impression d’etre pour ainsi dire fixe a un certain fragment de son passe, il semble y avoir une attraction du sujet par le passe et les symptomes semblent directement a mettre en lien avec cette cause du passe » Freud, Rattachement a une action traumatique. L’inconscient. Introduction a la psychologie. La violence fait partie de la vie de Rosa.

Je peux supposer que lorsque son mari la bat, elle revit un moment difficile de son passe, et qu’en faisant de meme avec sa fille elle ne fait que reproduire ce qu’elle a connue. L’accompagnement educatif lie a la culture Rosa s’interroge beaucoup sur le poids de sa culture, cette culture qu’elle trouve trop dure, trop stricte, qu’elle ne comprend pas mais qui fait tout de meme partie d’elle et avec laquelle il faut travailler. Je lui ai souvent pose des questions sur sa culture, ses traditions, ses coutumes. C’est une facon de s’interesser a l’autre dans sa globalite, mais aussi a l’aider a s’interroger sur sa propre identite.

Cette culture elle la porte, que ce soit dans sa maniere de s’habiller, sa facon de parler : elle ne peut la renier. Pourtant elle n’a de cesse de repeter que cette culture la « bloque » pour enormement de choses, comme sortir sans etre stigmatisee (voleuse…), etre sans arret epiee et jugee par la famille ou les voisins. Rosa a du mal a s’apercevoir qu’il existe des similitudes entre son groupe culturel et d’autres groupes, elle est persuadee que les Tsiganes est le groupe ethnique qui provoque le plus de rejet de la part de la societe, que les femmes comme elle sont les plus opprimees, les plus seules.

Je m’exprime sur le fait qu’il est vrai qu’il existe majoritairement des reactions negatives a leur egard mais je lui explique aussi que les Tsiganes ne sont malheureusement pas les seuls a etre victime de ce racisme, et que la plupart des etranger en font les frais. Puis j’acquiesce sur le fait que les femmes Tsiganes ont une vie difficile, de part leur enfermement dans le groupe familial et de leur dependance des conditions masculines ; je lui propose d’integrer l’atelier cuisine qu’une educatrice du CCPS anime a la caf des Ysards dans cet atelier on retrouve des femmes de sa cite ainsi que des femmes maghrebines.

L’idee est de mettre en relation Rosa avec des femmes d’une autre culture que la sienne et qui pourtant vivent des difficultes similaires. Ces rencontres sont tres benefiques pour Rosa. Elle ose petit a petit parler de ses souffrances et a les comparer avec celles d’autres femmes. Elle s’identifie fortement a l’une d’entre elles, d’origine maghrebine, leur relations, leurs discutions ameneront Rosa a se sentir moins seule et a accepter que meme si on est pas gitane il existe des vies difficiles et complexes. Avec mon propre regard, je decide d’enumerer a Rosa tout ce qui me plait dans sa culture.

Je commence a lui parler du collectif, de la solidarite que j’ai pu remarquer entre les familles mais aussi entre femmes, de cette capacite que les Tsiganes ont de vivre l’instant present, de la diversite des langues, des chants, des danses. Enfin Rosa reconnait toutes ses richesses culturelles et comprit qu’elle pouvait s’en servir pour sortir et mieux apprehender le monde exterieur. Le respect de sa culture peut la maintenir dans un processus de revalorisation. Tout ceci l’aida a se reconcilier avec son identite, dans son statut de femme et d’un point de vue culturel.

Je souhaite aussi revenir sur la sante de Rosa et plus generalement sur le rapport des Tsiganes devant la maladie. Comme je le disais dans un paragraphe precedent les Tsiganes vivent au jour le jour et connaissent tres peu les methodes de prevention, du moins d’un point de vue medical. En effet d’autres pratiques sont considerees par cette population comme relevant de la prevention : par exemple les pratiques religieuses. Un medecin du CCPS m’explique que des femmes deposait sur la tombe d’une veille guerisseuse (specialisee de son vivant ans les maladies infantiles), divers objets appartenant a des enfants, tels que barrettes a cheveux, photos, medailles, destines a recevoir la protection. Il est certain que ce type de pratiques n’a aucune incidence sur la sante des enfants mais aussi cela veut dire que la prevention peut aller au-dela du medical et peut se traduire par des actes culturels. Ce qui vient a l’encontre de mes dires sur le fait que les Tsiganes ne se soucis pas de l’avenir. Par ces gestes les femmes pensent a l’avenir de leurs enfants dont elles souhaitent la protection.

