Enquête sur le marché du vinyle en France

Enquête sur le marché du vinyle en France

DU BRULE Joseph L2 SSE DONATI Alite FOURRIER Théau Le marché du vinyle Dossier d’analyse économique à rendre pour le 1 6/04/2014 Mme Auffray-Seguette OF44 p g INTRODUCTION Le disque vinyle, un s disparu en 1992 des là. Certes, il a rayonnements des grandes enseignes de distribution multimédia comme Virgin ou la Fnac, mais il est resté pour un certain nombre de puristes et de collectionneurs LE support par excellence. En témoignent les ventes de microsillons (qualificatif désignant ces disques) en 2010 : elles représentent alors 1. % des parts de marché de l’industrie du disque, contre 0. % début 2000, et ont augmenté de 100% en 201 B. En cause ? Le nouvel album du duo Daft Punk, « Random Access Memories succès planétaire édité en vinyle, aux ventes records. A l’heure où le CD lui-même est en crise face au tout-numérique, cela peut sembler paradoxal ; or on constate que de plus en plus de nombreux disquaires spécialisés ouvrent leurs portes, et d’autres plus anciens, passés au CD, voient leurs ventes de vinyles remonter.

Ces succès éclatants sont à relativiser ; ce retour en grâce du vinyle pourrait n’être qu’une conséquence de l’obsession croissante de nos sociétés pour le intage

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(qui confirmerait son statut d’objet désuet), un simple effet de mode dans certaines catégories de la population, ou un banal soubresaut de la demande. Est ce une simple tendance éphémère, ou un engouement durable ?

Alors qu’Universal parle de commercialiser un nouveau support de diffusion de musique, le Blue Ray pure Audio, censé enterrer le CD par sa qualité supérieure, l’utilisation de platines vinyles peut paraître archaïque, sinon totalement anachronique. Il faudrait alors s’interroger : pourquoi le microsillon se porte actuellement si bien en termes d’image et de entes ? En bref, pourquoi cet engouement actuel pour le vinyle ? Est-il économiquement viable sur le long-terme ?

Afin de mieux cerner cette tendance, il convient avant tout de se pencher sur l’histoire du disque, de sa création au tournant du XXème siècle aux étapes successives ayant permis la massification du support, jusqu’au déclin du vinyle dans les années 80. Nous étudierons aussi la structure bipolaire du marché du disque encore en vigueur aujourd’hui pour mieux en comprendre les enjeux. Dans un second temps, nous nous pencherons sur les modalités du retour du vinyle, afin e déterminer les acteurs à Forigine de cette renaissance, les lieux et institutions qui l’ont rendu possible, ainsi que ses causes profondes et ses implications.

Enfin, nous 2 44 institutions qui l’ont rendu Enfin, nous étudierons la soutenabilité économique de ce phénomène, à savoir comment ce marché de niche qu’est devenu le microsillon reprend son expansion, et si il est véritablement rentable pour ses acteurs (labels, artistes et disquaires), tant en terme purement économique qu’en terme d’image. 2 I) L’Histoire du vinyle A/ Les débuts Comme souvent dans l’industrie, le disque vinyle est issu de resque cent ans d’innovation successive, d’améliorations, de retouches dans la technologie et l’ergonomie des produits.

C’est donc en 1877 qu’un français, Charles Cros, invente le paléophone, doté d’un système de reproduction du son via un cylindre d’acier tournant. Thomas Edison, célèbre inventeur Américain, développe alors ce concept et invente le phonographe, qui permet une plus longue durée d’enregistrement. En 1888, Emile Berliner invente le disque plat (le 78-tours), plus facile ? dupliquer. Cylindre et disque coexistent alors, jusqu’en 1918, date d’expiration du brevet de Berliner. Nombre de ses concurrents commencent alors ? produire des disques, d’abord en zinc, puis en résine végétale, qui supplantent alors totalement les cylindres.

Notons ici que la possibilité d’enregistrer la musique, pour l’écouter partout, plus qu’une simple innovation, est véri n par rapport aux 44 C’est la musique, l’art qui est désacralisé, désormais accessible ? tous et partout, certes technologique, cette innovation est avant tout culturelle. Comme l’affirme L. Tournès : « l’histoire de la musique enregistrée est celle des inventions, mais aussi celle de leur acclimatation par les sociétés contemporaines. (Ludovic Tournès , Du phonographe au MP3, p. 4).

En effet, si le phonographe n’avait pas rencontré un large public, il ne serait resté qu’une curiosité de laboratoire. Pour L Tournès, Il est possible d’identifier trois facteurs ayant favorisés la massification et la mondialisation rapide du disque (inventé à la fin du XIXème, omniprésent dès 1930 en Occident). On peut avant tout identifier le mode de production capitaliste, qui d’abord cantonné aux biens de production et de consommation basiques, s’étend progressivement dans toutes les sphères de l’économie, dont la production culturelle.

