Delinquance

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Marc Leblanc Criminologue – Professeur titulaire retrait’ Facult’ des arts et des sciences – ‘cole de psycho’ducation (1994) « La d’linquance des adolescents » Un document produit en version num’rique par Jean-Marie Tremblay, b’n’vole, professeur de sociologie au C’gep de Chicoutimi Courriel: [email protected] ca Site web p’dagogique’: http://www. uqac. ca/jmt-sociologue/ Dans le cadre de la collection: « Les classiques des sciences sociales » Site web: http://www. uqac. ca/Classiques_des_sciences_sociales/ Une collection d’velopp’e en collaboration avec la Biblioth’que

Paul-‘mile-Boulet de l’Universit’ du Qu’bec ‘ Chicoutimi Site web: http://bibliotheque. uqac. uquebec. ca/index. htm Cette ‘dition ‘lectronique a ‘t’ r’alis’e par Jean-Marie Tremblay, b’n’vole, professeur de sociologie au C’gep de Chicoutimi ‘ partir de’: Marc LE BLANC, ‘La d’linquance des adolescents’, in ouvrage sous la direction de Fernand Dumont, Simon Langlois et Yves Martin, Trait’ des probl’mes sociaux. Chapitre 13, pages 279 ‘ 300. Qu’bec: Institut qu’b’cois de recherche sur la culture, 1994, 1164 pages. Criminologue, professeur titulaire retrait’

Facult’ des arts et des sciences – ‘cole de psycho’ducation, Universit’ de Montr’al. [Autorisation formelle accord’e par l’auteur le 18 mai 2005. Courriel’: marc. [email protected] ca liste partielle des publications de M. Marc Leblanc, criminologue: http://www. psyced. umontreal. ca/personnel/LeBlancMarc. htm Polices de caract’res utilis’e’: Pour le texte: Times, 12 points. Pour les

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citations’: Times 10 points. Pour les notes de bas de page’: Times, 10 points. ‘dition ‘lectronique r’alis’e avec le traitement de extes Microsoft Word 2001 pour Macintosh. Mise en page sur papier format LETTRE (US letter), 8. 5 » x 11 ») ‘dition num’rique r’alis’e le 20 mai 2005 ‘ Chicoutimi, Ville de Saguenay, province de Qu’bec, Canada. Table des mati’res Introduction 1. Le ph’nom’ne de la d’linquance 1. 1 La d’linquance officielle a) Trajectoire ‘ long terme et variations r’gionales b) Les bandes d’linquantes c) Un mod’le pour r’pertorier les facteurs 1. 2 La d’linquance autorapport’e a) Comparaison des ann’es 1970 et des ann’es 1980 b) Une explication, I’hom’ostasie . La conduite d’lictueuse 2. 1 Le d’veloppement de l’activit’ d’lictueuse 2. 2 Les facteurs cl’s d’ordre psychologique et social a) Famille b) L »cole c) Les pairs d’linquants d) Les facteurs psychologiques 2. 3 La r’gulation personnelle et sociale Les avenues de recherche Bibliographie s’lective Marc LE BLANC, Criminologue, Universit’ de Montr’al ‘La d’linquance des adolescents’, Un article publi’ dans l’ouvrage sous la direction de Fernand Dumont, Simon Langlois et Yves Martin, Trait’ des probl’mes sociaux. Chapitre 13, pages 279 ‘ 300.

Qu’bec: Institut qu’b’cois de recherche sur la culture, 1994, 1164 pages. Introduction Retour ‘ la table des mati’res Au Qu’bec, comme dans la plupart des pays du monde, le probl’me de la d’linquance des adolescents est de taille. Il se manifeste avec une pr’valence ‘lev’e dans la population adolescente et avec une chronicit’ certaine chez les jeunes d’linquants. C’est un probl’me urgent parce que les adolescents d’linquants d’aujourd’hui infligent non seulement un tort inestimable ‘ leurs victimes, mais, en plus, ils seront les adultes criminels de demain et de uturs parents. C’est ‘galement un probl’me difficile parce que de multiples facteurs sociaux et personnels interagissent pour la soutenir. D’finissons d’abord certains termes avant de d’crire le ph’nom’ne de la d’linquance et la nature de la conduite d’linquante au cours de l’adolescence. Ce texte est construit autour d’une d’finition l’gale. Il s’agit de la d’finition que propose la Loi sur les jeunes contrevenants adopt’e par le Parlement canadien en 1982 et appliqu’e dans ses grandes orientations depuis 1979 au Qu’bec.

La d’linquance y est d’finie comme une infraction au Code criminel canadien et aux statuts f’d’raux; c’est un champ sp’cifique d’activit’s qui mettent en danger l’int’grit’ de la personne et de ses biens. Comme l’a fait la Commission Charbonneau’1, le terme de d’linquance, dans ce texte, inclut aussi les infractions aux lois et r’glements, que ceux-ci soient provinciaux ou municipaux: ‘ savoir, des conventions sociales relatives ‘ la conduite d’un v’hicule ‘ moteur, ‘ la fr’quentation de l »cole et des d’bits de boisson, ‘ la vie publique, etc. et qui s’appliquent ‘ l’ensemble de la population ou uniquement aux adolescents. Une d’finition l’gale de la d’linquance a plusieurs avantages, dont la clart’ et le consensus social’2 et, en particulier, elle attire l’attention sur des gestes sp’cifiques plut’t que sur des ‘tats de la personne, ces derniers constituant le domaine de la Loi sur la protection de la jeunesse. Ainsi, entre le milieu des ann’es 1970 et le milieu des ann’es 1980, le Qu’bec a exp’riment’ des changements majeurs quant ‘ la d’finition de la d’linquance.

Au d’part, la d’linquance des mineurs ‘tait englobante; dans le cadre de la Loi sur les jeunes d’linquants, datant de 1908, elle permettait de d’clarer d’linquante toute personne de sept ‘ dix-sept ans qui manifestait n’importe laquelle des formes d’inadaptation, m’me les moins nocives comme les relations sexuelles entre adolescents consentants. Ensuite, elle a fait l’objet d’une d’finition plus limit’e dans le cadre de la Loi sur la protection de la jeunesse de 1977; il s’agissait des infractions au Code criminel et des infractions aux lois et r’glements des adolescents de quatorze ‘ dix-huit ans.

Enfin, la d’finition a ‘t’ d’partag’e avec la compl’mentarit’ de la Loi sur les jeunes contrevenants de 1982, qui traite des infractions au Code criminel et aux statuts f’d’raux des adolescents de douze ‘ dix-huit ans, et la r’vision de la Loi sur la protection de la jeunesse, ‘ la m’me ‘poque, qui se limite aux situations, ‘ l’exclusion de la d’linquance, qui mettent en danger la s’curit’ et le d’veloppement des enfants de z’ro ‘ dix-huit ans. En cons’quence de l’adoption d’une d’finition l’gale de la d’linquance, le terme d’adolescent se r’f’re ‘ la p’riode entre douze et dix-huit ans.

Se concentrer sur l’adolescence est tout ‘ fait raisonnable parce que la participation et la fr’quence de la quasi-totalit’ des crimes atteignent leur sommet au cours de cette p’riode (les exceptions ‘tant le meurtre, le viol et la fraude’3’). Toutefois, il arrivera de d’border l’adolescence pour traiter de la latence, la p’riode entre neuf et douze ans, et de la jeunesse, la p’riode entre dix-huit et vingt-cinq ans, parce que les ant’c’dents et les cons’quences de la d’linquance des adolescents y sont particuli’rement significatifs.

