Dissertation

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Heloise, roman epistolaire, 1761. • Le contrat social, essai de philosophie politique, 1762. • Emile ou De l’education, traite d’education, 1762 Etapes et fondements de l’oeuvre autobiographique de Rousseau • Les Confessions • Les dialogues, Rousseau juge de Jean-Jacques • Les Reveries du promeneur solitaire, 1776-1778, publication posthume en 1782. [pic] L’oeuvre critique de Rousseau Discours sur les sciences et les arts, dissertation philosophique et morale, 1750. Rousseau s’oppose aux idees developpees par Voltaire dans les Lettres philosophiques et dans Le Mondain.

Le Discours se compose de deux parties : dans la premiere, il convoque des exemples tires de l’histoire de Sparte, d’Athenes et de Rome, puis de celle des etats modernes. Il constate ainsi que le progres aboutit a la corruption des m? urs d’une societe. Dans la seconde partie, Rousseau apporte une explication theorique des faits precedemment constates. Discours sur l’origine de l’inegalite parmi les hommes, essai de philosophie politique, 1755. Rousseau repond encore a une question posee par l’Academie de Dijon : « Quelle est l’origine de l’inegalite parmi les hommes ; et si elle est autorisee par la loi naturelle. Selon lui, l’inegalite parmi les hommes nait essentiellement de la propriete, qui elle-meme decoule de l’evolution de l’homme et

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de son eloignement de l’etat de nature. Cet etat, evoque dans la premiere partie du discours, doit etre considere comme ce qu’il est : une utopie, un etat ideal dans lequel la nature humaine peut se developper dans toute sa perfection. Il s’agit donc d’une reference philosophique, non d’un repere historique reperable sur un axe temporel. L’homme originel est simple et

Julie ou La Nouvelle Heloise, roman epistolaire, 1761. Dans les Confessions, Rousseau se souvient de ses premieres lectures : ce sont les romans d’amours laisses par sa mere. Ces lectures, faites avec avidite, font sur le jeune Jean-Jacques une tres forte impression. C’est, dit-il, le « temps d’ou je date la conscience de moi-meme ». Plus tard, son imagination exaltee lui fait concevoir des objets propres a la fixer, et c’est ce qui l’aide a supporter les mauvais traitements de son maitre, le graveur Ducommun.

Mais parallelement, Rousseau nourrit une grande mefiance a l’egard du genre romanesque, qui exalte de facon dangereuses les illusions du lecteur, ou plus exactement de la lectrice, car le public romanesque est principalement feminin. Pourtant, c’est le roman qui semble la forme la plus adaptee a un projet qui nait en 1756, alors que Rousseau vit retire a l’Ermitage, aupres de Madame d’Epinay : son c? ur aimant ne trouve pas d’objet ou fixer son affection. Alors, il invente des etres selon son c? r, deux jeunes femmes, l’une brune et l’autre blonde, l’une vive et l’autre douce, avec lesquelles il echangerait toute une correspondance. C’est ainsi que s’ebauche la Nouvelle Heloise, et que les personnages de Julie, Claire et Saint-Preux s’elaborent. La forme epistolaire permet une multiplication des points de vue et une variete des voix, propres a creer une composition symphonique que devait apprecier Rousseau, par ailleurs auteur d’un opera. L’heroine, Julie d’Etanges, aime Saint-Preux, son precepteur. Cet amour est pur et vertueux, innocent selon la nature.

La purete des sentiments est egalement representee par l’amitie qui unit les deux jeunes gens et Claire. Mais la societe contrarie les amours innocentes : Julie doit epouser Monsieur de Wolmar, et malgre sa volonte de resister a ses sentiments, elle finit par succomber. En effet, alors que la nature est franche, la societe produit le mensonge et tolere l’adultere. Julie refuse ce mensonge social et se confie a son mari, qui la soutient et lui renouvelle sa confiance en rappelant Saint-Preux : dans la microsociete ideale de Clarens, la liberte, la vertu, le bonheur et la verite regnent.

