Education impossible maud mannoni

Education impossible maud mannoni

Introduction De son vrai nom Magdalena van der Spoel, Maud Mannoni (1923-1998) est une psychanalyste francaise, d’origine neerlandaise. Mariee a Octave Mannoni, elle est une des grandes figures parmi les eleves de Jacques Lacan, tout en se referant a l’antipsychiatrie, avec l’etude des facteurs sociaux. En 1969, deux psychanalystes, elle et Robert Lefort, fondent avec un couple d’educateurs, Rose-Marie et Yves Guerin, l’Ecole experimentale de Bonneuil (Val-de-Marne). Ils y accueillent des enfants autistes, psychotiques ou presentant des nevroses graves, pour lesquels les familles estimaient qu’il n’existait rien de satisfaisant.

Elle y met en pratique une methode de prise en charge ou la communaute joue un role central. Ce travail est effectue en relation avec les lieux d’accueil alternatifs comme celui cree par Fernand Deligny dans les Cevennes. Aujourd’hui, une quarantaine d’eleves, ages de six a vingt-cinq ans, frequentent ce lieu de vie. I. Biographie Maud Mannoni, est nee le 22 octobre 1923 a Courtrai en Belgique. Fille de diplomate, elle se deplace durant son enfance au hasard des postes diplomatiques de son pere, fait tres tot l’experience des frontieres et des langues etrangeres.

A six ans, avec sa famille elle quille Colombo. Le retour en Belgique fut vecut comme un deracinement brutal. Apres

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des etudes de criminologie a Bruxelles, elle suit une formation de psychotechnicienne et adhere a la Societe Belge de Psychanalyse en 1948. Cette meme annee elle s’installe a Pans, travaille a l’hopital Trousseau ou elle rencontre Francoise Dolto, epouse Octave Mannoni et devient membre de la Societe Francaise de Psychanalyse. Apres avoir ete analysee par Maunce Dugautiez, elle reprend une psychanalyse a Paris avec Jacques Lacan.

En 1960 pendant la guerre d’Algerie, elle signe avec Octave Mannoni et l’equipe des Temps Modernes le « Manifeste des 121 » defendant le droit a l’insoumission. Toujours avec Octave Mannoni, elle developpe une reflexion marquee par les inflexions de l’ecole anglaise notamment celles de Winnicott et Melanie Klein. Mais c’est surtout Winnicott qui l’influencera, penetrant « l’autre scene » avec les instruments theoriques et cliniques de « l’espace transitionnel », de « l’aire du jeu » mais aussi par la litterature, le theatre, la poesie, le cinema, ouvrant une a une les portes de l’imaginaire et de la « fantaisy ».

Ses liens avec Winnicott n’effacent pas son travail et son engagement lacanien, en 1964, au moment de la scission de la Societe francaise de psychanalyse (SFP) et de la constitution de I’Ecole freudienne de Paris elle suivra avec Francoise Dolto, Jacques Lacan. Toujours en 1964, elle inaugure la collection creee par Jacques Lacan aux editions du Seuil :  » Le Champs freudien  » en publiant son premier ouvrage, L’enfant arriere et sa mere, montrant principalement qu’a vouloir traiter le symptome, on refuse le patient. Puis en 1967, l’enfant « sa maladie  » et les autres.

Ces deux essais servent de requisitoire a la politique de sante mentale, et portent en germe l’ambition clinique de l’Ecole experimentale de Bonneuil qui ouvre ses portes en 1969. Son engagement avec J. Lacan, sa reflexion dans le sillage de Francoise Dolto, ses liens avec le mouvement psychanalytique anglo-saxon, notamment avec Winnicott, son interet pour le mouvement antipsychiatrique, l’interet qu’elle montre pour l’experience de Basaglia en Italie temoigne de l’eclectisme de son trajet psychanalytique mais aussi des differents courants qui ont traverse, l’institution psychanalytique francaise d’apres-guerre.

Femme de combat, son engagement pour la psychanalyse fut a la fois politique, clinique theorique et esthetique. II. Presentation du livre Ce livre est une reflexion psychanalytique et politique sur l’education, a partir de l’experience de l’ecole de Bonneuil fondee par Maud Mannoni pour des enfants malades. Il est a la fois une reflexion et un document sur l’experience accomplie a l’ecole de Bonneuil-sur-Marne pour accueillir enfants et adolescents dits « anormaux » (autistes, psychotiques…) et exclus du systeme scolaire classique.

Il presente une analyse critique du modele de l’education dont le role est presente comme essentiellement repressif : a la fois parce que ce modele est fonde sur celui de la cellule familiale dans ce qu’elle a de plus cloturant, et parce que l’educateur desire a la place de l’enfant. L’enfant « malade » est en fait l’objet d’une double segregation : medecin et educateur s’associant pour superposer leur desir au sien.

Mais les problemes poses ne sont pas seulement theoriques ou doctrinaux : il faut inventer continuellement une pratique, celle d’une « structure eclatee » que les enfants gerent eux-memes, dont ils peuvent librement entrer et sortir. Comme dans ses livres precedents, Maud Mannoni avance en confrontant les etudes de cas ou les tranches d’experience a la reflexion theorique. Elle penetre alors les domaines politique et economique, les obstacles rencontres par son ecole experimentale tenant largement a la resistance bureaucratique et a la pesanteur des structures economiques.

III. L’antipsychiatrie 1. Definition Pour certains, l’idee que berce l’antipsychiatrie est que l’asile devrait disparaitre et les malades retrouver tous leurs droits de citoyens dans une societe qui pourrait les accueillir, prendre en compte leurs potentialites creatrices. Pour d’autres, generalement peu convaincus par les theories psychiatriques, elle est que la psychiatrie est une institution on pas medicale, mais plutot politique et/ou religieuse medicalisee s’attachant a resoudre non pas les problemes ou les maux des patients qu’elle traite, mais bien les problemes poses a la collectivite par le comportement de ces memes patients, et ce au moyen de procedes coercitifs (internements, traitements, mensonges) contraires aux principes de l’Etat de droit. Pour la psychanalyste la securite des fous est envisagee uniquement dans les lieux precaires, ou de repli ou l’enfant ne sera plus un sujet desirant, on lui aura rapte toute parole personnelle ainsi l’institution fonctionne comme une mere de psychotique.

L’alienation c’est comment une maladie prend chez l’autre, parent ou soignant, une fonction, un statut qui sera cause d’une alienation supplementaire. L’antipsychiatrie s’engage dans une experience en milieu psychiatrique sur le mode des communautes therapeutiques. Il s’agit de faire en sorte que les malades gerent eux-memes leur communaute, ainsi que les mesures therapeutiques qui peuvent etre prises. Les malades doivent donc devenir responsables de leur prise en charge, les soignants n’ayant qu’un role d’ecoute et de soutien. . Historique Les debuts de l’antipsychiatrie remontent aux annees 1960, a Londres. Les principaux anti-psychiatres sont: Laing, Cooper, Esterson et Basaglia. LAING, COOPER et ESTERSON En 1965, les docteurs LAING, COOPER et ESTERSON fondent la « Philadelphia association » pour creer des lieux d’accueil originaux, comme a « Kingsley Hall », une sorte d’hotel, ou les patients, les moniteurs et les visiteurs peuvent entrer et sortir sans restrictions, et ou tout le monde peut faire ce qu’il a envie de faire.

L’association se fixe comme but de changer la facon dont la sante mentale et la maladie mentale sont considerees. C’est une invitation a changer de modele, car ce qui est en cause, ce n’est pas la maladie d’une seule personne, mais un processus social. Les lieux d’accueil nouvellement crees se caracterisent par leur volonte affichee de debarrasser le sujet de tout cadre pour lui. L’accueil dans ces communautes Anglaises consiste en une mise en place qui evoque le psychodrame.

