Emile Aillaud

Emile Aillaud

INTRODUCTION La France est marquée, notamment suite aux différentes guerres du XXème siècle, par un retard dans sa politique de logement. En effet, cette dernière a connu une lente évolution. Il faut attendre la fin des années cinquante pour atteindre les objectifs de construction et les années soixante pour que ce rythme s’amplifie. En outre, on crée en 1958 des Z. U. P. (Zones ? Urbaniser en Priorité) qui permettent encore d’accélérer le processus.

Les grands ensembles sont une manifestation de cette construction intensive notamment par un gigantisme dans la dimension des bâtiments avec des longues barres et hautes tours t dans la taille des programmes. En 1969, on réalise par exemple to page environ 500 000 loge Les offices H. L. M (ha tout à fait conséquen de. Sni* to nextggge effort de constructio notamment grâce au la crise de l’habitat. prennent une place de logement. Cet e du logement dification de grands ensembles particulièrement importants. Le rythme intensif de construction va néanmoins apporter des contestations.

La rapidité des études, d’exécution, l’industrialisation des constructions amènent à une réflexion de la part de certains architectes et de la population sur le logement de masse. Le rogramme de la Grande Borne de Grigny est

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au cœur de ces interrogatlons sur le logement. Le terrain du programme est débloqué en juillet 1961. Ce terrain triangulaire de 90 hectares est bordé à l’époque par l’autoroute du Sud (maintenant A6) et de l’autre la station de radio (départementale). L’accès au terrain est donc limité.

En février 1 964, l’office interdépartemental d’habitations de la région Parisienne est autorisé à réaliser un programme de construction. C’est Emile Aillaud qui est chargé de commencer l’étude du programme et son plan de masse est approuvé en mai 1965. Les travaux ébutent deux ans après et devaient être terminés en trois ans, cependant, les troubles de 1 968 ont retardé la fin du programme. Ainsi les derniers bâtiments sont achevés en août 1971. Le programme de la Grande Borne concerne 3685 logements à Grigny, ce qui correspond à environ 15 000 habitants.

En comparalson aux villes envlronnantes, le projet est ambitieux car aux alentours les villes ne dépassent rarement plus de 15 000 habitants. On est donc dans le cas d’une petite ville qui doit être composée également de parkings plantés d’arbres, de terrains de sport, de stades, de deux groupes scolaires, d’un collège et d’une ?glise. Ce programme regroupe sept quartiers qui correspondent aux sept collines du site de Grigny. – Trois quartiers composés de bâtiments courbes : le Labyrinthe, le Méridien et les Radars. Trois autres quartiers faits de bâtiments droits : la peupleraie, les Tiroirs et la Ville Haute. – Enfin, un quartier de maisons à patio et rez-de-chaussée : la Ville Basse. Emile Aillaud dirige ici un projet et le perçoit comme une réponse à une déshumanisation du logement de masse. La Grande Borne de Grigny est pour l’architecte une solution à une crise du logement qui est aussi intellectuelle. On peut ainsi se demander omment Emile Aillaud me OF crise du logement qui est aussi intellectuelle.

On peut ainsi se demander comment Emile Aillaud met-il en œuvre dans son programme de la Grande Borne ses/ces réflexions sur le logement ? pour répondre à cette question nous verrons tout d’abord quel est l’idéal du logement selon Emile Aillaud notamment à travers l’exemple de la Grande Borne. Puis nous verrons comment d’un point de vue technique l’architecte met en œuvre ces ambitions. Nous terminerons enfin par l’aboutissement de ce programme et plus particulièrement sur sa capacité à traverser le temps ainsi que ses limites, échecs. La recherche de la qualité architecturale ou de la poésie en architecture 1. 1. De la nécessité de rompre avec la première génération de logements collectifs . 1. 1. Comment redorer l’image des « grands ensembles » ? En voulant confier à Emile Aillaud la réalisation du plan masse du nouveau quartier dit de La Grande Borne à Grigny, dans l’Essonne, l’Etat entend par ce choix redonner un nouveau souffle, un nouvel élan à sa politique de construction de grands ensembles. Une politique qui jusqu’alors, se trouvait quelque peu ternie par les premières réalisations de tours et barres, initié par Eugène

