D. iogna-prat, la maison dieu

D. iogna-prat, la maison dieu

IOGNA-PRAT Dominique La maison Dieu. Une histoire monumentale de l’Eglise au Moyen-Age, Paris, Seuil, 2006, 683p. Dominique Iogna-Prat est directeur de recherches au CNRS. Il consacre une grande partie de ses travaux au monde clunisien, mais il s’interesse surtout aux modeles ideologiques que la societe a produits, en particulier aux XIe-XIIe siecles. Les premiers travaux qu’il a realises dans cette perspective ont porte notamment sur le dossier des Vies composees en l’honneur de saint Maieul, abbe de Cluny de 954 a 994.

Il a montre que ces Vies constituaient une forme de meditation sur la place eminente qui doit revenir aux moines dans l’ordre du monde. A partir de ces sources clunisiennes, il a reconstitue la genese du schema des trois ordres dans l’Occident du haut Moyen-Age. Ainsi, prenant le contrepoint de la tradition historique medieviste de la seconde moitie du XXeme siecle, influencee par les travaux de Georges Duby (concepts de « mutation feodale de l’an mil », de seigneurie « banale » etc), D.

Iogna-Prat fait partie de ces historiens qui explorent les rouages d’un « systeme ecclesial » dans lequel les pratiques sociales sont etroitement articulees aux representations. – La paroisse : genese d’une forme territoriale / dossier coordonne par

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Dominique Iogna-Prat et Elisabeth Zadora-Rio, 2006, PU de Vincennes – Ordonner et exclure : Cluny et la societe chretienne face a l’heresie, au judaisme et a l’islam, 1000-1150 – 2e ed. corrigee, 2000, 2004, Flammarion – Etudes clunisiennes , Paris, 2002 – « ordres » dans J. Le Goff et J-Cl Schmitt (dir. Dictionnaire raisonne de l’Occident medieval, Paris, 1999, p. 845-860 Presentation de l’ouvrage La demarche de l’auteur : D. Iogna-Prat cherche a comprendre comment, pourquoi et quand le batiment de l’eglise s’est impose dans le paysage occidental. Il s’interesse ainsi au IXeme siecle, moment ou, selon lui, s’est opere le renversement des valeurs chretiennes qui a fait que, malgre la volonte des premiers chretiens de rompre avec la materialite paienne (temples, statues) et de privilegier la « maison spirituelle » (I, Pierre, 2,5), s’est effectue le passage de l’Eglise-communaute a l’eglise-batiment.

S’interessant presqu’exclusivement a ce qu’il appelle une « ecclesiologie du lieu de culte », il s’agit pour l’auteur de « reconstituer les grandes etapes de la conception que les clercs se sont faite de l’eglise-batiment dans le cadre d’une reflexion sur l’Eglise-communaute ». En effet il fait remarquer au lecteur qu’il n’analyse qu’un aspect de l’histoire de l’Eglise (« une histoire monumentale de l’Eglise »), le discours que les clercs ont tenu sur l’eglise-batiment entre 800 et 1200. La methode : Il part d’une analyse doctrinale (pourquoi un lieu de culte ? et de l’examen du vocabulaire de l’espace du sacre au Moyen-age (partie I « preludes ») pour degager le processus d’inclusion du social dans l’ecclesial c’est-a-dire la « logique suivant laquelle les cadres de vie se sont constitues et organises autour de poles sacres » : l’autel, l’eglise, le cimetiere (partie II et III). Il conclue sur une derniere partie (« Resistances ») dans laquelle il etudie le role des laics dans ce phenomene afin de nuancer ses dires concernant le role quasi exclusif du clerge (qui se traduit dans le discours clerical etudie).

Les points forts de l’ouvrage : 1 / La lecture est facilitee par la presence de notes en bas de pages qui constituent une foule de references bibliographiques. 2/ C’est une veritable typologie de sources : l’auteur etudie et commente enormement de textes (recits hagiographiques ou historiques, traites, etc) -; choix de l’auteur d’un retour aux sources ecclesiologiques. Les limites : Il y a peu d’iconographies en comparaison avec l’ampleur de la partie textuelle et surtout, ces iconographies ne sont pas exploitees de maniere tres approfondies. Recensions Emilie Rosenblieh, Medievales, 53 (2007), http://medievales. revues. org/document4252. html • IESR – Institut europeen en sciences des religions, mis a jour le : 04/07/2008, URL : http://www. iesr. ephe. sorbonne. fr/index. html? id=4803 • Andrea Martignoni, Cahiers de recherches medievales, Comptes rendus, 2006, mis en ligne le 16 septembre 2008. URL :http://crm. revues. org//index2739. html. L’interet pour l’oral : L’introduction a le merite de bien exposer les theses de l’auteur a travers l’explicitation des titre et sous-titre de l’ouvrage.

L’auteur y developpe clairement sa methode et la logique de son plan. On note la presence d’index de noms et de notions, d’une bibliographie qui distingue seulement les sources des etudes (la partie sur les sources peut s’averer interessante) ainsi que celle d’un guide de lecture (p. 24) pour lecteur presse. Themes utiles pour notre programme Role de l’Eglise dans la fixation et le controle des populations (eglise, cimetiere, paroisse, royaume chretien, Chretiente = formes d’encadrement de la societe)

L’eglise-batiment comme instrument du pouvoir des rois, des papes et des eveques ainsi que des grands laics (constructions et consecrations des espaces sacres comme l’autel, l’eglise, le cimetiere, les terres monastiques) Rapport des hommes a l’espace-; notion de territoire « sacre » Les differents cadres territoriaux chretiens (diocese, royaume, Chretiente) Premiere partie : Les fondements d’une sacralite commune (v. 300- v. 800) 5 siecles qui preparent un total renversement des valeurs au sein du christianisme :

Tout d’abord il y a reticence de la part des Chretiens a toute forme de materialisation du divin. Cf saint Augustin La Cite de Dieu -; le vrai temple n’est pas de ce monde. L’eglise-batiment n’a pas un statut d’exception jusqu’au VII-VIIIeme siecles car aucun rituel de consecration n’y est organise. Puis la valorisation de certains lieux se fait durant cette periode grace aux reliques des saints (designees peu a peu par le terme locus ou loculus) : ainsi le lieu construit en l’honneur d’un saint passe alors pour un grand reliquaire de pierre.

L’eglise-batiment est egalement (et surtout) un espace fonctionnel, que les pratiques separent du commun sans que cette mise a l’ecart du profane fasse l’objet de la moindre justification doctrinale -; L’eglise-batiment est devenue de fait un lieu important pour les Chretiens en tant qu’espace ou le Verbe vient s’incarner (Parole de Dieu) et qui constitue un medium pour rendre visible le divin mais, a l’aube des annees 800, il reste aux clercs occidentaux a justifier, au plan des doctrines, cette presence du divin dans l’eglise.

Deuxieme partie : Constructions ecclesiales carolingiennes (v. 800 –v. 1040) Attention « carolingien » = trompeur -; cette partie concerne egalement la periode post-carolingienne. On remarque l’immense « effort de structuration et de hierarchisation du monument religieux carolingien, qui integre et organise (…) des elements preexistants mais jusqu’alors disjoints et dissemines : le baptistere, lieu de l’initiation chretienne ; le martyrium, lieux des saints et des morts inhumes ad sanctos ; l’autel, pole eucharistique ».

Entre 800 et 1040, l’eglise s’est imposee peu a peu comme le corps materiel indispensable a la definition du corps spirituel de l’Eglise. Cette 2nde partie de l’ouvrage s’interesse aux faiseurs (souverains, papes et eveques) de lieux, en tant que personnes rituellement consacrees. Ces trois figures du pouvoir utilisent l’eglise-batiment dans la spatialisation de leur puissance : le souverain, grand batisseur et veritable chef de l’Eglise (attention ici l’auteur etudie la periode qui va de Charlemagne a Charles le Chauve donc HORS-PROGRAMME) – le pape, constructeur d’eglises, d’aqueducs et de villes, qui est un hierarque dont la monarchie spirituelle prend une forme territoriale proto-etatique avec la « Republique de saint Pierre » (ici l’auteur, s’appuie sur le Liber Pontificalis qui couvre la periode 750-870 :HORS-PROGRAMME)

Constantin le Grand au service de la reconnaissance de la primaute romaine sous Leon IX et les papes reformateurs du XIeme siecle: la reconnaissance de la souverainete temporelle du pape a ete l’objet d’une falsification celebre, le Constitutum Constantini (ou Fausse donation de Constantin), compose a Rome entre 750 et 850 (integre au droit de l’Eglise, au milieu du XIIeme siecle avec son insertion dans le decret de Gratien), largement utilise par les papes reformateurs du XIeme siecle et reconnu comme un faux par l’humaniste italien Lorenzo Valla.

Il s’agit d’un « decret » que l’empereur Constantin, a l’occasion de sa conversion au christianisme, aurait adresse au pape Sylvestre Ier, a ses successeurs et aux eveques catholiques. Cet acte public se compose de deux parties d’importance inegale : la premiere est une confession de foi de Constantin qui raconte comment, grace a un songe, il s’est tourne vers le christianisme ; ce recit de conversion, hautement dramatise, introduit une seconde partie dans aquelle Constantin proclame solennellement la « puissance superieure » de Pierre et de ses successeurs, puissance qui surpasse celle de l’empereur lui-meme. Constantin ne se limite pas a reconnaitre la primaute de Rome sur les quatre autres sieges (Antioche, Alexandrie, Jerusalem, Constantinople) mais il instaure egalement une monarchie spirituelle en dotant pape et clercs des attributs du pouvoir temporel de l’empereur et du senat romain (vetements, insignes imperiaux et diademe pour le pape, qualite de « senateurs » pour les clercs qui gagnent le droit de monter sur des chevaux richement ornes).

Et surtout il pose les fondations materielles de la puissance papale en deplacant sa propre capitale a Byzance, abandonnant ainsi a Sylvestre Ier « tant [son] palais [du Latran] que la ville de Rome et toutes les provinces, localites et cites de l’Italie et des regions occidentales ». – l’eveque, homme de terrain implique dans les pratiques du pouvoir public qui , tantot au service du souverain et tantot a celui de Rome, s’emploie a poser les cadres de base de la vie en communaute : diocese et paroisse .

Les eveques occupent une position cle qui rassemble 3 formes de domination : charismatique (domination qui s’exprime dans un ensemble de rites qui lui sont reserves, comme la dedicace d’eglise), materielle (gestion, au nom de son Eglise, d’un patrimoine mobilier et immobilier souvent considerable), institutionnelle (liee au service du roi franc =; l’eveque occupe une fonction « publique », un honneur soumis a des charges comme la participation a la vie de cour, l’hebergement du souverain, des missions diverses sur le terrain etc. . Cette intrication de pouvoirs exprime clairement la confusion entre Eglise et societe dans l’Empire carolingien. L’ancrage temporel de l’Eglise spirituelle ici-bas passe par une repartition des lieux au sein de cadres territoriaux. L’auteur distingue differentes echelles de cadres territoriaux pour montrer une sorte de topographie ecclesiale formee par la mise en reseau de poles articules et hierarchises entre eux : Le diocese est la somme des eglises incluses dans des « circuits » liturgiques (eglises inscrites dans des reglements episcopaux) ou administratifs. – Le royaume carolingien est forme par le « circuit » des lieux saints que parcourt physiquement le roi. – La Chretiente elle-meme resulte de la mise en reseau de poles saints, la distribution des reliques se faisant a partir de « lieux-sources » (la Terre sainte, Rome), puis de « lieux-relais » (Aix-la-Chapelle, Tours, Reims, Auxerre).

Il semble que c’est au IXeme siecle que pour la premiere fois, « on entend par « paroissien » le fidele attache a « son » eglise, centre de la « paroisse » et cadre d’accomplissement de tous les temps forts » (p. 312) de la vie chretienne : bapteme, confession, messe avec communion de plus en plus frequente, obseques, paiement de la dime. Intense reflexion doctrinale destinee a justifier le fait que l’eglise est le ieu de la presence divine alors que saint Augustin, pere de l’Eglise, a bien explique que Dieu est « sans lieu » (illocalis) ; il ne peut etre contenu par un lieu car il contient tout (cf les Livres carolins (Libri carolini), ecrits par Theodulphe d’Orleans, un des proches de Charlemagne, qui fixent durablement la doctrine officielle de l’Eglise franque en matiere de representation du divin) -; 1ere etape de la justification qui se poursuit apres 1040 : on place l’eglise hors du commun, separe de toute activite seculiere, notamment grace a l’elaboration d’ordines de consecration qui constitue le veritable bapteme d’une personne animee, l’eglise. Troisieme partie : l’institution ecclesiale et son cadre monumental (vers 1040- vers 1200) Importance du XIeme siecle dans le processus de la monumentalisation de l’Eglise et sa justification doctrinale par les clercs, pousses en cela par le contexte de la reforme de l’Eglise. D.

Iogna-Prat utilise le temoignage de Raoul Glaber dans ses Historiae : on remarque que cet historien clunisien defend un modele d’abbe reformateur et constructeur ; prenons pour exemple Guillaume de Dijon (dont Glaber a ecrit une Vie), Odilon de Cluny (dont le biographe, Jotsald de Saint-Claude, celebre les qualites de batisseur), ou encore, hors du monde clunisien cette fois, Gauzlin (1004-1030), abbe de Fleury et archeveque de Bourges dont le portrait brosse par Andre de Fleury donne a voir la figure ideale d’un abbe, proche du roi Robert, tout autant destructeur de chateaux que dynamique constructeur d’oratoires et d’eglises. La dilatation du pole sacre grace au rituel de consecration (de l’autel jusqu’aux terres de l’eglise en passant par le batiment ecclesiastique et le cimetiere ; et du pole de saintete qu’est Rome jusqu’aux repliques au niveau local creees par les consecrations papales)

Emergence d’un nouveau type historiographique : recit de construction et de consecration des eglises – Ecrits a l’occasion de la dedicace ou de l’anniversaire de la dedicace, ces recits ont pour objet d’evoquer l’histoire du batiment ecclesial pour lui-meme ; ces panegyriques de l’eglise contribuent ainsi a donner une epaisseur biographique au monument (personnalisation). Recit anonyme de la dedicace de l’abbaye de Stavelot, redige en 1048, mais transmis dans une copie du XIIIeme siecle (dans le recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy : L’abbe Poppon (978-1048) fait consacrer la nouvelle eglise de Stavelot le 5 juin 1040. Ce grand abbe imperial, appele a diffuser l’esprit de la reforme benedictine en Lotharingie (sous Henri III) se preoccupe surtout de redresser le temporel et de reconstruire les edifices monastiques, cadre materiel necessaire a la vie en communaute.

La Dedicatio note tout d’abord l’ampleur de la festivite qui reunit autour d’Henri III un groupe important d’archeveques et d’eveques. Ce document nous fournit de precieuses informations sur la ceremonie de consecration du cimetiere ; en effet, si rien n’est dit du rituel de dedicace de l’eglise, l’auteur, temoin oculaire anonyme, s’attarde sur cette etape : « Le mur d’enceinte etabli tout autour pour sa protection (…) fut consacre de la meme facon pour servir de sepulture aux defunts orthodoxes. Les corps des bienheureux, c’est-a-dire de notre patron Remacle et du martyr Juste, et de tres nombreuses reliques precieuses furent promenes autour a l’exterieur, avec de l’eau benite » (trad de M.

Lauwers) Le rituel consiste en benedictions et aspersions tout au long d’un parcours qui s’acheve aux portes du monastere. Le souverain, qui passe pour le veritable maitre de ceremonie, ordonne a l’eveque consecrateur de faire le sermon. On remarque qu’Henri III prend part a la suite du rituel comme porteur du reliquaire de saint Remacle. L’enjeu de cette construction spatiale – recemment qualifiee d’ « inecclesiamento » (M. Lauwers) – est de donner les atours d’une pratique chretienne immemoriale a un phenomene nouveau affectant la Chretiente : la fixation des hommes au sol et l’ancrage des pouvoirs dans une terre consideree comme sainte ou sacree.

L’Eglise n’ouvre pas simplement la porte du ciel ; elle est a l’origine des formes d’encadrement (eglise, cimetiere, paroisse, royaume chretien, Chretiente) et a la genese de la notion de territoire. La consecration est une pratique de gouvernement de l’Eglise pour la papaute : il s’agit d’imposer l’image de Rome comme autel supreme, source de la sacralite de tous les autres autels et de controler les personnes (laics fondateurs et eveques consecrateurs) pour mieux disposer des lieux et des sacrements qui instituent l’Eglise. Un pontificat fondateur : Leon IX (1049-1054) = 1ere grande figure de pape reformateur ; un pape souvent en voyage=; M. Parisse a calcule que sur un pontificat de 61 mois, Leon IX n’en a passe que 9 a Rome.

Ce cote itinerant du pouvoir papal et la pratique de la consecration ne sont pas nouveaux MAIS la nouveaute c’est le caractere particulier d’une consecration papal qui instaure un lien d’exception entre Rome et l’etablissement beneficiaire; en effet, le pape Leon IX met en exergue la valeur specifique d’un acte liturgique accompli par le « vicaire de Pierre » lui-meme dans le cadre de ses voyages il est appele a effectuer plus d’une trentaine de consecrations essentiellement en Lotharingie. Manifester la presence du pape sur le terrain a travers la consecration d’autels, d’eglises, de cimetieres ou de terres d’Eglise devient apres Leon IX un acte courant. Consecration d’autel, d’eglise, de cimetiere mais egalement role du pape dans le bornage de proprietes ecclesiastiques :

Leon IX : le pape instigateur de la tradition romaine de territorialisation de la liberte monastique exemple : (source = acte copie au XIIeme dans le cartulaire du monastere de Romainmotier) en septembre 1050 Leon IX, de passage a Romainmotier, est accueilli par l’abbe Hugues ; il celebre une messe puis devant la foule assemblee prononce u discours contre ceux qui ont ose s’attaquer aux biens du monastere et il les excommunie ; a la requete d’Hugues, Leon delimite « par circuit » le territoire soumis au monastere, de facon a mettre « les biens des pauvres ecclesiastiques » hors d’atteinte des « chiens impudents », en l’occurrence ici les Sires de Gandson. Ici c’est la definition d’un espace de paix soumis au monastere Cet exemple est a rapprocher de la definition des espaces de la liberte de Cluny par une serie de gestes rituels accomplis par le pape ou son representant entre 1080 et 1120. ; politique territoriale des Clunisiens qui cherche a fixer sur le terrain le ressort de l’immunite dont jouit Cluny. En 1095, le pape Urbain II (ancien grand prieur de Cluny) definit rituellement les limites du « ban sacre » clunisien (= l’aire de la justice de saint Pierre) materialisee par des croix et des bornes relies entre eux par des chemins. Ainsi on a tendance a considerer l’episode de 1050 a Romainmotier comme l’origine de la tradition de territorialisation de la liberte monastique. Autre pape consecrateur : Urbain II (1088-1099) -; entre 1095 et 1096, il entreprend une longue tournee a travers la Gaule qui le mene entre autres a Clermont (Auvergne) d’ou il lance son appel a la premiere croisade (au concile qu’il a reuni en novembre 1095).

Exemple de consecration : a Tarascon, Urbain II consacre un cimetiere pour les pelerins pauvres ; a Marmoutier il consacre deux cimetieres pour les laics, dont celui de Saint-Nicolas, qui forme une aire imposante d’environ 10 hectares. But des consecrations = le meme que pour Leon IX : instauration a l’echelle locale de petites eglises romaines, repliques de la grande (phenomene qu’incarne bien l’Eglise clunisienne) La discussion sacramentelle menee dans les annees 1050-1200 est le creuset d’une ecclesiologie du lieu de culte : une evolution que le droit enregistre dans la seconde moitie du XIIeme siecle = principe selon lequel la consecration est « le sacrement qui intervient en premier » et « l’eglise est le lieu des autres sacrements ».

Exemple d’un debat qui fait avancer la reflexion doctrinale sur l’eglise-batiment : debat sur l’eucharistie provoque dans la seconde moitie du XIeme par Beranger de Tours qui aboutit a la conclusion de la transformation/transsubstantiation reelle des especes =; magnifie non seulement le temps (la messe) mais aussi le lieu (l’eglise) de la celebration de l’eucharistie. L’eglise-batiment est le lieu de la restauration sacramentelle. A present, pour etre de l’Eglise, il convient d’etre dans l’eglise, c’est-a-dire qu’il faut passer par le batiment de pierre avant de pouvoir acceder au « Temple spirituel ». Quatrieme partie : Resistances Role des laics dans construction des eglises : Exemple de grands laics fondateurs et constructeurs en Aquitaine. Source : Chronique d’Ademar de Chabannes et la fondation de l’abbaye de Maillezais par le moine Pierre de Maillezais (v. 1060-1070) => Guillaume V le

Grand, duc d’Aquitaine (995-1030) fonde en 1003 le monastere Saint-Pierre de Maillezais sur une ile du marais poitevin ; a une epoque ou les membres de l’ordre de priere (eveques et moines) disputent aux princes la direction de la societe chretienne. Idee commune a tous les laics constructeurs : « la necessite d’edifier aujourd’hui ici-bas des demeures pour des lendemains eternels dans l’au-dela, les moines deja anges destinataires de l’acte pieux etant de vivants supports eschatologiques. » Reference constante des moines qui brossent le portrait de Guillaume V d’Aquitaine, au portrait brosse par Odon de Cluny dans les annees 930 du miles christianus ideal, le comte et moine Geraud d’Aurillac (v. 55-909) , bras arme de l’Eglise, soumis a son service comme « un doux rhinoceros » => le grand laic fondateur d’eglise n’est pas constructeur (ou sinon accessoirement) car c’est le travail des moines mais plutot un protecteur arme de ces eglises a qui il fait don de terres. Ainsi on voit susceptibilite des moines face a l’ostentation princiere manifestee par les ducs d’Aquitaine dans la fondation et construction d’eglises. Conclusion Alors que le lieu materiel de l’assemblee etait, aux origines du christianisme, considere comme negligeable, par une lente evolution qui a debute au IXeme siecle, le batiment-eglise « s’impose dans le « paysage » sous forme de poles (autel, eglise) et d’aires (cimetiere, paroisse) constitutifs d’une territorialite proprement chretienne ».