Dissertations – Baccalaureats general et technologique

Dissertations – Baccalaureats general et technologique

Baccalaureats general et technologique

Epreuve anticipee de francais DESCRIPTIF DES LECTURES ET AC TIVITES Fiche recapitulative, par division de classe Etablissement : Lycee M. Berthelot, 86100 Chatellerault Division de classe : 1ere Serie : S Effectif de la classe : 34 Sequence N° 1 Intitule : De l’Humanisme aux Lumieres, une nouvelle vision de l’homme et du monde. Objet(s) d’etude, perspectives et orientations principales (problematique retenue)

L’argumentation : convaincre, persuader, deliberer Les mouvements litteraires et culturels : l’Humanisme, les Lumieres Comment passe-t-on de la foi en l’homme des Humanistes aux doutes des Lumieres ? Memnon ou la sagesse humaine, Voltaire Titre, auteur Extraits Paragraphes 1 a 4 Paragraphes 5 a 9 Paragraphes 10 a 12 Memnon, un conte philosophique L’ironie voltairienne La critique de la philosophie Gargantua, Rabelais, ch. 21 (de « Gargantua se reveillait » a « former les anciennes lettres romaines. ») Les Essais, Montaigne, Livre II, ch. , « Sur la conscience » (de « C’est une dangereuse invention » a « Condamnation qui sert d’instruction au proces ! ») Lettres persanes, Montesquieu, Lettre XII, texte integral. Le Mariage de Figaro, Beaumarchais, acte V, scene 3, texte integral. La Nef des fous, Jerome Bosch Eloge de la folie, Erasme, ch.

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45-46 Au choix, groupement de textes sur l’utopie, extraits de : Utopia, Thomas More ; Gargantua, Rabelais ; Supplement au voyage de Bougainville, Diderot ; W ou le souvenir d’enfance, Perec. ou une ? vre integrale parmi : L’Ile des esclaves, Marivaux ; Candide, Voltaire ; 1984, Orwell ; W ou le souvenir d’enfance, Perec. Ecriture d’invention a partir du texte de Montaigne (lettre ouverte contre la torture) Commentaire de la lettre XII des Lettres persanes Ecriture d’invention a partir d’une des lectures cursives ?uvre integrale Lectures analytiques Etudes d’ensemble et/ou Groupement de textes Titres, auteurs, extraits Lecture(s) cursive(s) et documents complementaires (en particulier iconographiques) Activites proposees a la classe par le professeur Signature de l’enseignant : Signature du chef d’etablissement :

Voltaire, Memnon ou la sagesse humaine, 1748 Memnon concut un jour le projet insense d’etre parfaitement sage. Il n’y a guere d’hommes a qui cette folie n’ait quelquefois passe par la tete. Memnon se dit a lui-meme : Pour etre tres sage, et par consequent tres heureux, il n’y a qu’a etre sans passions ; et rien n’est plus aise, comme on sait. Premierement je n’aimerai jamais de femme ; car, en voyant une beaute parfaite, je me dirai a moi-meme : Ces joues-la se rideront un jour ; ces beaux yeux seront bordes de rouge ; cette gorge ronde deviendra plate et pendante ; cette belle tete deviendra chauve.

Or je n’ai qu’a la voir a present des memes yeux dont je la verrai alors, et assurement cette tete ne fera pas tourner la mienne. En second lieu je serai toujours sobre ; j’aurai beau etre tente par la bonne chere, par des vins delicieux, par la seduction de la societe ; je n’aurai qu’a me representer les suites des exces, une tete pesante, un estomac embarrasse, la perte de la raison, de la sante, et du temps, je ne mangerai alors que pour le besoin ; ma sante sera toujours egale, mes idees toujours pures et lumineuses. Tout cela est si facile, qu’il n’y a aucun merite a y parvenir.

Ensuite, disait Memnon, il faut penser un peu a ma fortune ; mes desirs sont moderes ; mon bien est solidement place sur le receveur-general des finances de Ninive ; j’ai de quoi vivre dans l’independance : c’est la le plus grand des biens. Je ne serai jamais dans la cruelle necessite de faire ma cour : je n’envierai personne, et personne ne m’enviera. Voila qui est encore tres aise. J’ai des amis, continuaitil, je les conserverai, puisqu’ils n’auront rien a me disputer. Je n’aurai jamais d’humeur avec eux, ni eux avec moi ; cela est sans difficulte.

Ayant fait ainsi son petit plan de sagesse dans sa chambre, Memnon mit la tete a la fenetre. Il vit deux femmes qui se promenaient sous des platanes aupres de sa maison. L’une etait vieille, et paraissait ne songer a rien ; l’autre etait jeune, jolie, et semblait fort occupee. Elle soupirait, elle pleurait, et n’en avait que plus de graces. Notre sage fut touche, non pas de la beaute de la dame (il etait bien sur de ne pas sentir une telle faiblesse), mais de l’affliction ou il la voyait. Il descendit, il aborda la jeune Ninivienne dans le dessein de la consoler avec sagesse.

Cette belle personne lui conta, de l’air le plus naif et le plus touchant, tout le mal que lui faisait un oncle qu’elle n’avait point ; avec quels artifices il lui avait enleve un bien qu’elle n’avait jamais possede, et tout ce qu’elle avait a craindre de sa violence. Vous me paraissez un homme de si bon conseil, lui dit-elle, que si vous aviez la condescendance de venir jusque chez moi, et d’examiner mes affaires, je suis sure que vous me tireriez du cruel embarras ou je suis. Memnon n’hesita pas a la suivre, pour examiner sagement ses affaires, et pour lui donner un bon conseil.

La dame affligee le mena dans une chambre parfumee, et le fit asseoir avec elle poliment sur un large sofa, ou ils se tenaient tous deux les jambes croisees vis-a-vis l’un de l’autre. La dame parla en baissant les yeux, dont il echappait quelquefois des larmes, et qui en se relevant rencontraient toujours les regards du sage Memnon. Ses discours etaient pleins d’un attendrissement qui redoublait toutes les fois qu’ils se regardaient. Memnon prenait ses affaires extremement a coeur, et se sentait de moment en moment la plus grande envie d’obliger une personne si honnete et si malheureuse.

Ils cesserent insensiblement, dans la chaleur de la conversation, d’etre vis-a-vis l’un de l’autre. Leurs jambes ne furent plus croisees. Memnon la conseilla de si pres, et lui donna des avis si tendres, qu’ils ne pouvaient ni l’un ni l’autre parler d’affaires, et qu’ils ne savaient plus ou ils en etaient. Comme ils en etaient la, arrive l’oncle, ainsi qu’on peut bien le penser : il etait arme de la tete aux pieds ; et la premiere chose qu’il dit fut qu’il allait tuer, comme de raison, le sage Memnon et sa niece ; la derniere qui lui echappa fut qu’il pouvait pardonner pour beaucoup d’argent.

Memnon fut oblige de donner tout ce qu’il avait. On etait heureux dans ce temps-la d’en etre quitte a si bon marche ; l’Amerique n’etait pas encore decouverte, et les dames affligees n’etaient pas a beaucoup pres si dangereuses qu’elles le sont aujourd’hui. Memnon, honteux et desespere, rentra chez lui : il y trouva un billet qui l’invitait a diner avec quelques uns de ses intimes amis. Si je reste seul chez moi, dit-il, j’aurai l’esprit occupe de ma triste aventure, je ne mangerai point ; je tomberai malade ; il vaut mieux aller faire avec mes amis intimes un repas frugal.

J’oublierai, dans la douceur de leur societe, la sottise que j’ai faite ce matin. Il va au rendez-vous ; on le trouve un peu chagrin. On le fait boire pour dissiper sa tristesse. Un peu de vin pris moderement est un remede pour l’ame et pour le corps. C’est ainsi que pense le sage Memnon ; et il s’enivre. On lui propose de jouer apres le repas. Un jeu regle avec des amis est un passe-temps honnete. Il joue ; on lui gagne tout ce qu’il a dans sa bourse, et quatre fois autant sur sa parole. Une dispute s’eleve sur le jeu, on s’echauffe : l’un de ses amis intimes lui jette a la tete un cornet, et lui creve un oeil.