Beaudouin, Marcel Lods et Jean Prouvé à la cité de La Muette à Drancy (1931-1934). Ces barres d’immeubles construites en série, à la va vite, interminables et monotones, vérltablement déshumanisées et totalement impersonnelles : voilà ce que l’on peu reprocher la cité Beaulieu à Saint-Etienne, la cité le Haut du Lièvre à Nancy, des cités à Sarcelles, Asnières, Bron-Parilly, Epinay, Pantin, Bobigny, ou encore la cité radieuse de Le C PAGF cités à Sarcelles, Asnières, Bron-Parilly, Epinay, Pantin, Bobigny, ou encore la cité radieuse de Le Corbusier à Marseille.

Le projet d’Aillaud est en ce sens, en rupture presque totale avec les habitudes qui présidaient encore à la réalisation de ces grands ensembles. Il propose un nouveau paysage urbain : pour Aillaud, « notre vrai sensibilité c’est la ville ». Il produit donc un espace nouveau, fait de courbes et d’éléments droits (ILL), de décorations que nous détaillerons par la suite, d’aires et de rues entièrement piétonnes, où les immeubles de faible hauteur (de deux à 4 étages) sont ainsi regroupés de telle sorte qu’ils créent un parcours du promeneur et de l’habitant qui soit labyrinthique.

Nous verrons également l’importance de ce schéma du labyrinthe dans la pensée et le plan proposé par Aillaud à la Grande Borne. 1. 1. 2. La qualité architecturale face aux principes des modernes Les grandes tours et barres dont nous avons précédemment évoqué la monotonie et le manque de sensibilité, sont pour Aillaud l’antagonisme de ce qu’il veut pour l’architecture collective.

Il pense que l’on a totalement mis de côté la notion de « qualité » archltecturale : on a prlvllégié la quantité, en raison des impératifs pressants de relogements des mal-logés et des sinistrés, en onstruisant vite et en nombre, sans penser à l’usage et à la vie qui pourrait éventuellement sy développer.

Le développement voulu et mis en place de l’industrie du béton par l’appareil étatique et les grands groupes de constructions qui vont bâtir leur fortune future sur ces realisations aux échelles impressionnantes, ont malheureusement se leur fortune future sur ces réalisations aux échelles impressionnantes, ont malheureusement selon lui, effacés complètement la recherche qualitative en architecture, et ce, dans la continuité des principes édictés par Le Corbusier et sa Charte d’Athènes.

Emile Aillaud n’est pas quelqu’un de dogmatique, et considère l’architecture comme un art doté « d’une puissance occulte » (La Grande Borne, par Gérard Gassiot Talabot, reportage du 8 janvier 1973, ina. fr). L’architecture exerce donc pour lui une influence sur ceux qui la côtoient, ce que, dans la suite du reportage, se promenant avec son interlocuteur au milieu de sa réalisation, appuie : « Il est évident que nous manœuvrons avec Indifférence et égèreté l’architecture ; elle est faite pour faire des individus.

Les individus finissent par ressembler à cette architecture. Il ne aut donc pas avec négligence faire n’importe quelle architecture parce qu’elle fait des individus qui sont n’importe quoi Partant de cette assertion, Aillaud, demeure pourtant très critique vis- à-vis de la Charte d’Athènes : pour lui « les formulations des CIAM ont fait dérailler le monde. Le Corbusier était lui génial et toute son œuvre est inventive. Mais son utopie d’alpestre, de végétarien, de solitaire nous a tués…

Il a inventé un univers phalanstérien, en fin de compte maléfique s. L’architecture prônée jusqu’alors est donc une fabrique du mauvais : elle est avilissante et déshumanisante. Emile Aillaud tâche donc d’éviter la monotonie des grands ensembles, en créant un univers poétique qui lui est propre, inventant un nouveau langage dont l’expression est la singularité de PAGF s OF poétique qui lui est propre, inventant un nouveau langage dont l’expression est la singularité des formes urbaines et architecturales (la courbe notamment, les formes serpentines).