Ce texte comprend deux grandes sections. Une premi’re section traite du ph’nom’ne de masse: niveau, ‘volution et explication de la d’linquance des adolescents au Qu’bec. La seconde section aborde l’analyse de la conduite d’lictueuse des individus, son d’veloppement et les facteurs qui l’alimentent. 1. Le ph’nom’ne de la d’linquance Y a-t-il davantage de d’linquants aujourd’hui qu’hier? Y a-t-il davantage de d’lits de violence? La nature des vols est-elle diff’rente en comparaison des ann’es pass’es? Les bandes d’linquantes sont-elles plus courantes aujourd’hui?

Voil’ quelques-unes des questions qui reviennent r’guli’rement dans les m’dias et qui interpellent constamment les gestionnaires et les intervenants qui oeuvrent aupr’s des adolescents. Au Qu’bec, des donn’es ‘pid’miologiques de bonne qualit’ sont disponibles depuis plusieurs d’cennies. Des statistiques officielles existent depuis le d’but des ann’es 1960, en particulier celles tenues par les services de police; en plus, des enqu’tes aupr’s d »chantillons repr’sentatifs d’adolescents ont ‘t’ conduites. Ces deux sources de donn’es seront utilis’es pour d’crire la d’linquance des adolescents.

Malheureusement, les donn’es tant officielles qu’autorapport’es ont ‘t’ recueillies avec plus de r’gularit’ et de fiabilit’ dans la seule r’gion de Montr’al. 1. 1 La d’linquance officielle a) Trajectoire ‘ long terme et variations r’gionales Retour ‘ la table des mati’res Toutes les soci’t’s occidentales ont vu la d’linquance officielle des adolescents (celle enregistr’e soit par les statistiques polici’res, soit par les statistiques judiciaires) cro’tre de fa’on constante de la fin de la Deuxi’me Guerre mondiale ‘ la fin des ann’es 1970 et, ensuite, se r’sorber sensiblement au cours de la derni’re d’cennie’4.

Au Qu’bec, ‘ l’aide des donn’es de la statistique polici’re, la m’me trajectoire est d’crite par Fr’chette et Le Blanc’5, le Qu’bec se situant entre les ‘tats-Unis, dont le taux de d’linquance est le plus ‘lev’ parmi les soci’t’s industrialis’es, et la Suisse et le Japon, dont les taux sont les plus bas, au m’me niveau que la plupart des pays scandinaves et des pays d’Europe continentale. Au Canada, le Qu’bec se classe habituellement en de » de la moyenne nationale et de l’Ontario. Au cours des ann’es 1980, les crimes contre la propri’t’ diminuent et ceux contre la personne augmentent (figure 1).

Dans les quelque trente derni’res ann’es, ces crimes repr’sentaient en moyenne 8% des infractions des adolescents, variant d’une ann’e ‘ l’autre habituellement entre 6% et 9%; plus r’cemment, ils atteignent pr’s de 12% des infractions. Cette ‘volution n’est pas sp’cifique au Qu’bec, elle s’observe dans tous les pays occidentaux. Son ampleur s’explique, en partie, gr’ce ‘ deux facteurs: la mise en place de programmes de pr’vention d’fensive en regard des crimes contre la propri’t’ et, surtout, les modifications au Code criminel, en particulier les changements ‘ la d’finition des agressions sexuelles. titre d’exemple, en 1985 aucun adolescent n »tait inculp’ au Qu’bec pour ce genre de fautes ‘ cause des difficult’s ‘ en faire la preuve devant les tribunaux, mais en 1990 ce type de d’lits a repris la place qu’il occupait au cours des ann’es 1960 et 1970, soit environ 30% des d’lits contre la personne. La progression des d’lits contre les personnes est cyclique, elle se manifeste ‘ la fin de chaque d’cennie depuis quarante ans, et le Qu’bec a vraisemblablement atteint le sommet du cycle le plus r’cent en 19906. Notons que M’tellus montre ue la d’linquance de violence augmente plus rapidement chez les jeunes Ha’tiens que pour l’ensemble des adolescents qu’b’cois7; de plus, ils commettent proportionnellement plus de d’lits avec violence et beaucoup moins de vols avec effraction. Les variations de la d’linquance officielle selon les r’gions administratives du Qu’bec sont somme toute assez mineures, cela malgr’ des disparit’s importantes quant aux ressources disponibles’8. Les diff’rences sont moins d’ordre quantitatif que qualitatif; ainsi, la d’linquance se manifeste par des d’lits plus graves et en plus grand nombre ‘ Montr’al que dans les autres milieux urbains’9.

Toutefois, il n’en demeure pas moins qu’une large proportion des d’lits graves et des d’linquants se concentrent dans certains quartiers des villes, les communaut’s les plus d’favoris’es. Cette observation est valable pour toutes les grandes villes des soci’t’s occidentales et elle est bien ‘tablie pour Montr’al et diverses villes du Qu’bec’10. b) Les bandes d’linquantes Retour ‘ la table des mati’res Les quartiers d’favoris’s sont ‘galement les milieux de concentration des bandes’11. La bande d’adolescents, qu’elle pratique des activit’s d’viantes ou pas, est un ph’nom’ne normal au cours de l’adolescence, et ce, depuis toujours.

La d’linquance, pour sa part, est reconnue comme une activit’ de groupe, surtout au moment de l’adolescence. Par exemple, au milieu des ann’es 1970, 62% des jeunes d’linquants condamn’s par le Tribunal de la jeunesse de Montr’al d’claraient faire partie d’une bande qui ‘tait impliqu’e dans des activit’s d’lictueuses; cette appartenance durait depuis plus d’une ann’e pour 60% d’entre eux, les bandes avaient un chef bien identifi’ dans 56% des cas et un rituel pr’cis d’initiation pour 35% d’entre elles’12. Depuis plus d’une centaine d’ann’es, les bandes d’linquantes font partie de la description du ph’nom’ne de la d’linquance des mineurs. la fin des ann’es 1950 et au d’but des ann’es 1960, ce furent les blousons noirs qui retinrent l’attention; ‘ la fin des ann’es 1960 et au d’but des ann’es 1970, on ne parlait que des Rockers et surtout des motards qui sont encore d’actualit’ dans le monde interlope adulte qu’b’cois; puis, ‘ la fin des ann’es 1970 et au d’but des ann’es 1980, les Punks, les Skin heads et les Hoolans sont venus d’Angleterre et d’Europe; actuellement, les m’dias d’ici et d’ailleurs rapportent la pr’sence de bandes conflictuelles.

Les observateurs les plus anciens de la sc’ne d’linquante qu’b’coise se rappelleront du ph’nom’ne Zutsuit de la fin des ann’es 1940, des Vestes de cuir de la fin des ann’es 1950, des Motards de la fin des ann’es 1960 et des Punks ‘ l’or’e de la pr’sente d’cennie. Figure 1 Nombre d’infractions au Code criminel au Qu’bec par cat’gorie Source: Direction g’n’rale de la s’curit’ publique, Qu’bec (1981-1991)

En criminologie, trois sortes de bandes sont d’crites comme courantes dans les quartiers d’favoris’s. Premi’rement, les bandes conflictuelles qui s’expriment principalement par la violence physique en groupe; elles comptent souvent plusieurs dizaines de membres; elles se caract’risent par un noyau central et une p’riph’rie mouvante compos’e de plusieurs strates; le leader charismatique est facilement identifiable; elles d’fendent un territoire; et elles sont aussi reconnaissables par leur habillement.