On rapporte chez lui le sage Memnon ivre, sans argent, et ayant un oeil de moins. Il cuve un peu son vin ; et des qu’il a la tete plus libre, il envoie son valet chercher de l’argent chez le receveur-general des finances de Ninive pour payer ses intimes amis : on lui dit que son debiteur a fait le matin une banqueroute frauduleuse qui met en alarme cent familles. Memnon, outre va a la cour avec un emplatre sur l’oeil et un placet a la main pour demander justice au roi contre le banqueroutier.

Il rencontre dans un salon plusieurs dames qui portaient toutes d’un air aise des cerceaux de vingtquatre pieds de circonference. L’une d’elles, qui le connaissait un peu, dit en le regardant de cote : Ah, l’horreur ! Une autre, qui le connaissait davantage, lui dit : Bonsoir, monsieur Memnon ; mais vraiment, monsieur Memnon, je suis fort aise de vous voir ; a propos, monsieur Memnon, pourquoi avezvous perdu un oeil ? Et elle passa sans attendre sa reponse. Memnon se cacha dans un coin, et attendit le moment ou il put se jeter aux pieds du monarque.

Ce moment arriva. Il baisa trois fois la terre, et presenta son placet. Sa gracieuse majeste le recut tres favorablement, et donna le memoire a un de ses satrapes pour lui en rendre compte. Le satrape tire Memnon a part, et lui dit d’un air de hauteur, en ricanant amerement : Je vous trouve un plaisant borgne, de vous adresser au roi plutot qu’a moi, et encore plus plaisant d’oser demander justice contre un honnete banqueroutier que j’honore de ma protection, et qui est le neveu d’une femme de chambre de ma maitresse.

Abandonnez cette affaire-la, mon ami, si vous voulez conserver l’oeil qui vous reste. Memnon, ayant ainsi renonce le matin aux femmes, aux exces de table, au jeu, a toute querelle, et surtout a la cour, avait ete avant la nuit trompe et vole par une belle dame, s’etait enivre, avait joue, avait eu une querelle, s’etait fait crever un oeil, et avait ete a la cour, ou l’on s’etait moque de lui. Petrifie d’etonnement et navre de douleur, il s’en retourne la mort dans le coeur. Il veut rentrer chez lui ; il y trouve des huissiers qui demeublaient sa maison de la part de ses creanciers.

Il reste presque evanoui sous un platane ; il y rencontre la belle dame du matin, qui se promenait avec son cher oncle, et qui eclata de rire en voyant Memnon avec son emplatre. La nuit vint ; Memnon se coucha sur de la paille aupres des murs de sa maison. La fievre le saisit ; il s’endormit dans l’acces, et un esprit celeste lui apparut en songe. Il etait tout resplendissant de lumiere. Il avait six belles ailes, mais ni pieds, ni tete, ni queue, et ne ressemblait a rien. Qui es-tu ? lui dit Memnon. Ton bon genie, lui repondit l’autre. Rends-moi donc mon oeil, ma sante, ma maison, mon bien, ma sagesse, lui dit Memnon.

Ensuite il lui conta comment il avait perdu tout cela en un jour. Voila des aventures qui ne nous arrivent jamais dans le monde que nous habitons, dit l’esprit. Et quel monde habitez-vous ? dit l’homme afflige. Ma patrie, repondit-il, est a cinq cents millions de lieues du soleil, dans une petite etoile aupres de Sirius, que tu vois d’ici. Le beau pays ! dit Memnon : quoi ! vous n’avez point chez vous de coquines qui trompent un pauvre homme, point d’amis intimes qui lui gagnent son argent et qui lui crevent un oeil, point de banqueroutiers, point de satrapes qui se moquent de vous en vous refusant justice ?

Non, dit l’habitant de l’etoile, rien de tout cela. Nous ne sommes jamais trompes par les femmes, parce que nous n’en avons point ; nous ne faisons point d’exces de table, parce que nous ne mangeons point ; nous n’avons point de banqueroutiers, parce qu’il n’y a chez nous ni or ni argent ; on ne peut nous crever les yeux, parce que nous n’avons point de corps a la facon des votres ; et les satrapes ne nous font jamais d’injustice, parce que dans notre petite etoile tout le monde est egal. Memnon lui dit alors : Monseigneur, sans femme et sans diner, a quoi passez-vous votre temps ?

A veiller, dit le genie, sur les autres globes qui nous sont confies : et je viens pour te consoler. Helas ! reprit Memnon, que ne veniez-vous la nuit passee pour m’empecher de faire tant de folies ? J’etais aupres d’Assan, ton frere aine, dit l’etre celeste. Il est plus a plaindre que toi. Sa gracieuse majeste le roi des Indes, a la cour duquel il a l’honneur d’etre, lui a fait crever les deux yeux pour une petite indiscretion, et il est actuellement dans un cachot, les fers aux pieds et aux mains.

C’est bien la peine, dit Memnon, d’avoir un bon genie dans une famille, pour que de deux freres, l’un soit borgne, l’autre aveugle, l’un couche sur la paille, l’autre en prison. Ton sort changera, reprit l’animal de l’etoile. Il est vrai que tu seras toujours borgne ; mais, a cela pres, tu seras assez heureux, pourvu que tu ne fasses jamais le sot projet d’etre parfaitement sage. C’est donc une chose a laquelle il est impossible de parvenir ? s’ecria Memnon en soupirant. Aussi impossible, lui repliqua l’autre, que d’etre parfaitement habile, parfaitement fort, parfaitement puissant, parfaitement heureux.

Nous-memes, nous en sommes bien loin. Il y a un globe ou tout cela se trouve ; mais dans les cent mille millions de mondes qui sont disperses dans l’etendue tout se suit par degres. On a moins de sagesse et de plaisir dans le second que dans le premier, moins dans le troisieme que dans le second, ainsi du reste jusqu’au dernier, ou tout le monde est completement fou. J’ai bien peur, dit Memnon, que notre petit globe terraque ne soit precisement les Petites-Maisons de l’univers dont vous me faites l’honneur de me parler.

Pas tout-a-fait, dit l’esprit ; mais il en approche : il faut que tout soit en sa place. Eh mais ! dit Memnon, certains poetes, certains philosophes, ont donc grand tort de dire que tout est bien ? Ils ont grande raison, dit le philosophe de la-haut, en considerant l’arrangement de l’univers entier. Ah ! je ne croirai cela, repliqua le pauvre Memnon, que quand je ne serai plus borgne. L’ARGUMENTATION : CONVAINCRE, PERSUADER , DELIBERER. De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du monde. ?uvre integrale : Memnon ou la sagesse humaine, Voltaire.

Memnon, commentaire de la premiere partie §1a4 I) Un ideal de sagesse ? 1) Un ideal absolu et determine Les hyperboles : parfaitement, tres, rien n’est plus aise, sans (reseau d’oppositions), jamais, assurement, toujours, tout, si facile qu’il n’y a aucun merite, solidement, personne, rien, le plus grand. Ces hyperboles soulignent le caractere absolu du projet de Memnon et en font un ideal de sagesse. Le futur : aimerai, dirai, se rideront : valeur prophetique En utilisant ce futur, Memnon croit etre maitre de son avenir, et pretend bouleverser sa vie entiere. ) Un ideal simplificateur Or trois aspect de la vie sont (seulement) evoques : les femmes, l’ivresse (ou la satiete), et l’argent. Cet ideal semble alors reducteur. Un ideal est en general associe a un epanouissement (cf. grecs : le ciel des idees). Toujours en reference aux grecs, on parlerait plus volontiers d’ideal ataraxique. C’est par la reduction et la soustraction que l’on atteint la sagesse. Ici, Memnon soustrait, se soustrait, se prive et tente de limiter les risques d’une exposition perilleuse au monde. Ses desirs seront moderes, alors que les desirs sont a lier aux passions, mouvements extremes et incontrolables.