Il va penser la ville selon ses diverses échelles – en ce sens il n’est pas si éloigné du Corbusier, tentant de conjuguer la masse énorme de logement à produire et l’originalité des réalisations. 1. 2. « Qu’est-ce que la ville ? ? selon Emile Aillaud : un essai de réponse avec la Grande-Borne ou l’importance de renfant De cette maxime sur la capacité de Farchitecture à participer de la construction de l’individu, Emile Aillaud va expliquer les principes et les motivations profondes qui en animent la position dans un article de Techniques et Architecture, n02-29ème série, de septembre 1968, intitulé « Qu’est-ce que la ville ?

Il y expose ses solutions pour que vivre en logement collectif soit aussi synonyme de « bon vivre » : il faut être en communion avec le reste de la cité bien qu’il ne faille pas s’y perdre au profit de a masse, et pouvoir y cultiver et même y développer sa propre sensibilité, sa propre individualité. Pour cela, il rompt nous l’avons vu, avec la monotonie de la barre et propose un programme avec des formes serpentines inspirée pour la forme des crescents anglais (ILL Bath), qu’il avait déjà mis en œuvre à Pantin, aux Courtillières quelques années plus tôt (1956-1966).

Pour lui, il ne faut pas que la ville soit vue sous l’angle de la composition d’architecture, mais de la possibilité d’y avoir des moments privilégiés D. Il propose donc des solutions tout à fait nouvelles : – des rubans dimmeubles sinueu Il propose donc des solutions tout à fait nouvelles – des rubans d’immeubles sinueux et continus : la sinuosité des formes permet l’égarement, il crée de la solitude, qui selon Aillaud est essentielle à la constitution d’un indivldu.

Il faut s’ennuyer, et cela s’apprend. Cela permet le retour sur soi, la réflexion sur son identité, elle permet la contemplation et par là même l’éducation de l’œil ; elle offre la possibilité pour celui qui veut s’isoler quelque peu de s’échapper de cette invention qu’est « l’art de vivre avec l’autre, avec d’autres. » (reportage 8 janvier 1973, par Gérard Gassiot Talabot). des bâtiments bas (R+2 à R+4 au maximum) : il faut que la mère qui cuisine (cliché mais c’est ce qu’il écrit), puisse à tout instant se mettre à la fenêtre pour voir son/ses enfants jouer, les surveiller et que ce dernier [‘entende et puisse lui répondre ce qu’un appartement au 7ème ou au 8ème étage ne permet pas. un langage affirmé de la couleur : la variation des couleurs en façades, des textures et donc de la perception que l’on a de ces ensembles, doivent permettre d’appréhender la composition individuellement, de se l’approprier et d’égayer quelque peu la vie des habitants. ‘intégration de l’art au niveau du bâti : avec la loi de 1936 dont l’arrêté de 1951 permet la mise en place, sous le gouvernement Malraux, du « 1% artistique Emile Aillaud propose au visiteur et aux habitants d’intégrer de nombreuses œuvres à son programme. Allant de la sculpture monumentale (le Gulliver, réalisé par sa fille, sculpteuse, Céline Aillaud), en passant par la céramique qui couvre les pots à tabac de la place aux H 7 OF sculpteuse, Céline Aillaud), en passant par la céramique qui couvre les pots à tabac de la place aux Herbes. la recherche d’un ordre caché sous couvert d’un désordre pparent : la variation offerte par les façades, notamment au niveau de la disposition des ouvertures, permet une sorte de désordre, d’unicité de chaque bâtiment de la composition. Mais sous cette apparente singularité, se cache en fait une recherche éclairée et calculée de la variation du détail, nous le verrons dans la seconde partie. – l’intégration d’espaces verts et d’arbres, inspiré des cités-jardins, et dont la présence permet le jeu et la rupture avec la minéralité des ensembles et des cours et places attenantes.