Deuxi’mement, les bandes criminelles se concentrent sur le vol et les commerces illicites; elles se composent de cinq ‘ quinze individus; elles se caract’risent par une forte coh’sion, un leadership structur’ et une division pr’cise des t’ches selon les habilet’s; elles sont plus ou moins int’gr’es au milieu criminel adulte; et il leur arrive d’utiliser la violence physique pour d’fendre un commerce illicite quelconque.

Et, troisi’mement, les bandes retraitistes centrent leurs activit’s autour de la consommation des drogues illicites et des nouveaux mouvements culturels; la structure de ces groupes est floue et changeante et il en est de m’me de la participation; le leadership n’est pas identifi’ ‘ un individu en particulier et elles sont plus courantes dans les milieux plus ais’s. Ces trois types de bandes sont pr’sents depuis les ann’es 1950 dans les grandes villes d’Am’rique du Nord, d’Europe occidentale et du Qu’bec.

Il est remarquable, par ailleurs, de constater que les bandes retraitistes et criminelles attirent peu l’attention des m’dias. Toutefois, les intervenants savent bien qu’elles sont continuellement pr’sentes dans le paysage de la d’linquance. Les bandes conflictuelles, par contre, atteignent la notori’t’ de fa’on cyclique. Les sp’cialistes invoquent trois cat’gories de facteurs sp’cifiques pour expliquer la r’apparition cyclique des bandes conflictuelles. Elles tendent ‘ fleurir au moment d’une vague d’immigration comme le souligne Miller’13.

En fait, il est remarquable de constater qu’en criminologie les oeuvres majeures sur les bandes aux ‘tats-Unis rapportent une ‘tude qui les pr’sente comme un groupe particulier d’immigrants: ceux de l’Europe centrale dans les ann’es 1920, les Italiens dans les ann’es 1940, les Noirs am’ricains migrant du sud vers le nord pendant les ann’es 1950, l’arriv’e de Portoricains au cours des ann’es 1960, des Asiatiques pendant les ann’es 1970 et des immigrants provenant du Mexique et de l’Am’rique centrale au cours de la derni’re d’cennie14.

Au Qu’bec, le ph’nom’ne actuel des bandes semble ‘galement associ’ ‘ l’immigration r’cente, en particulier pour les Ha’tiens et Jama’cains’15. En plus de l’immigration, il faut mentionner les changements dans les contextes de socialisation des adolescents. Les bandes conflictuelles se manifestent dans les milieux o’ la monoparentalit’ est ‘lev’e, les ‘coles d’t’rior’es et les activit’s de loisirs quasi inexistantes’16.

Finalement, un dernier bloc de facteurs est invoqu’: les transformations des valeurs sociales. Les adultes d’aujourd’hui sont issus de la r’volution culturelle de la fin des ann’es 1960. Celle-ci a mis l’accent sur la tol’rance des d’viants, sur la lib’ration de la femme et sur la promotion de la personne. Peut-‘tre que la g’n’ration actuelle des jeunes r’agit aux valeurs de ses parents par des attitudes ‘ l’oppos’, c’est une hypoth’se bien connue des sociologues.

Les jeunes d’aujourd’hui contestent la tol’rance en attaquant brutalement les minorit’s sexuelles ou autres; ils r’agissent au f’minisme par ce que l’on pourrait nommer le ‘macho’sme’, le culte de la force brutale et de la domination physique; ils mettent en doute la promotion de la personne au d’triment de la vie collective en se tournant vers leurs pairs et en se rassemblant en bande. c) Un mod’le pour r’pertorier les facteurs Retour ‘ la table des mati’res Qu’il s’agisse du ph’nom’ne de la d’linquance, tel qu’il se manifeste ‘ travers le temps dans les statistiques officielles ou au fil des ‘tudes thnographiques sur les bandes d’linquantes, le concept d’organisation sociale diff’rentielle domine, depuis Sutherland’17 l’explication des variations de la trajectoire de la d’linquance des adolescents. La d’linquance serait enracin’e dans la nature de l’organisation sociale, elle fleurirait dans la mesure de la d’sorganisation sociale, de l’individualisme politique et ‘conomique, de la mobilit’ sociale et des conflits de culture. Aucune ‘tude n’a ‘t’, jusqu » maintenant, en mesure de v’rifier un tel mod’le macrosociologique par manque de donn’es statistiques appropri’es.

Les chercheurs se sont en fait limit’s ‘ l »tude de l’un ou l’autre des facteurs suivants: la structure d »ge, les conditions ‘conomiques, la situation politique, le temp’rament national, le milieu physique, les contraintes ‘cologiques, la position sociale de divers groupes sociaux, l’organisation de la famille, le syst’me scolaire, les moyens de communication de masse, les politiques et pratiques d’application de la loi et de l’administration de la justice et les occasions de commettre des crimes.

Ces facteurs peuvent se regrouper en six domaines principaux; ils sont ‘num’r’s dans l’ordre de leur impact indirect sur le niveau de d’linquance d’une soci’t’: premi’rement, le milieu physique et ‘cologique et les conditions ‘conomiques, politiques et d’mographiques; deuxi’mement, les ‘l’ments de structure sociale (famille, ‘cole, etc. ) et les caract’ristiques de la culture; et, troisi’mement, les occasions incitant ‘ la criminalit’ et les politiques et pratiques de contr’le social. 1. 2 La d’linquance autorapport’e a) Comparaison des ann’es 1970 et des ann’es 1980

La d’linquance autorapport’e est, pour sa part, stable ‘ travers le temps. Les infractions criminelles et statutaires, que les adolescents commettent et qui auraient pu conduire ‘ une intervention polici’re ou judiciaire, sont r’v’l’es dans les m’mes proportions lors de sondages aupr’s d »chantillons repr’sentatifs d’adolescents au cours des ann’es 1970 et 1980 ‘ Montr’al’18. Quelque 80% des adolescents rapportent avoir particip’ ‘ au moins une infraction au Code criminel au cours de la derni’re ann’e et moins de 10% ‘ plusieurs d’entre elles (le tableau 1 pr’sente quelques donn’es suppl’mentaires).

Des proportions semblables sont signal’es dans la plupart des soci’t’s occidentales’19. La diff’rence entre les gar’ons et les filles est moins marqu’e en mati’re de d’linquance autorapport’e, en particulier en ce qui concerne les troubles de comportement et les d’lits mineurs, qu’en ce qui a trait ‘ la d’linquance officielle’20. Toutefois, contrairement ‘ la d’linquance officielle, l’importance de la classe sociale est nulle quant ‘ la d’linquance commune, c’est-‘-dire les petits vols, le vandalisme et les bagarres de la tr’s grande majorit’ des adolescents. b) Une explication, I’hom’ostasie

Retour ‘ la table des mati’res Les activit’s d’linquantes autorapport’es des adolescents sont donc stables entre le milieu des ann’es 1970 et le milieu des ann’es 1980. Par contre, une ‘tude de Le Blanc et Tremblay’21 a montr’ que l »volution des m’canismes de socialisation des adolescents prend les directions suivantes: l’encadrement s’est resserr’ sur les adolescents, ‘ la fois dans la famille, ‘ l »cole et dans le champ des loisirs; de plus, les jeunes vivent dans un groupe familial de plus en plus restreint, ce qui se traduit par un plus grand nombre de familles onoparentales et des fratries plus petites; en outre, les conditions ‘conomiques des familles avec des adolescents se sont d’t’rior’es. Ces changements auraient d’ faire augmenter la d’linquance des adolescents. En contrepartie, la personnalit’ modale des adolescents s’est ajust’e ‘ ces nouvelles r’alit’s sociales: les jeunes d’aujourd’hui sont plus r’alistes mais aussi plus ‘motifs, plus anxieux et plus expos’s ‘ l’ins’curit’. Ces tendances oppos’es am’nent Le Blanc et Tremblay ‘ soutenir que la d’linquance des adolescents qu’b’cois est dans un ‘tat d’hom’ostasie.