Sa sante sera toujours egale, alors que la vie est par definition circulation, fluctuation. Que pour le besoin : Memnon veut evacuer le plaisir. A un ideal hyperbolique et tourne vers le futur, repondent des mesures exagerement restrictives. 3) Un ideal critique Premiere phrase : « projet insense d’etre parfaitement sage », marquee par l’ironie, et presentee comme un paradoxe. Marques de l’ironie : et rien n’est plus aise, comme on sait, proposition rejetee derriere un point-virgule ; rien n’est plus aise, meme configuration. Opposition du projet hyperbolique au petit plan de sagesse.

Memnon veut soumettre des realites concretes a une theorie abstraite. II) De la theorie a la pratique. 1) Du projet a la realisation. Ayant fait : forme accomplie, qui marque un changement dans la narration ; le narrateur reprend la parole apres l’avoir deleguee a Memnon (les trois premiers § etaient domines par le discours direct). Reprise de la narration : deuxieme verbe du texte (en plus de trois §) au passe simple : deuxieme action. Opposition chambre / fenetre : opposition individu / monde, intimite / realite. L’ARGUMENTATION : CONVAINCRE, PERSUADER , DELIBERER.

De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du monde. ?uvre integrale : Memnon ou la sagesse humaine, Voltaire. C’est sa tete que Memnon met a la fenetre, i. e. le lieu precis ou s’est etabli son projet. Voltaire, a travers cette reprise de la narration, nous amene a reconsiderer les etapes qui apparentaient son texte a un conte : l’episode de la fenetre correspond a la premiere peripetie, et la premiere phrase, marquee par un passe simple, etait en realite l’element perturbateur : pas de situation initiale, recit dynamise. ) Realite et sensibilite Champ lexical des affections : occupee, soupirait, graces, touche, sentir, affliction, consoler, naif, touchant, craindre. A l’abondance d’adverbes hyperboliques repond ici l’abondance d’un champ lexical des affections, des sentiments : l’hyperbole ne porte plus sur le projet abstrait mais sur la realite. Recours au jugement : au milieu de toutes ces emotions, Memnon ne parvient pas a conserver une faculte de jugement neutre : il pense que l’humanite est sage tandis que la jeune femme ne fait que le flatter en lui concedant une apparence sage (Vous me paraissez).

Memnon ne s’apercoit meme pas de la supercherie, marquee ici par les negations ironiques (un bien qu’elle n’avait jamais possede, un oncle qu’elle n’avait point). 3) Les premices d’un echec Marques d’ironie multipliees, qui correspondent a la prise en charge du recit par le narrateur petit plan, belle personne, naif, touchant polyptote sage, sagesse, sagement notre sage : connivence avec le lecteur. L’ARGUMENTATION : CONVAINCRE, PERSUADER , DELIBERER. De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du monde. ?uvre integrale : Memnon ou la sagesse humaine, Voltaire.

Memnon, commentaire de la deuxieme partie §5a9 I) Un recit plaisant en forme d’apologue 1) Le traitement des personnages stereotypes les personnages n’ont pas de nom, sauf Memnon (attention focalisee sur lui) deux femmes : une vieille / une jeune, l’oncle, les intimes amis, la valet, le receveur general des finances de Ninive, le roi (gracieuse Majeste), les dames, le satrape, les huissiers. Les personnages sont reduits a des fonctions (sociales et politiques) : possibilite d’elargissement du cadre fictif du conte a la situation contemporaine. ) Unites de temps et de lieu alors que le debut du conte est imprecis (un jour), on apprend ici que les peripeties de Memnon se deroulent sur une seule journee. Ayant ainsi renonce le matin Cf. unite de temps des textes (theatre) classique : moins de vingt-quatre heures. Lieu : tout se deroule a Ninive, dans la ville Progression : chambre, rue, appartement, taverne, cour. Decor oriental : a la mode au XVIIIe siecle (cf. Bourgeois gentilhomme, XVIIe, Lettres persanes). Mais comme pour la situation temporelle, on ne rencontre aucune indication precise : construction d’un espace propre a a fiction Decor a la mode afin de persuader le lecteur. 3) Rapidite des echecs de Memnon variete des situations (au regard de l’unite temporelle resserree) aux trois § ou Memnon etablit son projet repondent les trois § des echecs. Passage au passe simple au troisieme § accelere le recit et emporte le lecteur. Phrases courtes Syntaxe : juxtaposition domine (parataxe), et a travers elle les actions. Au lecteur, implicitement, de retablir les liens de causalite qui marquent le recit. Accumulation : effet comique, car les echecs ont un caractere systematique, mecanique (cf.

Bergson). II) La fable au service d’une pensee critique 1) L’ironie on rit, mais aux depens de Memnon contre qui le sort s’acharne, alors qu’on devrait le plaindre marques de l’ironie : sage Memnon, abondance de qualificatifs et d’adverbes dans le § 5 (hyperboles et insistance sur les sens). Connivence L’ARGUMENTATION : CONVAINCRE, PERSUADER , DELIBERER. De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du monde. ?uvre integrale : Memnon ou la sagesse humaine, Voltaire. Commentaire du narrateur sur son propre recit.

Intimes amis Repas frugal (oppose a l’exces d’alcool et l’absence de nourriture) Contraste entre un narrateur omniscient et un heros naif. 2) Memnon objet importance des actions Memnon : seul personnage ayant un nom Memnon : element perturbateur Pourtant, ici, devient objet : Memnon fut oblige, tournure passive, on le trouve, on le fait boire, on lui propose, on lui gagne, on lui jette, on lui creve : Memnon apparait comme le complement d’objet. § 8 : Memnon est prive de parole ; il se baisse (posture d’inferiorite). Cf. llusion plus loin aux planetes : Memnon ne peut pas vivre selon sa propre loi alors qu’il est en societe : mouvement d’attraction, le personnage est entraine par les autres individus. 3) Les enseignements du conte cette deuxieme partie du texte, avant l’intervention de l’esprit celeste, contient deja un enseignement l’apologue fait ici reference a l’exemplum (preuve par l’exemple) situation exemplaire : cadre spatio-temporel indetermine, unite de temps, actions rythmees, qui demontrent la premiere phrase du recit : le projet est insense.

Le motif qui traverse tout le passage est l’argent : societe humaine est corrompue, la vertu n’est pas suffisante. Cf. lexique des sens : c’est par l’experience que l’on apprend. En nous cet exemple de l’experience de Memnon, Voltaire cherche a convaincre son lecteur de ne jamais agir ainsi. L’ARGUMENTATION : CONVAINCRE, PERSUADER , DELIBERER. De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du monde. ?uvre integrale : Memnon ou la sagesse humaine, Voltaire. Memnon, explication de texte de la derniere partie. 10 a 12 Trois paragraphes en forme d’epilogue : en quoi cette derniere partie s’integre-t-elle au conte et ajoute-t-elle a la pertinence du propos ? §1 : Memnon voit ressurgir les responsables de ses echecs. Huissiers (cf. creanciers), « belle dame du matin » On est ici a la fin de la journee (unite de temps) La dame est toujours belle, mais son comportement a change : elle ne pleure ni ne soupire plus, mais rit et se moque. Memnon aurait du imaginer, derriere les pleurs, la mechancete et l’avidite de la jeune femme (cf. remiere resolution du projet : imaginer la vieillesse tapie sous les attraits de la jeunesse). « Memnon se coucha sur la paille » : cf. Job L’esprit celeste intervient a la faveur d’un acces de fievre : image negative (liee a la maladie). §2 : Description de l’esprit celeste. cf. apparition de l’ange a Job, ainsi qu’a Ezechiel. « ne ressemblait a rien » : description par defaut (narrateur enumere ce que l’esprit n’a pas), parodie de la Bible. Nouveau resume des echecs de Memnon (mais cette fois-ci par Memnon lui-meme : l’exemplum aura eu un effet sur lui).

Recit qui permet a l’esprit de decrire son monde : sans rien, apparait desert et morne. §3 : Dialogue avec l’esprit celeste. Le monde d’ou vient l’esprit est si morne que ses habitants ont besoin des « autres globes ». Un monde ou serait realisee l’utopie de la sagesse deviendrait par consequent inutile, perdrait tout mouvement, ne pourrait plus accueillir la vie. Evocation du frere de Memnon Cf. adage selon lequel on trouve toujours plus malheureux que soi : pensee qui fait l’apologie du « moindre mal ». Cf. Leibniz : theorie selon laquelle tout mal s’opere au profit d’un plus grand bien.

