Desir

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Faut-il lib’rer le d’sir ou se lib’rer du d’sir? (Introduction) Le d’sir se d’finit comme la recherche d’un objet que l’on imagine ou sait ‘tre source de satisfaction. Si nous le d’sirons c’est parce qu’il nous fait d’faut et que cette absence g’n’re en nous une souffrance. Aussi semble-t-il naturel pour celui qui veut atteindre le bien-‘tre, le bonheur de satisfaire ses d’sirs. D’ailleurs le d’sir semble ‘tre le meilleur moteur qui pousse l’homme ‘ agir, ‘ se surpasser afin d’obtenir une satisfaction, quelconque soit cette derni’re.

En m’me temps, cette course pour l’obtention de l’objet d’sir’, peut prendre la forme d’une passivit’, d’une d’pendance o’ l’homme n’est plus ma’tre de lui, est capable de tout sacrifier pour satisfaire son manque, manque qui ne trouve jamais de satisfaction puisqu » peine assouvi, le d’sir rena’t en se concentrant sur un nouvel objet. D’s lors, nous pouvons nous demander s’il faut laisser libre-cours au d’sir, satisfaire tous ces d’sirs, en ce sens qu’il est la force de l’activit’ humaine sans laquelle il semble qu’aucune r’alisation ou bonheur ne soient possibles, ou au contraire faut il y renoncer puisqu’il fonctionne en nous comme une orce aveugle o’ naissent l’inqui’tude, le risque d »puisement, de frustration, de

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d’pendance et parfois voire de maladie. Autrement dit faut-il lib’rer le d’sir ou se lib’rer du d’sir? Le bonheur de l’homme pet il s’accomplir dans le d’sir ou dans son refus? Nous verrons que si le d’sir est bien un r’servoir de force et d »nergies seules susceptibles de satisfaire l’homme, alors le lib’rer constituerait un acc’s ‘ son d’veloppement et ‘ son bonheur.

N’anmoins, l’ambigu’t’ du d’sir consiste en ce qu’il est aussi bien plaisir que manque, activit’ que passivit’, espoir que d’sespoir, et dans tous les cas l’homme est prisonnier de cette tendance qui l’emporte malgr’ lui. Alors mieux vaut s’en lib’rer afin d »viter la souffrance contraire ‘ la qu’te du bonheur. Mais ce choix face ‘ l’attitude ‘ adopter par rapport au d’sir ne nous enferme-t-elle pas dans une alternative du tout ou rien, qui dans les deux cas rend impossible tout v’ritable bonheur?

N’est-ce pas plut’t dans la ma’trise des d’sirs que l’homme peut trouver son ‘panouissement? (I. Pourquoi laisser libre-cours au d’sir? ) Si l’homme d’sire, c’est parce qu’il n’est pas parfait ni auto-suffisant. S’il l »tait il n’aurait pas besoin d’aller chercher en dehors de lui ce qui lui est n’cessaire pour assurer son existence. Or, l’homme est un ‘tre de manque et le d’sir constitue cette tendance naturelle qui le pousse vers un objet qu’il imagine pouvoir le satisfaire.

C’est ainsi que dans l’Ethique, Spinoza d’finit le d’sir comme un ‘effort pour pr’server sans son ‘tre’, c’est-‘-dire ce qui lui permet non seulement de survivre mais d’accro’tre sa puissance, de d’velopper toutes ses potentialit’s. L’homme ne peut donc s’emp’cher de d’sirer et il le peut d’autant moins qu’il vit au sein du monde o’ interagissent les corps dont il est affect’ et sont autant de sollicitation pour lui (les autres hommes et tous les biens propos’e par la soci’t’).

Lorsque l’homme parvient ‘ poss’der l’objet d’sir’, il en obtient une satisfaction, qui se ressent dans des sentiments positifs que ce soit le plaisir sensuel, la joie, le bien-‘tre ou l’estime de soi. Tout sentiment qui contribue au bonheur. Le bonheur se d’finit d’ailleurs comme satisfaction des d’sirs. Nous pouvons d’s lors comprendre le discours de Callicl’s dans Gorgias de Platon pour qui le mode de vie ‘ adopter est celui qui consiste ‘ mettre toute son existence toute son intelligence et son courage au service de la satisfaction des d’sirs.

Et si le d’sir est en m’me temps manque et peut-‘tre tristesse ou sentiment d’impuissance lorsqu’il n’est pas satisfait, l’on peut remarquer que nous ne pouvons prendre conscience du bonheur que lorsque nous avons souffert, et que les privations, le labeur que g’n’re la qu’te d’un d’sir font partie de l’existence normale et constitue sa valeur. C’est en effet le d’sir qui a permis ‘ l’homme de r’aliser son humanit’, c’est-‘-dire de d’velopper la civilisation et de construire son histoire. S’il s »tait content’ de la seule satisfaction des besoins vitaux, jamais il ne serait sorti de sa condition primitive.