Ce que Maud Mannoni partage avec Laing et Cooper, c’est la reflexion concernant l’exclusion dont fait l’objet la folie, l’absence de place reservee par notre societe aux fous. A Bonneuil, ce sont tres concretement des enfants rejetes pour leur incapacite a s’integrer dans le moule social de l’ecole qui sont arrives, amenes par des parents cherchant a leur eviter l’hopital psychiatrique. BASAGLIA On ne peut parler d’antipsychiatrie, sans aborder Franco Basaglia (1924-1980), psychiatre italien qui par la loi 180, dite « loi Basaglia » votee en 1678, conclu la fermeture de l’asile.

Son travail a Trieste a ete la reelle impulsion pour la mise en pratique du desalienisme en Italie. Le travail de changement pourrait se resumer autour de trois grands themes : 1) FERMETURE DE L’HOPITAL PSYCHIATRIQUE En tant que critique dans la pratique de la culture et de la clinique psychiatrique, reconnaissant dans la fin de la grande utopie de l’asile, la faillite de la psychiatrie. 2) CONSTRUCTION D’UN RESEAU DE SERVICES CONCRETEMENT ALTERNATIFS En tant que recherche dans la pratique de cultures et procedures innovatrices, en tous cas necessairement differentes. ) « LE MALADE ET NON LA MALADIE » au centre de la recherche pour construire des parcours therapeutiques, de rehabilitation, et d’emancipation, comme construction dans une praxis de participation active des usagers dans les services en tant qu’acteurs du changement. (Sa methode Franco Basaglia realisa a Gorizia une institution en negation a l’egard de l’institution psychiatrique traditionnelle, par la creation d’un systeme d’assemblees, l’instauration de libertes, l’ouverture de tous les services et la participation des medecins a la discussion de tous. Au depart, la realite des asiles d’alienes est oppressive.

Il faut etablir une lutte contre la deshumanisation des malades et arriver a une « depsychiatrisation » afin de pouvoir agir sur un terrain vierge: il faut a tout prix eviter l’etiquette psychiatrique et tout ce qu’elle comporte d’implicite et de reducteur. L’important sera alors de prendre conscience de ce que represente l’individu pour lui, de connaitre sa realite sociale et les rapports qu’il entretient avec elle. Dans son idee une reelle relation de reciprocite est instauree entre le soignant et le soigne, en investissant trois principes: l’agressivite, la liberte et le principe communautaire.   L’agressivite est un moyen de communication qui ne peut etre exclu, car c’est souvent le seul disponible. Et pour cela, la liberte est necessaire. (  La liberte est importante non pas a posseder, mais a conquerir et les soignants doivent laisser libre cours aux demandes des malades, sans pour autant leur imposer leur propre liberte. (  Le principe communautaire: le soin ne peut se separer du milieu social, et Basaglia voudrait rendre la folie a sa societe et la societe a sa folie: « la souffrance de l’un est la souffrance de tous ».

Il est devenu inconcevable d’etre inhumain avec quelqu’un pour la seule raison qu’il est malade. Les soignants se mettent alors a donner un statut social aux patients. L’asile devient communaute. Les patients et le personnel soignant se rassemblent en assemblees ou chacun a un role, un statut social et une personnalite. Cela part de l’idee que le groupe est therapeutique (therapie groupale) pour chacun de ses membres. (Loi 180 Son objectif est de supprimer l’hopital psychiatrique et de depasser les conceptions reductrices que la societe a sur la folie.

Votee en 1978 en Italie sous la pression du parti communiste, appliquee en 1980, elle naquit a travers des experiences concretes comme celle de Trieste. Cette loi dit que la maladie mentale est une maladie comme les autres, qui ne depend donc plus du code penal et n’est plus inscrite dans le casier judiciaire. Un des paradigme developpe par Franco BASAGLIA etait que « l’hopital psychiatrique n’avait aucune valeur de cure et qu’au contraire il etait producteur de maladie ».

Trieste s’est impose comme le modele a suivre dans tout le pays, Maud Mannoni s’en est d’ailleurs largement inspiree, ses mots sont que l’on aggrave la maladie mentale en la traitant comme une alienation. MAUD MANNONI et l’Antipsychiatrie Il y a, dans l’elan initial qui a donne naissance a l’Ecole experimentale, de “l’anti“, une volonte de s’opposer. Volonte de s’opposer a une segregation des enfants “fous“, de refuser des decisions medicales qui, a travers une etiquette psychiatrique, condamnaient toute vie pour ces enfants, les promettant a un avenir en HP jusqu’a leur mort, pour preserver la societe de leur folie derangeante.

Une sorte de croisade pour dire au monde que ces enfants mutiques, violents, anorexiques scolaires… disaient tous avec leur corps, par leurs symptomes, ce qu’ils ne pouvaient dire avec des mots articulant leur souffrance, par une parole en propre. Il y a dans les oeuvres de Maud Mannoni qui ont precede la creation de Bonneuil et dans cet acte meme de creation auquel d’autres ont participe, un vibrant appel a regarder autrement ces enfants rejetes, a s’interesser a eux non comme objet d’etude, mais comme des etres humains, differents mais humains en souffrance.

Ainsi dans un extrait d’un rapport date du 5 decembre 1969 et adresse aux parents des enfants de l’Ecole experimentale, rapport publie en annexe de son livre Le psychiatre, son « fou » et la psychanalyse, Maud Mannoni explique : « Si nous avons contribue a la naissance de Bonneuil, c’est pour que puisse exister un lieu dit d’anti-psychiatrie, ou les enfants reapprennent a vivre avant d’etre ecrases par une demande d’adaptation (qui n’est que trop souvent adaptation a une stereotypie institutionnelle). »

L’antipsychiatrie fut un moment d’interrogation, de flottement, d’ambivalence et de verite de la psychiatrie. Actuellement, de l’antipsychiatrie ne restent que les lieux de vie et les communautes, mais rattaches a la psychiatrie traditionnelle. IV. Les lieux de vie et d’accueil : institution eclatee Tres critique a l’egard des institutions habituelles (entierement centrees sur l’enfant, hierarchiques, recherchant la maitrise et ayant pour fonction, comme toute institution, la conservation d’un acquis) Maud Mannoni cree en 1969, l’Ecole experimentale de Bonneuil-sur-Marne.

On peut retrouver a travers les films Vivre a Bonneuil (1974) et Secrete Enfance (1978) de Guy Seligman la vie de cette « institution eclatee » souhaitee par Maud Mannoni. Nous allons presenter ici les grands principes sur lesquelles repose cette institution eclatee. 1. Contre l’institution (familiale, scolaire, hospitaliere) ( 1. 1. Consideration de la personne en souffrance et non d’un symptome a soigner et refus d’un « etiquetage » des personnes en souffrance Les lieux de vie creent une ambiance permettant aux gens de prendre conscience de leur souffrance.

Le travail soignant sera d’aider l’individu dans son experience, de pourvoir a ses besoins elementaires, de laisser surgir l’effondrement, puis la guerison sans s’immiscer dans le processus. Ces lieux s’opposent aux valeurs de la famille nucleaire, et font eclater les liens de parente. Pour Maud Mannoni, c’est une notion tres importante. Elle est contre toute forme d’institution qu’elle soit familiale ou medicale. L’institution enferme le malade dans son statut, ne le considerant pas comme un sujet desirant mais « comme unique objet de soins ».

Chacun accole au malade sa propre vision de la maladie et lui confere une fonction propre dans le systeme sociale : «  notre vision du “malade“ est genee par l’idee que nous nous en faisons. Si le patient se presente a nous derriere un masque, nous mettons de notre cote un ecran qui fausse notre rapport a l’autre » (M. M) Dans le cas de Pierre, Jacques se rendant compte du phenomene dira «  C’est drolement bien d’avoir un fou sous la main, ca vous chasse l’angoisse ».