Pluralite des mondes : theorie selon laquelle notre monde existe en une infinite de variations paralleles et differentes, c’est-a-dire qui ne presentent pas les memes evenements historiques, et selon laquelle notre monde est le « plus parfait » (cf. crucifixion qui, dans notre monde, a permis le rachat des fautes des hommes et la mise en place de l’institution ecclesiastique). Cf. « tout est bien ». « Petites-Maisons » : folie cf. projet « insense » et « sot » de Memnon, qui confine donc a l’idiotie. Aussi, le but consistant a devenir « parfaitement sage » correspond a une demarche ataraxique, i. e. aspirant a l’autonomie.

Or, ces deux mots, idiotie et autonomie, designent etymologiquement des realites tres proches : il s’agit de suivre sa propre loi, ce qui, comme le montre Voltaire dans ce conte, entraine la perte. L’ARGUMENTATION : CONVAINCRE, PERSUADER , DELIBERER. De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du monde. ?uvre integrale : Memnon ou la sagesse humaine, Voltaire. Il faut de la mesure et du discernement, qui ne peuvent s’acquerir qu’au prix de l’experience. « Je n’y croirai […] plus borgne. » : il est impossible, lorsque l’on fait partie du monde (comme Memnon), d’accrediter de telles theses (comme celle de l’esprit celeste).

Cet epilogue ajoute a la pertinence du propos en offrant un discours critique sur le projet et l’echec de Memnon, et en transformant un conte en conte philosophique. L’argumentation : convaincre, persuader, deLiberer. De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du monde. Texte 2 : Rabelais, Gargantua. Francois Rabelais, Gargantua, ch. 21, 1534, trad. francais moderne de Marie-Madeleine Fragonard, Pocket, 1992. Questions : 1) Representez sous forme de planning l’emploi du temps de Gargantua. 2) Relevez les trois champs lexicaux dominants : activites physiques, spirituelles et intellectuelles.

Commentez leur repartition dans la journee. 3) Sur quelle conception de l’homme repose un tel programme? L’ARGUMENTATION : CONVAINCRE, PERSUADER , DELIBERER. De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du monde. Rabelais, Gargantua I) Une tete bien faite dans une tete bien pleine 1) Diversite des matieres enseignees. Liste de matieres : retour aux Grecs (cf. pendant le repas). Trivium et quadrivium : division des disciplines et repartition des activites dans la journee selon cette distinction antique. 2) L’organisation des enseignements Une lecon le matin, sur laquelle on revient pendant le repas.

Lecon repetee l’apres-midi et le lendemain matin. Consolidation des apprentissages, temps accorde a la comprehension. Enseignement raisonne (se distingue des enseignements des maitres de Sorbonne). 3) L’amplification epique Une tete bien pleine : Le programme de la journee est malgre tout tres dense. La journee semble ne pas avoir assez d’heures pour contenir tous ces enseignements (pourtant, Gargantua se leve a quatre heures du matin). Gargantua : geant Amplification et accumulation provoquent le rire et denoncent l’ignorance contemporaine des richesses du monde environnant.

Mais cette amplification est au service d’un ideal. II) Nouvelle vision de l’homme, nouvelle vision de l’education 1) La lecture critique de la Bible Le matin est consacre a la « lecture », une lecture qui montre la « majeste » ou le « jugement merveilleux » de dieu. La lecture, c’est-a-dire l’interpretation, a par consequent une place importante dans la comprehension des textes. En cela, Rabelais fait reference aux Evangelistes. 2) Une education ludique fondee sur l’echange L’education religieuse passe aussi par le chant (« cantiques ») Elle s’articule autour de la discussion et laisse une part importante au dialogue (cf. endant le repas, par exemple). 3) La place du corps Ces enseignements n’oublient pas la nature humaine : Importance des etapes de la vie quotidienne (toilette, repas, etapes de la digestion : l’esprit doit habiter un corps epanoui) Importance de l’observation de la nature. L’education, ainsi, fait partie de la vie, elle ne doit pas etre ascetique. L’exageration et le burlesque viennent souligner cette importance, et se font des outils de persuasion. L’ARGUMENTATION : CONVAINCRE, PERSUADER , DELIBERER. De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du onde. Texte 3 : Montaigne, Essais. Plan de commentaire : I) L’INCERTITUDE DE LA TORTURE 1) L’argumentation de Montaigne Il s’agit d’une argumentation canonique et rigoureuse : la these est enoncee au moyen d’une assertion, puis Montaigne definit la torture a travers divers procedes, dont la reprise litterale de la these adverse afin d’en montrer l’absurdite. Apres avoir convoque un argument d’autorite (la citation latine), Montaigne nous propose une serie d’exemples, allant de l’Antiquite (Alexandre et Philotas) a l’epoque contemporaine (la mere et le soldat).

On remarque dans cet extrait une presence abondante de la premiere personne du singulier. Le locuteur s’implique dans son discours, et investit par consequent de maniere exemplaire le genre argumentatif. 2) La preuve par la confrontation Montaigne definit la torture a travers un questionnement et des comparaisons. Le texte le prouve, car il est riche de procedes de balancement (on relevera des parallelismes, un chiasme), ainsi que de questions rhetoriques.

En d’autres termes, Montaigne suscite la deliberation et se presente comme un juge raisonne : il met en balance les differentes conceptions de la torture, ainsi que leurs effets. L’auteur suscite egalement l’interrogation de son lecteur, a travers les nombreuses questions rhetoriques. Ainsi, a l’image d’un texte qui ne cesse de confronter et d’interroger, la torture apparait bien comme un moyen « plein d’incertitudes ». II) L’INJUSTICE DE LA JUSTICE 1) Le paradoxe de la justice La torture altere le bon fonctionnement de la justice.

Elle vient litteralement, pourrait-on dire, la « court-circuiter », comme le montre la derniere phrase du texte : l’instruction du proces consiste en l’execution du suspect. La torture altere la justice, elle la deforme : aussi pouvons-nous relever, dans cette seconde partie de l’extrait des Essais, des procedes de deformation syntaxique qui bouleversent l’ordre canonique de la phrase, et qui soulignent la these de Montaigne. Exemples : le paradoxe final, qui repose sur une absence d’articles (« Condamnation qui sert d’instruction au proces »). ’insistance, qui repose sur la repetition du mot « supplice » l’hyperbate ( = mise en relief expressive d’un groupe syntaxique rejete par coordination hors de la structure syntaxique dont il depend) : « et meme l’execute » la proposition incise : « grand justicier » la dislocation ( = mise en relief, le plus souvent en debut d’une phrase, du sujet ou du complement d’objet) : « De preuve, il n’y en avait point » (ici, la dislocation s’applique au complement d’objet, qui est donc deux fois present dans la phrase : « de preuve » et « en »).

Ainsi, le corps du texte est a l’image de celui de la justice qui use et abuse et la torture : il est deforme. Enfin la confrontation de deux realites, l’une concrete (ouvrir le ventre), l’autre abstraite (s’informer de la verite) reliees par un lien de causalite (pour), exalte le paradoxe denonce par Montaigne. 2) Un texte polemique Comme on l’a vu en I)1), les marques d’implication du locuteur sont tres abondantes dans cet extrait.

Elles servent d’appui a un ton emphatique et au registre polemique, que l’on peut identifier par ailleurs grace aux elements suivants : les questions rhetoriques l’apostrophe (« votre ignorance ») l’alliteration (« passer » « par » « plus penible » « supplice ») l’insistance (repetition de « supplice ») la modalite exclamative A travers la mise en place de ce registre polemique, Montaigne clame sa revolte contre la torture et l’injustice qui caracterise la justice et, apres avoir demontre les incertitudes de la torture, se veut plus persuasif.

