En faveur de l’euthanasie

En faveur de l’euthanasie

86 oui, 51 non et 10 abstentions. Voila les resultats a la Chambre lors du vote de la loi en faveur de l’euthanasie en Belgique. Notre pays est, apres les Pays-Bas, le 2e pays au monde a avoir depenalise l’euthanasie. Un medecin peut maintenant mettre fin a la vie de son patient, intentionnellement, quand la maladie est grave et incurable, quand la souffrance persiste et que la volonte du patient bien informe est reiteree et avec des procedures clairement definies dans la loi. Mais ici comme ailleurs, le principe de l’euthanasie ne fait pas l’unanimite et le sujet suscite beaucoup de debats.

La loi a ete votee en 2002, mais malheureusement, elle n’est pas encore assez largement appliquee. Je dis « malheureusement »… Heureusement la loi a ete votee. Car meme auparavant ou dans les pays ne l’ayant pas adoptee, l’euthanasie etait deja pratiquee « hors la loi » et donc pas toujours dans les conditions ideales. Pour bien comprendre l’intention de la loi, il faut au minimum, l’experience personnelle de la souffrance d’un ou plusieurs etres proches ainsi qu’un certain recul face a cette experience. C’est bien sur plus souvent le as pour tout le personnel soignant. Et bien avant la

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loi de 2002, des medecins ou meme des infirmieres acceptaient d’aider certains patients a mourir, d’autant plus que pour eux, la limite entre euthanasie et mort naturelle assistee de medicaments soulageant la douleur est beaucoup moins nette. La loi actuelle garantit maintenant le strict respect de la volonte du patient et son bien-etre. Certains cas de conscience sont mieux encadres, comme par exemple quand la personne est inconsciente ou incapable de formuler sa volonte.

Je pense que tout comme dans d’autres grands problemes existentiels de la societe (avortement, cohabitation des homosexuels…), la loi a servi a assainir une situation qui existait deja avant. Malheureusement la loi n’est pas toujours appliquee… Et quand le malade ne trouve pas de soutien et de reponse a sa demande, il se retrouve alors encore plus seul. Meme quand le malade sait pertinemment qu’il va mourir, sa pensee reste ambivalente quant a son pronostic vital : une partie de lui-meme espere tres longtemps qu’il reste une chance de guerison. Mais cette part d’esperance diminue progressivement, au fur et mesure que le malade s’affaiblit… Il passe par l’anxiete, la tristesse, la colere, le decouragement, le desespoir et la depression… Enfin, quand il demande l’euthanasie, c’est qu’il a deja fait tout un chemin mental avant de choisir la mort. La souffrance et la perspective de la mort d’un parent ou d’un ami suscitent toujours une emotion intense, chez nous tous. Cette emotion primaire, « epidermique », n’est pas propice a la reflexion et nous rend souvent tres maladroits. On essaye, dans la mesure de nos moyens, de soutenir le malade en etant present a ses cotes.

Mais peu nombreux sont les parents ou les amis qui sont suffisamment proches du malade et qui ont muri avec lui pour etre capable de l’accompagner dans sa demarche. Alors que progressivement, nombre d’entre eux le «lachent » pour pouvoir retourner a une vie « normale », en le confiant aux mains de specialistes, de psychologues… Certaines personnes, parfois celles-la meme, condamnent l’euthanasie, plus que le suicide, juste parce qu’elles ne veulent pas prendre de responsabilites ou parce que ce choix contredit leurs propres convictions ou leurs propres croyances.

Parfois meme le patient se heurte a une incomprehension du medecin traitant. Le premier rapport de la commission federale d’evaluation de la loi montrait en effet les difficultes de certains medecins generalistes a repondre a une demande d’euthanasie a domicile. La difficulte et les debats que peut susciter l’euthanasie sont lies principalement a la perception tres subjective des plaisirs et des souffrances de la vie, ainsi qu’aux croyances d’un monde apres celle-ci. Mais qui peut juger si le malade peut encore jouir de sa vie si ce n’est lui-meme ?

Or, quand on est malade, on est un peu un objet, on depend de son entourage. Ce n’est pas que la joie de vivre qui depend du soutien des autres, mais aussi la possibilite de mourir. En conclusion, je dirai ceci : pour ne pas laisser le malade dans sa souffrance encore plus seul, pour que la mort provoquee se passe dans les meilleures conditions possibles et tout simplement parce que chacun a le droit de choisir ce qu’il veut croire, comment il veut vivre, et comment il veut mourir, j’espere que dans l’avenir, la loi sera appliquee pour toutes les demandes, dans le respect de tous.