Il faut voir cela comme une tentative de debarrasser le malade de toute contrainte sociale. Et aussi comme une acceptation et une reponse par rapport au langage de la folie. Le personnel est referent privilegie des malades. Dans chaque communaute, chacun peut discuter des faits et gestes de tout le monde. Il faut assister le malade dans son delire, plutot que l’arreter. Il y a une reconsideration de la maladie mentale, comme partie integrante d’un processus social. Le malade est quelqu’un en crise et le soignant est la pour recueillir cette crise.

Les buts de l’antipsychiatrie sont la tolerance et l’acceptation de la folie. Dans Ce qui manque a la verite pour etre dite, qu’elle ecrit en 1988, soit pres de 20 ans apres la creation de Bonneuil, elle dit combien elle a garde profondement en elle la reference de ses premieres rencontres avec des patients. Alors qu’elle etait encore en formation en Belgique, elle emmene des patients du service psychiatrique d’adultes de l’hopital Brugmann de Bruxelles prendre un verre au cafe : « Je me rends alors compte assez vite que le atient parle autrement hors de l’asile que dans les murs » Elle s’est trouvee liberee du moule hospitalier et libre de s’adresser a des etres humains et de s’interesser a autre chose qu’a leur symptome. C’est parce qu’elle avait elle-meme ete surprise de sa creativite spontanee avec les patients au tout debut de son parcours et des effets therapeutiques non vises mais obtenus, que Maud Mannoni n’a eu de cesse d’encourager et d’accompagner les stagiaires de Bonneuil dans leurs initiatives personnelles avec les enfants. ( 1. 2. Refus des hierarchies dans le soin et des sujetions institutionnelles

La societe a un role determinant dans la maladie. Le psychiatre est un agent du pouvoir medical. L’hopital psychiatrique reproduit dans une large mesure le jeu pathogene de la famille, contraignant le malade a reagir de facon apparemment arbitraire, a l’encontre du cadre qui l’angoisse. L’alienation mentale renvoie a un comportement et a une experience qui sont inacceptables dans le cadre culturel ou nous vivons. Toutes formes d’institutions creees des problemes d’autorite et d’abus de pouvoir ou le malade n’a aucune individualite.

Dans les communautes, les patients sont a tour de role soignants de l’un d’entre eux: c’est le groupe qui s’autoregule, qui controle le delire de ses membres. Quand les manifestations delirantes ne sont plus tolerables, le groupe demande au patient de s’isoler. « Nous nous soumettons aux regles pour etre accepte des autres.  » Maud Mannoni, en effet, abolit la conception traditionnelle de l’equipe medico-psychologique pour creer une veritable egalite dans l’echange. Pour elle, la cure analytique ne suffit pas pour soigner des enfants psychotiques. . Reorganisation a partir d’une desorganisation (Accueil soit dans un cadre regle par convention (lieu d’accueil), soit de facon informelle, (le “vivre avec“ des lieux de vie), comme prealable a tout soin) Dans « Education impossible »(1973) et « Un lieu pour vivre »(1976) Maud Mannoni decrira cette « institution eclatee »: «  La notion d’institution eclatee… vise a tirer parti de tout insolite qui surgit… Au lieu d’offrir la permanence, le cadre de l’institution offre… sur fond de permanence, des ouvertures sur l’exterieur. par exemple, des sejours hors de l’institution). Ce qui demeure: un lieu de repli… A travers cette oscillation d’un lieu a l’autre, peut emerger un sujet s’interrogeant sur ce qu’il veut. » (« Education impossible », page 77). ( 2. 1. Le paradigme presence-absence Maud Mannoni se base ici, sur le jeu du Fort-Da de Freud : « A l’occasion du depart de sa mere, un enfant fait disparaitre une bobine, cherchant de la sorte a se reperer par rapport a une absence- absence qui s’efforce de maitriser dans une dentification signifiante a la mere “perdue“ qu’il fait reapparaitre au moyen de la bobine. » Freud, avec son observation du Fort / Da, nous a livre ce qu’on peut appeler un moment de symbolisation. Cette symbolisation concerne une experience fondamentale et primordiale, puisque, a partir de la repetition de la sequence presence/absence maternelle, on peut dire que l’enfant apprend a surmonter la perte et a se considerer comme sujet existant. La naissance du sujet se passe par l’apprentissage de l’absence (de la mere) et par sa materialisation imaginaire (la bobine).

Pour Maud Mannoni « Les conceptions de Winnicott et de Lacan, qui paraissent s’opposer sur certains points (dont celui de la relation d’objet) se rejoignent sur des notions comme celles de presence/absence ou de la maitrise symbolique necessaire a l’enfant pour pouvoir, a un moment, surmonter une perte sans s’effondrer comme sujet » C’est cet abord de la relation d’objet, dans sa coincidence avec la constitution du sujet, qui a ete mis en scene et en pratique a Bonneuil.  Dans cette oscillation entre un ici et un la-bas, se trouve introduit un espace signifiant ou l’enfant est amene a se perdre (et a perdre la mere) pour se donner l’illusion de renaitre… A l’occasion d’une separation reussie, l’enfant devient sujet en tant qu’il est l’objet absent. Et il en joue dans le choix ou le refus d’un retour au lieu anterieur… [ arrivant ] alors a occuper une place dans un espace imaginaire, jusque la inhabite par lui » (« Un lieu pour vivre », page 300).

L’evolution d’une cure implique la mise a jour de ce qui est en jeu dans l’epreuve de separation enfant-parent, c’est comme objet manquant a l’autre qu’enfant et parents s’affirment. Ce fameux travail qu’accomplit le petit-fils de Freud jubilant de faire revenir cette bobine symbole de sa mere, mais jubilant surtout de maitriser le deplaisir de la separation. C’est surmonter la perte vecue dans la separation qui permet de s’aventurer au-dela de l’espace maternel. ( 2. 2. Allers et retours entre l’institution et un autre lieu

Ainsi par cet ailleurs se cree une dialectique, se cree du jeu, une possibilite de mouvement pour l’enfant. Les enfants s’approprient leur propre trajet et pas seulement celui impose dans des parcours balises. Rupture avec un style de vie C’est a travers l’idee du travail exterieur, travail chez l’artisan, et des sejours en province que ce jeu entre differents lieux prend forme. Des lieux ou il est question de chevaux a panser, d’imprimerie, de cuir a travailler, d’abeilles et de ruches… et non de l’enfant et de son handicap.

Apprecie pour sa contribution a un travail, il peut meme prendre une place pour lui-meme. Sortir de l’univers de la folie, c’est decouvrir qu’il y a un monde ailleurs, c’est cette place dans un monde de realite que l’enfant entr’apercoit a s’aventurer hors de son espace clos et angoissant, en s’appuyant sur un environnement stable. Il est question de se risquer a prendre une place. Ces lieux de vie, en opposition aux lieux de soins offrent la possibilite aux enfants de se soustraire a un monde qu’ils se sont mis a detester. Ils trouvent la bas la rupture avec un “style de vie“.

Ils s’approprient enfin des rapports humains sains et peuvent nouer une relation de confiance avec les adultes. La relation maitre-disciple peut etre tres forte et meme considere comme la premiere amitie. Mais un lieu de vie est un lieu que l’on quitte, il est donc important qu’il ne se structure pas sur le mode de la famille. Ici et ailleurs ou fou et “contraire aux usages“ Il faut aussi evoquer les incidences d’un sens different donne a un acte qui pourrait passer pour fou mais qui ailleurs est designe comme “contraire aux usages“.

Cette experience, un jeune de Bonneuil l’a faite lors d’un sejour en Angleterre. Tordre le cou aux chats et aux poulets etant le fait de sa mauvaise education francaise, ses condisciples d’une bonne ecole anglaise se sont charges de lui apprendre les bonnes manieres. Quelques annees plus tard, Maud Mannoni revenant sur cette experience qui s’etait revelee determinante pour le jeune en dit : « L’effet therapeutique d’une rupture avec un milieu social et geographique donne depend donc de la facon dont le sujet est appele a modifier son type de reponse la ou son dire se trouve connote de facon differente.

