En quoi le libre-echange mondial est-il favorable au protectionnisme ?

En quoi le libre-echange mondial est-il favorable au protectionnisme ?

12/01/2009 Economie internationale En quoi le libre-echange mondial est-il favorable au protectionnisme ? On assiste, globalisation aidant, a une explosion des echanges internationaux depuis un siecle. Si selon certains, cela a permis les succes economiques que l’on connait (EtatsUnis, Japon, Union europeenne ou encore « les 4 Dragons »), on remarque facilement que cette multiplication des echanges n’a pas beneficie a tous de la meme facon. En effet, sur 186 pays, 25 monopolisent 80% du commerce mondial1. Qui dit augmentation economique des echanges, Les dit Etats egalement acceptent interdependance croissante. onc desormais de ne plus etre entierement maitres de leur politique ceci est economique. un L’une des principales des consequences membres de de nombre croissant pays l’Organisation mondiale du commerce (OMC) : 23 en 1947, ils sont aujourd’hui 153 (plus 30 pays observateurs). Les Etats qui y adherent choisissent de se plier aux regles etablies afin de faire du monde une grande zone de libre-echange. Cependant, les interets nationaux ne sont evidemment pas mis de cote et les negociations dans le cadre de l’OMC sont souvent houleuses et difficiles.

Le paradoxe est flagrant : si l’idee generale est d’atteindre le libre-echange quasi-absolu, 1 Cf http://www. monde-diplomatique. fr/IMG/pdf/libreechange. pdf il faut neanmoins composer

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avec les penchants protectionnistes des differents Etats partenaires. Libre-echange contre protectionnisme, tel est le vieux debat entre economistes internationaux. D’un cote, un systeme pronant l’absence d’obstacles a la libre circulation des produits et services, de l’autre, un systeme visant a proteger la production d’un pays de la concurrence etrangere.

Les plus liberaux d’entre nous penseront que se demander en quoi la premiere option parait preferable a la seconde revient a se demander en quoi le fait de pouvoir s’acheter un MP3 dernier cri made in Taiwan a un prix plus qu’abordable est-il mieux que de n’avoir le choix qu’entre des MP3 made in France qui couteront beaucoup plus chers. Cependant, s’il est evident que le libre-echange presente de nombreux atouts, notamment pour les consommateurs (diversification de la demande et par consequent de l’offre) ; on peut neanmoins s’interroger sur son universalite. Le libreechange est-il en effet a la portee de tous les Etats, ndifferemment de leur niveau de developpement ? Nous verrons que si le libre-echange mondial est certes preferable au protectionnisme, il ne peut l’etre qu’entre Etats developpes et que les mesures protectionnistes demeurent des outils precieux dans certaines situations. Selon les theories traditionnelles (notamment celles de Smith 2 et Ricard3), le libre-echange est preferable au protectionnisme car il permet une complementarite des economies. Les moyens de production etant orientes de facon optimale vers les secteurs ou le pays possede un avantage par rapport aux autres pays, chaque nation se specialise dans un, ou plusieurs, domaine(s).

Grace a la specialisation, les Etats depensent donc utilement, car la ou ils sont les meilleurs. 2 Adam Smith (1723-1790) a elabore la theorie de l’avantage absolu : grace au libre-echange les pays se specialisent dans le domaine ou ils ont le plus grand avantage absolu. 3 David Ricardo (1772-1823) est l’auteur de la theorie de l’avantage comparatif : les pays se specialisent dans les produits (ou services) ou ils ont le plus fort avantage comparatif. Le libre-echange est egalement generalise. suppose C’est ici conduire que le au bas developpement economique blesse.

En effet, il est aise de constater que les echanges internationaux sont largement desequilibres : les pays de la Triade et les NPI 4 concentrent la majorite des echanges (cf carte ci-dessous). Toutes les specialisations ne se valent pas. En effet, les pays developpes, disposant d’importants moyens financiers recherche et et de main-d’? uvre et qualifiee, exportent investissent des en developpement produits manufactures ; tandis que les pays en voie de developpement, disposant de capitaux moindres et d’une main-d’? uvre peu ou pas qualifiee, se cantonnent a l’exportation de matieres remieres et de produits banalises a la merci de l’evolution des cours boursiers. Ce desequilibre demontre qu’en lui-meme, le libre-echange ne mene pas au developpement economique generalise : il n’est pas le moteur de l’expansion economique mais reste indeniablement l’un de ses facteurs. 4 Nouveaux pays industrialises L’OMC est egalement nee de l’idee qu’en instaurant le libreechange, on garantirait la paix. Or a l’heure actuelle, on constate que le commerce est une arme parmi d’autres, comme le demontre notamment la frequente utilisation des embargos.

Il est cependant exact que le libre-echange demeure un instrument important de paix (l’interdependance des economies forcant a la pacification qu’il des relations) et de developpement aux a la de condition s’applique entre Etats niveaux developpement semblables. En effet, comment un petit pays africain par exemple peut-il rivaliser contre les Etats-Unis, le Japon ou Taiwan en informatique? Dans l’hypothese ou il souhaiterait developper cette industrie avec des entreprises nationales, les couts importants de recherche et de production empecheraient ces dernieres d’etre en position de leader sur leur propre marche face a IBM, Dell ou Acer.