Les professionnels accompagnant ses personnes doivent les ramener vers des soins medicaux tout en prenant en compte ces croyances culturelles qui font parties de l’identite de ce peuple. Quant a Rosa elle est aussi plus orientee vers ces pratiques que vers la medecine biologique. Ce qui est dangereux pour sa sante vu qu’elle est tres malade. Elle associe les hopitaux a des mouroirs, des prisons, « j’etouffe la dedans dit-elle, nous on vit dehors ». J’associe vite cette impression d’etouffement aux nombreuses annulations de consultations que Rosa a pu faire.

Elle connait pourtant sa maladie, meme si elle ne desire pas nous en parler, mais elle ne l’accepte pas dans la mesure ou selon elle c’est « un sort » qu’on lui aurait jete et qu’aucun medecin ne pourrait guerir. Sa maladie serait donc de la faute d’une autre personne. Essayerait-elle inconsciemment de donner du sens a ce qui lui arrive en trouvant une justification a ce mauvais sort ? J’avais remarque que chez Rosa la religion etait tres presente (dans ses paroles, sa decoration de maison). Je sais que dans la tradition Tsigane la religion est tres importante mais chez Rosa je la sentais omnipresente.

La mairie de Toulouse accepta de louer une maison proche de la cite a des personnes evangelistes. Rosa participe activement aux reunions de cette Eglise, y est tres impliquee, elle fait partie d’un groupe de lecture. Elle me dit que les evangelistes ont une bonne influence sur les personnes qui adherent a ses pratiques, qu’ils les aident a mieux se comporter. D’ailleurs plusieurs personnes de la cite m’affirment que « depuis que les evangelistes se sont installes a cote, les jeunes sont plus calmes et moins voyous, il y a moins de problemes entre les gens ».

Rosa semble apaisee lorsque je la vois au retour de ses visites a « la maison ». . Bilan Rosa est une femme avec des attentes tres paradoxales. Parfois elle va se montrer en rebellion avec sa culture en desirant vivre autrement, et pourtant elle est emprise de sa culture qui la guide dans ses faits et gestes. Elle fait un constat d’echec de sa vie de couple et pourtant ne concoit pas une seule seconde de quitter son mari par sa peur des jugements du clan. En effet elle vit au sein d’un groupe social et familial qui intervient dans le deroulement de sa vie personnelle.

Elle desire developpee sa socialisation et se cantonne a des visites entre femmes de la cite, ou a des reunions religieuses. Elle est tiraillee entre des desirs qu’elle ne sait pas mettre en lien. D’un cote une envie de changer et d’un autre ne pas perdre son identite, avec les valeurs Tsiganes. De plus en recreant un lien avec ce que l’on a pu me dire de Rosa avec ce que moi j’en ai percut je vois qu’elle presente de nombreux symptomes nevrotiques. En effet je designe son humeur changeante, parfois tres dynamique parfois tres nonchalante comme etant le reflet d’une depression qui pourrait induire la perte de l’estime de soi.

Si je souhaite aller encore plus loin dans mon constat je peux soulever cette angoisse permanente dans laquelle se trouve Rosa et il est certain qu’elle occupe une place centrale dans la pathologie nevrotique. Enfin le troisieme symptome qui me permet d’affirmer mon hypothese est la place importante que prend l’agressivite dans la vie de Rosa. Les principaux mecanismes de defenses qu’utilise Rosa sont : le refoulement (par rapport a son passe), le deplacement (la violence de son mari qu’elle tilise sur ses enfants), et l’identification (au groupe femmes Tsiganes). Je m’interroge encore sur quelle type de nevrose est associee Rosa bien que pour moi son etat anxieux pourrait temoigner d’une nevrose d’angoisse. Les perspectives d’avenir Dans cette structure associative en milieu ouvert il n’existe aucun dossier se rapportant au suivi des personnes. Les projets sont etablis pour les groupes (ateliers femmes par exemple) mais pas pour les individus. L’accompagnement d’une personne se fait generalement a sa demande.

Pourtant, parfois lorsque l’equipe fait le constat qu’une personne est vraiment en difficulte ou meme en danger, les professionnels prennent alors les devants et se reunissent afin de travailler ensemble sur la situation et elaborent un projet pour cette personne. Avant de quitter mon stage, j’ai souhaite qu’une reunion de la sorte ait lieu au sujet de Rosa. Il me semblait important de faire un retour a l’equipe sur tout ce que j’avais compris d’elle, vu le temps passee en sa compagnie, et d’echanger avec leur avis sur la suite de l’accompagnement de Rosa.