En tous cas, une experience ou le dire d’un sujet appele ici “psychotique” est designe ailleurs comme “contraire aux usages”, ne reste jamais sans effet. » L’ailleurs ou la possibilite de s’affirmer comme sujet Derriere cette notion d’ailleurs, il y a une inscription possible de l’enfant comme sujet, un sens donne a ses actes et a ses dires hors de toutes etiquettes et de tout prejuges. L’enfant est, dans cet ailleurs, oblige de se defaire de ce carcan pour s’inscrire, lui-meme, comme sujet. Il ne sera, en effet, non considere comme un “malade“ mais comme un individu tout venant a qui on devolu une tache.

Ainsi Maxens (enfant de Bonneuil), pour Mario le mecanicien, ne sera pas un adolescent autiste mais un jeune timide a qui il faut bien expliquer comment faire les choses avant qu’il puisse changer les roues d’une voiture, la mettre sur le pont et faire la vidange. C’est fort de cette relation, celle d’un adulte qui fait pour l’enfant, que Maxens a beaucoup progresse vers une possibilite de vie a lui. Un exemple, Fernand Deligny et les Cevennes Fernand Deligny est une des references majeures de l’education specialisee en France Deligny a passe sa vie a prendre des chemins de raverse, a debroussailler des sentiers, a les marquer pour d’eventuels randonneurs qui souhaiteraient le suivre. Il imagine et pose les bases d’une cure libre pour adolescent « irrecuperables » : « La Grande Cordee ». Henri Wallon prend la presidence et tous deux se battront pendant six annees pour que La Grande Cordee puisse enfin faire sa premiere experience en 1954. Vingt enfants sont envoyes dans le Vercors. Entre autres activites, ils retapent des maisons abandonnees, cultivent la terre, organisent des seances de cinema dans les hameaux pour des villageois qui n’avaient jamais vu de films.

Apres cette premiere aventure, Deligny et ses proches ne cesseront de se deplacer et a partir de 1967, ils s’installent pres de Monoblet, dans les Cevennes, et y organise l’accueil d’enfants autistes gravement atteints, les liberant des contraintes de l’hopital. Pour Deligny, il ne s’agit pas de forcer l’enfant a s’adapter a la societe : c’est en lui offrant un milieu favorable, une «presence proche» depourvue de toute intention educative, que l’adulte permettra au jeune d’agir et d’evoluer (le Moindre Geste, et les Detours de l’agir, 1979).

Fernand Deligny ne cesse de franchir les murs, de les faire franchir a ceux pour qui c’est interdit. Deligny est toujours mu par le besoin de briser les carcans, ceux de l’enseignement, ceux des institutions… Ils mis en image ses convictions au travers de plusieurs films dont le moindre geste et ce Gamin la. Plus qu’un educateur, il fut un veritable artiste qui ne cessa de scander derriere chacun de ses mots, de ses vers ou de ses images ses certitudes… Pierre fut envoye a Monoblet pour lutter contre ce que Maud Mannoni appelle l’institutionnalisation de la maladie qui avait cours autour de lui a Bonneuil.

Il n’y resta cependant que huit jours, y instaurant un climat de terreur. Fernand Deligny bien decide a calmer les ardeurs du jeune garcon eu l’idee de l’envoyer chez un de ses amis dans la montagne. N’ayant comme uniques adversaires les cailloux et la poussiere, Pierre fut vite depourvu et sentit l’ennui monte en lui. Quel fut son soulagement, lorsqu’au detour d’un chemin, il rencontra des ouvriers construisant une maison. Oubliant son agressivite, il releva ses manches et se mit a l’ouvrage. Il etait “comme les autres“, un ouvrier tout comme ses maitres.

Pierre apres pierre, il se retablit avec les rapports humains et comprit l’instrumentalisation de son personnage. Il revint a Bonneuil transforme. Maud Mannoni ecrit l’importance de l’ennui ou du manque dans le processus de guerison : « la decouverte de l’ennui lui permit de sortir de ghetto qu’il s’etait construit. Il eu faim non de nourriture mais de contact humain. A partir de la se fit de facon toute progressive, le retour dans un univers social ». L’ennui fut le meme remede pour ces deux jeunes garcons. ( 2. 3.

Accompagnement et besoin de rupture : Assurance « de trouver un adulte qui ne vous demande pas de changer… mais une abstention dans un cadre qui ne soit pas celui de l’abandon » (M. M) Revenant en 1988 sur ce qui a ete a l’origine de la creation de Bonneuil, Maud Mannoni ecrit dans Ce qui manque a la verite pour etre dite : « L’Enfant, sa “maladie” et les autres est ecrit pendant les annees ou j’ai comme interlocuteurs privilegies Lacan, Dolto et ensuite Winnicott et Laing. Certains chapitres de ce livre ont fait… l’objet d’un debat a l’Institut Psychanalytique de Londres.

A cette occasion, Winnicott me dit son regret de ce que les adolescents psychotiques ne puissent, dans des moments de crise, trouver un lieu ou delirer (sans que ce delire soit immediatement coupe par une chimiotherapie hative). Il regrette aussi que l’analyste accepte si mal l’effondrement d’un adolescent. On a, dit-il, trop souvent le souci de redresser, de faire tenir debout un sujet qui demande une rupture et qui doit pouvoir exister d’abord dans le refus. Pourquoi, me dit-il, parlez-vous de « guerir », la ou bien souvent il suffit « d’accompagner » un etre dans sa detresse ? Multiplicite des points de vue Il est tres important que chacun des membres de l’equipe ne renvoie pas au patient la meme image de lui, uniforme, univoque. L’important, au contraire, pour un jeune, c’est qu’a partir de la relation differente qu’il a avec chacun des membres de l’equipe, il puisse se percevoir comme un etre complexe, a plusieurs facettes. A l’un il pourra apparaitre comme renferme et se parlant a lui-meme, un peu fou. A l’autre il saura parler de tous les lieux de culture qu’il connait, ou il a ete, et apparaitre comme le jeune homme cultive qu’il est.

Il est mieux, en effet, de ne pas avoir un savoir totalitaire sur un patient mais se contenter seulement de ce qu’il veut nous dire. Tout est possible, rien n’est interdit Le projet de Maud Mannoni est de construire un modele hors de toute institution preetablie qui pour elle soumet l’enfant a des lois et des preceptes qui le freinent et lui otent toute innovation. « Dans l’institution familiale (aussi bien dans l’institution scolaire, hospitaliere, etc. ), la contrainte est au c? ur de toute education, qu’elle soit liberal ou autoritaire » (M.

M) A Bonneuil, tout est permis et tout se fait selon les besoins et desirs de l’enfant. Chacun est accepte avec son bagage et a le droit d’expression. Ses symptomes ne sont pas brimes et reprimes, au contraire ils sont consideres a leur juste valeurs et compte comme cles de la guerison. La seule regle qui est posee est que « La liberte des uns s’arrete la ou commence celle des autres » : « Les enfants autistes a qui tout est permis a Bonneuil, se heurtent pourtant a une restriction fermement maintenue : ne pas empecher les autres de vivre.

