Dans un apologue, le recit prime-t-il sur la morale ?

Dans un apologue, le recit prime-t-il sur la morale ?

? Convaincre, Persuader, Deliberer Question : En quoi ces trois textes argumentatifs s’appuient-ils sur un registre comique ? Le corpus de textes present nous propose l’etude de trois documents, tous unis par un meme but : convaincre et persuader le lecteur. Ces trois textes, un extrait des “ Confessions ”, de Jean-Jacques Rousseau, prestigieux philosophe des Lumieres, un autre de “ Jacques et le Fataliste ”, de Denis Diderot, autre philosophe de Lumieres, et enfin, un poeme de Raymond Queneau, “ Le peuplier et le roseau ”, auteur bien plus moderne, sont en effet des textes argumentatifs, s’appuyant chacun sur un registre comique.

On peut retrouver plusieurs similitudes dans les divers procedes utilises par les auteurs des textes, bien que chaque texte s’appuie plus particulierement sur un comique different. Le comique employe sans exception dans chacun des textes, dont un plus particulierement, ou il y est pousse de maniere fantasmagorique est le comique de langage. On retrouve en effet de nombreux jeux de mots, tel “ Cette personne si dedaigneuse daigna ”, dans le texte de Rousseau ou un niveau de langage familier (voire vulgaire), principalement dans le texte de Queneau : “ l’arbre se casse la gueule ”.

Mais, c’est dans le texte de Diderot que ce comique de langage est pousse

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le plus loin, grace a son extraordinaire metaphore filee, du debut a la fin, pour parler de sexualite. Diderot compare effectivement le “ coutelet ”, se logeant dans la “ gaine ”, aux hommes et aux femmes, de maniere parfois peu subtile afin de donner un effet de connivence avec le lecteur. , notamment avec la phrase “ Coutelet, ne voyais-tu pas que Dieu te fit pour aller a plusieurs Gaines ; et toi, Gaine, pour recevoir plus d’un Coutelet ”, le sens de “ recevoir ” pouvant etre interprete de differentes manieres.

Les deux autres textes presentent de plus un comique de situation, tres developpe dans le premier, l’extrait des “ Confessions ”, ou un valet, un serviteur ridiculise de nobles personnages : “ Tout le monde me regardait et se regardait sans rien dire, on ne vit de la vit un pareil etonnement ”, se faisant passer pour cultives tout en etant tres ignorants. Par ce comique de situation, Rousseau denonce egalement son mepris pour la societe, qui cherche simplement a paraitre (“ que toute la table s’empressa de faire chorus ”), pour qui le regard d’autrui compte bien plus que le sien.

Le comique de situation est de meme tres developpe au cours du texte, en jouant sur le “ renversement de situation ” et plus tard celui de “ renverser son verre ”. Dans le poeme “ Le peuplier et le roseau ”, le comique de situation est developpe par le fait qu’il s’agisse d’un reecriture de la tres celebre fable “ Le Chene et le Roseau ”, de Jean de La Fontaine, qui ecrivit d’innombrables apologues, tous plus celebres les uns que les autres.

Dans le poeme de Queneau, la morale de la fable de La Fontaine est inversee, le rosant gagnant, mais sans gloire : “ amere amere victoire le roseau qui n’a pas bouge ne retirera aucune gloire de s’etre immobilise ”. La reecriture, qui rappelle tout du long au lecteur la plus celebre fable et plus encore l’inversion de cette fable fait fort sourire, et on pourrait d’ailleurs meme la classer dans un “ comique de reecriture ”. Ces trois textes s’appuient donc chacun sur un registre comique, le premier utilise principalement un comique de situation, le deuxieme de langage et le troisieme de situation ou de reecriture.

Dissertation : L’apologue, discours narratif a visee argumentative et didactique, souvent redige en prose ou en vers ne date pas d’hier. On le retrouve en effet jusque dans l’antiquite, sous forme de fables chez les Grecs et de vers chez les Romains. Les apologues sont constitues tout d’abord d’un court recit, tres souvent imaginaire et utilisant des allegories pour deboucher ensuite sur la chute de ce recit et une morale. On peut des lors se demander si, dans un apologue le recit prime sur la morale.

C’est a cette interrogation qu’il sera ulterieurement repondu, tout d’abord en demontrant que oui, dans un apologue, le recit prime sur la morale, puis, on argumentera le fait que la morale a une bien plus grande importance que le recit, et enfin, on conclura que le recit n’est ni moins, ni plus important que le recit mais que l’un sert l’autre. Dans un apologue, le recit prime sur la morale car il sert en effet a l’englober, a lui donner un sens, de l’attention.