M’me si les transformations sociales favorisent l’accroissement de la d’linquance, l »volution de la personnalit’ modale des adolescents vient contrebalancer ces forces et la d’linquance se maintient en cons’quence au m’me niveau. 2. La conduite d’lictueuse Retour ‘ la table des mati’res Au Qu’bec, il y a un nombre tr’s important de travaux qui analysent la conduite d’lictueuse des adolescents. Ces travaux, d’ordre sociologique, psychologique et criminologique, ont ‘t’, pour la plupart, recens’s’22. En cons’quence, nous nous limiterons ici ‘ trois objectifs.

Premi’rement, exposer des r’sultats originaux, en particulier un mod’le du d’veloppement de l’activit’ d’lictueuse chez les adolescents. Deuxi’mement, mettre en ‘vidence les facteurs cl’s qui ressortent des recherches longitudinales, plus sp’cifiquement ceux relatifs ‘ la famille, ‘ l »cole et aux pairs. Et, troisi’mement, r’sumer une th’orie de la r’gulation personnelle et sociale de l’activit’ d’lictueuse. Le lecteur pourra compl’ter cette synth’se par l »tude des volumes de Fr’chette et Le Blanc et Le Blanc et Fr’chette et par la recension de Loeber et Le Blanc sur les onnaissances d’veloppementales qui sont disponibles en criminologie’23. Les volumes sur la conduite d’lictueuse des adolescents qu’b’cois proposent notamment une analyse comparative d’un ‘chantillon d’adolescents conventionnels et d’un ‘chantillon de pupilles du tribunal de la jeunesse. 2. 1 Le d’veloppement de l’activit’ d’lictueuse Retour ‘ la table des mati’res Le Blanc et Fr’chette’24 ont identifi’ deux processus qui assurent le d’veloppement de l’activit’ d’lictueuse: l’activation et l’aggravation. Le processus d’activation renvoie ‘ la mani’re dont l’agir d’linquant est stimul’ d’s qu’il s’amorce.

Une fois que ce processus a jou’, le r’sultat est une activit’ d’lictueuse marqu’e par un niveau ‘lev’ de fr’quence (l’acc’l’ration), de dur’e (la stabilisation) et de vari’t’ (la diversification), avec en plus la pr’sence de pr’cocit’. Les donn’es du tableau 2 ‘tablissent l’effet de la pr’cocit’ sur la productivit’ ult’rieure chez les jeunes d’linquants. Ce qui est remarquable dans les distributions des m’dianes de fr’quence, de dur’e et de vari’t’, c’est leur d’croissance monotonique. Ces tendances s’observent ‘galement pour les adolescents conventionnels’25 et m’me chez les pr’pub’res’26.

En somme, l’effet d’activation passe par plusieurs voies. La premi’re est celle de la stabilisation, la pr’cocit’ s’affirme alors source puissante de dur’e; les activit’s illicites sont persistantes mais elles ne sont pas n’cessairement abondantes et (ou) vari’es. La seconde voie est celle de l’acc’l’ration, l’apparition de l’agir d’lictueux, soit au cours de la latence, soit au milieu de l’adolescence, entra’nant une fr’quence ‘lev’e; les activit’s ill’gales sont alors nombreuses mais elles ne sont pas n’cessairement vari’es et (ou) durables.

La troisi’me voie est celle de la diversification, la pr’cocit’ favorisant un degr’ important de diversit’ d’lictueuse; les activit’s criminelles sont alors h’t’rog’nes mais elles ne sont pas n’cessairement abondantes et (ou) durables. Finalement, la quatri’me voie, la plus criminog’ne de toutes, prend appui sur l’interaction entre la dur’e, la fr’quence et la vari’t’ sur un fond de pr’cocit’, les activit’s d’lictueuses d’butent t’t et par la suite deviennent abondantes, vari’es et durables de par l’effet dynamique de ces trois m’canismes l’un sur l’autre. C’est ainsi que la d’linquance chronique se construit.

La question de l’aggravation, de l’existence d’une s’quence sp’cifique de conduites d’lictueuses dans le d’veloppement de l’activit’ d’lictueuse, est ‘prement d’battue dans les cercles criminologiques’27. Les analyses de Fr’chette et Le Blanc et de Le Blanc et Fr’chette’28 sur la d’linquance autorapport’e des jeunes d’linquants montrent, d’une part, que les types de d’lits semblent s’encha’ner de fa’on sp’cifique selon l »ge du d’but, la dur’e et l »ge d’arr’t de l’activit’ d’lictueuse et, d’autre part, que les types de d’lits commis, la fr’quence, la gravit’ et la violence des activit’s d’linquantes changent ‘ mesure que l »ge s’accro’t.

La figure 2 illustre ce ph’nom’ne d’une autre mani’re. L’abscisse de cette figure repr’sentait l »ge des individus et l’ordonn’e les types de d’lits; l’ordre des d’lits ‘tait d’termin’ par l »ge moyen du d’but de chaque type de d’lits. En faisant l’examen de ce graphique, la conclusion s’est impos’e qu’une s’quence sp’cifique de d’lits existe dans le d’veloppement de l’activit’ d’lictueuse. Cinq stades de d’veloppement de l’activit’ d’lictueuse ‘mergent: l’apparition, l’exploration, l’explosion, la conflagration et le d’bordement.

Au d’part, habituellement entre huit et dix ans, les activit’s d’lictueuses s’affirment homog’nes et b’nignes, s’exprimant ‘ peu pr’s strictement sous la forme de menus larcins; c’est le stade de l’apparition ou de l »mergence. Par la suite, les essais se poursuivent, g’n’ralement entre dix et douze ans, par une diversification et une aggravation des d’lits; avec essentiellement le vol ‘ l »talage et le vandalisme, c’est le stade de l’exploration.

Ult’rieurement, autour de treize ans, une augmentation substantielle de la vari’t’ et de la gravit’ d’s d’lits appara’t et quatre nouveaux types de d’lits prennent leur essor, qui sont le vol simple, les d’sordres publics, le vol avec effraction et le vol d’une personne; c’est le stade de l’explosion avec, tr’s certainement comme ‘pine dorsale, le vol avec effraction, qui ‘ cause de sa long’vit’ plus importante, constitue le ferment majeur de cette nouvelle expansion.

Ensuite, autour de quinze ans, l’h’t’rog’n’it’, la vari’t’ et la gravit’ augmentent encore en m’me temps que la r’tention est pr’sente et quatre types de d’lits viennent ‘toffer cette amplification, soit le commerce des drogues, le vol d’un v’hicule ‘ moteur, le vol grave et l’attaque d’une personne; c’est le stade de la conflagration. Finalement, un cinqui’me stade se manifeste uniquement au cours de l »ge adulte, celui du d’bordement vers des formes plus astucieuses ou plus violentes d’agir d’lictueux.