Si les hurlements d’un enfant empechent les autres de s’entendrent parler, on le pris d’aller parler au cailloux dans le jardin » Maud Mannoni, dans son projet, ne place pas la psychanalyse au niveau des techniques de psychotherapie et n’inclut pas la formation scolaire mais ce n’est pas pour autant qu’elle interdit aux enfants d’aller consulter ou de s’inscrire dans une formation. S’ils en ressentent alors le besoin, ils doivent chercher hors de l’institution. De cette facon, ce sont les enfants eux-memes qui rentre dans la demarche et sont alors a l’initiative de leur guerison. La rupture

Cet accompagnement “laxiste“, en plus de laisser la parole et l’expression a l’enfant, apporte une reelle confrontation avec les regles du monde exterieur. Souvent, lorsque Maud Mannoni rencontrait les jeunes et qu’elle parlait avec eux de leurs difficultes a l’exterieur, dans un travail chez un artisan, dans un haras, elle leur rappelait qu’il s’agissait de « jouer a etre normal », insistant sur le fait que ce qui etait tolerable a l’interieur de Bonneuil etait insupportable a l’exterieur, dans un contexte de travail et de rentabilite. A propos du tolerable a l’interieur et de l’intolerable a l’exterieur, si la limite est situee pour ’enfant, elle l’est aussi pour l’adulte. S’habituer a la pathologie au point de laisser un enfant manger le nez dans son assiette comme le ferait un animal est une derive et la realite des reactions du personnel accueillant des jeunes de Bonneuil est venue marquer symboliquement qu’a se comporter ainsi, c’etait du monde des humains que l’enfant s’excluait. Mais la parole humanisante et castratrice est venue du dehors : Il fallait abandonner un tel comportement pour etre admis a partager le repas des ouvriers avec lesquels le jeune faisait du terrassement.

C’est dire la difference entre les effets d’une parole purement educative qui peut, bien sur, aboutir a un comportement social adapte dans certaines circonstances et ce qu’il en est de l’evolution psychique a l’oeuvre lorsque le jeune est mis dans la situation de sortir de l’exclusion par sa decision de modifier son comportement. Vomir l’institution Bonneuil, comme on l’a deja dit, ne tient pas compte dans son organisation des regles sociales preetablies. Par la, on respecte la “parole“ de l’enfant et l’on cree une situation educative dans laquelle, de son propre chef, il sortira de l’exclusion.

Cette technique therapeutique permet a l’enfant dans son cheminement de guerison de vomir l’institution qui le coupe de la vie reelle. Cette position d’isolement, appelle naturellement le besoin de l’Autre, qui n’est plus vu comme antagoniste. Comme le dirait Maud Mannoni, une education reussie, c’est celle qui permet a un adolescent de recuser ses maitres. Donnons l’exemple de Pierre, a cette etape de rejet : « Les Cevennes c’est l’asile sans les murs. Bonneuil, c’est pas mieux, car il y a des inadaptes. Moi, je suis “normal“ (…). et par la dans un second temps, Pierre « se mele alors dans la ville de Bonneuil aux activites de garcons de son age rencontres dans un terrain vague (…). » (2. 4. Activites Bonneuil n’est pas une ecole comme les autres. Un jour, en 1970, alors qu’il repare un velo avec un eleve, un educateur, le trouvant doue, lui propose de creer un atelier de reparation de velos au sein de l’ecole. L’enfant decline la proposition, precisant qu’il prefererait travailler « aupres d’un vrai reparateur de velos ». Ainsi fut fait.

Depuis, les eleves autistes, psychotiques ou presentant des nevroses graves, peuvent travailler a l’exterieur, une a deux fois par semaine, s’ils le souhaitent. Ils sont accueillis dans une petite entreprise pour effectuer une tache bien precise. L’un change la paille des chevaux dans un haras, un autre etiquette les produits et pese les legumes secs chez un commercant… Les eleves s’integrent ainsi dans une equipe qui travaille et n’a pas forcement le temps de s’occuper d’eux. L’adulte de Bonneuil qui les accompagne effectue la meme tache que le eune, devenant son collegue durant quelques heures. Il arrive que l’accompagnateur soit nouveau et que l’eleve maitrise mieux la tache que lui. Il constate alors que changer de position ne provoque pas forcement un danger. Des la creation de l’ecole, Maud Mannoni a enonce que ce qui etait en jeu etait de « donner des mains » a des enfants qui ne les utilisaient habituellement que pour produire des symptomes. Ainsi participent-ils a des ateliers creatifs : chant, calligraphie, opera, theatre, marionnettes… avec, pour certains, la perspective de presenter leurs ? vres a l’exterieur (exposition, representation…) Certains ateliers se deroulent en dehors de l’ecole par exemple un atelier theatre ouvert dans une maison de quartier. D’autres ateliers s’invitent quelquefois dans des lieux prestigieux comme l’Opera Bastille ou l’Opera Garnier. Les activites physiques de plein air (velo, jardinage…) tiennent aussi une place importante dans l’ecole. Dans une institution, s’adresser a la personne de l’enfant, lui proposer de venir faire du theatre, construire une ville imaginaire ou meme faire du scolaire, indique a l’enfant qu’il a une place autre que celle d’etre l’objet du desir de l’adulte.

V. Le cas Pierre 1. Presentation Pierre arrive a Bonneuil pour la premiere fois lorsqu’il a quatorze ans. Il est rejete de l’hopital de jour et les psychiatres qui l’ont examines voient en lui un «  psychopathe pervers, dangereux pour lui meme et pour les autres. ». En effet, Pierre a des reactions agressives primitives dominees par la loi du « tout ou rien ». ( 1. 1. Sa situation familiale. La mere de Pierre est devenue folle a sa naissance et cela pendant une periode de deux ans. Malgre cela durant ce laps de temps, elle mit au monde un second fils. Puis elle finit par abandonner les siens.

Pierre et son frere cadet furent eleve par leur grand mere paternelle, qui n’avait d’yeux que pour Pierre : « tu es mon petit garcon a present, dit-elle, ton pere n’est plus mon petit garcon ». Des l’age de 3 ans, Pierre prend aux yeux de sa grand mere la place d’un fils qui l’a trahi en se mariant. Plus tard, il met le feu a la maison de sa mere alors qu’il passe ses vacances chez celle ci. Mais son impulsion meurtriere est liee en fait, au malentendu qui a surgi autour de la naissance d’un bebe, lors du remariage du pere. A treize ans, Pierre connait une « vie de famille » entre son pere, sa belle mere, son frere et le nouveau ne.

Pierre s’interesse aux soins dont on entoure le nouveau ne. Il demande alors a sa belle mere si lui aussi a eu une maman qui lui a donne le sein, qui l’a lange et qui l’a dorlote. « Non, toi tu n’as pas eu une maman te donnant tout ca » lui repondit-elle, au nom d’une verite, mais laquelle ? Tres vite, c’est lui qui va s’instituer a l’instar des femmes qui l’ont abandonnes ou meurtri. Pierre campe son drame dans un tableau : a la mere « folle » succede la grand mere qui le recueille au prix de remplacer son pere aupres d’elle (et ce faisant, elle s’institue egalement comme mere rejetant son propre fils).

Et voila que ce pere, victime des femmes, lui amene une femme qui a son tour va le meurtrir. Pierre n’a alors plus qu’une seule idee : etre l’homme le plus fort du monde (a l’oppose d’un pere que l’on serait tente de situer comme victime de la castration plutot que comme agent). Lorsqu’il se met en quete de reperes sur ce qu’il est (bon, mechant, normal ou fou), il reporte son interrogation sur sa mere dont il ne retient que le contexte de « folie ». Lorsqu’il interroge le passe qui le lie a sa grand mere paternelle, c’est pour en retenir le caractere de complicite qui soudait leur entente.

C’est bien la nature de cette complicite qui est a la source de son refus de toute loi paternelle : il est pret a se mutiler ou a encourir les pires peines pour que soit respectee la « loi » de son desir, qu’il met au-dessus de toute loi des humains. Son agir est constamment un defi lance a autrui : il recherche la preuve que lui, Pierre, n’a a se soumettre a aucune regle. ( 1. 2. Evolution de Pierre a Bonneuil Les parents de Pierre ne se resignent pas a l’abandonner a l’asile. Un compromis est trouve par le biais d’un hopital qui l’heberge mais il est tout de meme en cellule et bourre de neuroleptiques…

On demande a Bonneuil de l’accueillir pendant la journee. Mais la situation devient tres vite impossible. Pierre oscille entre l’hopital, qui lui est semblable au milieu carceral, et Bonneuil, ou le regime est tres libertaire. Lorsqu’il est a l’hopital il est soumis a une importante medication alors qu’a Bonneuil la medication est quasi inexistante. Pierre passe inapercu durant les deux premiers mois a Bonneuil. Celui-ci passe son temps dans les caves des HLM voisins a y agresser les habitants. L’institution demande aux voisins de ne plus appeler la police et de les appeler en cas de problemes.