Aussi, notons qu’il prend a temoin son lecteur, l’invitant ainsi a deliberer. L’ARGUMENTATION : CONVAINCRE, PERSUADER , DELIBERER. De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du monde. Texte 4 : Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, Acte V, scene 3. Figaro, seul, se promenant dans l’obscurite, dit du ton le plus sombre : O femme ! femme ! femme ! creature faible et decevante !… nul animal cree ne peut manquer a son instinct : le tien est-il donc de tromper ?… Apres m’avoir obstinement refuse quand je l’en pressais devant sa 5 aitresse ; a l’instant qu’elle me donne sa parole, au milieu meme de la ceremonie… Il riait en lisant, le perfide ! et moi comme un benet… Non, monsieur le Comte, vous ne l’aurez pas… vous ne l’aurez pas. Parce que vous etes un grand seigneur, vous vous croyez un grand genie !… Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous etes donne la peine de naitre, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire ; tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m’a fallu 10 eployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu’on n’en a mis depuis cent ans a gouverner toutes les Espagnes : et vous voulez jouter… On vient… c’est elle… ce n’est personne. – La nuit est noire en diable, et me voila faisant le sot metier de mari quoique je ne le sois qu’a moitie ! (Il s’assied sur un banc. ) Est-il rien de plus bizarre que ma destinee ? Fils de je ne sais pas qui, vole par des bandits, eleve dans leurs m? urs, je m’en degoute et veux courir une carriere honnete ; et partout je suis repousse ! J’apprends la 5 chimie, la pharmacie, la chirurgie, et tout le credit d’un grand seigneur peut a peine me mettre a la main une lancette veterinaire ! – Las d’attrister des betes malades, et pour faire un metier contraire, je me jette a corps perdu dans le theatre : me fusse-je mis une pierre au cou ! Je broche une comedie dans les moeurs du serail. Auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : a l’instant un envoye… de je ne sais ou se plaint que j’offense dans mes vers la Sublime-Porte, la Perse, une partie de la presqu’ile de l’Inde, toute 0 l’Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc : et voila ma comedie flambee, pour plaire aux princes mahometans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate, en nous disant : chiens de chretiens ! – Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant. – Mes joues creusaient, mon terme etait echu : je voyais de loin arriver l’affreux recors, la plume fichee dans sa perruque : en fremissant je m’evertue. Il s’eleve une question sur la nature des richesses ; et, comme il n’est pas 25 ecessaire de tenir les choses pour en raisonner, n’ayant pas un sol, j’ecris sur la valeur de l’argent et sur son produit net : sitot je vois du fond d’un fiacre baisser pour moi le pont d’un chateau fort, a l’entree duquel je laissai l’esperance et la liberte. (Il se leve. ) Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si legers sur le mal qu’ils ordonnent, quand une bonne disgrace a cuve son orgueil ! Je lui dirais… que les sottises imprimees n’ont d’importance qu’aux lieux ou l’on en gene le cours ; que sans la liberte de blamer, il 0 n’est point d’eloge flatteur ; et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits ecrits. (Il se rassied. ) Las de nourrir un obscur pensionnaire, on me met un jour dans la rue ; et comme il faut diner, quoiqu’on ne soit plus en prison, je taille encore ma plume et demande a chacun de quoi il est question : on me dit que, pendant ma retraite economique, il s’est etabli dans Madrid un systeme de liberte sur la vente des productions, qui s’etend meme a celles de la presse ; et que, pourvu que je ne parle en mes ecrits ni de 35 ‘autorite, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en credit, ni de l’Opera, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne a quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. Pour profiter de cette douce liberte, j’annonce un ecrit periodique, L’ARGUMENTATION : CONVAINCRE, PERSUADER , DELIBERER. De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du monde. Texte 4 : Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, Acte V, scene 3. et, croyant n’aller sur les brisees d’aucun autre, je le nomme Journal inutile.

Pou-ou ! je vois s’elever contre moi mille pauvres diables a la feuille, on me supprime, et me voila derechef sans emploi ! – Le desespoir 40 m’allait saisir ; on pense a moi pour une place, mais par malheur j’y etais propre : il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint. Il ne me restait plus qu’a voler ; je me fais banquier de pharaon : alors, bonnes gens ! je soupe en ville, et les personnes dites comme il faut m’ouvrent poliment leur maison, en retenant pour elles les trois quarts du profit. J’aurais bien pu me remonter ; je commencais eme a comprendre que, pour gagner du bien, le savoir-faire vaut mieux que le savoir. Mais comme chacun pillait autour de moi, en 45 exigeant que je fusse honnete, il fallut bien perir encore. Pour le coup je quittais le monde, et vingt brasses d’eau m’en allaient separer, lorsqu’un dieu bienfaisant m’appelle a mon premier etat. Je reprends ma trousse et mon cuir anglais; puis, laissant la fumee aux sots qui s’en nourrissent, et la honte au milieu du chemin, comme trop lourde a un pieton, je vais rasant de ville en ville, et je vis enfin sans souci.

Un grand seigneur passe a Seville ; il me reconnait, je le marie ; et pour prix d’avoir eu par mes soins son epouse, il veut 50 intercepter la mienne ! Intrigue, orage a ce sujet. Pret a tomber dans un abime, au moment d’epouser ma mere, mes parents m’arrivent a la file. (Il se leve en s’echauffant. ) On se debat, c’est vous, c’est lui, c’est moi, c’est toi, non, ce n’est pas nous ; eh ! mais qui donc ? (Il retombe assis,) O bizarre suite d’evenements ! Comment cela m’est-il arrive ? Pourquoi ces choses et non pas d’autres ? Qui les a fixees sur ma tete ?

Force de parcourir la route ou je suis entre sans le savoir, comme j’en sortirai sans le vouloir, je l’ai jonchee d’autant 55 de fleurs que ma gaiete me l’a permis : encore je dis ma gaiete sans savoir si elle est a moi plus que le reste, ni meme quel est ce moi dont je m’occupe : un assemblage informe de parties inconnues ; puis un chetif etre imbecile ; un petit animal folatre ; un jeune homme ardent au plaisir, ayant tous les gouts pour jouir, faisant tous les metiers pour vivre ; maitre ici, valet la, selon qu’il plait a la fortune ; ambitieux par vanite, laborieux par necessite, mais paresseux… vec delices ! orateur selon le danger; poete par delassement ; musicien par 60 occasion; amoureux par folles bouffees, j’ai tout vu, tout fait, tout use. Puis l’illusion s’est detruite et, trop desabuse… Desabuse…! Suzon, Suzon, Suzon ! que tu me donnes de tourments !… J’entends marcher… on vient. Voici l’instant de la crise. (Il se retire pres de la premiere coulisse a sa droite. ) L’ARGUMENTATION : CONVAINCRE, PERSUADER , DELIBERER. De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du monde. En quoi ce monologue deliberatif est-il un requisitoire du doute ?

Requisitoire : implication de l’emetteur Implication de l’auditoire Sujet considere comme coupable Voc pejoratif Registre polemique Interrogations oratoires, injonctions, exclamations, indignation Ironie, appel a la raison I) Un requisitoire 1) Contre les inegalites sociales des le debut du texte : « maitresse », « monsieur le Comte » parallelisme grammatical : « parce que vous etes […] » (S V attribut – adj. N) met en relief la subjectivite trompeuse distingue statut social / merite intellectuel accumulation, gradation : « noblesse, fortune, un rang, des places » Qu’avez-vous fait […] ? Vous vous etes donne la peine de naitre » periphrase pejorative (donner la peine : faire), naitre : verbe actif mais de sens passif mise en parallele du Comte et de Figaro (Du reste, homme assez ordinaire ») opposition soulignee par hyperboles (« plus de science et de calcul », « cent ans », « gouverner toutes les Espagnes ») figure de l’honnete homme : se separe des bandits qui l’ont eleve (homme n’est pas mauvais pas nature). Accumulation : « chimie, pharmacie, chirurgie », opposee a « lancette veterinaire » Hyperboles : « tout le credit d’un grand seigneur ».

Les richesses : « n’ayant pas un sol », opposition concret / abstrait, possession / conception, + ecrit sur la valeur, donc sur abstraction de l’argent. Prison : periphrase (« le pont d’un chateau fort, a l’entree duquel je laissai l’esperance et la liberte ») Societe des apparences : « on pense a moi pour une place, pais par malheur j’y etais propre : il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint » Opposition concret / abstrait : « le savoir-faire vaut mieux que le savoir » Figaro denonce dans ce monologue les inegalites sociales d’une societe qui n’accorde aucune importance au merite : seuls le rang et les relations importent.

