Dissertation le jeu de l’amour et du hasard

Dissertation le jeu de l’amour et du hasard

Sujet : Le critique et dramaturge Charles Palissot, ecrit en 1803 a propos des comedies de Marivaux : « aucun auteur n’a peint avec plus de verite l’amour propre des femmes. Cette passion predomine en elle sur l’amour meme » En vous appuyant sur la lecture du Jeu de l’Amour et du hasard vous examinerez ce jugement. Le XVIIIe siecle est un siecle de transformation economique, sociale, intellectuelle et politique. Il est egalement caracterise par une multiplicite d’? uvres qui peuvent se rattacher a deux orientations majeures : le mouvement des lumieres et ses remises en cause de la societe.

Marivaux inscrit dans cette periode son ? uvre Le jeu de l’amour et du hasard, qui suscite de nombreuses critiques. L’auteur critique et dramaturge Charles Palissot, en delivre alors une concernant l’amour propre des femmes. Certes cette critique se revele etre confortee par de nombreuses repliques et idees developpees par les personnages de cette comedies, neanmoins nous pouvons voir que dans une seconde lecture cette critique peut se reveler restrictive et contestable. Sylvia et Dorante sont promis l’un a l’autre depuis la rencontre entre leurs deux peres.

Par ailleurs le pere de Sylvia annonce a sa fille que ce mariage ne se fera seulement si

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les deux promis l’acceptent. Sylvia ouvre alors le jeu en exposant a son pere son desir d’observer Dorante sous un autre visage, celui de sa servante. Mais Dorante effectue de son cote le meme travestissement avec l’accord du pere de Sylvia. Chacun ignorant la veritable identite de l’autre, le jeu ne consiste plus a observer l’autre mais bien a ceder a ses charmes outre les conditions sociales. Dorante-Bourguignon pense etre tombe amoureux d’une servante, il accepte ses sentiments et les revele a Sylvia, il est sincere envers elle.

Contrairement a lui Sylvia redoute ses sentiments, en effet son amour est etouffe par sa fierte. Dans la scene 5 de l’acte I, Sylvia declare « Il y aura quelque chose dans ma physionomie qui inspirera plus de respect que d’amour a ce faquin la ». Elle meprise deja le valet et conforte sa superiorite, elle ne veut pas jouer totalement son role. Durant le premier entretien entre Sylvia et Dorante, Acte I scene 7, Sylvia repousse de nombreuses fois les avances du pretendu valet « je ne suis point faite aux cajoleries de ceux dont la garde-robe ressemble a la tienne ».

Sylvia ne parle pas en tant que servante, ici elle exprime ses concessions en tant que femme de condition. Sylvia nous fait partager l’ambiguite de ses sentiments au nom d’une fierte personnelle et donc de son amour propre. Elle ne croit pas Dorante-Bourguignon digne d’elle et refuse ses avances qu’elle juge deplacees au vu de son rang social. Neanmoins Sylvia ne se montre pas indifferente a Dorante. En effet Sylvia mene, tout au long de la piece, un veritable combat contre ses sentiments. Elle n’accepte pas d’etre attire par un valet, elle confronte alors son amour propre aux sentiments qu’elle eprouve.

Lors de leur premier entretien, Sylvia se fait plusieurs reflexions sur Dorante-Bourguignon « Quel homme pour un valet », elle admet qu’il est convaincant, et que ses paroles ne sont pas celles d’un valet. « A la fin je crois qu’il m’amuse ». Elle ne se sent pas en mauvaise compagnie et s’accuse meme de ne pas etre deja partie « Je devrais deja l’avoir fait ». A la scene 9 de l’acte II, lors du second entretien entre les deux protagonistes, alors que Dorante mise sur la sincerite, Sylvia elle est pleine de contradictions.

Outre le fait de refuser l’idee d’etre attiree par un domestique, elle ne peut pas ignorer ses sentiments. Durant toute la duree de la scene elle cherche a justifier son attitude, et essaye de se convaincre de son indifference. Sylvia se laisse surmonter par ses emotions, elle s’adresse a elle meme et nous montre sa difficulte de penser par la longueur de ses repliques. Comme on le voit, c’est bien l’orgueil de Sylvia qui lui empeche de se reveler a Dorante. Cependant on peut dire que l’analyse de Charles Palissot est restrictive, en effet ne pourrait-on pas remplacer l’amour propre par la pudeur au vue des m? rs de l’epoque et des epreuves que les femmes traversent durant leur vie. Sylvia repousse les avances de Dorante, cependant on pourrait penser qu’elle cherche a savoir si il est vraiment sincere, cette reactions annonce le theme de son amour. En effet apres que Dorante-Bourguignon lui avoue son amour, Sylvia cherche encore a ce qu’il lui prouve ses sentiments en la demandant en mariage. Elle cherche la verite des coeurs, alors que Dorante lui a revele sa veritable identite, elle veut qu’il l’aime, meme si elle est une servante.

De plus dans la scene 4 de l’acte III, Sylvia nous expose dans une longue tirade son desir de marquer Dorante avec ce jeu. Elle veut que leur amour soit eternel. Par ce jeu Sylvia s’est egalement assuree que Dorante ne cherchait pas un mariage d’interet, en la demandant en mariage alors qu’elle est encore une servante. Dans l’acte II a la scene 8, Sylvia cherche a retarder le depart de Dorante, en retardant egalement son aveu elle menage sa pudeur et les bienseances.

En effet on peut justifier l’attitude de Sylvia par les moeurs de l’epoque, les mariages etaient souvent des mariages forces, ici Sylvia presente la chance d’etre de famille aisee, bourgeoise elle n’a donc pas besoin d’un mariage en tant que consensus social, et son pere n’eprouve apparemment pas le besoin de marier sa fille « a tout prix », il lui laisse le choix, et Sylvia saisit ma chance de choisir si oui ou non elle epousera Dorante. Sylvia nous montre ici que son jeu est egalement un desir de preuves et de verite des coeurs.

Pour conclure nous avons montre en quoi la critique de Charles Palissot etait confortee par de nombreux procedes presents dans cette comedie. Cependant nous avons egalement demontre que dans une seconde lecture son analyse peut se reveler contestable au vu des differents messages vehicules par Marivaux dans cette oeuvre, comme l’emancipation des femmes. Suite a cette etude on peut se demander si cette analyse ne pourrait pas egalement porter sur l’auteur de nombreuses comedies, Moliere.