A l’hopital de nuit, Pierre est craint des femmes enceintes qui ont peur de l’eventration. Il reussi a installer un veritable climat de terreur. Il n’a pas de projet, et veut etre craint. Il est attire par les travaux manuels qui demandent une grande depense d’energie. Au bout de deux mois, Pierre quitte l’hopital de nuit, abandonne les medicaments, et trouve une famille d’accueil qui accepte de le recevoir le soir. Il va dans sa vraie famille uniquement le week-end et les retrouvailles se passent generalement dans le drame. Il se fait ensuite des amis parmi les aines de l’institution mais les enfants autistes attisent sa jalousie.

Lors des reunions entre adultes et enfants, il parle toujours tres peu et de facon impersonnelle. Les aines cherchent alternativement a faire fonctionner Pierre comme un « fou » ou comme un « delinquant ». Au bout de trois mois,  la vie a Bonneuil ne tourne plus qu’autour de la fascination qu’exerce l’idee de mort ou de meurtre incarnee par Pierre. Pour contrer cette situation, Bonneuil place Pierre chez Deligny dans les Cevennes. En huit jours celui-ci y installe la terreur. Tout le monde est depasse, Pierre est vraiment le plus fort.

Deligny a alors l’idee d’envoyer Pierre vivre seul en compagnie d’un membre du « reseau » dans la montagne. Au bout d’un mois il s’ennuie. En se promenant, il apercoit des ouvriers qui construisent une maison et se joint a eux. Rien dans son attitude ne le distingue des autres. Lorsqu’il revient a Bonneuil deux mois plus tard c’est un enfant normal qui revient aux membres de l’institution. Il est desireux d’apprendre et se replonge dans l’actualite dont il a ete radicalement coupe. L’enfant est conscient de ce qui se passe : ses camarades le prennent pour une marionnette et le fond passer pour « fou ».

Il le dit d’ailleurs tres bien : « c’est eux qui tirent les ficelles et moi comme un con je marche ». Il demande alors un travail a plein temps hors de l’institution mais personne ne veut prendre le risque d’accepter un enfant au caractere instable et qui joue encore de temps en temps avec ses poings. Il denonce alors l’absurdite de ce systeme qui le coupe du monde du travail. Il renie alors Bonneuil, les Cevennes et accuse la societe. Il pense que ce monde dans lequel il vit ne fait de place qu’a la misere et la violence. Pierre partira ensuite en Angleterre dans une ferme ecole qui accepte de l’accueillir.

Mais se sentant rejeter car il ne connait pas la langue, il retrouve ses comportements de Bonneuil : il fugue, cogne et se montre grossier. Le directeur de l’ecole demande a l’institution si Pierre est fou. La reputation de son ecole est en jeu, pas question d’accepter un enfant qui recoit des soins specialises. Bonneuil releve ce defi et fait parvenir un certificat de non folie. En quarante huit heure, le probleme de Pierre semble avoir etait resolu : il assiste aux cours du matin, et s’interesse aux travaux de la ferme. Il lui est maintenant possible d’apprendre.

Ces deux annees scandees par des ruptures et des allees et venues ont permis a Pierre, a travers des periodes regressives, des remaniements dialectiques dont les effets dans un rapport a l’autre qui n’est plus fonde sur la destruction. Dans sa relation a l’autre, Pierre s’etait d’abord perdu comme objet, il va se situer comme objet qui se conquiert. C’est qu’une place a pu etre « deshabitee » par lui dans le reel : de la, une reconquete pourra s’operer a un niveau symbolique. Dans l’absence, Pierre a encore eprouve la perte de l’Autre (qui est venu lui manquer). ( 1. . Echapper a l’institution. Le cas de Pierre est assez exemplaire de ce que nous pouvons trouver sous l’etiquette sociale de « psychopathe pervers ». Mais Pierre a reussi a echapper a l’asile et a la prison. Il est devenu vivable en societe, responsable et efficace dans les travaux manuels et a su manier la langue anglaise en moins de trois mois. Dans l’absence, Pierre s’est « decouvert un c? ur » comme l’a dit un de ses proches. Les Cevennes ont joue un temps comme refuge possible dans un monde d’avant la societe, Bonneuil a servi de carrefour entre divers lieux.

A partir de la, Pierre a pu etablir une relation « normale » a un Autre qu’il n’avait plus besoin d’agresser. Pierre a suivis la methode de Bonneuil afin de faire de lui un enfant comme tous les autres et de lui permettre d’avoir une vie sociale. Il n’a pas suivis de traitement medicamenteux, aucune therapie ou suivis psychologique ne lui a ete impose. La seule regle qui lui etait impose est l’interdiction de nuire aux autres. On remarque que cette methode a porte ses fruits. Pierre a su s’en sortir meme si dans le livre on nous dit qu’il est encore trop tot pour etre sur de son avenir. 1. 4. Le drame de Pierre Enfant, Pierre n’a pas trouve de quoi metaphoriser sa relation a la mere. Il en est reste dans son rapport avec les autres a une relation de devoration meurtriere, sans pouvoir passer a un autre niveau, a travers ce que les analystes appellent la castration (c’est-a-dire une situation ou il aurait a perdre sa suprematie phallique pour qu’elle soit rendue a un niveau symbolique dans une situation de reelle maitrise). Ce qui a manque a Pierre, c’est un pere reel capable de relayer le pere symbolique.

Il s’est trouve (a travers la ligne des femmes) a la merci de la seule devoration maternelle, c’est a dire en proie a l’engloutissement la plus radical, dont il cherchait a emerger sur un mode proche de la panique. 2. Liens avec les principes de Bonneuil Ce cas illustre de facon exemplaire le danger que court tout adolescent de voir ses symptomes entretenus dans et par un etablissement de « soins », alors que dans un autre lieu ses troubles ont une chance de changer de nature et de disparaitre. ( 2. 1. Contre toute forme d’institution En jouant comme lieu transitoire, Bonneuil a permis a Pierre de se « retrouver » a partir d’un refus.

Pour Winnicott, l’enfant recherche dans l’acte anti-social un espoir sous entendu. Il trouve positif le fait que l’enfant arrive a designer la faillite de son environnement familial comme responsable de ses malheurs. L’enfant ne pourra abandonner ses tendances anti-sociales que s’il arrive avec succes a vivre dans un environnement qui lui convient une periode d’espoir (qui s’accompagne d’une mise a l’epreuve du milieu) et une periode de desespoir. Durant la periode de desespoir, il n’est pas rare de voir les effets d’une situation regressive surgir.

Il faut voir la une « occasion de degel d’une situation gelee » et l’annonce d’un changement dans le rapport de l’individu a son environnement. Les parents, tres souvent, reprennent leur enfant par culpabilite avant que celui-ci ait pu vivre a fond cette periode de desespoir indispensable au recouvrement d’une veritable autonomie. Cela a ete malheureusement le cas de Pierre. Pierre n’assiste que tres peu aux reunions de groupe. C’est la parole des autres qui temoigne de sa presence. Jacques et Paul expliquent le role joue par Pierre en tant que « fou » aupres des uns des autres. Son depart est toujours vecu comme un deuil.

