Eraldy

Eraldy

Dom Juan, fils de Dom Louis. Sganarelle, valet de Dom Juan. Done Elvire, femme de Dom Juan. Gusman, ecuyer de Done Elvire. Dom Carlos & Dom Alonse, freres de Done Elvire. Dom Louis, pere de Dom Juan. Charlotte & Mathurine, paysannes. Pierrot, paysan et amant de Charlotte. La Statue du Commandeur. La Violette & Ragontin, laquais de Dom Juan. M. Dimanche, marchand. La Ramee, spadassin. Francisque, un pauvre. Un Spectre. Resume Cette piece relate la vie d’un personnage infidele, seducteur, libertin blasphemateur, etre de l’inconstance et du mouvement.

Dom Juan, jeune noble vivant en Sicile accompagne de son fidele valet Sganarelle, accumule les conquetes amoureuses, seduisant les jeunes filles nobles et les servantes avec le meme succes. Seule la seduction l’interesse et les jeunes femmes sont bafouees et deshonorees apres que le beau seigneur en a decide . Mais l’une d’entre elles, Done Elvire, va lui donner bien du fil a retordre avec, entre autres, la venue de ses deux freres en Sicile pour trouver Dom Juan et le punir de l’affront commis a leur egard : en effet, Dom Juan a enleve Done Elvire d’un couvent afin de l’epouser, puis l’a abandonnee.

Ses conquetes lui valent certaines inimities et certains duels auxquels il

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ne se derobe pas. Il affiche un certain cynisme dans les relations avec ses proches, notamment avec son pere (Dom Louis) et remet en cause les conditions chretiennes mais egalement sociales, son libertinage symbolisant son independance. Il aime les defis, jusqu’a celui de la fin : le repas avec la Statue du Commandeur, que Dom Juan avait tue auparavant, qui l’emportera dans les flammes de l’Enfer. Dans son recit, Moliere a cree un personnage ayant tous les vices de son epoque mais en expliquant ses buts, ses convictions et ses raisonnements.

Reactions Frontispice des tuvres Completes de Moliere Cette piece de Moliere suscita a sa creation une levee de boucliers des devots. Ecrite juste apres Tartuffe, ou Moliere fustigeait l’hypocrisie de certains devots, elle semble aux yeux des religieux de l’epoque une apologie du libertinage. Le seul defenseur de la religion semble etre Sganarelle pour lequel la religion ressemble fort a de la superstition et dont le role comique est indeniable. Elle va donc subir, des sa deuxieme representation une attaque en regle.

On demandera a Moliere de supprimer certaines scenes (scene du pauvre) et certaines repliques (mes gages, mes gages) qui semblaient tourner en derision la religion. Elle ne sera editee qu’en 1682 dans des versions souvent mutilees et ce n’est qu’en 1884 qu’elle sera rejouee pour la premiere fois dans sa version originale. Moliere s’est inspire du personnage principal de El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra de Tirso de Molina, sauf que ce Dom Juan espagnol, qui passe son temps a renier Dieu et seduire les femmes, demande a se confesser avant sa mort lors du denouement. Les intentions de Moliere

Moliere entretient l’ambiguite sur ses intentions en decrivant un personnage qui n’est pas totalement noir. Il est intelligent et courageux. Dans ses duels verbaux contre Sganarelle, contre son creancier et contre son pere, il gagne haut la main. D’autre part, son cynisme et son hypocrisie ne peuvent que revulser le spectateur. En fait, la piece est une reflexion sur le libertinage et ses exces. Moliere est adepte de la libre-pensee, mais respecte les convictions religieuses. Il s’attaque principalement a toute forme d’hypocrisie que ce soit celle du devot ou celle du libertin.