Electricité et pétrole permettent la production industrielle de shellac pu•s de vinyle, et les compagnies discographiques fleurissent. Les mutations sociales jouent également un rôle important : l’urbanisation galopante, l’exode rural, la naissance d’une classe ouvrière et d’une classe moyenne sont des terreaux favorables à l’apparition de nouvelles pratiques culturelles « médiatiques à savoir le cinéma et la musique enregistrée.

Caméras et phonographes sont alors l’apanage de la modernité, et sont rapidement adoptés par la petite bourgeoisie et les classes moyennes en pleine ascension, ui voient dans ce mode d’écoute privative un accès plus simple et moins coûteux à la musique. Le dernier facteur pourrait être 4 44 culturel, à savoir la modification du rapport aux temps des sociétés industrialisées. Le temps se rationalise, se mathématise. Les journées ne sont plus construites en fonction des rythmes saisonniers, mais par l’heure que donne [‘horloge.

Le phonographe réalise ainsi le fantasme scientiste de maitriser l’écoulement du temps, en capturant sons et paroles Le taylorisme apparaît également dans ces conditions ; le temps de travail est mesuré, uantifié, optimisé, et avec lui le temps de loisirs : on écoute chez soi, après le travail, sa musique enregistrée. 3 C’est donc à partir des années 20 que l’on commence à parler de « marché du disque Le principal argument de vente des firmes n’est alors pas l’artiste, le contenu, l’objet en lui-même, mais la technologie et la qualité sonore des enregistrements.

Il ne figure pas d’étiquette sur les disques, et la technique de la maison de disque prend alors le pas sur la musique même. La revue musicale britannique. The Gramophone affirme ainsi en 1923 : « La préoccupation générale oncernant l’aspect scientifique de l’activité a sûrement un impact bénéfique sur les fabricants ; cela les stimule et les pousse vers la perfection de la reproduction du son, ce que nous voulons tous.

Mais en même temps, l’effet est décevant, dans la mesure où cela donne au gramophone le statut de quasi loisir, au même titre que le découpage du bois ou la philatélie. Cela empêche de voir qu’au final, le gramophone n’est pas une fin en soi, mais un simple tremplin vers quelque cho s 4 gramophone n’est pas une fin en soi, mais un simple tremplin vers quelque chose d’infiniment plus noble : la musique. Et c’est ce dernier point qui est en général négligé Y.

Peu ? peu, les maisons de dsque prennent conscience de la nécessité de mettre en valeur l’artiste luimême, et font alors signer des contrats de longue durée aux stars européennes du moment, dont les noms figurant sur les disques apparaissent alors comme beaucoup plus vendeurs que n’importe quel obscur procédé technique. Les étiquettes et pochettes se colorisent, se diversifient, on voit ici un début d’esthétisation du disque, qui atteindra son apogée dans les années après les années 50. Nous nous pencherons ultérieurement sur la question des labels, et sur e marché du disque en lui-même.

Le 78-tours connaît alors son âge d’or, qui prend progressivement fin avec la Deuxième Guerre Mondiale. On peut affirmer que les facteurs déterminants dans l’apparition et l’imposition graduelle du vinyle comme support musical par excellence ont été le coût, relativement plus faible, la qualité sonore, et la matière première que nécessite sa production. En effet, avec l’éclatement de la guerre, le « shellac » (laque gommée), résine végétale essentielle à la fabrication des 78 tours, souffre de sévères problèmes d’approvisionnement.

Les roducteurs découvrent alors la possibilité d’utiliser le vinyle, matière thermoplastique dérivée du pétrole, qui permet de réduire les coûts de production et le bruit de fond, le nombre de tours par minute (qui passe à 33) tout en augmentant la gamme de fréquence. La technologie du sillon étant « analogique les micr 6 44 la », les microsillons, très fins, ont imposé l’utilisation de têtes de lecture très légères et de pointes ? saphir spéciales et de tournedisques à amplification électronique.

B/ Grandeur et décadence ‘arrivée des premières platines modernes coïncide avec ‘invention du microsillon aux Etats-Unis, en 1946, par l’entreprise Columbia, aujourd’hui grande maison de disque rachetée par Sony en 1988. Ce sont les œuvres de Mendelssohn et de Tchaïkovski qui sont pressées les premières. Là où l’ancienne génération de disques ne pouvait contenir qu’un peu moins de 10 minutes d’enregistrement par faces, le disque microsillon peut en contenir environ trente minutes (c’est le l_p, « long play La commercialisation débute en 1948, et le 33 puis le 45 tours s’imposent progressivement partout dans le monde.