Si sa presence est ressentie par moment comme trop pesante, son absence revele a quel point sa « folie » vient colmater l’angoisse de chacun. C’est pour cela, que Maud Mannoni decide de l’envoyer chez Deligny. ( 2. 2. Le besoin de rupture Les mecanismes mis en jeu par Pierre se rapprochent de ce que Freud a decrit sous le nom de nevrose traumatique. Il y a un rapport entre le passage a l’acte et le traumatisme. Lorsque l’integrite narcissique du sujet est menacee, le moi deborde s’evanouissant, le sujet devient la scene meme, et attend dans le reel (hopital, prison) la reponse a sa provocation.

Si cette reponse lui est effectivement donnee des l’adolescence, le sujet, face a un scenario fige, n’a plus d’autre solution que d’accomplir son destin en prison ou a l’asile. C’est ce cas de figure qui a ete cherche a eviter dans les ruptures introduites dans les departs de Pierre en milieu rural. Sur le plan verbal, Pierre cherche a donner un spectacle pour la jouissance, a lui-meme comme aux autres : dans le discours tout acces au vrai lui est ainsi barre. Il trouve dans le travail manuel la possibilite de maitriser une angoisse de mort et de s’affirmer hors de la destruction.

Particulierement dans le cas ou le faire est soustrait au regard d’un Autre, car il peut ainsi eviter de se donner en spectacle et de se prendre a son propre jeu : il reclame la solitude parce que seul un lieu « inhabite » lui permet d’echapper a la hantise d’un objet a tuer. Les progres de Pierre sont lies aux effets des nouvelles conditions de vie ou il s’est retrouve place. La mise en impossibilite de nuire joue comme effet therapeutique et rend Pierre disponible a des interets culturels divers. Chaque retour dans sa famille est accompagne d’une rechute spectaculaire.

L’enfant y redevient dangereux, livre a des pulsions incontrolables. Il perd ses reperes d’identite comme etre humain car l’enfant peut parasiter son environnement notamment en prenant aupres du pere la place de sa femme. A ces moments la, il instaure dans le reel un couple pere-fils, reproduction en miroir du couple grand-mere/petit-fils. 3. Pierre est-il un psychopathe ? ( 3. 1. Description des actes de Pierre Pierre est decrit comme violent et impulsif. Certains le voient comme un meurtrier en puissance « il finira par comme criminel, etranglant sa grand mere en lui volant ses economies ». Il est decrit comme brutal.

Ceci s’exprime par des coups, et une force qui se decuple. Il lui arrive d’attaquer sans crier gare quiconque s’approche de lui. Il ere dans les caves des immeubles voisins et se livres a des agressions. Il cree la terreur a l’hopital de nuit. Les femmes enceintes craignent de se faire eventrer durant leur sommeil. Lorsqu’il est heberge par Deligny, il cree en huit jours la terreur dans le village. (Enfants terrorises, vitres cassees) Cependant, Pierre etant un tres beau jeune homme, il attire la sympathie. Il adopte une attitude seductrice au c? ur de laquelle se loge une violence imprevisible.

Il provoque ainsi la peur et induit le rejet ( 3. 2. Qu’est que la psychopathie ? La psychopathie est un trouble du comportement caracterise par le deni de l’individualite d’autrui et un comportement generalement impulsif et antisocial pouvant aller jusqu’au crime. En psychologie, un psychopathe se caracterise par des conduites anti-sociales fondees sur des impulsions sans eprouver de culpabilite. Ce sont en general des actes de delinquance, des mensonges ou le mepris du danger. La vie sociale est instable avec de nombreux changements professionnels, des absences ou des fugues.

Les regles de la vie sociale et les valeurs sont enfreintes. Ces personnes sont enclines a infliger des mauvais traitements a leurs familles. Pour eux, manifester des emotions est un signe de faiblesse et de la decheance de leur influence sur autrui. Environ 3 % des hommes et 1 % des femmes sont touches par le comportement antisocial. En general, un psychopathe est un sujet qui a sa propre vision du bien et du mal, qui n’est pas celle acceptee socialement, pouvant donner lieu a une multitude de manifestations singulieres asociales, antisociales delictueuses ou criminelles a divers degres. 3. 3. Les sources de la psychopathie : • Le courant americain s’appuie essentiellement sur une approche symptomatologique. La transgression de la loi est un element clef de diagnostic de psychopathie aux EU, or en France ce rapport a la loi apparait comme non central car si beaucoup de psychopathes sont des delinquants (car privilegiant les passages a l’acte au detriment de toute elaboration mentale, souvent avec des consequences legales) tous les delinquants ne sont pas psychopathes. Neanmoins, en s‘appuyant sur ces criteres et ceux degages par Hare et al. Meloy (2001) a pu degager certaines caracteristiques de personnalite des psychopathes criminels : une absence d’anxiete ou d’inquietude, une devaluation agressive et reelle d’autrui qui permet d’etayer les vecus d’un soi grandiose et de reparer les blessures emotionnelles, un controle omnipotent sur les autres, un charme superficiel, une insensibilite relationnelle, un manque de remords, ainsi qu’un ennui terrible et inquietant. • On peut noter par ailleurs que Meloy s’est pose la question des relations d’objet chez les sujets psychopathes, dans la tradition de Melanie Klein.

En effet, tout en affirmant une predisposition psychobiologique necessaire a la psychopathie, il s’est interesse aux experiences d’objet primaires vecues comme deficientes et conflictuelles ; les origines developpementales de la personnalite psychopathique sont caracterisees par une separation precoce d’avec le parent primaire pendant la phase symbiotique de maturation, des defauts d’internalisation, une predominance d’une identification archetypique a l’objet-soi etranger, un echec dans la constance de l’objet et l’attachement narcissique primaire au soi grandiose et enfin un mode agressif et sadomasochiste dans la relation a l’autre.

Le sujet psychopathe passerait a l’acte pour eviter le reveil de la trace d’une menace d’envahissement par l’image maternelle. • Enfin, la plupart des auteurs s’accordent cependant sur l’economie narcissique au c? ur du fonctionnement psychopathique : la relation d’objet est marquee par la pulsion agressive et ses derivatifs, par la recherche de pouvoir et de controle, avec une lutte importante contre la dependance et une devalorisation systematique de l‘autre.

Le maintien d’un soi grandiose, pour proteger le sujet des epreuves liees au doute de soi, demandent alors la mise en place de mecanismes de defense plus ou moins archaiques, a base de clivage, de deni, d’identification projective, de rationalisation, de projection, d’identification a l’agresseur et d’omnipotence. • De plus, la description traditionnelle fait du passage a l’acte psychopathique un substitut de la pensee et l’attribue a une carence de l’elaboration mentale, un rate de la symbolisation, une decharge pulsionnelle avec incapacite a differer la satisfaction.

On constate que Pierre a une partie des criteres concernant les psychopathes. Cependant, Bonneuil lui a permis de retrouver une vie sociale « normale » qu’il n’aurait peut etre pas eu s’il avait suivis un traitement dis psychiatrique. VI. Une idee qui perdure Les experiences de Bonneuil-sur-Marne et de Monoblet ont ainsi fait naitre chez des personnes d’origines multiples – souvent issues du secteur social, medico-social, sanitaire, de l’education mais egalement d’autres secteurs professionnels – le souhait de creer eux-memes de nouvelles structures dites « alternatives » ou « non traditionnelles ».

Issus en grande partie de la mouvance de l’apres 68, des neo-ruraux creeront des « lieux de vie » dans un esprit de tendance libertaire, voire marginale, alors que des travailleurs sociaux, « creeront des lieux d’accueil » en complementarite avec l’institution. Base essentiellement sur un partage de la vie quotidienne, en petit effectif et dans la permanence du Vivre avec , ce mode d’accueil a engendre des espaces singuliers de relations d’organisations a la mesure des choix, desirs, competences et engagements de leurs fondateurs.