Clarens est sans doute la reponse a l’aporie soulevee dans le Discours sur l’inegalite : l’etat de nature est perdu pour jamais, et les degradations dues au progres sont irreversibles, mais il est possible au moins en theorie de creer un etat ulterieur, qui retablirait les conditions de l’etat de nature dans une societe maitrisee. C’est un monde selon le c? ur de Rousseau, ou vit une communaute heureuse. Autre paradoxe : c’est un roman, genre qui par excellence est souvent decrie pour son immoralite, qui propose le tableau edifiant de la lutte victorieuse de la vertu contre les passions.

Le combat de Julie et de Saint-Preux ne se deroule pas sans souffrances ni sans difficultes. La mort heroique de Julie est certes consecutive au sauvetage d’un de ses enfants de la noyade. Mais elle parait sur son lit de mort comme une martyre, une figure quasi-christique du sacrifice a la vertu. C’est donc dans le cadre d’une fiction que Rousseau va developper ses theories morales, adaptant ainsi les moyens a la fin : c’est que le public auquel l’auteur veut s’adresser est justement ce lectorat mondain et feminin, grand amateur de romans. Le contrat social, essai de philosophie politique, 1762.

Rousseau etablit que toute legitimite politique se fonde sur la communaute et la volonte generale. Ainsi, si nul n’a le droit d’aliener au profit d’un autre sa liberte morale et civique, il est souhaitable que les hommes concluent entre eux un pacte, un contrat : l’individu renonce a une liberte absolue et se soumet aux regles dictees par l’interet general. En echange, la communaute garantit la securite de chacun et le respect des regles et des droits ainsi etablis. Rousseau s’inspire en partie des idees de Montesquieu et des theories de Hobbes et Locke.

Le Contrat Social est essentiel dans l’histoire des idees politiques : les revolutionnaires, comme Robespierre ou Saint-Just y trouveront une source d’inspiration, ainsi que la declaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789. Emile ou De l’education, traite d’education, 1762 On a vu comment la Nouvelle Heloise tentait de repondre au moins partiellement au probleme souleve par l’opposition apparemment irreductible entre nature et culture. L’Emile aborde la question sous l’angle pedagogique en proposant un ideal d’education qui forme un etre a la fois sociable et non denature.

La societe a laquelle Emile est prepare est celle du Contrat social. Le traite est compose de cinq livres retracant les etapes chronologiques de ce programme educatif. Le livre I est consacre a la premiere enfance, et aux toutes premieres impressions et sensations. Le livre II suit l’enfant, en gros de deux a sept ans : le precepteur guide le developpement de sa sensibilite et de son raisonnement. L’experience pratique, la decouverte par soi-meme, ainsi que l’education physique jouent un grand role. Le livre III (de sept a douze ans) aborde l’education de l’intelligence : l’observation de la nature fournit la matiere a es lecons d’astronomie, de physique, etc. Dans le meme temps, Emile est forme a un metier manuel, pour etre capable au besoin de gagner sa vie : il sera menuisier. Dans le livre IV, Emile a seize ans : la vie morale et sensible s’eveille en lui. Il est temps d’aborder les questions de sexualite, de morale et de religion. C’est ici que prend place la celebre Profession de foi du vicaire savoyard, dans laquelle Rousseau definit la religion naturelle. Dans le livre V, il s’agit de marier Emile. Il rencontre, aime et epouse Sophie, une jeune fille que l’on a elevee dans les memes principes que lui.

C’est ainsi qu’est envisage le probleme de l’education des filles. L’ouvrage est condamne par le Parlement, en particulier a cause de la Profession de foi du vicaire savoyard. Ce programme pedagogique ideal offre une vision novatrice de l’enfance. Etapes et Fondements de l’oeuvre autobiogarphique Les Confessions Des 1761, Rousseau a pense aux Confessions, juste apres avoir termine la Nouvelle Heloise. L’idee de depart lui est donnee par son libraire (on dirait aujourd’hui son editeur) suisse, Rey, qui lui demande d’ecrire sa vie pour faire une preface a ses ? vres completes. Rousseau accepte pour plusieurs raisons : – Il a vecu en decembre 1761 une crise au cours de laquelle il s’est cru mourant (une sonde s’est cassee dans son uretre). Il a alors epouse Therese et fait rechercher ses enfants. Il souhaite rentrer dans un certain ordre social, dresser le bilan de sa vie, reparer ses fautes, ecrire une sorte de testament. Cependant, ce projet de preface reste sans suite. – 1762 est l’annee d’une deuxieme crise, celle d’un homme de lettres dont on veut mutiler et faire disparaitre l’? uvre.