Dom Juan est pret a tout pour satisfaire ses plaisirs. La fin de la piece est tres ambigue. Certes, Dom Juan est puni de ses peches par la mort, il est aneanti physiquement (en effet les didascalies l’indiquent comme avale par la terre), la conclusion semble donc morale (comme on peut l’attendre a l’epoque). Neanmoins, peut-on dire qu’un heros est vaincu s’il a prefere mourir plutot que de renoncer a ses convictions ? Analyse de l’Suvre Dom Juan Dom Juan ou la demesure Certains voient dans Dom Juan, l’archetype de la demesure et la preuve d’une demesure morale.

Grand seigneur espagnol, jeune [2]et beau[3], il est mechant homme d’une insolence totale, parfois violent. Dom Juan manie avec aisance l’ironie et le sarcasme, l’impertinence et l’offense, l’irreverence et l’irrespect. Il personnifie une lutte impitoyable entre le classicisme et le baroque. Tel Promethee, il se libere par la mort, c’est-a-dire il entre dans la (de)mesure triomphante. Un personnage transgressif Dom Juan, c’est la transgression des mSurs parce qu’il est seducteur il ne respecte pas le mariage. Il seduit les femmes, y compris celles qui sont promises (voir la scene avec Charlotte et Pierrot).

Dom juan est le maitre du jeu. Il transgresse les regles sociales, il vit a l’ecart, il est constamment en fuite (face aux freres d’Elvire notamment), et il represente un danger pour la societe dans la mesure ou il seduit toutes les femmes. Il est transgressif vis-a-vis des regles imposees par sa naissance, sa noblesse et son pere. Il n’eprouve aucun respect envers ce dernier et lui souhaite meme de mourir (acte IV). Il refuse de regler sa conduite comme le necessiterait son rang. Son pere, Dom Louis, l’accuse d’etre la honte de sa famille dans une tirade que l’on pourrait qualifier de cornelienne.

Il y a egalement chez Dom Juan, la transgression du ciel. Il croit seulement que « deux et deux sont quatre ». Il refuse, a maintes reprises de se repentir, il garde une attitude de libre pensee a l’encontre de tous les codes sociaux de l’epoque. Meme a sa mort, il refuse de se renier, il reste deviant jusqu’au bout. C’est aussi un homme de l’experimentation, qui affronte chaque nouveau probleme, et le resout sur le moment. Il y a aussi chez Dom Juan la tentation du Ciel. On peut penser que, dans la scene du pauvre, ou dans sa fausse redemption, il essaye, il attend une reaction, et n’en recevant pas, il continue a le nier.

Sganarelle Sganarelle, en tant que valet, n’est protecteur de la Foi que par peur de l’au-dela. Present depuis les premieres comedies de Moliere, dans cette piece, il vient en contrepoint apporter de l’humanite et du rire a une piece qui sans lui aurait ete bien noire. Mais le Sganarelle de Dom Juan se demarque des autres valets de Moliere ; on peut le qualifier d’asexuel dans la mesure ou il ne « recupere » pas les conquetes de Dom Juan, ce que pouvait faire un valet molieresque. Sganarelle mele souvent les dictons populaires, fait preuve d’un certain bon sens, mais reste assez maladroit.

En revanche, l’eloge paradoxal (le celebre eloge du Tabac, acte I, scene 1) est un procede litteraire complexe. Il s’adresse a Gusman, le valet de Done Elvire de maniere deconcertante : loin de profiter de ce moment d’egalite (en tant que valet), pour s’exprimer dans le patois qui apparait souvent chez Moliere il parle aussi bien que le ferait Dom Juan. Dans l’acte I, scene 1, Sganarelle precise qu’il deteste son maitre mais doit le suivre, plus par lachete que par sens moral. On peut neanmoins s’interroger sur les veritables raisons qui le motivent. En effet, il ne cesse d’implorer son maitre de se repentir et le menace du chatiment divin.

