Duras Tagungsband Vortrag04

Duras Tagungsband Vortrag04

Joanna Jakubowska-Cicho Le rôle diégétique du crime passionnel dans Moderato cantabile et Dix heures et demie du soir en été de Marguerite Duras. Comment raconter la passion sans recourir à des poncifs ? Par quels moyens rendre la complexité de cette partie de la vie humaine qui au fond reste inracontable? – on pourrait s’imaginer qu’avec des questions du même genre s’affrontent ou devra sujet « usé SI j’ose dire. Les oeuvre titre appeler écrivain de la passion est possible . r 17 ins parlant de ce u’on peut à juste testable que la chose que l’écrivain dispose des moyens qui lui permettent de résenter d’une manière originale sa ou ses propres visions de l’amour. D’une manière allusive et elliptique, sans événements dramatiques ni scènes larmoyantes ou indécentes, Marguerite Duras raconte ce qui est, comme elle l’avoue ? plusieurs reprises, indicible. Sous la sobriété trompeuse se cachent de véritables drames et aventures émotionnelles qui se révèlent au lecteur indirectement, par le truchement d’éléments apparemment insignifiants, voir redondants.

Dans la d’une maniere latente mais décisive la situation initiale des personnages. Les deux crimes, quoiqu’ayant un dénominatif commun asslonnel se déroulent dans des circonstances et pour des motifs différents. La manière que choisit le

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narrateur pour les présenter change d’un récit à l’autre et cela non sans raison parce que les techniques différentes de la représentation ne mettent pas l’accent sur les mêmes aspects de l’événement. Dans Moderato, le meurtre est commis par un jeune homme qui apparemment n’a pas de raisons pour tuer son amante.

C’est au cours du récit que nous apprenons le motif hypothétique de ce crime : le besoin de vivre un amour absolu qui ne peut s’accomplir que dans et par la mort. Le lecteur est invité à assister à l’événement avec le personnage principal Anne Desbaresdes (c’est son point de vue qu’adopte le narrateur) qui, après avoir quitté avec son fils l’appartement de Mlle Giraud, professeur de piano, observe un spectacle étrange pendant lequel un homme qui vient de tuer une femme s’allonge auprès d’elle tout en couvrant de baisers sa bouche saignante.

Cette présentation qui souligne surtout l’étrangeté du spectacle éveille chez le lecteur, ainsi que chez la protagoniste, le besoin de savoir pourquoi 73 l’homme a tué son amante et c’est autour de la quête des motifs u crime que se PAG » 7 connue dès le début : un homme, en découvrant sa jeune femme en flagrant délit avec un amant, n’hésite pas à les tuer de coups de revolver.

Comme le savoir du narrateur est restreint le plus souvent au savoir de la protagoniste (autrement dit, le narrateur adapte son point de vue, tout comme le narrateur de Moderato) et que le récit du crime est une analepse (ou une rétrospection), l’événement est rapporté au lecteur, ainsi qu’à la protagoniste principale, par le truchement des paroles d’un des personnages secondaires. C’est au cours d’une conversation vec un client d’un bar que Maria apprend ce qui s’est passé dans la ville.

Dans cette conversation Fimportance du personnage de l’assassin est mise en relief grâce à la réplique qui ouvre le récit : – Paestra, c’est le nom. Rodrigo Paestral. (649) Ansi le personnage de l’assassin apparait comme élément principal du meurtre. Bien que les circonstances des deux événements soient différentes, il y a un point commun qui les unit et qui finalement permet de les comparer : dans les deux récits les femmes protagonistes sont visiblement attirées par le crime, ce qui entraîne des changements importants dans leur vie ntérieure.

Cette conséquence, qu’est l’influence du meurtre surtout sur la vie psychique des personnages, peut sembler surprenante car le crime, peu importe qu’il soit passionnel ou non, est su clencher et souvent reprenant la terminologie de Roland Barthes, proposée dans son « Introduction à l’analyse structurale des récits »2, on pourrait dire que le crime possède intrinsèquement le pouvoir de fonctionner comme un noyau.

Barthes, j’en parle ? titre de rappel, découpe le discours narratif en deux grandes classes d’unités qu’il situe au niveau du contenu: distributionnelles, qui ont pour « corrélat des nités de même niveau » et qu’il appelle Fonctions et les unités intégratives appelées Indlces qui renvoient aux unités significatives d’un autre niveau du récit. Fonctions se divisent à leur tour en fonctions cardinales (ou noyaux) et catalyses qui accompagnent et complètent les fonctions cardinales.

Une fonction devient cardinale quand « l’action à laquelle elle se réfère ouvre une alternative Les conséquente pour la sulte de l’histoire, bref qu’elle inaugure ou conclut une incertitude »3. On pourrait dire également que le meurtre implique un riche choix de mondes possibles qui, d’après la définition d’Umberto Eco, sont des prévisions du lecteur qui « configure un cours d’événements possible ou un état de choses possible « 4. Sans aucun doute le crime passionnel peut facilement jouer le rôle d’une fonction cardinale tout en fournissant au lecteur une richesse de mondes possibles.

Il est un événement otentiellement important de conséquences telles PAGFd0F17 Moderato le meurtre n’a qu’une seule 74 Joanna Jakubowska-Cicho— e rôle diégétique du crime passionnel conséquence extérieure: il occasionne une rencontre. Anne Desbaresdes, fascinée par la scène qu’elle a observée, se décide à revenir au ieu du meurtre et c’est là qu’elle rencontre son interlocuteur – Chauvin. Bien que leurs rencontres remplissent la majorité de la diégèse, elles ne provoquent à leur tour aucun événement dramatique.

Les rencontres cessent sans qu’il y ait un changement important dans la situation extérieure de la protagoniste. Effectivement, un changement se produit lors de la réception quand Anne, complètement ivre, fait un scandale en transgressant les règles de son mllieu. Jean Pierrot a remarqué ? ce propos qu’ « à l’issue de ce dîner, et quoi qu’elle fasse désormais, elle est aintenant perdue de réputation aux yeux de la bonne société de la ville »5.

Pourtant le changement de la position d’Anne dans la société ne joue pas un rôle important dans la progression de l’intrigue et remplit plutôt la fonction d’indice qui informe le lecteur de l’hypocrisie et de l’attachement aux convenances de son entourage. Par contre, dans Dix heures et demie le crime déclenche un certain nombre plein de touristes qui ont dû interrompre leur voyage ? cause de Forage. Les patrouilles régulières sont aussi un indice de l’écoulement lent mais inévitable du temps qui renvoie à son tour à l’état ‘attente dans lequel se trouve Maria.

Consciente de ce qui se passe entre son mari et Claire, elle prévoit que c’est le jour suivant, dans un hôtel à Madrid, que leur amour s’accomplira. Ne pouvant s’endormir, elle compte sans cesse les heures qui passent, tout en observant les apparitions régulières des patrouilles de police. Le second événement qu’engendre la fuite de Rodrigo Paestra paraît plus important que la présence de la police. Maria devient, à dix heures et demie, témoin involontaire d’une situation intime entre son mari et Claire qui se rencontrent sur un balcon de Phôtel.

A même instant elle aperçoit la forme de Rodrigo Paestra allongé sur un toit de l’immeuble d’en face. Quelques heures plus tard, ne pouvant pas s’endormir à cause de sa double découverte, elle sort de nouveau sur le balcon et, ne sachant que faire du temps qui lui reste jusqu’? l’aube, elle se décide à entrer en contact avec l’assassin. Ce contact ayant été noué, elle s’engage dans une aventure hasardeuse : elle veut sauver Rodrigo en l’emmenant hors de la ville dans sa voiture.

Cest un moment qui offre au lecteur un riche choix des mondes possibles, d’où vient la tension produite par ette séquence. Première sque d’être attrapée par la présence de la police devient fonction car elle ouvre une incertitude quant au déroulement futur de l’événement). Deuxièmement, un têteà-tête nocturne avec un inconnu peut la mener à commettre, à son tour, un adultère qui serait une sorte de revanche sur son mari. La troisième possibilité réside en ce que l’action de sauvetage peut entraver le cours prévu des vacances ce qui contrariera par la suite l’amour de Pierre et Claire.

Finalement, aucune de ces possibilités ne s’accomplit car la séquence entamée par le meurtre 75 assionnel se clôt sur la mort de l’assassin lui-même : les protagonistes, en arrivant le matin dans les champs de blé où Maria avait laissé Rodrigo, découvrent qu’il s’est suicidé. Cette mort n’est pas d’ailleurs tellement surprenante pour un lecteur averti qui peut la pressentir grâce ? la façon dont Rodrigo Paestra est évoqué dans le discours du narrateur : il est souvent réduit ? la « forme noyée » (664) ou « morte » (666), il est aussi couvert d’ « un linceul du criminel » et flgé dans « la pose mortuaire » (672).

Si l’on voulait créer le schéma diégétique des deux histoires, c’est- ?-dire ordonner et résumer chronologiquement les composants de la diégèse où s’opèrent des changemen dans la situation des événement décisif de la diégèse. Tout de même la lecture attentive de deux récits de Marguerite Duras actualise un problème que Markiewicz, en parlant des schémas narratifs, formule de la manière suivante : le schéma narratif est-il constitué seulement d’actions et d’événements « de caractère physique » ou peut-on y introduire aussi des activités psychiques et des processus lents de toute sorte ?

Je m’inclinerai plutôt vers la deuxième possibilité qui inclut rocessus psychiques dans le schéma narratlf : si le changement est un élément fondamental de l’intrigue, il ne me semble pas légitime de favoriser les changements extérieurs au détriment des changements intérieurs qui peuvent, eux aussi, créer la tension et assurer la progression romanesque. Même s’ils sont obscurs, cela ne signifie nullement qu’ils sont moins importants: l’intrigue qui se fonde sur les changements intérieurs exige seulement une lecture plus attentive.

En analysant les éléments de base d’une séquence « narrativement importante Umberto Eco semble partager ce point de vue. II en enumere uatre, à savoir « un agent, un état initial, une série de changements orientés dans le temps et produits par des causes et un résultat final « 7, sans spécifier de quel type de changements il parle. Les considérations théoriques ne sont pourtant valables que lorsqu’une oeuvre littéraire peut les confirmer et les récits PAGF ci-dessus : c’est surtout la vie psychique des personnages et les changements qui s’y opèrent qui constituent le fondement de l’intrigue.

Si j’en parle à présent, c’est parce que c’est le meurtre passionnel qui joue le rôle du ressort de l’intrigue, quoique dans Dix heures et demie il partage e rôle avec le matif d’adultère. Les deux femmes se sentent attirées par le crime et elles s’identifient avec les acteurs de ces crimes. Certes, cette identification avec les personnes concrètes ne se produit pas indépendamment du contexte situatlonnel qu comprend tout un réseau de relations interpersonnelles, rêvées par Anne et réellement vécues par Maria.

La protagoniste de Moderato, fascinée par le meurtre dont elle ignore la cause, revient au café où elle trouve un interlocuteur qui l’incitera à en parler. En inventant et en verbalisant l’histoire des amants, elle se end compte de son fantasme érotique, à savoir le besoin de l’anéantissement dans l’amour lié 76 Joanna Jakubowska-Cicho — Le rôle diégétique du crime au besoin de la soumission qui caractérise les rapports sado- masochistes8. Cest cette relation particulière qu’elle essayera de reproduire par la suite.

L’impact du crime passionnel sur la vie d’Anne n’est possible que par le truchement de les paroles elle prend connaissance de son fantasme, et deuxièmement, c’est par le langage que ses déslrs désormais plus ou moins conscients peuvent s’exprimer. Cette possibilité ‘exprimer indirectement sa propre sexualité et partant la possibilité de créer une relation passionnelle avec un interlocuteur qui adopte les règles du jeu » permettent à Anne de vivre son fantasme.

Métaphoriquement parlant, l’impact qu’a le crime passionnel sur la vie d’Anne ressemble au vol d’une balle qui rebondit d’un but qu’elle vient d’atteindre : ainsi le meurtre provoque un changement profond dans la conscience d’Anne ce qui par la suite s’extériorise ? travers le langage et aboutit à un autre changement : l’expérience virtuelle d’une passion absolue. II est même possible que grâce à cette xpérience Anne arrive aussl à corriger la réalité insatisfaisante, à savoir la banalité de la quotidienne, les règles et le factice asphyxiants de son milieu bourgeois et surtout l’insatisfaction sexuelle.

C’est le dernier échange des protagonistes . – Je voudrais que vous soyez morte. – Cest fait9. qui légitime cette interprétation (une parmi plusieurs possibles) car Anne semble admettre à la fin que la passion rêvée s’est accomplie symboliquement jusqu’au bout, ce qui lui a permis d’exorciser, pour ainsi dire, ses hantises. Dans Dix heures et demie la situation initiale de la protagoniste est un peu 17