Le d’sir l’a pouss’ au contraire, ‘ vouloir toujours plus, ‘ ne jamais se contenter de sa satisfaction, mais ‘ d’sirer l’impossible pour le rendre possible. Il a permis le d’veloppement de ses autres facult’s comme la raison, et avec le progr’s des techniques, des sciences et de la culture, c’est ainsi que Hegel dans La raison dans l’histoire a pu affirmer que ‘rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion’. Et c’est l »go’sme tant reproch’ aux passion auxquelles les hommes sont capables de tout sacrifier qu’est d’ le progr’s de l’histoire de toute l’humanit’.

Lib’rons le d’sir et alors nous cr’ons les projets et leur r’alisation. La positivit’ du d’sir tient ‘ ce qu’il soit producteur du r’el. Dans cette perspective, se lib’rer du d’sir reviendrait ‘ jouer contre la vitalit’ et les progr’s de l’homme. Si l »go’sme du d’sir et sa course effr’n’e sont susceptibles d’un d’ni c’est dans une autre perspective qui est axiologique c’est-‘-dire morale. (II. Pourquoi se lib’rer du d’sir? ) Si le d’sir constitue bien l’essence de l’homme, cela signifie qu’il sera toujours dans sa poursuite, autrement dit qu’il ne trouvera jamais de satisfaction pleine et durable.

En ceci r’side sa contradiction propre puisqu’il veut ‘tre satisfait et en m’me temps continuer ‘ d’sirer. C’est pour cette raison qu » peine assouvi il rena’t et se porte sur un autre objet. Sans d’sir, l’homme se sent moins exister et ‘meurt’ d’ennui en quelque sorte. Aussi est-il toujours en qu’te. Le d’sir se nourrit de lui-m’me pour continuer ‘ exister. Mais fatalement, il ne peut ‘tre que course ‘puisante, insatisfaction et souffrance perp’tuelles. Puisqu’il se veut lui-m’me, aucun objet ne pourra le satisfaire et il sera sans fin. Dans ces conditions satisfaire ses d’sirs ne permet pas d’obtenir le bonheur.

Si le d’sir ne peut s’arr’ter de d’sirer, l’individu ne peut qu »tre d’pendant et prisonnier de ce mouvement incontr’lable. Le d’sir le prive donc de sa libert’: il s’impose ‘ lui et malgr’ lui, il ne d’cide pas de lui ob’ir. Qui veut le fin veut les moyens et donc pour se satisfaire le d’sir peut incliner l’homme ‘ tout sacrifier, ‘ se d’tourner du reste de la r’alit’, ‘ jouer contre le vie elle-m’me. Cela est le plus flagrant dans la passion: celle du jeu ou des sports d’extr’me. L’homme d’sire souvent en d’pit des convenances morales et de la valeur propre de l’objet d’sir’, car c’est le d’sir qui cr’e la valeur de celui-ci.

Nous ne d’sirons pas un objet parce qu’il est d’sirable, mais c’est parce que nous le d’sirons qu’il devient d’sirable. Il nous fait tomber dans l’illusion et celle-ci est double. L’homme id’alise son objet, c’est-‘-dire qu’il le pare de qualit’s et perfections qu’il imagine, ce que Stendhal dans De l’amour a appel’ le processus de sublimation et de cristallisation, et de plus il lui fait croire que sans l’obtention de cet objet et en dehors de lui, la r’alit’ est sans valeur: ‘un seul ‘tre vous manque et toute la terre est d’peupl’e’.

Il ne peut donc qu »tre prisonnier de son d’sir et malheureux s’il est priv’ de son objet. Mais les cons’quences du d’sir ne portent pas seulement sur le bonheur priv’ de l’homme, mais ‘galement sur le bien commun de la soci’t’: les femmes sont victimes du d’sir changeant de Dom Juan de m’me que la satisfaction de tous les d’sirs voulue de Callicl’s est incompatible avec la vie en soci’t’ ‘ moins de vouloir, comme lui, ‘tablir son fondement que le droit du plus fort. Le d’sir ‘go’ste de chacun doit donc trouver une limite qui est impos’e par la soci’t’ par le biais des lois qu’elles soient juridiques ou morales.

Le passage ‘ l »tat social, tel que le d’crit Hobbes dans le L’viathan, n’est possible que par le renoncement total ‘ sa libert’ de d’sirer et poss’der tout ce que sa force permet. Selon lui, c’est le d’sir et les trois passions qu’il g’n’re: la rivalit’, la m’fiance et la fiert’ qui rendent les rapports spontan’s et primitifs entre les hommes conflictuels. Est-ce ‘ dire que la vie en soci’t’ ‘ laquelle nous sommes tous soumis, nous oblige ‘ nous lib’rer du d’sir au sens d’y renoncer de m’me que pour nous lib’rer de son emprise il faudrait le refuser? (III. La ma’trise des d’sirs)

Se lib’rer du d’sir signifierait y renoncer ou encore l »radiquer de notre existence. Ce renoncement est propos’ par certaines sagesses philosophique et religieuses. Lorsque les Sto’ciens affirment que la sagesse consiste en une attitude de la volont’ qui doit accepter la r’alit’ et ses ‘v’nements, ils pr’conisent surtout une morale de l’acception qui s’enracine dans l’id’e d’une destin’e propre ‘ chacun qu’on ne peut changer. Or nous pouvons toujours refuser cette id’e de destin. De plus, les Sto’ciens semblent accorder plus de valeur ‘ la vertu qu’au bonheur.

