Dissertations

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« Les Fourberies de Scapin », comedie ecrite par Moliere en 1671, retrace les aventures d’Octave qui, pendant un voyage de son pere, s’est marie avec une jeune fille, prenommee Hyacinthe, sans que ce dernier ne soit au courant. Dans cet extrait, qui constitue la scene d’exposition de l’? uvre, le personnage principal apprend que son pere, de retour dans le pays, lui a trouve une autre femme.

Ce texte peut-etre decompose en deux parties : d’une part, le questionnement incessant d’Octave a son valet Sylvestre, qui vient de lui apprendre la nouvelle, pour « essayer » d’en savoir un peu plus et d’autre part, les reprimandes du serviteur zele a son maitre, concernant cette affaire. En quoi cette scene constitue-t-elle une caricature de la realite du XVIIeme siecle?

Dans un premier temps, nous nous attacherons a mettre en evidence que ce texte est structure autour d’un eternel recommencement, puis dans un second, que la discussion sur le retour du pere d’Octave est problematique, que ce soit dans la gestuelle des personnages ou dans la confrontation entre Sylvestre et Octave. L’eternel recommencement est fortement lie a l’absence de progression dramatique. En effet, cet extrait est compose de nombreuses reponses tel que « Oui

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» (l. 5, 10 et 15) ou bien « Ce matin meme » (l. 7) ou encore « Du seigneur Geronte » (l. 12).

Ces repliques, dues a des questions dites peu « ouvertes » et a un serviteur peu bavard, sont donc soit des adverbes equivalant a une proposition affirmative, soit la reprise de l’intitule de la question. De fait, elles ne peuvent apporter une reelle progression dramatique : un tel dialogue, dont la situation du debut est la meme qu’a la fin serait plus qu’incongru dans la realite du XVIIeme siecle. De plus, la repetition du meme dans ce texte caracterise aussi l’eternel recommencement. Ainsi, Octave dit « Tu viens, Sylvestre, d’apprendre au port que mon pere revient ? » (l. 4) ou encore « Et tu tiens ces nouvelles de mon oncle ? (l. 16). Toutes ces interrogations, qui sont rhetoriques, servent a la comprehension de la situation initiale, role de la scene d’exposition, par les lecteurs et/ou spectateurs. Cet extrait donne donc une veritable impression de ressassement, et caricature veritablement la realite. La discussion sur le retour du pere d’Octave entre ce dernier et Sylvestre est problematique, notamment dans la gestuelle des personnages. Ainsi, quand Octave dit « O Ciel ! Par ou sortir de l’embarras ou je me trouve ? » (l43-44) ou encore « Que dois-je faire ? Quelle resolution prendre ? A quel remede recourir ? (l. 51-52), aucune didascalie ne vient nous donner d’information sur l’action du personnage. On peut donc penser qu’Octave n’effectue pas de changement de voix, de caractere… tout le long de cette scene, qui reste neanmoins tres marquee par de nombreuses questions temoignant pourtant de la panique du personnage. Dans cet extrait, mise en scene et repliques semblent s’opposer. Un tel dialogue entre deux personnages, serait tres etrange. Par ailleurs, cette discussion est aussi problematique car elle bouleverse veritablement la relation valet/ maitre qui etait presente au XVII eme siecle.

Ainsi, quand Octave dit a Sylvestre « Je suis assassine par ce maudit retour » (l. 33), celui-ci lui repond « C’est a quoi vous deviez songer avant que de vous y jeter » (l. 45-46) et « Vous me faites bien plus mourir par vos actions etourdies » (l47-48). Ces phrases qui sonnent veritablement comme des repliques cinglantes, visent clairement a reprimander Octave sur son action inconsideree. Un tel dialogue n’aurait donc pas eu lieu au XVIIeme siecle, epoque ou la relation valet/maitre etait respectee. En somme, cette scene constitue bien une caricature de la realite.

D’une part, si un tel dialogue s’etait passe au XVIIeme siecle, (et meme aujourd’hui) il ne donnerait pas une telle impression d’eternel recommencement. D’autre part, la discussion sur le pere d’Octave entrainerait une veritable mise en scene des personnages et ne bousculerait pas ainsi l’ordre etabli par la societe a cette epoque. On peut a cet egard, rapprocher Moliere d’autres grands dramaturges tel que Ionesco, qui au XXeme siecle, a caricature le quotidien d’une famille anglaise dans son livre « La Cantatrice Chauve ».