A l’epoque ou l’Angleterre dominait le commerce mondial, l’Allemagne ou les Etats-Unis lui reprochait deja de proner l’ouverture des frontieres une fois sa position dominante acquise5 ! Une fois les couts d’ajustement lies a l’ouverture (chomage, reconversion) absorbes, le libre-echange, entre Etats de niveaux de developpement comparables, garantit la croissance et l’amelioration du niveau de vie des populations qui ont ainsi acces a des produits de qualite a moindre cout et en plus grande quantite.

De surcroit, la concurrence encadree entre entreprises nationales et internationales est stimulante pour l’industrie nationale. Il ne faut egalement pas oublier que le commerce est un excellent vecteur de diffusion des idees et des valeurs. Il existe neanmoins des cas ou le protectionnisme est preferable au libre-echange : lorsqu’il s’agit de proteger les industries naissantes et les industries strategiques (defense du pays) ou en periode de crise internationale. 5 Cf http://www. monde-diplomatique. fr/IMG/pdf/libreechange. pdf

Un systeme protectionniste designe un ensemble de mesures de protection contre la concurrence etrangere. Il peut s’agir de droits de douane eleves, de normes techniques ou sanitaires contrariantes, de subventions aux exportations, de dumping encore de quotas. Contrairement au libre-echange ideal, ou le protectionnisme suppose une intervention de l’Etat (qu’il fut durant les dernieres decennies de bon ton de rejeter…). Il semble que ce soit cela qui pose probleme : pour les liberaux, l’Etat n’est pas cense influer sur l’economie car le marche doit s’auto-reguler.

Or, certains economistes ont prouve que pour atteindre cette auto-regulation, il etait essentiel de prendre des mesures protectionnistes. souhaitant L’economiste proteger allemand Friedrich List (1789-1846), l’industrie allemande de la concurrence britannique, a ainsi elabore la theorie du « protectionnisme educateur ». Selon cette conception, le protectionnisme est une etape provisoire mais necessaire permettant aux entreprises nationales de se developper sans etre ecrasees par les entreprises etrangeres experimentees et deja presentes sur le marche.

Il apparait logique en effet qu’un pays doive privilegier l’essor de ses entreprises afin qu’elles soient a leur tour competitives a l’exterieur. Ce n’est qu’une fois cette condition remplie qu’il gagnera a se plier aux exigences du libre-echange. On conviendra aisement de la pertinence de ce raisonnement : n’entraine-t-on pas ses troupes avant de les envoyer au front ? Une autre raison de choisir a un moment donne de prendre des mesures protectionnistes reside dans le desir de proteger les entreprises nationales menacees de disparition a cause de la concurrence etrangere.

Si a long terme, il n’y a pas d’interet a sauver des activites non rentables, il y a a court et moyen terme, celui de preserver des emplois. La lutte contre le chomage fait effectivement partie des principaux objectifs des gouvernements de la plupart des pays. Cette theorie du protectionnisme defensif est celle de l’economiste hongrois Nicolas Kaldor (1908-1986). Selon lui, c’est egalement une etape necessaire a la reconversion des secteurs en declin. Ces theories protectionnistes insistent toutes les deux sur le caractere provisoire du repli autarcique.

En effet, un pays dont l’industrie se porte bien, ne pourrait decider de freiner l’introduction de produits etrangers sur son marche national sans prendre le risque de s’exposer a des repercussions de la part de ses concurrents etrangers. On parle ici du protectionnisme de retorsion : ? il pour ? il, dent pour dent. A cet ultime stade de notre reflexion, nous pouvons repondre par la positive a notre interrogation initiale : oui, le libre-echange est a la portee de et peut beneficier a tous les Etats. Il n’existe pas pas les en effet de d’en pays qui ne les possede regles. efinitivement capacites integrer Seulement, afin d’eviter que le libre-echange ne soit un outil detourne de domination des Etats puissants economiquement (qui imposeraient sauvagement leurs produits sans se preoccuper de detruire les industries nationales) sur les autres, il faut accepter que les pays en voie de developpement aient, dans un premier temps, besoin de se proteger afin de fortifier leurs industries en maintenant des barrieres douanieres ou autres obstacles a la libre-circulation des produits et services.

Le protectionnisme apparait donc ici comme un moyen d’atteindre le libre-echange car chaque Etat devrait idealement etre en mesure de rivaliser a armes egales sur le marche international. Bon nombre de differends regles par l’ORD 6 prouvent neanmoins qu’on est encore loin d’un libre-echange absolu, chaque Etat ayant tendance a en appliquer les regles a son avantage. Il est legitime penser que la recession actuelle accentuera ce phenomene, l’interdependance ayant aussi pour consequence 6 Organe de reglement des differends de l’OMC une transmission acceleree des desequilibres conjoncturels.

La plupart des Etats etant touches par la crise, 7 ils doivent relever les memes defis. Si les grandes puissances semblent avoir choisi de travailler main dans la main , ce seront neanmoins leurs interets nationaux qui guideront leurs futures politiques economiques. Celles-ci s’orienteront soit vers un protectionnisme prone et assume, soit, et cela parait plus probable, vers un de fort la interventionnisme etatique une pour sorte une de « protection » croissance nationale ; libre-echange a la chinoise. 7 Cf sommet du G20 du 8 novembre dernier