Les qualites intellectuelles sont deconsiderees tandis que les usurpateurs (grand seigneur, voleurs) s’enrichissent. 2) Contre la censure cf. decor exotique (cf. Voltaire) accumulation : Sublime-Porte, Perse, une partie de la presqu’ile de l’Inde, toute l’Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc « pas un, je crois, ne sait lire » : concerne les « princes mahometans », mais aussi (cf. decor exotique : Madrid) les monarques europeens. Cf. grand seigneur / grand genie : petits hommes / petits ecrits. sans la liberte de blamer, il n’est point d’eloge flatteur » : cf. devise du Figaro Censure et justice arbitraire : la censure emmene en prison, et elle est exercee par des « puissants de quatre jours », dont les ordres sont dictes par leur « orgueil ». Justice arbitraire : liberation se fait « un jour » lorsque l’administration penitentiaire est « las[se] ». Accumulation sarcastique : « pourvu que je ne parle en mes ecrits […] », generalisation : « ni de personne qui tienne a quelque chose » L’ARGUMENTATION : CONVAINCRE, PERSUADER , DELIBERER.

De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du monde. Ironie : « douce liberte », « tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs », « Journal inutile ». Figaro, a travers des procedes ironiques et sarcastiques, et sur un registre polemique, s’en prend a une censure omnipresente (elle vient aussi bien de l’etranger que du pays meme ou il ecrit), qui le condamne a des aventures rocambolesques. 3) Un requisitoire contre l’injustice Figaro est ne de parents inconnus (qu’il a decouverts avant cette scene 3 du Ve acte), a ete eleve par es voleurs, et a exerce de nombreux et differents metiers. Le recit de sa vie est rocambolesque, voire, puisque l’action se deroule en Espagne et qu’il est question de voleurs, de joute et d’aventures perilleuses (qui lui valent la prison), picaresque. Figaro apparait ici comme un personnage de roman. Ce recit de sa vie est le fondement du monologue deliberatif : c’est en la retracant qu’il parviendra a evoquer la situation actuelle (la trahison pretendue de Suzon), et peut-etre a prendre une decision.

On retrouve dans ce monologue toutes les caracteristiques du requisitoire : registre polemique, questions oratoires, exclamations et indignations, lexique pejoratif, ironie. Ce requisitoire de Figaro est prononce a l’encontre de l’injustice qui semble presider a son existence (« Est-il rien de plus bizarre que ma destinee ? ») et qui est representee par les representants de l’autorite, qui abusent de leur pouvoir arbitraire. II) La philosophie du doute 1) Un decor obscur cf. didascalie initiale : « seul, se promenant dans l’obscurite, dit du ton le plus sombre ».

Alors que la piece se presente comme une comedie (maitre-valet, intrigues amoureuses, parodie de proces), le ton est ici « le plus sombre » : c’est ce qui contribue a la definition du genre dramatique serieux, dont cette piece est representative. A la parodie du troisieme acte succedent ici le sarcasme et la polemique et, s’il s’agit bien d’un requisitoire, le discours n’est cependant pas celui d’un affrontement massif : le monologue de Figaro laisse entendre des doutes, et les certitudes se fissurent peu a peu, a mesure que le heros fait le recit de son existence.

Le ton est sombre, le decor est l’obscurite : ces deux elements initiaux semblent s’opposer aux Lumieres des philosophes qui ont marque le siecle de Beaumarchais. De plus, les didascalies qui jalonnent le texte temoignent d’une grande instabilite («il s’assied, il se leve, il se rassied, il se leve en s’echauffant, il retombe assis) qui va trouver des echos dans les doutes emis par Figaro. 2) Figaro, le valet eclaire Toutefois, et pour reprendre une expression chere au XVIIIe siecle, Figaro semble un « valet eclaire » (cf. despote eclaire).

On est loin du valet rustre et vulgaire de la comedie traditionnelle : Figaro est un « honnete homme » qui sait user de la rhetorique et dont la condition sociale est celle de valet. Il est calculateur, artiste, medecin, journaliste : « maitre ici, valet la […] ». De plus, dans cette piece, c’est lui qui mene le jeu, afin de dejouer les plans du Comte Almaviva. Or, en ce debut de l’acte V, Figaro se croit dupe a la fois de Suzanne et du baron : moment ideal pour un monologue critique, articulant sarcasme, polemique et critique au recit d’une vie.

Moment propice quant a la manifestation du serieux et de la remise en question : autant Figaro remet en question l’ordre social et sa justification, autant il remet en cause le sens qui preside a ou qui se degage d’une existence marquee par des evenements successifs dont il n’est pas le maitre. L’ARGUMENTATION : CONVAINCRE, PERSUADER , DELIBERER. De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du monde. Point de vue critique, prise de distance qui peut-etre, ne sont pas sans rappeler Voltaire. ) La condition humaine Or ici, comme on l’a dit, l’obscurite regnante semble s’opposer aux Lumieres du siecle. Figaro apparait en effet dans la derniere partie du XVIIIe siecle, et vient couronner de doute la philosophie active et positive des Lumieres. Opposition « destinee » / « bizarre suite d’evenements ». « Pourquoi ces choses et non pas d’autres ? » cf. Leibniz : pourquoi y a-t-il qqe chose plutot que rien ? Or ici Figaro remet en cause le principe du bien enonce par Leibniz (cf. Memnon de Voltaire). La volonte humaine n’est rien face au hasard qui marque les destins.

Interrogation sur l’etre : « quel est ce moi dont je m’occupe : un assemblage informe de parties inconnues […] » : retrace les ages de la vie, pour opposer l’etre a la fonction sociale, gouvernee quant a elle par la « fortune ». Alors, dans le dernier mouvement du texte, Figaro quitte le registre polemique pour le registre lyrique, et cherche a se qualifier, se definir, laissant apparaitre un lexique des sensations. Enfin : vie, amour = « illusion » et Suzon est la cause des « tourments » de Figaro : son monologue deliberatif etait alors motive par le depit amoureux. Voici l’instant de la crise » : Figaro s’engage a nouveau dans la vie et dans la « bizarre suite d’evenements ». LETTRE XII USBEK AU MEME, A ISPAHAN 5 10 15 20 25 30 35 40 45 Tu as vu, mon cher Mirza, comment les Troglodytes perirent par leur mechancete meme et furent les victimes de leurs propres injustices. De tant de familles, il n’en resta que deux qui echapperent aux malheurs de la nation. Il y avait dans ce pays deux hommes bien singuliers : ils avaient de l’humanite ; ils connaissaient la justice ; ils aimaient la vertu. Autant lies par la droiture de leur c? r que par la corruption de celui des autres, ils voyaient la desolation generale et ne la ressentaient que par la pitie ; c’etait le motif d’une union nouvelle. Ils travaillaient avec une sollicitude commune pour l’interet commun ; ils n’avaient de differends que ceux qu’une douce et tendre amitie faisait naitre ; et, dans l’endroit du pays le plus ecarte, separes de leurs compatriotes indignes de leur presence, ils menaient une vie heureuse et tranquille. La terre semblait produire d’elle-meme, cultivee par ces vertueuses mains.

Ils aimaient leurs femmes, et ils en etaient tendrement cheris. Toute leur attention etait d’elever leurs enfants a la vertu. Ils leur representaient sans cesse les malheurs de leurs compatriotes et leur mettaient devant les yeux cet exemple si triste ; ils leur faisaient surtout sentir que l’interet des particuliers se trouve toujours dans l’interet commun ; que vouloir s’en separer, c’est vouloir se perdre ; que la vertu n’est point une chose qui doive nous couter ; qu’il ne faut point la regarder comme un exercice penible : et que la justice pour autrui est une charite pour nous.

