Description du quotidien de la ville pendant l’epidemie

Description du quotidien de la ville pendant l’epidemie

Introduction La Peste, de Albert Camus, est un roman comme une tragedie en cinq actes. L’histoire se passe a Oran, un mois d’avril des annees 40, dans une ville laide sur laquelle la peste s’abat. L’extrait decrit le quotidien de la ville pendant l’epidemie. Lecture On pouvait cependant avoir d’autres sujets d’inquietude par suite des difficultes du ravitaillement qui croissaient avec le temps. La speculation s’en etait melee et on offrait a des prix fabuleux des denrees de premiere necessite qui manquaient sur le marche ordinaire.

Les familles pauvres se trouvaient ainsi dans une situation tres penible, tandis que les familles riches ne manquaient a peu pres de rien. Alors que la peste, par l’impartialite efficace qu’elle apportait dans son ministere, aurait du renforcer l’egalite chez nos concitoyens, par le jeu normal des egoismes, au contraire, elle rendait plus aigu dans le c? ur de hommes le sentiment de l’injustice. Il restait, bien entendu, l’egalite irreprochable de la mort, mais de celle-la, personne ne voulait.

Les pauvres qui soufraient ainsi de la faim, pensaient, avec plus de nostalgie encore, aux villes et aux campagnes voisines, ou la vie etait libre et ou le pain n’etait pas cher. Puisqu’on ne pouvait les nourrir suffisamment,

Désolé, mais les essais complets ne sont disponibles que pour les utilisateurs enregistrés

Choisissez un plan d'adhésion
ils avaient le sentiment, d’ailleurs peu raisonnable, qu’on aurait du leur permettre de partir. Si bien qu’un mot d’ordre avait fini par courir qu’on lisait, parfois sur les murs, ou qui etait crie, d’autres fois, sur le passage du prefet : « Du pain ou de l’air. » Cette formule ironique donnait le signal de certaines manifestations vite reprimees, mais dont le caractere de gravite n’echappait a personne.

Les journaux, naturellement, obeissaient a la consigne d’optimisme a tout prix qu’ils avaient recue. A les lire, ce qui caracterisait la situation, c’etait « l’exemple emouvant de calme et de sang-froid » que donnait la population. Mais dans une ville refermee sur elle-meme, ou rien ne pouvait demeurer secret, personne ne se trompait sur « l’exemple » donne par la communaute. Et pour avoir une juste idee du calme et du sang-froid dont il etait question, il suffisait d’entrer dans un lieu de quarantaine ou dans un des camps d’isolement qui avaient ete organises par l’administration.

Il se trouve que le narrateur, appele ailleurs, ne les a pas connus. Et c’est pourquoi il ne peut citer ici que le temoignage de Tarrou. Tarrou rapporte, en effet, dans ses carnets, le recit d’une visite qu’il fit avec Rambert au camp installe sur le stade municipal. Le stade est situe presque aux portes de la ville, et donne d’un cote sur la rue ou passent les tramways, de l’autre sur des terrains vagues qui s’etendent jusqu’au bord du plateau ou la ville est construite. Il est entoure ordinairement de hauts murs de ciment et il avait suffi de placer des sentinelles aux quatre portes d’entree pour rendre l’evasion difficile.

De meme, les murs empechaient les gens de l’exterieur d’importuner de leur curiosite les malheureux qui etaient places en quarantaine. En revanche, ceux-ci, a longueur de journee, entendaient, sans les voir, les tramways qui passaient, et devinaient, a la rumeur plus grande que ces derniers trainaient avec eux, les heures de rentree et de sortie des bureaux. Ils savaient ainsi que la vie dont ils etaient exclus continuait a quelques metres d’eux, et que les murs de ciment separaient deux univers plus etrangers l’un a l’autre que s’ils avaient ete dans des planetes differentes.

Extrait de La Peste – Albert Camus Annonce des axes Etude I. Un veritable etat de guerre A. Un quotidien difficile Les difficultes de ravitaillement : opposition des familles pauvres aux familles riches (debut de l’extrait), presence de la speculation : hyperbole avec « prix fabuleux » et antithese avec « le marche ordinaire ». Impression d’une situation interminable et insoluble : utilisation importante de l’imparfait (pour les actions longues). Individualisme exacerbe et rendu ordinaire : « jeu normal des egoismes ». B.

Le controle de l’information La censure des journaux : « consigne d’optimisme a tout prix », comme en temps de guerre. Propagande : « exemple emouvant de calme et de sang-froid » = forme d’ironie, car emotion absente de la description et plus de la resignation que du calme. Perte des reperes normaux : « le sentiment, d’ailleurs peu raisonnable » (premier paragraphe). C. Statut particulier du narrateur Distance etonnante du narrateur, qui parle de lui a la troisieme personne : « Il se trouve que le narrateur, appele ailleurs, ne les a pas connus.

Et c’est pourquoi il ne peut citer ici que le temoignage de Tarrou. » =; Strategie litteraire qui consiste a s’appuyer sur un temoignage d’un personnage de l’histoire pour rendre les faits evoques plus vrais. Presence d’ironie qui montre sa prise de position : modalisateurs d’opinion (« naturellement », « A les lire », « n’echappait a personne », « on pouvait avoir », « d’ailleurs peu raisonnable »…) II. Une metaphore : l’occupation nazie pendant la Seconde Guerre Mondiale A. La segregation

La disparition de l’egalite : mot « egalite » repete (premier paragraphe), excepte devant la mort. Antithese entre « l’impartialite efficace » et « le jeu normal des egoismes » =; ambiguite de la maladie qui a comme consequence le contraire de ce a quoi on pourrait s’attendre. La repression de toute revolte : « Du pain ou de l’air » …= etouffement de toute contestation, vite reprimees. B. L’enfermement Le ghetto : champ lexical de la prison = sentinelle, hauts murs de ciment, quarantaine, exclus, portes d’entree, evasion difficile, refermee sur elle-meme.

Les rumeurs, comme celles pendant la guerre sur les camps de concentration, ici « camps d’isolement » = Idee que les prisonniers entendent ce qui se passe a l’exterieur, mais que eux ne sont pas entendus. La ville en quarantaine = metaphore du peuple juif persecute par le regime nazi, coupe des realites du monde exterieur, d’une information objective, victime de la propagande, de la terreur et de l’injustice. Conclusion La Peste s’etend a la notion generale d’existence, a la terreur, a l’exil, a la souffrance, exterieure comme interieure. De la, deux choix : se laisser abattre et croire a une punition ou se revolter et rester unis.