En particulier, la persecution par les autorites dont il est l’objet est en partie a l’origine de l’angoisse du complot. Le 9 juin, Rousseau est decrete de prise de corps par les autorites genevoises et le 1er juillet, invite a quitter le canton. Le 10 juillet 1762, Rousseau ecrit a Frederic II de Prusse pour lui demander asile dans une enclave prussienne, a Motiers, dans le Val de Travers. Il y reside jusqu’en septembre 1765. Le 29 juillet 1762 meurt Madame de Warens. Il entreprend la redaction des Confessions. Fin 67 il acheve les 6 premiers livres (sa vie de 1712 a 1742).

Pendant ce temps, la persecution continue : durant l’automne 1763, le procureur general Tronchin publie les Lettres ecrites de la campagne, justifiant la condamnation de Rousseau par le grand conseil genevois. Rousseau repond le 9 juin 1764 par les Lettres ecrites de la montagne. Le 27 decembre, Le sentiment des citoyens apprend que l’auteur de l’Emile a depose ses enfants aux Enfants-Trouves. Le texte est de Voltaire. En 1765, Les Lettres ecrites de la montagne sont brulees a La Haye puis a Paris. A Motiers, le 6 septembre, un preche excite la population contre lui ; la maison de Rousseau est lapidee dans la nuit.

Rousseau se refugie sur l’ile Saint Pierre. En 1771, sous la pression de Mme d’Epinay, qui redoute les indiscretions des Confessions, la police interdit les lectures publiques des 6 derniers livres. Peu a peu, Rousseau acquiert la conviction d’un complot universel Les dialogues, Rousseau juge de Jean-Jacques C’est dans cet etat d’esprit qu’il ecrit entre1772 et 1776 les Dialogues ou Rousseau juge de Jean-Jacques, justification virulente et agressive. Le 24 fevrier 1776, il se dirige vers le ch? ur de Notre Dame avec l’intention de deposer son ? uvre justificatrice sur l’autel.

Des grilles qu’il n’avait pas vues jusque-la l’en empechent. Rousseau eprouve tout d’abord un vertige de sentir que Dieu aussi est ligue contre lui. Puis il se rend compte que la Providence lui envoie un signe pour lui indiquer qu’il doit chercher un destinataire comprehensif. La crise de 1761 avait occasionne un echange de lettres avec Malesherbes, directeur de la librairie royale, qui tente alors de l’apaiser. En janvier 1762 il ecrit Les lettres a Malesherbes, quatre lettres successives, « sans brouillon, rapidement, a traits de plume », qu’il a ensuite considerees comme l’ebauche des Confessions.

Ces lettres constituent un autoportrait thematique ou se manifeste un besoin anxieux de se justifier et de s’expliquer qui ne cessera de hanter Rousseau. 1765-1770 (edition posthume 1782-89) : les 12 livres des Confessions. Une entreprise du domaine non de la verite mais de l’authenticite. « Celle-ci n’exige pas que la parole reproduise une realite prealable, mais qu’elle produise sa verite dans un developpement libre et ininterrompu » (Starobinski) Quelques remarques sur l’autobiographie : Definitions de l’autobiographie Pour Jean Starobinski, trois conditions sont necessaires : Une identite du narrateur et du personnage principal (le heros de sa narration) – Majoritairement la narration et non la description – La notion de parcours ou de trace d’une vie. La reflexion autobiographique etablit un double ecart : – Un ecart temporel – Un ecart d’identite (entre le « je » actuel, sujet, et le « moi » revolu, objet) Definition de P. Lejeune (Le pacte autobiographique) : « recit retrospectif en prose qu’une personne reelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur la vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalite. Cette definition se fonde sur differentes categories : – La mise en forme du langage (recit en prose) – La situation de l’auteur (identite auteur-narrateur) – La position du narrateur (identite narrateur-personnage principal) Les differents pactes – Le pacte autobiographique : Affirmation dans le texte de l’identite auteur-narrateur-personnage. Choix de s’exprimer a la premiere personne. Le pacte est scelle par le nom. – Le pacte referentiel : Il inscrit le texte dans le champ d’expression de la verite. Affirme l’authenticite (a differencier de l’exactitude).

