Dissert

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POESIES DIVERSES (NERVAL) Texte: Epitaphe Il a vecu tantot gai comme un sansonnet, Tour a tour amoureux insoucieux et tendre, Tantot sombre et reveur comme un triste Clitandre, Un jour il entendit qu’a sa porte on sonnait. C’etait la Mort ! Alors il la pria d’attendre Qu’il eut pose le point a son dernier sonnet ; Et puis sans s’emouvoir, il s’en alla s’etendre Au fond du coffre froid ou son corps frissonnait. Il etait paresseux, a ce que dit l’histoire, Il laissait trop secher l’encre dans l’ecritoire. Il voulait tout savoir mais il n’a rien connu. Et quand vint le moment ou, las de cette vie, Un soir d’hiver, enfin l’ame lui fut ravie,

Il s’en alla disant : « Pourquoi suis-je venu ? » Commentaire: Ce poeme de Gerard DE NERVAL est un sonnet. Le titre « Epitaphe », etymologiquement « qui se celebre sur un tombeau » fait reference a l’inscription funebre placee sur une pierre tombale. Ce texte met en evidence la rencontre d’un homme avec sa propre mort et nous invite alors a nous demander: quels sont les differents visages de l’homme face a la mort? Notre cheminement s’articule autour de trois etapes relatives a cette ultime rencontre: la mort tue

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l’homme et son corps, la mort rattrape l’ecrivain et son ‘ uvre, et l’acteur et son ame face a la

Mort. Pour l’auteur, la mort est d’abord apprehendee comme un vandale qui tuerait l’homme en abimant son corps. On decouvre les etats d’ame de l’homme traduits par l’antithese de termes melioratifs et pejoratifs avec « triste » / « gai » ou encore « insoucieux » / « sombre », et par des repetitions: « tantot », « tantot », « tour a tour ». Le personnage evolue, fluctue sans cesse et nage dans une forme d’inconstance qu’il espere passagere. On peut donc affirmer qu’il cherche un moyen d’atteindre le bien-etre, le contentement avant sa mort.

Aussi, observe-t-on une accumulation d’adjectifs comme « amoureux », « tendre », « reveur » et des alliterations en « t » et en « r »: « tour a tour », « tantot, sombre et reveur » qui suggerent le trouble et la tristesse chez l’homme. De plus, l’homme apparait anonyme avec le pronom personnel « il » et la mort impersonnelle avec le pronom impersonnel « on ». La notion de temps est egalement introduite par plusieurs indicateurs temporels tels que « un jour », « tantot », « puis », « alors », « le moment ou », « un soir d’hiver ». L’existence du personnage semble fondee sur le rythme.

Elle constitue une sorte d’acheminement cadence vers la mort. Ainsi, il convient de dire que l’homme est versatile face a la mort. Il subit amerement les etats d’ame de la vie, et plonge dans un ocean de tourments. L’homme affiche d’abord le visage du desequilibre. L’auteur concoit ensuite la mort tel un censeur litteraire qui suspendrait le travail de l’ecrivain. Le sonnet est marotique car il est compose de deux quatrains en rimes embrassees et de deux tercets avec une rime plate et une rime embrassee. Le travail d’ecriture est revele par des alexandrins en rimes riches comme « tendre / Clitandre / attendre / etendre ».

Nous pouvons egalement souligner le champ lexical de l’ecriture: « sonnet », « encre », « ecritoire ». Puis l‘auteur manifeste sa volonte d‘immortalite. On remarque le champ lexical de la Mort avec « dernier », « mort », « coffre froid », « posthume », « epitaphe », « a vecu ». Le personnage a pleinement conscience de son declin progressif. Il n’apprehende pas la mort, il veut juste subsister dans la memoire collective. Le rythme binaire : « tout savoir » / « rien connu », et l’opposition entre « paresseux » et « trop » rebondissent sur ce vif desir de l’ecrivain. Par consequent, l’homme est aussi convoiteux face a la mort.

Il espere occuper les consciences a perpetuite grace a son  »uvre, l’histoire de sa vie. L’homme affiche deuxiemement le visage de la survivance. Enfin, l’auteur oppose la mort avec l’ame de l’acteur. Il nous propose donc d’assister a une representation theatrale d’ou cette reference a « Clitandre », piece de theatre de Pierre Corneille. Sitot, il met en scene ses deux personnages et les depouille de leur caractere primaire. Pour cela, il use d’une comparaison/animalisation avec « comme un sansonnet », d’une personnification : « Mort », et de l’allegorie suivante « C’etait la Mort ! . La mort devient maintenant perceptible, charnelle et cesse d’etre une entite chimerique. Nous avons desormais deux etres vivants qui s’opposent: le protagoniste et l’antagoniste. Nous constatons subsequemment une antithese avec les verbes d’action et d’inaction tels que « alla », « etendre », « attendre » afferents a la Vie, et les alliterations en « p », « f » et « s » : « pria », « pose », « point », « fond », coffre froid », frissonnait », « sans s’emouvoir », « sans s’etendre » evoquant la supplication et la froideur durant la lente agonie de l’homme.

En dernier lieu, on note un jeu entre l’acteur et le spectateur/lecteur par la focalisation externe « a ce que dit l’histoire » et le discours direct : « Pourquoi suis-je venu ? ». L’homme attend une reponse exterieure qui pourrait le tranquilliser, le liberer de ses affres. Le spectateur devient a la fois temoin et complice ; il est la preuve que son ‘ uvre a survecu a la mort et repond ainsi au questionnement de l’auteur qui est venu pour ecrire des poemes. Au total, il importe de saisir que l’homme est egalement demandeur face a la mort.

Il sollicite l’avis d’autrui. L’homme affiche ultimement le visage de la requete. En definitive, Gerard DE NERVAL expose finement les differents visages de l’homme face a la mort. Il retrace les derniers instants d’un individu, qui conscient de son trepas a venir, varie les figures. D’abord celle du desequilibre ou il apparait inconstant, celle de la survivance ou il manifeste son souhait d’immortalite et enfin, celle de la requete ou il escompte l’appui des spectateurs/lecteurs. La mort n’est pas en reste.

Elle joue trois roles distincts : ecorcheuse, elle abime l’homme et son corps; censeur litteraire, elle rattrape l’ecrivain et son ‘ uvre; et antagoniste, elle s’oppose a l’acteur et son ame. Ainsi, le texte exploite la pluralite du moi. La mort est un sujet universel qui a ete aborde par de nombreux auteurs d’une maniere differente et lors d’autres situations. Dans ses Poemes a Lou, Appolinaire, au front de la Premiere Guerre Mondiale, ecrit a son amante; dans Les Contemplations, Hugo ecrit a sa fille Leopoldine morte dans un accident ; dans Derniers Vers, Ronsard, sur son lit de mort, ecrit a ses amis.