Le 78 tours est définitivement abandonné en Occident, mais reste une référence dans nombre de pays du Tiers-Monde (la presse de 78 tours a continué jusqu’au milieu des années 60 en Inde). 4 De là débute la période la plus faste du vinyle, à partir de 1958 et pendant une quinzaine d’années : les télévisions s’emparent des programmes des ondes radios en y ajoutant des images. Les émissions de radio se mettent alors à diffuser de la musique 24 heures sur 24, c’est le début des fameux « charts » encore en vigueur aujourd’hui (les meilleures ventes par disque)…

Le disque s’esthétise, les éditions spéciales se multiplient, et les scènes pop t rock naissantes s’appro s’approprient le support. Les illustrations et photos couleurs sont désormais incontournables, nombre d’artistes collaborent avec divers groupes… Plus que sa simple fonction, le vinyle devient une belle chose, se dote d’une véritable identité visuelle qui en fait aujourd’hui cet objet si prisé des collectionneurs. Cette dynamique est semblable pour les artistes et groupes de musique, Mais les considérations économiques rattrapent rapidement l’industrie du disque.

La crise pétrolière de 1973, et les pénuries successives qui s’en suivent, font monter le prix du pétrole et de es dérivés. Le coût du cycle chauffage/refroidissement, essentiel à la presse, s’en voit augmenté, et donc le prix du vinyle lui-même. Afin de maintenir des prix abordables, les maisons de disques se voient forcées de réduire la qualité : réduction des contrôles, embauche d’ingénieurs moins qualifiés, changement dans la composition des disques…

C’est encore une fois la matière première qui change la donne. Dans le même temps sont élaborés les premiers prototypes de disques compact à lecture optique, les désormais célèbres CD. Quelques temps plus tard, au milieu des années 80, l’arrivée du CD achève de nuire gravement aux ventes de disques microsillon. Dès 1 986, les platines lasers utilisées pour la lecture CD se vendaient mieux que les platines classiques, en 1988, le vinyle est supplanté par son rival en terme de volume des ventes.

Le disque compact possède en effet des avantages notables : pas d’usure au fil des lectures, une taille réduite, une qualité sonore supposée supérieure (question sur laquelle les puristes bataillent de uis Io laquelle les puristes bataillent depuis longtemps : le son analogique serait plus chaud, plus naturel que le son digital, pour une question d’échantillonnage). Les disques vinyles dsparaissent progressivement des magasins, leur existence devient marginale.

Certaines scènes musicales « alternatives comme le jazz, le funk, le punk ou l’électronique conservent le microsillon comme mode d’enregistrement privilégié. Certes, le vinyle garde de nombreux partisans audiophiles ou nostalgiques, mais hors des discothèques (où il était essentiel pour le mix de morceaux avant les premières platines électroniques) et des collectionneurs, il reste marginal par rapport au support CD. La disparition brutale du support vinyle dans l’édition, a entraîné n mouvement de désaffection d’autant plus rapide que la gestion matérielle de ce support se révélait très contraignante.

En effet, le chlorure de polyvinyle se dégrade chimiquement lors qu’il est exposé aux rayons ultraviolets ou à la chaleur, les disques s’usent au fil des lectures, la poussière et l’humidité peuvent dégrader la qualité du son… Un vinyle s’entretient, et pour les collections les plus étendues, cela peut devenir très fastidieux. On assiste alors à la vente en masse (au poids très souvent) ou à la destruction pure et simple de nombreux disques ans les archives de nombreuses bibliothèques, dont certains possèdent aujourd’hui un fort intérêt pour le collectionneur ou tout simplement pour le patrimoine musical du XXème siècle.

La création des Archives Sonores en 1986, stockées à la discothèque des Halles, a malgré tout permis de sauve de sauver de nombreux disques de la disparition, en association avec la Bibliothèque nationale de France, qui conserve plusieurs centaines de milliers de vinyles et 78 tours (dépôt légal des phonogrammes et discothèque centrale 5 de Radio-France). Le disque, qu’il soit en zinc, en shellac ou en inyle, 78, 33 ou 45 tours, acquiert progressivement le statut d’objet patrimonial, fort heureusement.

En effet, à l’ère de l’innovation permanente et de la miniaturisation, tout support de diffusion (musical ou multimédia en général) ne peut être qu’un support éphémère face au progrès technique constant. Que faire de ces collections techniquement (ou culturellement) dépassées, ces collections qui sont pourtant appelées à faire partie de notre patrimoine culturel, témoins de nos modes de consommation ? Plus que de la simple nostalgie, la conservation des anciennes collections de disques st un enjeu historique à l’heure de la dématérialisation, où les pouvoirs publics ont et auront un rôle majeur a jouer.

De même, le CD n’est pas à l’abri, entre le tout-numérique, les téléchargements massifs, et l’annonce par Universal de la sortie d’un nouveau format physique Blue-Ray Audio. N’oublions pas que l’Art, la musique, et donc les supports musicaux sont aussi des marchés, qui obéissent ? certaines lois, à commencer par celle de la rentabilité. C/ Le marché du disque Dès le début du XXème siècle l’industrie du disque a adopté une structure particulière, 0 OF