Ces lieux se rapprocheront au fil du temps pour devenir des lieux de vie et d’accueil qui prendront une dimension nationale moins marginale, toujours en recherche d’un autre mode de relation avec les personnes accueillies, mais sur la base d’un projet educatif et/ou therapeutique plus clairement defini. ( Les specificites des Lieux de Vie et d’Accueil Sans pouvoir rendre compte de la diversite et de la richesse des pratiques d’accueil et d’accompagnement qui sont issues des Lieux de Vie et d’Accueil, nous nous attacherons ici a en resumer les specificites communes : Un accompagnement dans la quotidiennete, dans le « Vivre avec », le partage reflechi de la vie quotidienne comme premier support educatif. • Un accueil centre sur des relations de proximite, fondees sur une acceptation de la personne dans sa singularite et dans sa globalite. • Un accueil dans une habitation personnalisee, souvent le domicile meme des fondateurs, qui est adaptee suivant les specificites des personnes accueillies. • Un accueil en petit effectif, en general de trois a sept personnes accueillies ; des accueillants clairement identifies, en general de deux a cinq Permanents. Un accueil determine par un projet personnalise – issu d’une reflexion commune entre les Permanents du L. V. A. et ses Partenaires – visant l’apaisement, le retablissement de liens sociaux, un cheminement de la personne accueillie pour la construction d’un projet de vie singulier. • Un accueil dont la duree s’adapte suivant les besoins de la personne (sejour long, relais, alternance, sequentiel, rupture, « vacances »). • Des professionnels utilisant des techniques de supervision, permettant une distanciation de ce qui se vit et se travaille au quotidien aupres des personnes accueillies. Un accueil dans une structure a taille humaine, autonome dans son projet social et dans sa gestion administrative et financiere. Reconnus par les professionnels des secteurs sociaux, medico-sociaux et judiciaires pour l’interet de leurs accompagnements. Pour les services de l’Aide Sociale a l’Enfance, de l’Education specialisee, de la Psychiatrie et de la Justice, l’accompagnement assure par les L. V. A. enrichit judicieusement l’eventail des choix en matiere de placement de personnes en difficultes.

Ces specificites ont ete si bien reconnues par les services concernes que les demandes faites aux lieux d’accueil et de vie sont beaucoup plus grandes (cinq a dix fois selon les lieux) que leur capacite. Depuis au moins vingt cinq ans cette position de travail a ete non seulement reconnue mais utilisee par de nombreux services dans toute la France. Il n’y a donc pas de problemes de reconnaissance professionnelle. Cela rend particulierement etonnant la reconnaissance juridique tardive de ces lieux, qui intervient, en 2002, pratiquement une generation apres le debut des premiers lieux…

Maud Mannoni lors de la creation de Bonneuil rencontra bon nombre de problemes administratifs et de contraintes economiques. Elle y consacre, d’ailleurs, la derniere partie de son livre Education impossible ou elle nous offre un “expose-debat“ avec une economiste. En effet, dans son statut d’initiatrice tout etait a faire, se faire accepter et considerer par les autorites (par exemple la securite sociale) et gerer un etablissement avec toutes les contraintes de rentabilite que cela incombe.

Mais comment rentrer dans les cases quand la cle principale du projet et d’en sortir… Conclusion Maud Mannoni portee par le fort courant antipsychiatrique des annees 60 s’est vue investie d’une mission : Contribuee au changement de la vision de la maladie mentale et initiee une nouvelle methode pour la prendre en charge. Cela fut materialise par la creation de l’ecole de Bonneuil-Sur-Marne diriges par des preceptes therapeutiques alternatifs.

Ces principes et preceptes furent diriges essentiellement par deux idees, une organisation contre toute forme d’institution en considerant la personne en souffrance et non le symptome a soigner et un refus total des hierarchies dans le soin ; ainsi qu’une organisation centree sur une desorganisation c’est-a-dire centree sur la rupture avec un style de vie pour aller dans le sens du paradigme presence-absence et sur un accompagnement particulier base sur le laisser faire. Cette forme d’institution, comme alternative a l’hopital psychiatrique fut une veritable revolution dans le milieu.

Les resultats etant concrets et bien superieur a l’asile ou l’on inhibait simplement le symptome, les lieux de vie et d’accueil prirent une place de plus importante. Allant du centre de vacance a l’ecole maternelle alternative, aujourd’hui ils fleurissent et sont reconnus a leur juste valeur. Bibliographie Livre : Maud Mannoni, Education impossible, Paris, Seuil, 1973 Sites : http://www. dunod. com/pres_detail/50770/50770_Chap. pdf http://fr. wikipedia. org/wiki/%C3%89cole_exp%C3%A9rimentale_de_Bonneuil-sur-Marne http://www. lien-social. com/spip. php? article1977&id_groupe=8 http://www. emiweb. com/psycho/des_vies/maud_mannoni. htm http://fr. ca. encarta. msn. com/encnet/refpages/RefArticle. aspx? refid=741535155 http://fr. wikipedia. org/wiki/Maud_Mannoni http://appy. ecole. free. fr/articles/19980318a. htm http://195. 220. 153. 189/Document. htm&numrec=031926002910880 http://freinet. org/ne/172/172-29. pdf http://www. humanite. fr/1994-02-08_Articles_-Maud-Mannoni-la-folie-n-a-plus-de-place-dans-les-couloirs http://pagesperso-orange. fr/maurice. villard/mannoni. htm http://www. bibliopoche. com/livre/Un-lieu-pour-vivre/571. html http://psychiatriinfirmiere. free. r/infirmiere/formation/psychiatrie/adulte/therapie/antipsychiatrie. htm http://www. blogg. org/blog-52241-billet-460545. html http://www. fnlv. org/ http://www. psychasoc. com/article. php? ID=208 http://fr. wikipedia. org/wiki/Lieux_de_Vie_et_d’Accueil Sommaire Introduction 1 I. Biographie 2 II. Presentation du livre 3 III. L’antipsychiatrie 4 1. Definition 4 2. Historique 5 ¦ LAING, COOPER et ESTERSON 5 ¦ BASAGLIA 5 ¦ MAUD MANNONI et l’Antipsychiatrie 8 IV. Les lieux de vie et d’accueil : institution eclatee 9 1. Contre l’institution (familiale, scolaire, hospitaliere) 9 ( 1. 1. Consideration de la personne en ouffrance et non d’un symptome a soigner et refus d’un « etiquetage » des personnes en souffrance 9 ( 1. 2. Refus des hierarchies dans le soin et des sujetions institutionnelles 10 2. Reorganisation a partir d’une desorganisation 11 ( 2. 1. Le paradigme presence-absence 11 ( 2. 2. Allers et retours entre l’institution et un autre lieu 12 ¦ Rupture avec un style de vie 13 ¦ Ici et ailleurs ou fou et “contraire aux usages“ 13 ¦ L’ailleurs ou la possibilite de s’affirmer comme sujet 14 ¦ Un exemple, Fernand Deligny et les Cevennes 14 ( 2. 3. Accompagnement et besoin de rupture 16 ¦ Multiplicite des points de vue 16 Tout est possible, rien n’est interdit 17 ¦ La rupture 17 ¦ Vomir l’institution 18 (2. 4. Activites 19 V. Le cas Pierre 20 1. Presentation 20 ( 1. 1. Sa situation familiale. 20 ( 1. 2. Evolution de Pierre a Bonneuil 21 ( 1. 3. Echapper a l’institution. 24 ( 1. 4. Le drame de Pierre 24 2. Liens avec les principes de Bonneuil 25 ( 2. 1. Contre toute forme d’institution 25 ( 2. 2. Le besoin de rupture 26 3. Pierre est-il un psychopathe ? 27 ( 3. 1. Description des actes de Pierre 27 ( 3. 2. Qu’est que la psychopathie ? 27 ( 3. 3. Les sources de la psychopathie : 28 VI. Une idee qui perdure 30 Conclusion 32 Bibliographie 33 ,n