De plus, le chevauchement des dur’es ‘ la figure 2 illustre tr’s bien le ph’nom’ne de la r’tention des d’lits d’un stade ‘ un autre, particuli’rement en ce qui concerne les stades de l’exploration et de l’explosion, de l’explosion et de la conflagration. TABLEAU 1 La pr’valence de la d’linquance ‘ Montr’al en 1974 et en 1985 (en%) Total Gar’ons Filles 1974 1985 1974 1985 1974 1985 D’linquance 84 81 93 90 77 73 D’linquance grave 10 10 20 16 2 5 TABLEAU 2 Processus d’activation: m’dianes de fr’quence, dur’e et vari’t’ selon l »ge au d’but de l’activit’ d’lictueuse cach’e ‘ge D’but

Acc’l’ration Fr’quence Stabilisation Dur’e Diversification Vari’t’ 4 92 18 7 5 131 14,5 7,5 6 56 13 6,5 7 46,5 11,75 4,37 8 41 11,75 6,33 9 82,5 9,37 6 10 18 9 6,25 11 4,5 5,5 4,5 12 12 8,5 6,17 13 11,5 7 5,5 14 18,5 6,33 4,75 15 12,75 6 3,75 16 17 6,75 4 17 13,5 2,5 2,5 18 11,5 5 2 19 7,5 3 4 20 3,33 0 21 2 1 22 4 1 Source: M. Le Blanc et M. Fr’chette, Male Criminal Activity, from Childhood through Youth: Multilevel and Developmental Perspectives, New York, Springer-Verlag, 1989. Source: Voir tableau 2. Figure 2 Gradation des d’lits, m’dianes des ‘ges du d’but et de la dur’e elon de type de d’lits, l »ge et la gravit’. Le Blanc et al. ’29 rapportent qu’une proportion substantielle des adolescents conventionnels progressent de d’lits moins graves vers des d’lits plus graves, particuli’rement de l’apparition ‘ l’exploration et dans une proportion moindre de l’exploration ‘ l’explosion. Et, Le Blanc et Fr’chette’30 signalent que 92% des jeunes d’linquants progressent lorsque les cinq stades sont consid’r’s, 31% gagnent un ‘chelon, 43% deux ‘chelons, 25% trois ‘chelons et 3% quatre ‘chelons. 2. 2 Les facteurs cl’s ‘ordre psychologique et social Il ne saurait ‘tre question de synth’tiser l’ensemble des travaux nombreux sur le th’me de l’influence des facteurs sociaux et psychologiques ou m’me de r’sumer tous ceux r’alis’s au Qu’bec’31. On se bornera plut’t ‘ souligner quelques progr’s r’cents. a) Famille Retour ‘ la table des mati’res La documentation criminologique sur le r’le de la famille dans la gen’se de la conduite d’lictueuse est abondante, ce qui est tout ‘ fait compr’hensible car la famille est le premier agent de socialisation de l’enfant.

Deux questions reviennent constamment dans les ‘crits: quel type de famille est le plus n’faste? Quel facteur familial est davantage actif? Toutes les ‘tudes s’entendent pour d’montrer que c’est dans les familles bris’es, en comparaison des familles intactes, que l’on retrouve davantage de d’linquance, tout comme pour les autres formes de troubles de comportement. Toutefois, les familles monoparentales matricentriques pr’sentent un taux de d’linquance moins ‘lev’ que les familles reconstitu’es et beaucoup moins ‘lev’ que les familles monoparentales patricentriques’32.

Ce que ces auteurs ont aussi ‘tabli, c’est que le fonctionnement psychosocial de la famille est affect’ de la m’me mani’re par ces types de familles. Les familles les plus d’ficientes sont les familles monoparentales patricentriques, suivies des familles reconstitu’es, ensuite des familles monoparentales matricentriques et enfin des familles intactes. Par contre, le m’canisme en vertu duquel les facteurs familiaux modulent l’activit’ d’lictueuse est ind’pendant du type de famille.

Cinq domaines principaux de facteurs le constituent: les conditions structurelles, la conjugalit’, les liens psychosociaux, l’exposition aux mod’les d’viants et les contraintes sociales33. Les analyses de Le Blanc et Ouimet34 ‘tablissent que les conditions structurelles (statut socio-‘conomique, grandeur de la famille, travail de la m’re, etc. ) et la conjugalit’ (rapports affectifs entre les parents, discorde, etc. ) n’affichent pas de liens directs avec la conduite d’lictueuse, mais qu’elles d’terminent la qualit’ des liens entre l’enfant et ses parents et l’importance des mod’les d’viants.

Ces deux derni’res cat’gories de variables ne manifestent pas davantage de rapports directs avec la conduite d’lictueuse; elles modulent plut’t les contraintes. Les contraintes int’rioris’es (l’gitimit’ des normes familiales, etc. ) et impos’es (r’gles, supervision et sanctions) pr’sentent les seuls liens directs avec la conduite d’lictueuse; plus elles sont d’ficientes, plus le niveau de d’linquance de l’individu est ‘lev’. Elles agissent comme une sorte de catalyseur de l’impact de l’ensemble des facteurs familiaux.

Ce m’canisme semble ind’pendant de l »ge – il a ‘galement ‘t’ observ’ chez des pr’pub’res35 – et du sexe de l’adolescent. Le Blanc et Ouimet montrent qu’il s’applique ‘ la fois aux filles et aux gar’ons m’me si les facteurs affectifs pr’sentent un poids plus ‘lev’ chez les filles et la conjugalit’, une importance sup’rieure chez les gar’ons. Quant ‘ la valeur pr’dictive de ces divers domaines de variables, les contraintes dominent pour la d’linquance ‘ la fin de l’adolescence et les liens psychosociaux pour expliquer la criminalit’ adulte36. b) L »cole Retour ‘ la table des mati’res

Si la d’linquance appara’t comme une activit’ illicite courante au cours de l’adolescence, elle est peu r’pandue en milieu scolaire; par contre, la relation entre l’inadaptation scolaire et la d’linquance s’av’re significative et bidirectionnelle’37. Le Blanc et al. ’38 proposent et v’rifient un mod’le explicatif qui comprend cinq cat’gories principales de variables scolaires: les conditions structurelles (l »ducation des parents etc. ), la performance (retard scolaire, r’sultats), les liens avec l »cole (attachement au professeur, engagement envers l »cole, etc. , la conduite en milieu scolaire et les sanctions impos’es par le milieu scolaire. Les analyses r’v’lent que seules les deux derni’res cat’gories de variables affichent des liens directs avec la conduite d’lictueuse; la performance et les liens, tout en interagissant, m’diatisent l’impact des conditions structurelles sur la conduite et les sanctions. Ce mod’le est valide pour les deux sexes et divers groupes d »ge; toutefois, quand il s’agit d’expliquer la criminalit’ adulte, les variables relatives ‘ la performance prennent le dessus sur les variables en rapport aux liens psychosociaux’39.

A priori, on serait port’ ‘ croire que l’abandon scolaire exerce un effet n’gatif sur la conduite d’lictueuse, tout comme les facteurs des cinq cat’gories pr’c’dentes. ‘ l’oppos’ de cette hypoth’se, Fr’chette et Le Blanc’40 montrent bien que dans certains cas l’abandon scolaire entra’ne une r’duction de la d’linquance, mais que l’acc’s au travail doit ‘tre consid’r’ comme la source prioritaire de l’int’gration sociale ‘ la fin de l’adolescence.

Si l »chec scolaire est un facteur important en soi, c’est l’ensemble du processus de transition de l »cole vers le monde du travail qui doit ‘tre consid’r’ pour bien rendre compte de l »volution de la d’linquance. De son succ’s d’pend en grande partie l’abandon de l’activit’ d’lictueuse’41. c) Les pairs d’linquants En criminologie, on a constamment ‘voqu’ l’influence des pairs, et plus particuli’rement des pairs d’linquants, comme facteur central dans l’explication de la conduite d’lictueuse.