Mais la pratique de l’asc’tisme ‘ laquelle ils nous exhortent n’est-elle pas inhumaine? Ne s’agit-il pas d »radiquer ce qui ne peut l »tre: sa propre nature? Et par exemple le v? u de chastet’ impos’ aux pr’tres catholiques est-il tenable et n’entra’ne-t-il pas parfois des d’sirs d’voy’s condamn’e par la soci’t’? De plus ce renoncement ne peut-il pas ‘tre vu comme contradictoire et par l’-m’me auto d’truisant? Il revient ‘ une seule chose ne plus vouloir d’sirer. Mais cette volont’ qu’est-elle d’autres si ce n’est le d’sir? Kant le d’finit comme la facult’ sup’rieure de d’sirer. Autrement-dit, il s’agirait de d’sirer ne plus d’sirer.

Cette id’e est bien contradictoire car c’est le d’sir lui -m’me qui voudrait sa propre mort. Or le d’sir veut continuer ‘ d’sirer et s’il vient ‘ dispara’tre c’est l’homme qui dispara’t avec lui. S’agirait-il alors de renoncer aux d’sirs non naturels et superflus (comme celui du luxe) pour satisfaire seulement les d’sirs naturels n’cessaires comme le pr’conise Epicure? Mais ces derniers ne sont pas vraiment des d’sirs et bien plut’t des besoins. Si une nourriture frugale permet au corps d »tre repu et ‘vite tous les troubles dus aux exc’s, ce mode de vie revient encore ‘ proposer ‘ l’homme une vie d’asc’te.

Or si nous savons que les sollicitations de la soci’t’ contemporaine ‘ consommer, ‘ avoir toujours plus sont excessives et nous rendent d’pendant d’une multitude des biens futiles, est-il pour autant pensable de pouvoir, en son sein, se contenter des besoins et des d’sirs simples sans aspirer ‘ vouloir satisfaire notre confort? Il n’est donc pas n’cessaire de renoncer totalement au d’sir, ce qui serait ni’ notre nature mais aussi l’existence de bons d’sirs. Il s’agit non de lib’rer du d’sir en g’n’ral mais de certains d’sirs mauvais dont nous ne pourrions que subir la force et les cons’quences n’fastes sur notre sant’ physique et morale.

Or quelle est la facult’ en l’homme qui permet de discerner la valeur de chaque d’sir si ce n’est la raison qui est la facult’ de la connaissance? C’est ‘ elle de guider les actions de l’homme, c’est-‘-dire tel le conducteur du char ail’ de Platon dans Ph’dre, de conduire le cheval du d’sir, de le freiner lorsqu’il est trop fougueux, de l’arr’ter quand la direction qu’il prend est mauvaise, mais surtout de choisir le bon chemin et l’ de desserrer les r’nes pour qu’il puisse s »battre.

N’oublions pas que pour Platon la philosophie est l’activit’ humaine ayant le plus de valeur et elle ne se d’finit pas autrement que comme d’sir de sagesse. Encore faut-il savoir quels crit’res la raison doit distinguer les d’sirs, les rejeter ou leur donner son aval? Le premier crit’re est sans doute celui de l’utilit’. Les d’sirs utiles ‘ la conservation de l’homme et ‘ son ‘panouissement, c’est-‘-dire ‘ l’augmentation de sa puissance doivent ‘tre cultiv’s. Ce sont eux qui permettront d’acc’der au bonheur. Le deuxi’me crit’re serait celui de la valeur morale des d’sirs.

En effet, tous ne sont pas compatibles avec la vie en commun. Le choix des d’sirs doit alors tenir compte du respect d’autrui. En s’imposant de ne satisfaire que les d’sirs qui ne sont pas nuisibles aux autres, ce n’est plus seulement le bonheur individuel qui peut ‘tre r’alis’ mais aussi le bonheur collectif. (Conclusion) Lib’rer le d’sir ou se lib’rer du d’sir propose deux attitudes radicales et extr’mes qui ne peuvent contenter l »tre humain. C’est donc en dehors de cette alternative que peut r’sider une existence proprement humaine: celle de la ma’trise des d’sirs.

Le d’sir est le seul moteur de l’activit’ humaine. Mais si nous ne sommes pas capables de l’orienter il nous emportera malgr’ nous, rendant notre qu’te de bonheur impossible. Notre raison seule peut donc nous guider dans la reconnaissance de la valeur de nos d’sirs. Se rendre ma’tre des d’sirs sera alors pourvoir d’cider librement si l’objet d’sir’ d’tient suffisamment de valeur pour que nous nous acharnions ‘ l’obtenir. C’est l’unique mode d’existence par lequel l’homme peut esp’rer un v’ritable ‘panouissement.