Dissertation

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La poesie est-elle vouee a l’expression des sentiments ? Documents A – Andre Chenier, « A Fanny », Amours, posthume, 1819. B – Charles Baudelaire, « Causerie », Les Fleurs du Mal, 1857. C – Louis Aragon, « Le rendez-vous perpetuel », Amour d’Elsa, 1947. m Vous repondrez d’abord a la question suivante. ¦ Question (4 points) L’amour suscite souffrance et joie chez le poete. Par quels procedes les poemes expriment-ils cette double realite ? m Vous traiterez ensuite un de ces trois sujets. ¦ Commentaire (16 points) Vous ferez le commentaire du texte de Baudelaire (document B). ¦ Dissertation (16 points)

La poesie est-elle surtout destinee a l’expression des sentiments ? Vous repondrez a cette question en vous appuyant sur les textes du corpus, sur ceux que vous avez etudies en classe et sur vos lectures personnelles. ¦ Ecriture d’invention (16 points) Vous etes un jeune poete. Vous venez d’envoyer le recueil de vos premiers poemes – qui exprime vos peines, vos joies, vos inquietudes – a un editeur. Celui-ci vous retourne votre manuscrit en y joignant une lettre critiquant ce type de poesie trop personnelle. Blesse dans votre amour-propre et vos convictions, vous lui repondez. ©HATIER D’autres pistes / Pour

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Questions m 1. Etudiez la situation d’enonciation dans ces trois poemes : a qui notamment s’adresse le poete dans ces textes ? Quel lien instaure-t-il, comment s’etablit le dialogue avec ce destinataire ? avec la femme ? m 2. Analysez les marques de la presence du poete dans ces poemes. m 3. Comment sont rendues dans ces poemes les notions de couple d’une part, de separation d’autre part ? Etudiez notamment le jeu des indices personnels et la relation que ces indices etablissent entre le poete et la femme aimee. m 4. Vous etudierez le vocabulaire des sens et vous indiquerez quelle place prennent les sensations dans ces poemes d’amour. 5. Vous etudierez le lexique du corps et apprecierez son importance dans ces poemes. m 6. Quel est le role de la nature ou des elements naturels dans ces poemes ? Montrez qu’elle s’accorde aux sentiments des poetes. m 7. Comment se marque la difference entre le present et le passe dans ces poemes ? Dans quel(s) poeme(s) l’evocation du present dominet-elle ? m 8. Etudiez et classez les images dans ces poemes. Quel effet produisent-elles sur le lecteur ? m 9. D’ou vient le lyrisme de ces poemes ? Comment s’exprime la souffrance des poetes ? Relevez dans les poemes proposes et commentez le lexique de la souffrance, physique et morale. 10. Etudiez quelques effets de sonorites et de rythme qui vous paraissent particulierement suggestifs et precisez leur effet sur le lecteur. Sujet I : Commentaire m 1. Vous ferez le commentaire du poeme d’Andre Chenier (document A). m 2. Vous ferez le commentaire du poeme d’Aragon (document C). Sujet II : Dissertation m 1. « Les plus desesperes sont les chants les plus beaux. Et j’en sais d’immortels qui sont de mieux sanglots » ecrit Alfred de Musset (1810-1857) dans sa « Nuit de Mai ». Commentez et discutez cette affirmation en vous appuyant sur les textes ci-dessous et sur les poemes que vous connaissez.

Pensez-vous que le poete soit condamne a l’incomprehension et que la source de la poesie se trouve le plus souvent dans la souffrance ? m 2. « Malheureux peut-etre l’homme, mais heureux l’artiste que le desir dechire ! », ecrit Baudelaire. Comment comprenez-vous cette exclama©HATIER tion ? Les poetes que vous connaissez vous semblent-ils correspondre a cette declaration ? Vous pourrez etendre votre reflexion a toutes sortes d’artistes et vous expliquerez la difference que vous discernez entre l’homme et l’artiste. m 3. Pour Eluard, le poete « aimant l’amour » n’est pas tant amoureux d’une femme que de l’amour lui-meme.

La vocation de la poesie est-elle, selon vous, de celebrer l’amour. Privilegiez-vous d’autres fonctions ? Vous vous appuierez, pour repondre a cette question, sur les textes du corpus et sur les poemes que vous avez lus et etudies. (Pondichery, juin 2003, series ES, S) m 4. Quels sont, selon vous, les rapports entre la poesie et l’autobiographie ? Vous repondrez en prenant appui sur les poemes du corpus, sur ceux que vous avez etudies en cours et ceux que vous connaissez personnellement. m 5. Pensez-vous que l’ecriture poetique soit seulement une ecriture de soi, pour soi ?

Sujet III : Ecriture d’invention m 1. Vous etes charge(e) par votre professeur de francais de constituer une anthologie qui rassemblera les poemes que vous preferez. En preface a ce recueil, dans lequel figureront, entre autres, les poemes du corpus, vous ecrivez un texte qui presente vos choix et ce qui les a guides. Vous aurez en particulier pour objectif de faire partager a vos camarades de classe votre conviction que lire, ou eventuellement ecrire, des poemes peut apporter des remedes aux maux de la vie (France metropolitaine, juin 2003, series technologiques). m 2.