La petite histoire que developpe ce recit attire souvent le lecteur, l’interesse,le fait venir. Le recit sert a donner du sens a la morale et lui permet de bien se faire remarquer du lecteur, ce qui est un des buts premier des apologues, car, si l’apologue n’est pas lu, il est totalement inutile. Le recit joue egalement tout du long avec les sentiments du lecteur, l’amusant, le repugnant ou l’horrifiant, pour arriver ensuite, lorsqu’il y est bien prepare a la morale.

Le recit donne egalement du sens a la morale par ce qu’il est : un exemple concret de l’application de la morale ; une morale qui serait tout seule, sans recit prealable pour preparer le lecteur n’aurait aucun impact, ne servirait a rien. Dans la fable “ Le Loup et le Chien ”, de Jean de la Fontaine, on voit en scene un loup, miserable, affame mais digne, refuser de se laisser enchainer pour une pitance faste et reguliere, preferant courir le ventre creux qu’etre nourri mais assujettit.

Dans ce recit, il est tout du long fait appel a nos sentiments, nous faisant prendre ce pauvre loup affame en pitie, mais le montrant egalement noble, lorsqu’il refuse pour sa survie assure de se laisser captiver. Ainsi, dans cet etat d’esprit, la morale, mieux vaut vivre affame qu’attache, nous touche bien plus que si elle avait juste ete inscrite ainsi. Dans un apologue, le recit prime donc sur la morale car sans lui, elle apparait plate, denuee de sens et en touche personne.

Le recit prime sur la morale car c’est egalement lui, et non pas la morale, qui fait que l’apologue s’enracinera dans les memoires et que sa diffusion sera assuree. En effet, lorsque l’on lit un apologue, peu importe la morale lors de sa memorisation : c’est ici le recit qui primera, et de loin : il suffit que le recit soit un tantinet comique, tragique mais surtout inhabituel pour que le lecteur s’en souvienne toute sa vie, amuse par les images utilisees, emu par la tristesse du recit, et qu’il le retransmette alors, voulant faire part au monde de son engouement pour cet pologue. C’est surtout l’inhabituel du recit qui permettra au lecteur de le memoriser : n’ayant jamais lu rien de pareil, cela le marquera profondement, et les moindres petits signes le rappelleront a son esprit. La Fontaine a notamment abondamment utilise des allegories pour ses fables, mettant en scene des animaux pour protagonistes, ce qui etait alors plutot insolite ! Ceci explique en grande partie sa renommee ; qui ne connait pas aujourd’hui encore une de ces fables sur le bout des doigts ?

On peut egalement penser a Denis Diderot, avec “ Jacques le Fataliste et son maitre ”, ou le recit de Jacques a son maitre est le point le plus interessant de l’apologue : l’allegorie comique du couteau et de la gaine ravit le lecteur et c’est elle qui fait qu’il se souviendra de cet apologue, et donc de sa morale ; c’est le recit qui ancre cet enseignement dans la tete du lecteur et qui fait, qu’ensuite, divertit par ce recit il ira le conter plus loin.

Le recit est donc primordial dans un apologue : il donne de la profondeur a la morale et permet a l’apologue de s’enraciner dans la memoire de ses lecteurs et ainsi de se diffuser a grande echelle. Cependant, bien que le recit soit important, la morale l’est tout autant, voire plus. L’element le plus important d’un apologue est sans nul doute sa morale. Le but de l’apologue est en effet d’avoir une portee morale. Sans sa morale l’apologue perd tout son sens, toute sa beaute.

Tout dans un apologue est cree pour la morale ; c’est pour elle que le recit est cree, tout est axe autour d’elle. Par son apologue, c’est une morale que l’auteur veut transmettre, c’est d’elle qu’il veut que l’on se souvienne, et tout est fait dans ce sens, pour ce but. Ainsi, on ne pourrait appeler “ apologue ” un discours narratif ou le recit primerait sur la morale ; c’est parce que la morale prime sur le recit que ce discours devient un apologue.

Un des nombreux apologues de Rousseau, se trouvant dans “ Les Confessions ”, demontre bien que, dans un apologue, tout est fait pour la morale : Rousseau nous conte la facon dont il avait brille devant tous ces pretendus litteraires, puis la grace dont l’avait honore Mlle de Breil, mandant a son pere de lui donner les louanges qu’il meritait, pour mieux nous montrer le succes qu’il avait obtenu, avant que tout ne s’effondre, que toute la situation se renverse avec le verre d’eau, en venant a la morale : quand on est au sommet de la gloire, on risque toujours de tomber.

On voit donc aisement que tout dans cet apologue est ecrit afin que la morale soit d’autant plus percutante ; si la montee en gloire de Rousseau est autant decrite, c’est pour que sa chute en est d’autant plus d’impact sur le lecteur. La morale prime donc sur le recit, car le recit est la pour servir cette morale, car l’element le plus important d’un apologue est bel est bien sa morale. On a vu que l’on pouvait diviser un apologue en deux parties principales : la recit et la morale.