Plusieurs travaux qu’b’cois soutiennent cette position’42. Les amis d’linquants, qu’ils apparaissent d’ailleurs avant ou apr’s les premi’res manifestations d’lictueuses, semblent constituer une condition tout ‘ fait propice au d’veloppement de la conduite d’linquante. Particuli’rement si la pr’sence de pairs d’linquants s’accompagne d’un mode d’viant d’occupation du temps libre (peu de participation aux loisirs organis’s, travail apr’s l »cole, fl’nerie, fr’quentation des arcades, etc. et de certaines activit’s qui encouragent la conduite d’lictueuse (consommation de drogues, d’sordres de conduite, activit’s sexuelles pr’coces, etc. ). d) Les facteurs psychologiques Retour ‘ la table des mati’res En comparaison des facteurs sociaux pr’c’dents, les facteurs psychologiques occupent une place secondaire dans l’explication de la conduite d’lictueuse des adolescents’43. Toutefois, ils permettent de distinguer facilement les adolescents conventionnels des jeunes d’linquants, ces derniers affichant des retards d’veloppementaux majeurs.

En plus, Fr’chette et Le Blanc’44 ‘tablissent que les facteurs psychologiques surpassent les facteurs sociaux lorsqu’il s’agit de rendre compte du d’veloppement de la conduite d’lictueuse; ils constituent les facteurs dominants pour expliquer la d’linquance chronique. Ainsi, la d’linquance commune des adolescents s’expliquerait presque exclusivement par des facteurs sociaux des domaines de la famille, de l »cole et des pairs, alors que la d’linquance distinctive serait avant tout la r’sultante d’un blocage du d’veloppement psychologique vers l’allocentrisme. 2. La r’gulation personnelle et sociale Retour ‘ la table des mati’res Hirschi formulait, dans son volume Causes of Delinquency en 1969’45, une th’orie du lien social pour expliquer la conduite d’lictueuse. Il affirmait que la force du lien de l’individu avec la soci’t’ garantit sa conformit’ aux standards conventionnels de conduite ou, en contrepartie, qu’un lien faible avec la soci’t’ favorise la commission d’actes d’linquants. Le lien social peut se nouer avec diverses institutions, plus particuli’rement l »cole, la famille et les pairs en ce qui concerne l’adolescent.

Ce lien a quatre sources: l’attachement, l’engagement, l’investissement et la croyance. Au cours des vingt derni’res ann’es, cette th’orie est devenue la th’orie dominante de la criminologie. La tr’s grande majorit’ des publications th’oriques s’y r’f’rent pour l’appuyer, la critiquer ou y int’grer d’autres ‘l’ments’46. Par ailleurs, plus de quarante-cinq ‘tudes empiriques viennent confirmer cette th’orie’47. Caplan et Le Blanc’48 ont v’rifi’ les r’sultats de Hirschi sur un ‘chantillon d’adolescents montr’alais.

Les m’mes auteurs ont formalis’ la th’orie’49, sans compter diverses autres ‘laborations’50. La r’gulation de l’activit’ d’lictueuse s’op’re ‘ travers les interactions r’ciproques entre quatre composantes: les liens que l’individu noue avec la soci’t’ et ses membres, la contrainte exerc’e par les institutions sociales, le niveau de d’veloppement de l’allocentrisme de l’individu et le degr’ d’exposition aux influences et aux situations d’viantes et d’lictueuses. Ces interactions r’ciproques sont modul’es par diverses conditions.

La figure 3 montre que la r’gulation de la conduite d’lictueuse s’op’re dans le contexte de diverses conditions sociales et de la capacit’ biologique. L’importance des composantes r’gulatrices et la nature des interactions qu’elles entretiennent peuvent varier en fonction des contextes. Ces conditions qui influent sur la r’gulation sont le sexe et l »ge de l’individu, des caract’ristiques sociales de son milieu de vie, des traits biologiques de la personne ou des composantes de son environnement.

Ces conditions individuelles et sociales agissent donc comme des variables contextuelles sur le m’canisme de r’gulation de l’activit’ illicite, elles sont des facteurs de risque. Les liens que l’individu noue avec les institutions et leurs membres sont de trois ordres: l’attachement aux personnes, l’investissement dans les activit’s conventionnelles et l’engagement envers les institutions; les deux premi’res formes de liens se conjuguent comme source de la derni’re alors que celle-ci contribue ‘ la consolidation des deux premi’res.

La d’finition de cette composante du syst’me de r’gulation de l’activit’ d’lictueuse revient ‘ Hirschi. L’individu peut s’attacher ‘ diverses personnes, d’abord ‘ ses parents, son p’re, sa m’re et les membres de sa fratrie, ensuite ‘ des personnes en position d’autorit’, ses professeurs, son instructeur dans une ‘quipe sportive, etc. , ou ‘ des personnes de son groupe d »ge, ses pairs. Le premier de ces types d’attachement permet le d’veloppement des autres types qui, par r’troaction, renforcent le premier.

Ces attachements se construisent dans la mesure o’ l’individu communique avec les personnes en cause; la communication soutiendra une perception ad’quate de leurs attentes avec comme cons’quence qu’elle favorisera l’assimilation affective ‘ ces personnes. Sur les bases de l’attachement aux personnes, l’individu est en mesure de cultiver son investissement dans la vie sociale des milieux qu’il fr’quente et son engagement envers les institutions.

L’investissement correspond au temps que l’individu consacre ‘ diverses activit’s conventionnelles, ‘ remplir ses obligations scolaires, ‘ participer ‘ la vie familiale, ‘ occuper ses temps libres. L’engagement renvoie ‘ la mani’re dont l’individu se cr’e une obligation, principalement par rapport ‘ l »ducation, ‘ la religion et aux sports ou ‘ la culture. L’adulte pourra remplacer l »ducation par le travail et le succ’s et il y ajoutera le couple et la famille comme institutions ‘ l »gard desquelles il peut investir et s’engager.

L »mergence d’une obligation envers les institutions sociales repose sur le m’canisme suivant: l »quilibre qui s »tablit entre les capacit’s et la performance supporte les aspirations et le sentiment de comp’tence, tandis que celui-ci permet d’affermir l’attitude d’acceptation de l’institution qui, en contrepartie, renforce les aspirations et le sentiment de comp’tence. Cette dynamique des attitudes sur un fond de capacit’ et de performance conduit donc ‘ l’engagement, au d’veloppement du sens de l’obligation ‘ l »gard d’une institution.

Il est aussi support’ par le niveau des investissements dans la vie sociale de chacune des institutions qui constituent les points d’ancrage de l’individu. Figure 3 La r’gulation personnelle et sociale de l’activit’ d’lictueuse Source: M. Le Blanc, P. McDuff et M. Fr’chette, MASPAQ Mesures de l’adaptation sociale et personnelle pour les adolescents qu’b’cois. Montr’al, GRIP, Universit’ de Montr’al, 1990.

L’allocentrisme est le mouvement de la personne humaine vers ce qui est diff’rent d’elle, c’est la disposition ‘ s’orienter vers les autres et une capacit’ de s’int’resser aux autres pour eux-m’mes. Fr’chette et Le Blanc’51 utilisent cette notion pour synth’tiser l’ensemble des travaux sur la personnalit’ des d’linquants. Elle tire son importance du fait que l’homme, par sa nature m’me, est vou’ ‘ la communication, ‘ la relation et ‘ l »change avec autrui.

Le sch’ma normatif du d’veloppement, tel que pr’sent’ dans les divers mod’les et th’ories du d’veloppement de la personne humaine, propose justement les ‘tapes de cette progression vers l’allocentrisme. En contrepartie, les ‘crits en psycho-criminologie d’crivent le d’linquant comme un egocentrique, une personne qui rapporte tout ‘ soi et qui favorise son int’r’t avant tout. Il traduit une centration excessive, rigide et univoque sur sa propre personne, il maintient un niveau d »gocentrisme qui n’est pas appropri’ en regard du d’veloppement psychologique attendu pour un individu de son ‘ge.