L’on y joue entre amis, l’on peut s’y promener, s’y prélasser au solell. Emile Aillaud propose ici une œuvre à la poétique forte, dont la traduction se trouve être l’expression de sa sensibilité quant à l’usage de son programme : il veut ici livrer une composition dont la variété formelle et stylistique a pour finalité de donner une âme à ce quartier. Il veut que les habitants se l’approprient encore une fois, et ne se contente pas simplement d’y habiter.

Ce doit être plus que cela : ce doit être une fabrique de l’individu, où l’enfant est maitre de sa destinée, où il peut s’épanouir et se construire, détourner les œuvres et les infrastructures. Il oit être l’acteur de « ce milieu pétré dont la poétique est très forte. Dont le cheminement des rues, leur étrangeté, confuse, sonore, dont les œuvres présentes et les formes architecturales qui s’y développent doivent « être un spectacle, un théâtre permanent » (rep. 8 janvier 197 8 OF s’y développent doivent « être un spectacle, un théâtre permanent » (rep. janvier 1973). ll- L’ adoption de solutions techniques au servlce dune utopie. A- une nécessaire logique dindustrialisation Ce programme important, la quantité conséquente de logement, nécessite pour l’architecte d’avoir une logique d’industrialisation. Afin de construire rapidement des habitats qui sont nécessaires en tant de crise du logement, Emile Aillaud et les entrepreneurs ont réfléchi à la manière de construire bien et vite. Pour ce projet, on adopte une architecture par modules. Ces derniers, permettent de mettre en œuvre rapidement ce projet ambitieux.

Ces modules procèdent de cette logique d’industrialisation. Les cellules courbes et les cellules droites offrent, en les assemblant, la possibilité d’obtenir diverses formes urbaines, architecturales. Mais au début, Emile Aillaud pensait utiliser le système du Lift Slab : la technique consiste à couler tous les planchers, les plaques de bétons au sol. Puis ces dalles sont soulevées les unes après les autres le long des poteaux grâce à des vérlns placés en haut de ces derniers. Puis on fixe les dalles à la hauteur souhaitée.

Cette technique permet plusieurs choses. Tout d’abord, on n’est pas obligé d’avoir recours à des grues qui ont le désavantage de nécessiter des voieries coûteuses pour circuler. Le Lift Slab a également l’avantage de libérer les façades grâce aux poteaux qui sont au sein même de la construction. Néanmoins, cette technique ne sera pas mise en œuvre. En effet, l’entreprise retenue pour le chantier (Bouygues) s’est opposée ? l’idée d’Emile Aillaud. Le lift PAGF OF l’entreprise retenue pour le chantier (Bouygues) s’est opposée à l’idée d’Emile Aillaud.

Le lift Slab n’aurait pas permis d’édifier autant de logement en peu de temps et à moindre de frais. En effet, cette technique n’était pas celle majoritairement adoptée lors de l’édification des grands ensembles. Les entreprises, et notamment celle sur le chantier, n’avait pas le personnel qualifié pour cette technique mais n’avait pas non plus le matériel écessaire pour utiliser le lift slab sur un si grand ensemble. On adopte une autre solution. Le béton peut être fait n’importe où, et toujours selon le même procédé.

La logique ici est de faire des moules, que l’on appelle des banches, directement sur le chantier, dans lesquels on peut couler le béton. Cest donc une technique qui correspond à cette logique d’industrialisation, où l’on préfabrique en usine les éléments de l’habitat. C’est une technique rapide notamment par le fait que les moules sont facilement transportables. Néanmoins, il reste les planchers ? couler en plus. L’idéal est alors, pour être plus rapide et efficace, de couler les deux en même temps.

C’est ce qui va être fait sur le chantier de Grigny grâce au coffrage tunnel. A partir d’une dalle, comprenant les amorces des murs, on place demi coquilles par dem coquilles, en les assemblant ensembles à raide de verrous ? ressort, pour former des coffrages. Puis on place les banches des murs pignons avant de couler le béton. Les murs sont alors faits. Pour le plancher, on fait d’abord passer les câbles, canalisations nécessaires au fonctionnement du bâtiment, ainsi que les amorces des murs du prochain niveau