Si l’on se penche plus pres sur ces portions, on peut remarquer qu’elles ont egalement des buts differents : le recit a une portee majoritairement distractive, tandis que la morale a, comme son nom l’indique bien, une portee entierement morale, on peut en retirer un enseignement. C’est la morale qui rend l’apologue si interessant ; le recit, lui, le rend simplement distrayant. L’apologue “ Le peuplier et le roseau ”, de Raymond Quenau illustre parfaitement bien ceci : dans ce discours narratif, le cote festif et amusant du recit, mis en ? vre avec le peuplier qui “ caracole ” est bien plus enfantin voire pueril que la morale, expliquant qu’il faut choisir, entre profiter de la vie mais en encourir les risques allant avec ou rester dans son coin, en bonne sante, mais sans rien faire. Apres la lecture de cette fable, le lecteur est bien moins guilleret qu’au milieu, alors qu’il lisait que le peuplier gambadait ; la morale lui pporte de nombreuses questions philosophiques, auxquels il s’efforce de trouver une reponse et changera peut-etre egalement son mode de vie : peut-etre deviendra-t-il plus temeraire, realisant qu’il n’y a qu’une seule vie et qu’il faut en profiter ou peut-etre calmera-t-il ses ardeurs et s’assagira, prenant conscience qu’il n’y a que prendre trop de risque, que ne vivre qu’au jour le jour peut apporter des ennuis. Le recit n’a donc que peu d’influence sur la vie de tous les jours du lecteur, alors que la morale, elle, a un reel pouvoir et peut changer bien des personnes.

Dans un apologue, la morale prime donc sur le recit car un apologue sans morale n’est pas un apologue, car tout est au service de cette morale, qui a une portee philosophique, dont on peut retirer un enseignement capable de changer profondement notre mode de vie, contrairement au recit. Neanmoins, on ne peut affirmer que la morale prime sur le recit ou vice-versa, on ne peut les comparer puisque l’un sert l’autre : c’est l’association d’un recit est d’une morale qui forme un apologue. En effet, on peut sans peine affirmer qu’un apologue compose uniquement d’une morale ou d’un recit n’est pas un apologue.

C’est seulement leur combinaison qui en donne un. Le recit sans la morale n’a aucun sens, et vice-versa. Plus leger, il prepare le lecteur, le detend ou le tend, insuffle du suspens, pour que la morale ait plus d’emprise sur le lecteur, qu’elle le persuade et le marque plus. C’est l’alternance entre le recit, souvent comique et la morale, plus serieuse qui est en mesure de remplir les exigences d’un apologue : instruire et persuader, les tendant parfois meme jusqu’a leurs plus extremes limites.

D’un premier abord simple, comique, l’apologue se revele donc etre en realite un discours narratif pense dans le moindre de ses details, precis jusqu’a la maniaquerie, ou tout est reflechi, du debut a la fin, afin de convaincre et d’eduquer le lecteur le plus efficacement possible. Pour toucher le lecteur plus encore, de nombreux autres procedes existent, tel le fait de presenter au lecteur un “ miroir ”, lui renvoyant sa propre image, bien qu’un peu deformee, exageree, afin que se reconnaissant, il soit davantage attentif au deroulement du recit et plus encore a la morale, qu’il prendra tres certainement pour lui meme.

Se reconnaitre ainsi dans un de ces discours le fera a la fois sourire mais lui fera egalement prendre conscience de certains traits de son caracteres, de certains defauts dont il ne s’etait alors jamais rendu compte. Ainsi, on voit notamment dans une autre des nombreuses fables de Jean de La Fontaine, “ Le Heron ”, ou le protagoniste, un heron tarde a se decider de quel poisson il fera son diner, les trouvant bien trop dedaignables pour un etre tel que lui.

Mais, le temps passe et chaque poisson faisant son apparition est encore plus rebutant que le premier, et, finalement, “ il fut tout heureux et tout aise de rencontrer un limacon ”. Cette fable, d’abord fort distrayante par son recit spirituel, ou chacun peut se rencontrer, fait egalement prendre conscience du fait plus profond qu’il vaut mieux saisir ce que l’on peut, tant que l’on le peut encore, pour ne pas avoir a regretter son indifference passee par la suite. On est donc bien ici dans le cas d’un recit divertissant, contraste ensuite par une morale tout a fait serieuse, pour avoir plus de poids, pour instruire par le rire.

On ne peut donc affirmer ni que le recit prime sur la morale dans les apologues, ni que la morale domine le recit mais qu’il en font tout deux parti a parts egales, le recit etant aussi important que la morale, son but etant de preparer le lecteur a son assimilation. On peut neanmoins se pencher sur les divers procedes utilises dans la morale et dans le recit, afin de les comparer et d’etudier leur impact sur le lecteur et sa memorisation et acquisition de la morale.