L’allocentrisme prot’ge contre les conduites agressives et pr’datrices, il soutient la conformit’ aux standards conventionnels de conduite et il est tributaire des capacit’s biologiques et intellectuelles et du temp’rament de l’individu. Il en r’sulte que les liens avec la soci’t’, l’attachement aux personnes, l’investissement dans les activit’s conventionnelles et l’engagement envers les institutions deviennent plus difficiles ‘ nouer pour l’individu ‘gocentrique.

La r’ceptivit’ aux contraintes sociales s’en trouve tout autant diminu’e chez la personne affect’e par un tel retard du d’veloppement alors que la sensibilit’ aux influences d’viantes devient plus grande dans ce contexte. Les contraintes sociales qu’exerce la soci’t’ pour bloquer l’activit’ d’lictueuse peuvent ‘tre class’es en quatre cat’gories suivant la combinaison des deux dimensions suivantes: internes ou externes et formelles ou informelles.

Les premiers th’oriciens de la r’gulation distinguaient entre les contr’les externes et internes ou directs et indirects, mais Hirschi n’a pas cru bon d’int’grer explicitement cette distinction ‘ sa th’orie. Ce faisant, il oubliait une composante dont Durkheim’52 avait reconnu l’importance en identifiant la punition, les normes et la surveillance comme des types de conduite ext’rieurs ‘ l’individu et dou’s d’une puissance imp’rative et coercitive en vertu de laquelle ils s’imposent ‘ lui, qu’il le veuille ou non.

La contrainte est formelle s’il s’agit d’une r’action appr’hend’e ou effective de la part des organismes du syst’me de justice ou d’autres institutions, par exemple l »cole. La contrainte est informelle lorsqu’il s’agit de la r’action de personnes avec qui l’individu entretient des relations interpersonnelles de nature intime comme avec des membres de la famille ou ses amis. Elle se manifeste alors sous la forme de l »tablissement de r’gles de conduite, de la surveillance et de l’application de sanctions; l’adh’sion aux normes est aussi une forme de contrainte informelle.

La contrainte est externe si elle se rapporte ‘ des conduites manifest’es par des personnes de l’entourage de l’individu; il s’agit ‘ la fois des sanctions formelles et informelles. Finalement, la contrainte est interne ou int’rioris’e dans la mesure o’ l’individu a fait siennes les normes de conduite ‘dict’es par l »cole, les parents et la soci’t’ globale; il s’agit ici de l’adh’sion aux normes, ce que Hirschi nommait croyances, et de la perception du risque d’une sanction formelle.

Si la contrainte externe pr’c’de la contrainte interne dans le processus de socialisation des enfants, celle-ci demeure la derni’re barri’re ‘ l’activit’ d’lictueuse, sinon la plus ‘tanche ‘ partir de l’adolescence. La contrainte formelle est ind’pendante de la contrainte informelle, entre autres raisons parce qu’elle ne s’applique qu » un nombre tr’s limit’ d’individus. Si la contrainte sociale s’affiche comme la derni’re digue qui prot’ge l’individu de l’activit’ d’lictueuse, la r’ceptivit’ que chacun manifeste ‘ celle-ci d’pend des liens nou’s avec la soci’t’ et du niveau d’allocentrisme atteint.

L’individu r’ceptif ‘ la contrainte, celui qui adh’re solidement aux normes, sera moins susceptible de succomber aux influences et aux situations d’viantes. L’exposition aux influences et aux situations d’viantes et d’linquantes est une composante du syst’me de r’gulation dont l’importance a ‘t’ reconnue en criminologie depuis la formulation de la th’orie de l’association diff’rentielle de Sutherland en 1934.

Depuis, les recherches empiriques et les mod’les th’oriques ont d’montr’ son importance pour expliquer l’activit’ illicite, mais cette dimension a toutefois ‘t’ trop longtemps limit’e aux amis d’linquants. En effet, les influences d’viantes et les occasions de commettre des d’lits peuvent se manifester suivant diverses autres modalit’s: par exemple, la t’l’vision, et en particulier regarder la violence t’l’vis’e, la participation ‘ d’autres activit’s d’viantes (consommation de drogues licites et illicites, pr’cocit’ dans les rapports sexuels, etc. , le fait de demeurer dans une communaut’ o’ le taux de d’linquance est ‘lev’ et o’ les situations criminelles sont nombreuses, l’implication dans des activit’s routini’res non conventionnelles (fl’ner en groupe, fr’quenter les arcades, travailler en ‘tudiant, etc. ) et le fait de prendre part ‘ des activit’s conventionnelles en dehors de la maison (sportives ou culturelles). La sensibilit’ aux influences d’viantes et aux situations criminelles entra’ne la non-conformit’ aux standards de conduite dans la mesure o’ la dynamique suivante est enclench’e.

L’engagement dans des activit’s routini’res non conventionnelles et la participation ‘ d’autres activit’s d’viantes augmentent la probabilit’ qu’a l’adolescent de rencontrer des pairs d’linquants et de s’y associer; par ailleurs, la participation ‘ de telles activit’s sera rendue plus probable si la personne est sensibilis’e par la t’l’vision aux modalit’s violentes de relations interpersonnelles et si elle est active en dehors de son milieu familial.

De plus, le fait de demeurer dans une communaut’ dont le taux de d’linquance est ‘lev’ accro’tra les occasions d’association avec des pairs d’linquants, tandis que la personne qui demeure dans un quartier o’ les situations criminelles sont nombreuses risquera davantage d’y succomber. En somme, les influences d’viantes et les situations criminelles auront un impact d’terminant sur la conduite des individus dans la mesure o’ elles seront renforc’es par l’association avec des pairs d’linquants.

Et il s’ensuivra que ces affiliations privil’gi’es seront une source majeure de l’activit’ d’lictueuse. Ainsi, un allocentrisme insuffisant, des liens t’nus avec la soci’t’ et des contraintes sociales d’ficientes accro’tront la sensibilit’ aux influences d’viantes et la possibilit’ de c’der aux occasions de criminalit’ et entra’neront ainsi un accroissement de l’activit’ d’lictueuse. Par ailleurs, cette sensibilit’ rendra les liens plus difficiles avec la soci’t’ et ses membres, elle brouillera la r’ceptivit’ aux contraintes sociales et elle ralentira la croissance de l’allocentrisme.

L’activit’ d’lictueuse est r’gularis’e par les forces et les contre-forces associ’es au niveau de d’veloppement personnel atteint, ‘ la solidit’ des liens construits avec la soci’t’ et ses membres, ‘ la puissance des contraintes sociales exerc’es et au degr’ d’exposition aux influences et occasions d’viantes disponibles. La r’gulation de l’activit’ d’lictueuse s’accomplit non seulement par une m’canique g’n’rale qui transcende les institutions responsables de la socialisation, celles d’crites ci-dessus, mais elle s’op’re aussi au niveau de chacune d’entre elles.

Ainsi, en ce qui concerne les institutions pr’dominantes pour les adolescents, les normes sociales, la famille, les pairs, l »cole et les activit’s routini’res, la r’gulation de la conduite d’lictueuse peut ‘tre repr’sent’e par des th’ories de moyenne port’e53. Les avenues de recherche Retour ‘ la table des mati’res Les premi’res recherches sur la d’linquance des adolescents datent des ann’es 1940’54 et elles n’ont pas cess’ depuis.