La verite de l’existence reelle est inverifiable, mais le texte affirme sa verite propre. Donne du modele une idee subjective : impossible reference au hors-texte, inverifiable par ailleurs. Rousseau propose une verite interieure. Specificite des Confessions Rousseau emprunte le titre de son livre a Saint Augustin, theologien et philosophe, pere de l’eglise latine du IVe siecle. Il raconte sa jeunesse et ses erreurs pour rendre grace a Dieu de lui avoir permis de se convertir, mais aussi « afin que quiconque le lise, et moi-meme, nous concevions la profondeur de l’abime d’ou il nous faut crier vers vous ».

Autre influence, les Essais de Montaigne : « C’est un livre de bonne foi, lecteur » (Essais, avant-propos). L’ecriture de soi lui permet de comprendre les origines et l’evolution de sa pensee. C’est un ouvrage dont la vocation est en grande partie philosophique. Rousseau lui reproche de s’etre peint « de profil ». Mais le but n’est pas exactement le meme. Il y a donc des predecesseurs qui l’ont influence, mais Rousseau revendique l’originalite et l’unicite de son projet. On pourra lire a cet egard la premiere page des Confessions. Les Confessions posent le probleme de la definition du moi, de la sincerite et de la verite.

Quelle peut etre la place du lecteur : simple destinataire, temoin, juge ? Quelles sont les raisons qui ont motive la redaction des Confessions ? Certaines, notamment la transparence, sont affichees par Rousseau, notamment dans le preambule, d’autres se devoileront au fil de la lecture. Les Reveries du promeneur solitaire, 1776-1778, publication posthume en 1782. C’est un Rousseau apaise qui s’exprime, malgre le complot toujours present a son esprit. « Me voici donc seul sur la terre », est la constatation qui inaugure les Reveries.

Dans les dix « promenades » qui composent cet ouvrage, il evoque son passe, mais aussi ses promenades champetres et les reveries qu’elles provoquent, le plaisir qu’il eprouve a herboriser ou a se laisser envahir par le mouvement de l’eau. L’ecriture est un moyen de retrouver intact le plaisir de ces instants heureux et de les revivre quand bon lui semble. La vie retiree qu’il mene, grace a sa conscience solitaire, n’est plus la consequence de l’exclusion universelle imposee par ses ennemis, mais un etat accepte et revendique. L’extrait qui suit est tire de la cinquieme romenade : Rousseau evoque les moments de bonheurs passes sur l’ile Saint-Pierre. La tonalite de ce passage annonce l’emotion lyrique de Bernardin de Saint Pierre, auteur de Paul et Virginie, et plus tard des romantiques. Quand le soir approchait , je descendais des cimes de l’ile et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac sur la greve dans quelque asile cache ; la le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon ame toute autre agitation la plongeaient dans une reverie delicieuse ou la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse apercu.

Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu mais renfle par intervalles frappant sans relache mon oreille et mes yeux suppleaient aux mouvements internes que la reverie eteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser.

De temps a autre naissait quelque faible et courte reflexion sur l’instabilite des choses de ce monde dont la surface des eaux m’offrait l’image : mais bientot ces impressions legeres s’effacaient dans l’uniformite du mouvement continu qui me bercait, et qui sans aucun concours actif de mon ame ne laissait pas de m’attacher au point qu’appele par l’heure et par le signal convenu je ne pouvais m’arracher de la sans effort. Rousseau, Reveries du promeneur solitaire, Cinquieme Promenade. Nathalie Cros