Car « c’est toujours sur la capacite d’expression des individus, et des groupes que le travail social agit »M. Autes Le paradoxe du travail social Le soutien a cette femme a la fois forte et fragile sera surtout acces sur sa sante qu’elle neglige mais aussi autour de sa quete pour l’emancipation des femmes Tsiganes tout en ne perdant pas de vue sa culture. D’un point de vue medical, l’equipe considere qu’il faut l’accompagner, la soutenir lors de ses consultations, qu’elle ne soit plus seule. Ces rendez-vous deviendraient des instants de mediations ou Rosa pourrait exterioriser ses craintes, ses angoisses qui se creees autour de sa maladie.

Cette potentielle demarche comporte tout de meme des risques, peut-etre que Rosa n’acceptera pas la presence d’un educateur a ses cotes pour ces rendez-vous tres personnels, ou si somme toute elle acceptait, se confierait-elle sur ce sujet ? Mais il faut en faire l’essai, experimenter et prendre le risque afin de faire evoluer cet accompagnement, meme en en changeant les dispositifs mis en ‘ uvre au depart, vers l’objectif de depart qui est aider Rosa a acceptee sa maladie pour quelle puisse suivre les traitements sans etre emprise d’angoisses telles qui l’empeche d’envisager sa guerison.

Par rapport a sa vie de femme on revient a ce terme de « sacrifice » que Rosa avait employe lorsqu’elle me racontait son quotidien. Comment l’aider a se sortir de cette souffrance qui lui faire dire qu’elle est « une chose qui accomplie des taches pour les autres », selon ses propres mots ? Pour cela nous prenons en compte son environnement social, culturel, ses traditions et son passe qui font ce qu’elle est aujourd’hui et l’equipe finit par se dire que ce qu’il manque a Rosa est une vie rien qu’a elle, une vie ou elle pourrait employee la premiere personne du singulier et pas le « nous » du collectif.

L’equipe s’engage a accompagner Rosa dans son besoin de liberte en dehors du clan. Il est important pour se faire, que ce projet commence par de nombreux entretiens avec Rosa sur ses envies, ses besoins afin qu’il soit elaborer de facon subjective. Effectivement avec nos representations et nos apprioris nous pourrions confondre les besoins de toutes les femmes d’une communaute avec ce qu’il conviendrait a une seule d’entre elle. En effet le danger de travailler sans Rosa sur son projet serait d’aller completement a l’inverse de l’objectif fixe.

L’avenir de Rosa dependra de ses echanges, de ses relations avec l’equipe et de sa motivation a entreprendre de nouvelles choses sans la presence du groupe communautaire. Conclusion J’ai attachee une grande importance dans ma relation avec Rosa tout au long de mon stage et de cette etude. Le partage de moments privilegies avec elle par des sorties ou par de longues conversations m’a permis d’envisageait un travail futur. J’ai compris que le travail educatif au sein d’une communaute ne consistait pas simplement a soutenir un groupe mais a prendre d’avantage soin de l’individu dans sa globalite.

Cependant je souhaite souligner la difficulte de cette etude dans ce type de structure, du fait du manque de dossiers et d’un suivi regulier des personnes vivant dans la cite. Rosa m’a permis de mieux connaitre une culture que ne connaissait que tres peu et je pense lui avoir apporte l’ecoute et l’attention dont elle avait besoin. En essayant de l’aider je me suis enrichie moi-meme et c’est comme ca que je concoit mon futur metier d’educatrice specialisee. L’etude de Rosa m’a pose beaucoup de questionnements auxquels j’ai essaye de repondre en etant dans une pratique educative avec elle.

L’equipe m’a enormement aidee et c’est grace aux connaissances de chacun sur la personne de Rosa que j’ai pu fonder des hypotheses et des orientations de pratiques. Je me demande si Rosa reussira a mettre en lien ses envies de liberte et son identite culturelle sans qu’elle ne se perde dans l’un ou l’autre. Bibliographie Femmes Tsiganes. Agnes PITROU, Maitre de recherche au CNRS Cours sur les pratiques educatives Les paradoxes du travail social. Michel AUTES Introduction a la psychologie Cours de Marie-Jean Sauret, faculte du Mirail Dictionnaire de la psychologie Werner D. Frohlich