Bien que la recherche sur la d’linquance des adolescents soit relativement d’velopp’e au Qu’bec, il n’en demeure pas moins que plusieurs champs restent encore en friche, cela en ce qui regarde tant le ph’nom’ne que la conduite. Au niveau du ph’nom’ne, deux avenues apparaissent particuli’rement int’ressantes. D’une part, mettre en rapport la trajectoire de la d’linquance et l »volution de divers facteurs ‘conomiques, politiques, culturels, etc. , de mani’re ‘ d’celer quels sont ceux qui modulent la trajectoire.

D’autre part, les diff’rences r’gionales devraient faire l’objet d’une description approfondie et d’une exploration des facteurs qui en rendent compte. Au niveau de la conduite d’lictueuse des adolescents, plusieurs questions sont particuli’rement d’actualit’: comment se distinguent les explications de la d’linquance des filles et des gar’ons? La d’linquance des adolescents appartenant aux diverses communaut’s culturelles et minorit’s visibles a-t-elle des causes diff’rentes de celle de la majorit’ des adolescents?

Peut-on v’rifier les r’sultats obtenus au cours d »tudes conduites au cours des ann’es 1970 et 1980? Les causes des troubles graves du comportement, selon la Loi sur la protection de la jeunesse, sont-elles diff’rentes des causes de la conduite d’lictueuse? En plus de ces questions empiriques, il faut continuer ‘ raffiner les mod’les th’oriques comme celui expos’ ci-dessus. Un autre imp’ratif devrait retenir l’attention des chercheurs: faire des ‘tudes ‘ l’ext’rieur de Montr’al.

En somme, beaucoup de progr’s ont ‘t’ r’alis’s dans la connaissance de la d’linquance des adolescents mais beaucoup de t’ches attendent encore les scientifiques du Qu’bec. Il conviendrait de proc’der ‘ la fois ‘ des ‘tudes ‘pid’miologiques et ethnographiques de ce ph’nom’ne. Plusieurs de ces avenues de recherche concernent des travaux de nature ‘pid’miologique et descriptive. Ils pourraient ‘tre conduits par des ‘tudiants gradu’s, mais ils sont de plus en plus laiss’s de c’t’ par les chercheurs universitaires.

C’est pour cette raison qu’un observatoire permanent ne serait pas superflu. Il aurait pour mission de rendre compte de fa’on r’guli’re et d’analyser en profondeur les causes des variations de la d’linquance des adolescents dans l’espace et le temps. De plus, un tel observatoire pourrait conduire, ‘ intervalles r’guliers, des enqu’tes de d’linquance autorapport’es pour compl’ter les donn’es officielles. Ce pourrait ‘tre une entreprise conjointe des minist’res responsables de la d’linquance et des milieux universitaires.

Pour ce qui touche la conduite d’lictueuse des adolescents, les questions ‘ ‘tudier sont encore plus nombreuses. Commen’ons par la commission des d’lits. Une seule ‘tude d’crit les modalit’s de passage ‘ l’acte que pratiquent les adolescents’55 et ces travaux datent du milieu des ann’es 1970. Non seulement faudrait-il reprendre ce type d »tude, mais il conviendrait de proc’der ‘ des analyses exhaustives des principaux d’lits que commettent les adolescents: le vol avec effraction, le vol d’un v’hicule ‘ moteur, les agressions physiques, le vol ‘ l »talage, la revente des drogues illicites, etc.

Mais au-del’ de ces travaux, il faudrait ‘valuer la pertinence des principales th’ories du passage ‘ l’acte: l’homme rationnel, l’opportunit’, etc. Concernant le d’veloppement de la conduite d’lictueuse au cours de l’adolescence, il faudrait compl’ter les ‘tudes d’j’ effectu’es pour valider l’existence des m’canismes d’activation, d’aggravation et de d’sistement que les donn’es soutiennent. De nouvelles questions sont cependant d’importance primordiale: la surconsommation des drogues illicites influence-t-elle le d’veloppement de la conduite d’lictueuse? on d’veloppement suit-il un mod’le semblable pour les filles et les gar’ons, les adolescents appartenant ‘ diverses minorit’s ethniques? l’activation est-elle un pr’curseur automatique de l’aggravation de la conduite d’lictueuse? Pour ce qui est des domaines principaux de facteurs explicatifs, la famille, l »cole, les pairs et les traits psychologiques, le nombre de questions sans r’ponse est infini. Toutefois, il est possible d’affirmer que la liste des facteurs explicatifs potentiels est relativement compl’te.

La t’che essentielle consiste ‘ comprendre comment les facteurs se combinent ou pourquoi une m’me cause ne donne pas toujours les m’mes effets. Un autre domaine important est la compr’hension de la combinaison des effets macro et micro; par exemple, comment l’environnement scolaire (grandeur de l »cole, composition, ressources, etc. ) et l’exp’rience scolaire (les r’sultats, les rapports avec les professeurs, l’engagement ‘ l »gard de l »ducation, etc. ) se conjuguent pour encourager ou d’courager l’activit’ d’linquante d’un adolescent.

Ou, comment le type de structure familiale et les caract’ristiques des parents se conjuguent pour favoriser un climat psychosocial donn’ et des m’thodes disciplinaires sp’cifiques dont il r’sulte des conduites d’linquantes. En fait, la question primordiale concernant les causes de la conduite d’linquante des gar’ons est la suivante: comment se combinent les diff’rents facteurs explicatifs? La r’ponse ‘ cette question a des implications pratiques, les combinaisons de facteurs permettant de d’finir des types de d’linquants qui requi’rent des interventions sp’cifiques.

Sur le plan th’orique, l’orientation des travaux ‘ entreprendre est claire si l’on accepte que la plupart des perspectives et des notions ont ‘t’ mises en ‘vidence. Ce qu’il reste ‘ faire aux th’oriciens, c’est d’int’grer, de combiner et de fusionner les perspectives et les notions; c’est une d’marche de d’veloppement, d »laboration th’orique qui demande plus de rigueur que d’imagination. Il faut donc continuer ‘ raffiner et ‘ formaliser les mod’les th’oriques comme celui expos’ dans ce chapitre. Bibliographie s’lective Retour ‘ la table des mati’res CUSSON, M. , D’linquant, pourquoi? , LaSalle, Hurtubise, 1981.

CUSSON, M. ,, Croissance et d’croissance du crime, Paris, Presses universitaires de France, 1990. FR’CHETTE, M. et M. LE BLANC, D’linquances et d’linquants, Chicoutimi, Ga’tan Morin, 1987. LE BLANC, M. , ‘La conduite d’linquante des adolescents et son explication’, dans: D. SZABO et M. LE BLANC, La criminologie empirique au Qu’bec, 2e ‘dition, Montr’al, Presses de l’Universit’ de Montr’al, 1992. LE BLANC, M. , ‘Le cycle de la violence physique: trajectoire sociale et cheminement personnel de la violence individuelle et de groupe’, Criminologie, 1990, XXIII, 1, p. 47-74. LE BLANC, M. et M.

FR’CHETTE, Male Criminal Activity, from Childhood through Youth: Multilevel and Developmental Perspectives, New York, Springer-Verlag, 1989. LE BLANC, M. et P. McDUFF, Activit’s d’lictueuses, troubles de comportement et exp’rience familiale au cours de la latence, Montr’al, 1991, Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant, Universit’ de Montr’al, 1991. LE BLANC, M. , P. McDUFF et M. FR’CHETTE, MASPAQ: mesures de I’adaptation sociale et personnelle pour les adolescents qu’b’cois, Montr’al, Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant, Universit’ de Montr’al, 1990. Fin du texte