Composez le dialogue entre un poete des sentiments intimes et un poete engage. Vous pouvez choisir des poetes qui ont vraiment existe (auquel cas vous pourrez faire reference a leur ? uvre) ou des poetes fictifs (qui devront cependant etre ancres dans une epoque precise). m 3. Composez l’art poetique qui vous semblerait le mieux adapte a notre temps : vous vous adresserez directement a un jeune poete auquel vous donnerez des conseils et vous vous efforcerez dans votre texte d’allier la theorie a son application pratique. m 4. Composez la lettre ouverte d’un poete a un adolescent qui semble refractaire a la poesie sentimentale.

Il essaie de le persuader que la poesie est un mode d’expression des sentiments moderne et bien adapte aux jeunes. m 5. Faites un eloge de la poesie des sentiments. ©HATIER Document A A Fanny 5 Fanny, l’heureux mortel qui pres de toi respire Sait, a te voir parler, et rougir, et sourire, De quels hotes divins le ciel est habite. La grace, la candeur, la naive innocence Ont, depuis ton enfance, De tout ce qui peut plaire enrichi ta beaute. Sur tes traits ou ton ame imprime sa noblesse, Elles ont su meler aux roses de jeunesse Ces roses de pudeur, charmes lus seduisants, Et remplir tes regards, tes levres, ton langage, De ce miel dont le sage Cherche lui-meme en vain a defendre ses sens. Oh ! que n’ai-je moi seul tout l’eclat et la gloire Que donnent les talents, la beaute, la victoire, Pour fixer sur moi seul ta pensee et tes yeux ! Que, loin de moi, ton c? ur soit plein de ma presence, Comme, dans ton absence, Ton aspect bien-aime m’est present en tous lieux ! Je pense : Elle etait la. Tous disaient : « Qu’elle est belle ! » Tels furent ses regards, sa demarche fut telle, Et tels ses vetements, sa voix et ses discours.

Sur ce gazon assise, et dominant la plaine, Des meandres de Seine, Reveuse, elle suivait les obliques detours. Ainsi dans les forets j’erre avec ton image ; Ainsi le jeune faon, dans son desert sauvage D’un plomb volant perce, precipite ses pas. Il emporte en fuyant sa mortelle blessure ; Couche pres d’une eau pure, Palpitant, hors d’haleine, il attend le trepas. Andre Chenier, Amours, posthume, 1819. 10 15 20 25 30 ©HATIER Document B Causerie Vous etes un beau ciel d’automne, clair et rose ! Mais la tristesse en moi monte comme la mer, Et laisse, en refluant, sur ma levre morose Le souvenir cuisant de son limon amer. – Ta main se glisse en vain sur mon sein qui se pame ; Ce qu’elle cherche, amie, est un lieu saccage Par la griffe et la dent feroce de la femme. Ne cherchez plus mon c? ur ; les betes l’ont mange. Mon c? ur est un palais fletri par la cohue ; On s’y soule, on s’y tue, on s’y prend aux cheveux ! – Un parfum nage autour de votre gorge nue !… O Beaute, dur fleau des ames, tu le veux ! Avec tes yeux de feu, brillants comme des fetes, Calcine ces lambeaux qu’ont epargnes les betes ! Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1857. 10 Document C Le rendez-vous perpetuel

J’ecris contre le vent majeur et n’en deplaise A ceux-la qui ne sont que des voiles gonflees Plus fort souffle ce vent et plus rouge est la braise 5 L’histoire et mon amour ont la meme foulee J’ecris contre le vent majeur et que m’importe Ceux qui ne lisent pas dans la blondeur des bles Le pain futur et rient que pour moi toute porte Ne soit que ton passage et tout ciel que tes yeux Qu’un tramway qui s’en va toujours un peu t’emporte 10 Contre le vent majeur par un temps nuageux J’ecris comme je veux et tant pis pour les sourds Si chanter leur parait mentir a mauvais jeu. HATIER 15 Il n’y a pas d’amour qui ne soit notre amour La trace de tes pas m’explique le chemin C’est toi non le soleil qui fais pour moi le jour Je comprends le soleil au hale de tes mains Le soleil sans l’amour c’est la vie au hasard Le soleil sans l’amour c’est hier sans demain 20 Tu me quittes toujours dans ceux qui se separent C’est toujours notre amour dans tous les yeux pleure C’est toujours notre amour la rue ou l’on s’egare C’est notre amour c’est toi quand la rue est barree C’est toi quand le train part le c? r qui se dechire C’est toi le gant perdu pour le gant depare 25 C’est toi tous les pensers qui font l’homme palir C’est toi dans les mouchoirs agites longuement Et c’est toi qui t’en vas sur le pont des navires Toi les sanglots eteints toi les balbutiements Et sur le seuil au soir les aveux sans paroles Un murmure echappe des mots dits en dormant Le sourire surpris le rideau qui s’envole Dans un preau d’ecole au loin l’echo des voix Un deux trois des enfants qui comptent qui s’y colle 0 35 La nuit le bruire des colombes sur le toit La plainte des prisons la perle des plongeurs Tout ce qui fait chanter et se taire c’est toi Et c’est toi que je chante avec le vent majeur. Louis Aragon, Amour d’Elsa, 1947. ©HATIER