Ils eurent bientot la consolation des peres vertueux qui est d’avoir des enfants qui leur ressemblent. Le jeune peuple qui s’eleva sous leurs yeux s’accrut par d’heureux mariages : le nombre augmenta ; l’union fut toujours la meme, et la vertu, bien loin de s’affaiblir dans la multitude, fut fortifiee, au contraire, par un plus grand nombre d’exemples. Qui pourrait representer ici le bonheur de ces Troglodytes ? Un peuple si juste devait etre cheri des Dieux. Des qu’il ouvrit les yeux pour les connaitre, il apprit a les craindre, et la religion vint adoucir dans les moeurs ce que la nature y avait laisse de trop rude.

Ils instituerent des fetes en l’honneur des Dieux : les jeunes filles, ornees de fleurs, et les jeunes garcons les celebraient par leurs danses et par les accords d’une musique champetre. On faisait ensuite des festins ou la joie ne regnait pas moins que la frugalite. C’etait dans ces assemblees que parlait la nature naive : c’est la qu’on apprenait a donner le coeur et a le recevoir ; c’est la que la pudeur virginale faisait en rougissant un aveu surpris, mais bientot confirme par le consentement des peres ; et c’est la que les tendres meres se plaisaient a prevoir de loin une union douce et fidele.

On allait au temple pour demander les faveurs des Dieux ; ce n’etait pas les richesses et une onereuse abondance : de pareils souhaits etaient indignes des heureux Troglodytes ; ils ne savaient les desirer que pour leurs compatriotes. Ils n’etaient au pied des autels que pour demander la sante de leurs peres, l’union de leurs freres, la tendresse de leurs femmes, l’amour et l’obeissance de leurs enfants. Les filles y venaient apporter le tendre sacrifice de leur coeur et ne leur demandaient d’autre grace que celle de pouvoir rendre un Troglodyte heureux.

Le soir, lorsque les troupeaux quittaient les prairies, et que les boeufs fatigues avaient ramene la charrue, ils s’assemblaient, et, dans un repas frugal, ils chantaient les injustices des premiers Troglodytes et leurs malheurs, la vertu renaissante avec un nouveau peuple et sa felicite. Ils celebraient les grandeurs des Dieux, leurs faveurs toujours presentes aux hommes qui les implorent, et leur colere inevitable a ceux qui ne les craignent pas ; ils decrivaient ensuite les delices de la vie champetre et le bonheur d’une condition toujours paree de l’innocence.

Bientot ils s’abandonnaient a un sommeil que les soins et les chagrins n’interrompaient jamais. La nature ne fournissait pas moins a leurs desirs qu’a leurs besoins. Dans ce pays heureux, la cupidite etait etrangere : ils se faisaient des presents ou celui qui donnait croyait toujours avoir l’avantage. Le peuple troglodyte se regardait comme une seule famille ; les troupeaux etaient presque toujours confondus ; la seule peine qu’on s’epargnait ordinairement, c’etait de les partager. D’Erzeron, le 6 de la lune de Gemmadi 2, 1711. 50 4

L’ARGUMENTATION : CONVAINCRE, PERSUADER , DELIBERER. De l’humanisme aux Lumieres : une nouvelle vision de l’homme et du monde. Montesquieu, Lettres persanes, Lettre XII. Elements de commentaire. L’apologue, un recit argumentatif. L’utopie des Troglodytes Cadre spatio-temporel flou et lointain. Nature merveilleuse. References a la Bible : un fleau s’est abattu sur les mauvais Troglodytes, et l’avenir de ce peuple repose desormais sur deux familles. La valeur argumentative du recit Enonciation Parallelisme (l. 6-7) : rythme ternaire, laisse apparaitre la devise des Troglodytes.

Question rhetorique (l. 23) : bonheur hyperbolique des Troglodytes. Tableau idyllique et statique d’une vie paisible (remarquer l’utilisation des temps verbaux). Le temps semble suspendu. La mise en abyme de l’utopie Recit-cadre : lettres d’Usbek et Rica qui decouvrent l’Occident. Lettres XI a XIV : histoire des Troglodytes : deplacement du point de vue et de l’objet des lettres. Lettre XII : opposition des mauvais et des bons Troglodytes : mise en relief des conditions tres restreintes dans lesquelles peut se mettre en place une societe utopique.

Les regles d’une societe utopique. Un lieu ideal Lieu a l’ecart, nature genereuse. Cadre pastoral : societe agricole (culture de la terre, elevage de troupeaux). Des regles naturelles Affirmation d’une nature humaine vertueuse. Humanite, justice et vertu : fondements de la societe. Importance de la famille, du bien commun, de la mesure (frugalite), de l’education. Des rites culturels Instauration d’une religion polytheiste : fetes en l’honneur des Dieux, danse et musique. Religion douce et naturelle : l. 24, la religion vient completer la nature ; l. 6, l’oxymore (« tendre sacrifice ») deplace l’objet du sacrifice : il ne s’agit plus d’oter la vie mais de livrer son c? ur. Etablissement de l’histoire a travers les chants qui evoquent « les injustices des premiers Troglodytes ». Baccalaureats general et technologique Epreuve anticipee de francais DESCRIPTIF DES LECTURES ET AC TIVITES Fiche recapitulative, par division de classe Etablissement : Lycee M. Berthelot, 86100 Chatellerault Division de classe : 1ere Serie : S Effectif de la classe : 34 Sequence N° 2 Objet(s) d’etude, perspectives et orientations principales (problematique retenue)

Intitule : Dom Juan : du personnage au mythe, du texte a la scene Le theatre : texte et representation Un mouvement litteraire et culturel : le classicisme et le theatre baroque Problematique : Les masques de Dom Juan : en quoi ce personnage est-il une figure complexe et multiple ? Dom Juan, Moliere Titre, auteur Acte I, scene 2 : tirade de Dom Juan (de « Quoi ? tu veux qu’on se lie » a « mes conquetes amoureuses. ») Acte II, sc. 4, de « Le vla qui est pour le dire » a « C’est moi qu’il epousera. » Acte III, sc. 2, texte integral Acte IV, sc. 4, texte integral Acte V, sc. et 6, texte integral Etudes d’ensemble Dom Juan, un personnage libertin Les figures successives de Dom Juan Dom Juan, une piece baroque Groupement de textes : L’Abuseur de Seville, Tirso de Molina (extrait) Namouna, Alfred de Musset (extrait) « Don Juan aux Enfers », Charles Baudelaire (texte integral) Don Juan (raconte par lui-meme), Peter Handke (extrait) Lectures analytiques Extraits ? uvre integrale Lecture(s) cursive(s) et documents complementaires (en particulier iconographiques) ?uvre integrale au choix : Hamlet, Shakespeare La Vie est un songe, Calderon Captation de la mise en scene de J.

Lassalle, Comedie-Francaise, 2003 Representation de La Nuit des rois, mise en scene de Carlo Boso et Danuta Zarazik, Nouveau Theatre de Chatellerault Expose sur le theatre baroque Critique de la mise en scene de Jacques Lassalle Projet de mise en scene de la piece (facultatif) Note d’intention (a l’attention d’un acteur devant jouer Dom Juan) Ecrit d’invention a partir d’Hamlet ou de La Vie est un songe Question sur un corpus de textes (Dom Juan, Moliere, I, 3 ; Le Mariage de Figaro, Beaumarchais, II, 16 a 19 ; Electre, Giraudoux, II, 2) et ommentaire de la scene 3 de l’acte I de Dom Juan Activites proposees a la classe par le professeur Signature de l’enseignant : Signature du chef d’etablissement : LE THEATRE : TEXTE ET REPRESENTATION Dom Juan, I, 2, tirade de Dom Juan. Un eloge de l’inconstance Fidelite comparee a la mort Renoncer au monde, s’ensevelir, mort des sa jeunesse Fidelite : faux honneur DJ taxe la fidelite d’hypocrisie. Inversion des valeurs. Definition de l’amour : Amour = desir. Inclinations naissantes, tout le plaisir de l’amour est dans le changement, reveiller nos desirs, impetuosite de nos desirs.

Dom Juan : une victime, puis un conquerant Toutes les belles ont le droit de nous charmer, la beaute me ravit, la nature nous oblige (place syntaxique ; complement d’objet). Orgueil de DJ (se piquer du faux honneur d’etre fidele, la constance n’est bonne que pour les ridicules) DJ conquerant Lexique de la guerre Comparaison a Alexandre DJ se presente comme un personnage paradoxal, a la fois victime et conquerant. A travers cette tirade, Dom Juan, qui s’enorgueillit de ses conquetes amoureuses, se presente comme un libertin desirant s’affranchir des moeurs traditionnelles.