Il y a quelque chose de paradoxal dans son attitude. Sans doute Sganarelle, du point de vue de la societe, trouverait dans l’ordre des choses que Dom Juan meure. Il n’en est pas moins fascine par cet homme d’exception, qui, par sa personnalite, par sa transgression, prend une dimension monstrueuse. Sans doute se demande-t-il jusqu’ou Dom Juan peut aller… Ainsi Sganarelle ne souhaite pas vraiment que Dom Juan meure. Pourtant a la mort de ce dernier, il ne le regrettera que parce qu’il lui devait de l’argent, « mes gages ! mes gages », tandis que le Sganarelle « social » justifiera et acceptera la mort de Dom Juan.

Ainsi, loin de s’effacer devant le personnage de Dom Juan, Sganarelle est aussi problematique. Les rapports maitre-valet Dans la premiere scene, Sganarelle dresse un portrait tres pejoratif de son maitre, un blame, a Gusman, valet d’Elvire. Il le critique vivement en le qualifiant de « pourceau d’Epicure », « vrai Sardanapale », « heretique »… Il presente son maitre comme un libertin sans aucune morale : « rien n’est trop chaud ni trop froid pour lui ». Il a tente de raisonner son maitre a propos de ses mSurs qu’il n’approuve pas : «Il me reduit a applaudir ce que mon ame deteste », mais n vain. De plus, Sganarelle croit en Dieu et craint la fureur divine si Dom Juan ne se repent pas. On peut affirmer que Sganarelle craint son maitre : « la crainte en moi fait l’office du zele ». Par exemple, a la scene 4 de l’acte II avec les paysannes : « mon maitre est un fourbe […] elles se gardassent de le croire ». En effet, il se rattrape lorsqu’il voit Dom Juan revenir : il a peur des represailles. Neanmoins, il participe a la moindre aventure entreprise par le grand seigneur mechant homme. Sganarelle remplit ses fonctions de domestique et meme plus.

Il entretient une relation presque fraternelle avec son maitre car il represente son confident et la seule personne toujours a ses cotes. Il est son unique interlocuteur. Il demeure presque toujours la dans les moments graves : avec M. Dimanche, les paysannes… Dom Juan semble etre le double utopique de Sganarelle. En effet, il incarne presque tout ce qu’il aurait voulu etre. Le valet eprouve une profonde admiration pour l’audace et le pouvoir rhetorique de son maitre : « Ah quel homme ! Quel homme ! » (apres la visite de Dom Juan chez son pere).

Cependant, dans la derniere scene Sganarelle est triste mais ce qui importe le plus a ses yeux , ce sont ses gages non payes : « Mes gages ! mes gages ! ». Sganarelle est d’autre part, en tant que valet de comedie (un artefact propre a la comedie), l’intercesseur du public, c’est-a-dire un intermediaire entre le public et le personnage de Dom Juan. Dans la scene 1 de l’acte I, il presente Dom Juan comme la bienseance l’oblige, en le critiquant vivement, mais si maladroitement que le personnage peut garder quelque charme lorsqu’il presentera lui-meme sa passion de la conquete amoureuse (acte I, scene 2).

C’est Sganarelle aussi qui pousse Dom Juan a avouer son atheisme ou son rationalisme (assimiles par les devots) :  » je crois que deux et deux sont quatre… « . Et surtout qui revelera au public l’hypocrisie de Dom Juan envers Don Louis, alors qu’elle aurait pu duper le spectateur. C’est pourquoi il aura le dernier mot, en tirant la morale de la piece, meme si cette morale est encadree par « Mes gages ! Mes gages !  » : il importe qu’il reste un bouffon. Dom Juan ne peut pas se separer de son valet, ils sont d’ailleurs l’un pour l’autre une sorte de faire valoir reciproque.

Ce premier represente le cote sombre de la piece tandis que Sganarelle est l’amuseur, celui qui detend l’atmosphere, mais aussi l’intercesseur du public. Role que se reservait d’ailleurs Moliere, car le plus theatral de tous. Malgre leurs relations amicales, Sganarelle demeure un inferieur. Il faudra attendre un siecle pour que les domestiques commencent a incarner des revendications, et quittent par la un role fige dans l’artefact theatral, par exemple dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais.