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Il est tout a fait serieux de s’interroger sur la signification du rire. Ne serait-ce que pour justement comprendre ce qu’est le serieux ! Dans Le rire, Bergson s’excuse de tenter une telle investigation en disant que le rire merite que nous cherchions a le comprendre parce qu’il est une expression de la Vie. Que signifie le rire ? Qu’y a-t-il au fond du risible ? En ce sens, le comique est a mettre en parallele avec le rire, qui est son principal investigateur. A travers ce texte, l’auteur veut nous montrer, nous expliquer ce qu’est le comique, comment peut-il etre percu, sous quelle forme peut-on le rencontrer…

Il est vrai qu’avec des phrases comme «  Le personnage comique est un type », l’auteur cherche ici a « poser le decor » a sa facon, nous permettant ainsi de nous visualiser, pour que l’idee de comique soit associee a quelque chose de concret et non a une absurdite relative a l’imaginaire. Mais commencons plutot par le commencement ! Au debut du texte, l’auteur affirme que « tout caractere est comique » et qu’en ce sens, une personne dotee d’un caractere fort peut etre toute autant risible que le caractere « reserve » d’une autre.

C’est pour cela que le ridicule est

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risible, si une personne tend vers le ridicule, c’est avant tout son caractere qui est risible et non son comportement ou son attitude car c’est la caractere qui influence l’attitude de qui que ce soit. Par exemple, dans Oss 117: Le Caire nid d’espions, film de Michel Hazanavicius, dont le role principal est occupe par le grand ( voire tres grand ) Jean Dujardin, « Hubert » est souvent mis en situation comique.

Et c’est bien son caractere qui est a l’origine de l’hilarite du film ( et oui je dis bien « hilarite » car toute personne ne trouvant pas ce film drole ne doit en aucun cas connaitre c’est qu’est l’Humour! ), hilarite qui rejoins bien le point de vue de Bergson. En effet, quand l’auteur dit « ce qu’il y a de tout fait dans dans notre personne, ce qui est en nous a l ‘etat de mecanisme une fois montee, capable de fonctionner automatiquement »,c’est le meme principe que dans la film.

Ces observations sont peut etre controversees, mais elles nous aident a comprendre ce genre de rire et ce genre comique dont Bergson parle. L’enjeu du burlesque, ressaisi aux confins du comique de Bergson, peut alors se formuler de facon generale : il s’agit de sortir de l’alternative qui semble nous condamner, et cela en se placant au-dela des operations mecaniques, au point de vue de la machine ou du processus comique dont le plaisantin ou le bouffon ( pas Jean Dujardin dans ce cas la ) ne sont jamais que des rouages ou des relais.

D’ou vient qu’une chute nous fait rire ? La reponse doit se faire en deux temps. En indiquant des procedes, les formules « bergsoniennes » du comique (distraction, raideur de mecanique, etc. ) donnent la raison des choses, la signification du rire dans sa relation a la vie et plus particulierement a la vie sociale. Mais d’un autre cote on peut dire qu’elles ne fournissent pas encore l’explication du rire lui-meme ; elles ne montrent pas l’enchainement des causes qui suscite effectivement le rire.

Mais il reste a comprendre comment on en vient a plaquer du mecanique sur du vivant, et a nous representer ainsi les choses selon le point de vue ou elles nous paraissent risibles. C’est ce processus comique dans ce qu’il a de plus vivant, et meme d’explosif, qui est l’objet du livre et nous pas simplement ce passage, plus encore que les effets comiques et leurs techniques de fabrication. C’est la que devra s’accrocher la question du burlesque cinematographique.

A cet egard, l’image centrale, la formule generatrice du comique (pouvant etre « Comment est votre blanquette ? », toujours en rapport a Oss 117) ou se noue le rapport du mecanique et du vivant, n’est jamais qu’un point de depart, un simple « fil conducteur » permettant de parcourir, par differenciations successives, la variete des degres du comique. Cependant, si le comique renvoie en son fond a un processus qui est une expression de la vie meme, les effets comiques sont toujours produits selon des procedes particuliers ( de l’ordre de la eplique culte que je ne prendrais pas le soin de cite car il faudrait au moins encore 6 pages… ). Si la fantaisie comique en general apparait comme le reve de la societe tout entiere, le montage de tel ou tel effet comique est toujours le fait d’un individu, qu’il soit createur ou simple « consommateur ». Ici resurgit la question de la place reservee d’entree de jeu au comique gestuel. Mais ne nous y trompons pas : en depit des apparences, le comique de gestes n’est pas plus simple que le comique de situations ou de caractere.

La signification sociale du comique y est au contraire moins evidente, plus enveloppee, si bien que le vrai probleme est plutot de savoir pourquoi il nous arrive de rire d’autre chose que de la raideur d’un caractere. Tout le mouvement du Rire consiste alors a eclairer le bas par le haut, le complexe par l’elementaire, meme s’il arrive que les formes les plus hautes du comique s’expliquent mieux par les plus basses. Le privilege methodologique dont jouit le comique gestuel ne tient pas a ce qu’il offrirait, comme le pensait Baudelaire ( enfin une autre reference que Oss 117… ).

Il s’explique plutot par le fait que c’est dans tous les cas l’image qui est l’operateur comique par excellence. Du mecanique plaque sur du vivant : l’expression signale bien l’operation mentale par laquelle l’imagination (la « fantaisie comique ») superpose a une perception actuelle une structure mecanique. Si le comique est social par destination, il est visuel par essence dans la mesure ou le raidissement et l’effet de mecanique doivent etre materialises jusqu’a un certain degre dans des operations ou des gestes visibles.

L’imagination procede par interposition ou surimposition de structure, selon un procede deja cinematographique, celui du fondu-enchaine. Ainsi telle situation suggere « l’image fuyante » d’un pantin, d’une poupee ou d’un diable a ressort. Le vivant est comme hante par la machine ; a chaque instant il peut susciter l’hallucination de son propre devenir-mecanique. Dans le jeu de mots lui-meme, le processus metaphorique s’explique encore a partir de ces enchainements ou superpositions d’images, par une sorte de projection, sur le plan du langage, des procedes du comique gestuel.

En conclusion, la these exprimee par l’auteur repose sur un principe de differentes formes de comiques, qu’il soit de caractere ( en majorite ), de gestuel ou de situation. Face a cette these, on ne peut que se rendre a l’evidence que le comique ne se rapporte pas uniquement a des termes comme « drole », « rire »… mais egalement aux termes de « caractere », « situation ». Bergson est donc depasse, ou plutot emporte, dans le sens ou son propre mouvement de pensee, plus loin sans doute, qu’il aurait voulu !