LE THEATRE : TEXTE ET REPRESENTATION Dom Juan, acte II, scene 4. Dom Juan pris au piege Situation Le personnage est pris au piege entre les deux femmes qu’il a seduites Il est confronte a ses conquetes et ne peut fuir Situation comique qui va impliquer un jeu oratoire de Dom Juan afin de s’extirper de ce piege. Comique de situation renforce par le comique de repetition. Le comique de caractere DJ est litteralement pris au piege entre ces deux personnages doubles, dont la parole est elle-meme dedoublee (cf. premieres repliques de DJ entre celles de Charlotte et de Mathurine).

Mais Charlotte parle toujours la premiere et Mathurine, elle, reformule sans cesse ses paroles, comme en miroir ou en echo. Les paysannes apparaissent naives : Charlotte est dupee par Dom Juan, et par consequent Mathurine l’est aussi. Une scene en miroir(s) De quelle facon Charlotte et Mathurine s’adressent-elles l’une a l’autre ? En les laissant parler, DJ devient maitre du jeu. Alors qu’elles redoublent systematiquement leurs propos, les paysannes s’opposent pourtant. Parallelismes, paraphrases. Designent DJ comme juge. De quelle facon DJ s’adresse-t-il a l’une et a l’autre ?

Apartes Devient juge et s’adresse aux deux a la fois : se reapproprie la parole Puis reprend les apartes La reappropriation de la parole correspond a la possibilite de la fuite. La paraphrase, procede comique qui souligne la naivete des paysannes, met ici DJ en valeur : il apparait comme un seducteur eloquent Enfin, DJ se derobe a la faveur d’un mensonge. Fait appel a une instance hors scene, et minore sa justification (un petit ordre). DJ, aussi, profite de la faiblesse des paysannes pour fuir, les laissant s’opposer toutes les deux. Une nouvelle figure de Dom Juan pparait lors de cet echange avec Charlotte et Mathurine. S’il demeure eloquent, le libertin se revele desormais lache et n’hesite pas a recourir au mensonge afin de fuir une confrontation perilleuse. LE THEATRE : TEXTE ET REPRESENTATION Dom Juan, acte III, scene 2. Premiere et seule intervention du personnage du pauvre dans la piece. Opposition radicale au personnage de DJ. Scene se presente comme illustration de la scene precedente (dialogue DJ/Sganarelle sur la foi), a tel point que le pauvre n’est pas nomme : il semble avoir pour seul interet sa fonction de pauvre.

Dom Juan : Condescendance de DJ : tutoiement (tandis que pauvre le vouvoie et que Sganarelle vouvoie le pauvre). « De tout mon c? ur » : equivoque, et probablement meprisant, puisque le c? ur de DJ est inconstant. Un dialogue argumentatif DJ denonce le recours a l’argent lorsqu’il s’agit du fait religieux : veut renverser le systeme de valeurs du pauvre. Il lui reproche de monnayer une information alors qu’il s’est consacre au devouement (a travers la priere). Opposition abstrait/concret relayee par le motif de l’argent (« prie-le qu’il te donne un habit »). Imperatif.

Naivete feinte de la part de DJ : fait semblant de croire a l’efficacite de la priere. Recours a l’ironie, face a l’humilite du pauvre. Eloquence de DJ : Question rhetorique, double negation, assertion. Le heros fait preuve une fois de plus de sa distinction intellectuelle. Objet de ce dialogue argumentatif : le blaspheme (le peche). A travers le pauvre, c’est dieu que DJ defie. Tentative de persuasion de la part de DJ : en position de superiorite, impose un chantage, et veut seduire (detourner de son chemin) le pauvre, tout comme il desire seduire les femmes qu’il rencontre.

Tentative de corruption : DJ veut que le pauvre renie sa foi contre un louis (cf. trahison Judas et Evangile selon Matthieu, ou le diable tente de soudoyer un croyant). DJ gagne-t-il son defi ? Le pauvre resiste a DJ et refuse la corruption et le compromis. DJ finit par donner le louis d’or : se resigne-t-il ? constat d’echec ? DJ ne veut pas perdre la face, et avance une justification : « pour l’amour de l’humanite » (detourne l’expression usuelle « pour l’amour de dieu »). On pourrait considerer qu’il prend la place de dieu, lui, le libertin athee, et qu’il finit par instiller le doute chez le pauvre.

Question de mise en scene Comment representer la fin de cette scene ? Montrer les differentes interpretations possibles qui peuvent se degager de la mise en place de la transition entre cette scene et la suivante. LE THEATRE : TEXTE ET REPRESENTATION Dom Juan, acte IV, scene 4. Acte IV : acte des visites (Dimanche, Dom Luis, Elvire, Commandeur). Requisitoire du pere a l’encontre de l’attitude de son fils, indigne de son rang. Conflit ordre des peres / ordre des fils (cf. Hamlet, lecture cursive). Distance entre les deux personnages : Comparer la taille des repliques (DJ se tait devant son pere) : rapport d’inegalite. Ce fils » et non pas « mon fils » (cf. acte V) Performativite de l’enonce « je vois bien » qui insere dans le discours ce qui devait rester en dehors (rage de DJ). Dom Juan : Ne joue pas avec son pere comme avec M. Dimanche, dans la scene 3. Commentaire ironique (replique « si vous etiez assis »). Pour la representation : comment faire jouer Dom Juan dans cette scene : par exemple, ecoute-t-il son pere ? se detourne-t-il de lui ? est-il assis ? debout ? statique ? en mouvement ? Le requisitoire du pere « Helas ! » Registre pathetique : plainte, present a valeur de verite generale, P4, qui font presque de ses declarations des maximes. ponctuation. Demande au Ciel : accordee, mais il s’agit d’un fardeau Le pere, avant meme DJ, semble avoir ete puni par le Ciel. DJ est lui-meme un chatiment. Procedes d’insistance, parallelismes, redondance. Questions rhetoriques : visent a destabiliser le destinataire. Lexique de l’indignation. DJ indigne de sa classe sociale Opposition entre ordre des peres et ordre des fils : le fils libertin remet en question les fondements moraux traditionnels et conservateurs de l’autorite, ainsi que la notion meme de « gentilhomme ».

Paradoxe souleve par Moliere : le pere defend la tradition en exaltant les valeurs de vertu, de courage, de generosite qui doivent caracteriser tout gentilhomme, tandis que le fils, qui remet en cause la tradition, se repose sur et abuse des privileges ancestraux. Figure de Dom Juan : libertin, « fils indigne », usurpateur (de son titre de noblesse), mais aussi figure d’opposition a l’autorite et la tradition. LE THEATRE : TEXTE ET REPRESENTATION Dom Juan, acte V, sc. 5 et 6 Denouement aussi rapide que terrifiant et merveilleux. ?uvre, cf. itre (festin de pierre), converge entierement vers cet ultime rendez-vous. Le Commandeur : Spectre, mais pas immateriel : statue de pierre (froide, immuable). Pas d’avertissement : le spectre est la pour appliquer la justice divine. « Donnez-moi la main » : symbole du contrat, de l’engagement, que DJ a toujours refuse et fui. Dom Juan : Cf. sc. 4 et 5 : attitude de defi face au Ciel, orgueil (« qui ose ? »), et rationalite (veut frapper l’apparition), refus du repentir Toutefois, Dom Juan ne semble pas remettre en cause ces spectre, lui qui pourtant croit que « deux et deux sont quatre ».

Sc. 6 : attitude de defi, continue d’avancer, d’etre en mouvement jusqu’a la fin (cf. itineraire tout au long de la piece). Un denouement equivoque Melange des registres comique et tragique. Intervention du surnaturel (egalement a relier au deus ex machina, a la piece a machines + cf. theatre baroque et bienseances). Tragique : chatiment divin du heros. Comique : Sganarelle a le dernier mot, mais aussi rapidite et choix de se repentir laisse a Dom Juan jusqu’au dernier moment.